mercredi 30 septembre 2026

Georges Aperghis Day: "Double récital ": de l'audace dans des duels corps-instrument féroces!

 


Musica consacre une journée entière à Georges Aperghis. Concerts, projection et rencontre mettent en lumière la diversité d’une œuvre où musique, théâtre, voix et geste se réinventent sans cesse. Trois concerts en dessinent les contours : Tell Tales pour ensemble vocal et alto, un double récital de Marco Blaauw et Florentin Ginot et un programme porté par les étudiant·es de la Musikhochschule Basel. La projection du film documentaire Un mot d’après l’autre (2026) d’Éric Darmon éclaire son parcours et son rapport au langage, tandis que cette journée voit aussi la parution de Composer avec langues (Éditions MF), livre d’entretiens avec Stéphane Roth. 

Ce double récital explore différentes facettes de l’écriture de Georges Aperghis, pionnier du langage instrumental comme geste dramatique. Dans Obstinate (2017-2018), la contrebasse devient corps en tension, engagée dans un solo incisif. Black Light (2019) ouvre un champ de résonances sombres, entre scordaturas et harmoniques profondes. Enfin, Trompe-oreille (2026), pour trompette et électronique, prend la forme d’un rituel sonore où l’instrumentiste convoque des mondes multiples, humains et animaux, avec une intensité quasi chamanique.

Georges Aperghis Black Light (2019)

La contrebasse est partenaire et complice de l'instrumentiste qui fait corps avec elle et la fait sourdre de sonorités basses, contraintes d'écriture du compositeur. Elle mugit, hurle, émet des grincements et grognements dignes d'un animal et les sons inédits se déversent dans une dextérité qui n'appartient qu'à Florentin Ginot.Maitre en la manière de faire sonner son instrument de crissements et autres sons invraisemblables.

Georges Aperghis Obstinate (2017-2018) 

Avec cette oeuvre c'est  une lutte, un combat fraternel entre deux partenaires qui s'opposent ou se relient ou le ton monte et s''envenime au fur et à mesure. Qui l'emportera dans cette énergie où résiste l'instrument où l'interprète se donne à fond, s'engage physiquement comme sur un ring.La contrebasse devient une masse de bois et de métal à conquérir, la confrontation avec le corps de l'artiste devient spectaculaire et la communion opère.

Georges Aperghis  Trompe-oreille (2026)

Quel charme et quelle poésie dans cette ouevre où la trompette se transforme en hydre à deux têtes, en sirène à deux queues. L'esthétique de l'instrument ainsi trafiqué, comme embouché, le rend étrange, gentiment monstrueux ou ludique comme on voudra. Marco Blaauw en fait un jouet extraordinaire et les sons qu'il en soutire prennent une coloration extravagante, désopilante. Cette désobéissance esthétique et sonore est du plus bel effet iconoclaste et révolutionnaire. Indiscipliné, ce couple improbable est du tonnerre et Aperghis se joue des embuches en détournant les failles et dissonances de cet instrument monstrueux pour une grande surprise musicale à voir absolument pour en comprendre les sources sonores. Une fois de plus, un spectacle à part entière où l'interprète s'expose autant que sa progéniture instrumentale. Encore du neuf, toujours du neuf et de l'audace très contrôlée pour cet indisciplinaire compositeur hors norme. 

trompette Marco Blaauw
contrebasse Florentin Ginot
électronique Ircam Dionysios Papanikolaou

le 30 Septembre Salle de la Bourse dans le cadre du festival Musica 

 

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