mercredi 23 février 2022

"La théorie des ficelles" : Ariane et ses transactions ! De la danse à "la ficelle" !

 


Étienne Fanteguzzi
Espèce de Collectif France solo création 2021

La théorie des ficelles

Objet artistique improbable, le spectacle-conférence d’Étienne Fanteguzzi étonne. Le corps pris dans un écheveau de fils tendus qui tient du labyrinthe de la pensée, le chorégraphe investit la théorie. En quête de formules à même de définir le mouvement, il pose de multiples hypothèses et côtoie l’absurde avec jubilation.

Mais à quoi nous convie Étienne Fanteguzzi ? D’après l’artiste, il s’agit d’une expérience de science fictive qui se présente sous forme de conférence spectacle. Tissé de fils tendus, jonchés d’objets (tableau, craie, lampe, table,…) de papiers au mur, cet espace, a priori de travail, reste indéfini. Mais le public tout autour n’en est pas moins surpris et parfois ravi. En compagnie du performeur, il se fait aussi chercheur, poursuivant à travers ses faits et gestes, sa danse comme ses mots, ses doutes et ses propositions, une inédite aventure, celle d’une pensée en mouvement.
Une question première a conduit le chorégraphe à l’élaboration de ce dispositif : qu’est-ce que le mouvement ? Croisant alors le cheminement du questionnement scientifique à celui de l’artiste en création, le projet s’est fait réalité. Mais la proposition reste changeante et modulable avec ses différents paramètres oscillant entre équations et mises en jeu. Ce qui anime Étienne Fanteguzzi : “En créant des liens improbables entre les arts et les sciences, je souhaite partager avec le public le plaisir de s’évader dans des mondes oniriques, et que chacun à travers son regard et son imagination se mette en mouvement.”

Lec-dem ou conférence, cour magistral ou conférence gesticulée? Rien de tout cela dans la prestation solo de Etienne Fanteguzzi, un danseur scientifique et mathématicien hors pair.Transaction, rotation,axe, point fixe...C'est quoi le mouvement? Avec force arguments qui tiennent la rampe de l'histoire , de Galilé à Einstein, voici notre savant corps dansant qui se déploie, cause, verbalise et enseigne les lois de la physique à travers le geste, le mouvement, l'énergie."Le mouvement est comme rien" écrit-il sur les ardoises rivées au sol qui font office de tableau d'écolier à l'horizontale, au sol comme une géologie savante de roches métamorphiques, tectonique des plaques. Cela devient vite un décor vivant, obstacle ou tremplin, tissé de fils de couleur qu'il dévide de bobines de fil....à retordre! Pas de "ficelles" spectaculaires pour ce "show one man", unique en son genre où se croisent Marie Curie et Aristote, Newton et Bergson, à l'envi. Tisser des liens entre eux, se fondre dans cet univers plastique arachnéen en diable, voilà de quoi satisfaire et déboussoler les curieux, les néophites, les danseurs et les adeptes de la "pensée en mouvement"!Nietzsche, Nikolais veillent au grain discrètement devant cette panoplie savante et encyclopédique, formulée de vive voix, distinctement ou murmuré, dansée aussi quand l'énoncé de la parole ne suffit plu. Danse directionnelle, intentionnelle, agile ou tétanique, longiligne corps tendu, masse ou corporéité, vitesse, temps en fil rouge.La musique cosmique comme atmosphère entre ces particules, ondes et autres flux de pensée fertile et vif argent.Ce maitre à penser-danser nous souligne à la craie blanche que l'espace est poétique et vertigineux et que le vrai réside dans l'instant, les distances, ce qu'il décortique et dissèque à l'envi 90 minutes durant...Etudier ce qui est inclus dans le contexte, danser dans le joyeux chaos de sa géologie à travers son fil d'Ariane dans sa "kinéthèque" de rêve.Bouger, réfléchir, infléchir son corps sous la dictée des mathématiques et des valeurs cosmiques. Du beau et bon travail d'archéologue du mouvement , Hubert Godard en mentor pour suivre allégrement ce radieux danseur réfléchissant sa propre pensée!

A Pole Sud le 23 Février

"Même" de Pierre Rigal: du "pas pareil" au même, contre temps et marées!

 


« Le même peut se transformer en son contraire. »

Neuf danseurs performeurs s’agitent et dansent. Ils recommencent en boucle un même morceau, mêmes sons et mêmes mouvements, musique « transrock ». Un grain de sable dans la machinerie quand l’un d’eux arrive en retard au spectacle. Tout s’emballe. Fête jouissive d’une impossible reproduction d’un même geste qui se change en son contraire. Les gags à la Buster Keaton entraînent une chorégraphie tonique, comédie musicale expérimentale d’une énergie dingue. Théâtre, musique et danse s’entremêlent, convoquent le rock du groupe Microréalité, dézinguent le mythe d’Œdipe et ses fatalités. Rien n’est jamais prévisible, rien n’est pareil à rien, comme une définition du spectacle vivant. Après Micro, Press, Arrêts de jeu, Érection et Théâtre des opérations, Pierre Rigal, athlète de haut niveau, fomente un objet d’une liberté joyeuse, une explosion de surprises et de trouvailles.

C'est "une même chose et une autre", ce "même", pareil toujours! "Toujours les mêmes" dit-on de ceux que l'on retrouve au même endroit que soi-même!!! Alors voici un sujet en or pour Pierre Rigal et les interprètes lancés au départ dans l'improvisation aléatoire sur l"accident", la chose qui ne se répète pas et surprend.Ici danse, verbe, jeu, transforment sans cesse ce genre de "comédie humaine musicale" hybride, pleine de rebondissements absurdes, de situations cocasses qui opèrent sur le burlesque, l'absurde, le décalage constant d'une dynamique de groupe saisissante.Les situations s'enchainent, les personnages se dessinent, une banane fait figure de leitmotiv quand tout semble recommencer au final par la scène initiale. Mais rien n'est jamais pareil, ni le contexte, ni les humeurs...Le "même" et son double tricotent sans cesse la poésie des corps qui se livrent à cet exercice périlleux: ne jamais faire la même chose tout en répétant, reproduisant les gestes ou attitudes qui feront un spectacle chorégraphique. C'est drôle, décapant et avec beaucoup de distanciation, de recul face au sujet. Tout se joue devant nous, en empathie avec ceux qui tentent souvent l'impossible: être dans le neuf, le renouveau; la surprise et le déroute!On recommence, on repart à zéro, on met met les pendules à l'heure et la musique borde le tout de ses accents insolites On y chante aussi, à l'envers, le corps renversé, sans jamais tourner en rond, plutôt en spirale ascendante dans un rythme de comédie humaine riche en rebonds, ricochets, unissons et solos dignes d'un bon divertissement intelligent, mêlant les genres, les disciplines et les états d'âmes et de corps! Qui "même" me suive!

Au Théâtre du Rond Point jusqu'au 19 Février

jusqu'au 19 Février  au Théâtre du Rond Point

"Après Jean Luc Godard": le déluge!

 


Le cinéaste Jean-Luc Godard a bouleversé les codes narratifs, montré une jeunesse et sa façon d’être, de bouger, parler, qui était alors absente des écrans. Dans la seconde partie de sa carrière, il a créé un cinéma ouvertement politique. Comment cet héritage artistique peut-il se traduire au théâtre ? Que faut-il prolonger ou questionner aujourd’hui de cette œuvre ? Partant de la liberté et de la rupture qu’incarne Godard, le metteur en scène Eddy D’aranjo invente avec son équipe une forme alliant fiction et mise à jour du processus de création, où se mêlent nostalgie et nécessité de bouleverser les représentations normatives, esthétique et brutalité du réel.

Deux jeunes femmes sur le plateau, un fond d'écran derrière elle...Serions nous au cinéma? Ou quel sorte de spectacle nous attend? Elles nous conduisent, elle comédienne, l'autre technicienne sur les sentiers de l'image qui se fait, caméra au poing, plan séquence garanti sur le corps, le visage de l'autre en noir et blanc: touchante évocation de la figure cinématographique de JL Godard, le corps allongé en apesanteur sur l'écran, la peau lisse d'un visage assoupi, calme et serein. C'est de toute beauté et l'atmosphère  est brossée. Pas de reconstitution, ni d'évocation outrancière des films de Godard, jyuste une touche, un brin, une fêlure, une faille qui s'ouvre et baille..L'érotique et le politique vont se mêler dans la séquence suivante, scène d'intérieur en trois chapitre, la première nous dévoile Jeannot, un vieil homme chancelant, masqué de latex froissée, la nuque recouverte de cette peau plissée artificielle. Il progresse lentement, chute, faiblit sous nos yeux...Filmé en direct et projeté, son visage, son corps sont charnels et frémissants à l'écran comme dans ses "prises" de vue à la Godard qui tiennent les corps, les suivent, les capturent à leur insu. Toute la pièce, forme singulière où les personnages défilent et défient le verbe et le temps, se déroulent sur le mode et le tempo de la lenteur. Pas de précipitation, mais une grande concentration fébrile sur les propos et attitudes des corps des comédiens.Tous affranchis de modèles et lancés à fond dans l'instant, l'improbable lieu du jeu théâtral qui n'est pas celui du cinéma D'après JL Godard, disparition, mélancolie se font et défont à l'envi, tricotent l'atmosphère, vident  ou remplissent le plateau, au sens propre comme au sens figuré dans le décor, atelier de travail, laboratoire photographique...Jeannot c'est l'héritage face à ces jeunes qui hantent la scène avec leurs sentiments d'aujourd'hui, leurs questions, leur tendresse aussi face à un deuil anticipé. Jeannot au final va se démultiplier, s'incarner en chacun d'eux comme une mémoire vivante, solide Ce sera ce clonage annoncé par le monologue d'un comédien sur les artefacts, l'oeuvre de Godard, tout ce dont il parle, ce qu'il écrit ou filme. Face au théâtre, quelle posture ou attitude adopter pour écrire sur cet as de la comédie humaine?

Au TNS jusqu'au 2 Mars

Eddy D’aranjo a été élève du Groupe 44 de l’École TNS, en section Mise en scène (diplômé en 2019). Il a assisté Marie-José Malis (Hypérion en 2014), Julien Gosselin (1993 en 2017, Le Passé en 2021) et Pascal Rambert (Mont Vérité en 2019). Dans le cadre de L’autre saison, il a présenté eddy d’après Édouard Louis en 2018 et Les Disparitions − Désormais, n’a aucune image d’après Christophe Pellet en 2019. Il est artiste associé au TNS ainsi qu’à La Commune (CDN d’Aubervilliers) depuis 2019.

mardi 22 février 2022

"Alice", délices au pays des merveilleux.....


 Au début des années 1860, Lewis Carroll imaginait pour divertir la petite Alice Liddell un monde merveilleux et bien étrange, où le bon sens est illogique, les chats sont nihilistes, les chapeliers fous, les vers à soie opiomanes et les cartes à jouer des soldats aux ordres d’une reine de coeur tyrannique. Mises par écrit en 1865, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles, suivies en 1871 par De l’autre côté du miroir, sont un immense succès populaire. Rapidement, tous les écoliers britanniques et leurs parents connaissent les incroyables péripéties vécues par la jeune Alice qui, pour tromper l’ennui d’un après-midi d’été, suit jusque dans son terrier un lapin blanc très pressé, affublé d’une redingote et d’une montre à gousset. De Walt Disney jusqu’à Tim Burton, nombre d’artistes de toutes les disciplines ont puisé dans cet imaginaire foisonnant et sans limite.
Sur une nouvelle partition de Philip Glass, compositeur majeur du minimalisme américain, les chorégraphes Amir Hosseinpour et Jonathan Lunn réinventent et s’approprient l’univers fantasmagorique imaginé par Lewis Carroll. Affranchis de la narration de l’histoire originelle, les danseurs du Ballet de l’OnR incarnent une nouvelle galerie de créatures et de personnages contemporains autour de l’actrice Sunnyi Melles.

Et de constater que le "merveilleux" opère toujours avec brio et succès, adhésion du public et des interprètes. Chose peu évidente de nos jours délicats ou "croire" ou ne pas "croire" ne se conjugue plus que par bribe et dans la confidentialité. Ici, au grand jour, le fantastique se dévoile sans pudeur, d'emblée au démarrage quand un lapin sort d'un piano et s'y réfugie affublé d'une cantatrice démoniaque. C'est beau et donne le ton de cet opéra ballet hybride et surprenant, aux entrées multiples. Des portes coulissantes pour paravent mobiles....Valse et suspension d'objets comme des sylphides d'origine suspendues aux cintres. Mais ici ce sont des portés fluorescents qui font leurre et artefacts. Effet créé de toute pièce, illusion d'apesanteur, de vitesse, de rémanence très réussi.Alice se glisse sur scène, légère apparition furtive, très mobile, volubile, aux pieds légers, tournoyants: belle perspective sur l'urgence, la rapidité, forme esthétique aussi très réussie. Une danseuse sur pointe, à barbe, un lapin agile, des personnages nombreux en groupe pour des unissons perceptibles en masse de couleurs, de formes .Valse et tourbillon de fleurs en corolles et sépales blanches, vertes comme un parterre tournoyant de tiges animées...Les références sont nombreuses et jouent sur des univers chatoyants, reflets d'une culture dense et riche sur nos mythes environnants de notre mémoire visuelle. 


Alice, c'est un opus non genré, unique, cocasse et poétique où la fantaisie est reine et portée par la musique de Phil Glass, piano en verve et en poupe pour cette oeuvre curieuse et non identifiable. Une lune, une maison hantée de souvenirs et de personnages surgissant de nulle part pour nous emporter très loin au pays du merveilleux: pour ceux bien sur qui se laisseraient encore docilement  émerveiller, sans prise ni frein à leur imagination.

A l'Opéra du Rhin jusqu'au 24 Février 

Musique Philip Glass Chorégraphie, dramaturgie Amir Hosseinpour, Jonathan Lunn Direction musicale Karen Kamensek Scénographie, costumes Anne Marie Legenstein Lumières Fabrice Kebour Video Design et animation des peintures David Haneke Peintures Robert Israel CCN • Ballet de l'Opéra national du Rhin, Orchestre symphonique de Mulhouse

 

"Jezebel" : l'or noir !

 


JEZEBEL
de Cherish Menzo

Danseuse et chorégraphe néerlandaise, Cherish Menzo dénonce l’hypersexualisation des femmes dans les clips de rap et hip-hop des années 90 à travers une réappropriation du mythe biblique de Jézabel, femme séductrice, tyrannique et malfaisante. Captivante, l’artiste dynamite les stéréotypes et les fantasmes et déconstruit les codes de l’imagerie associée aux « Vidéos Vixens ».

C'est une bicyclette dorée qui s'approprie l'espace, lentement mue par un corps à couvert, méconnaissable être hybride, dissimulé sous une peau de bête étrange..Longs ongles, griffes démoniaques au poing!Vision originale et prenante que cette fourrure masquée, inquiétante.Corps transformé, idéalisé sur la scène du show biznes ou du clip vidéo, la femme apparait mythique objet de séduction, de désir fantasmé: de surcroit noire et belle comme ces canons infligés par la société mercantile. Danse de luette et de langue profonde en vidéo caméra direct font effet de choc, érotique à souhait...Ce solo emblématique d'une recherche visuelle sur la condition féminine est danse et mouvement très sensible, à fleur de peau, dénudant les tabous et les réflexes conditionnés de nos regards formatés par les médias.Belle prestation vécue, engagée à son corps défendant par la soliste, danseuse et chorégraphe, le temps d'un show rutilant de strass et paillettes, d'or et d'orpailleuse à la recherche de pépites sexualisées, et de poudre de perlimpinpin hypnotique!

Au Carreau du Temple à l'occasion du festival Everybody le 17 Février

"I'm a bruja": sorcières, je vous aime !

 


I'm a bruja
d'Annabel Guérédrat

Chorégraphe martiniquaise, Annabel Guérédrat signe des performances toujours empreintes d’une profonde réflexion sur le monde et sur la condition féminine en particulier. Seule en scène et nue, l’artiste revêt une à une cinq peaux de brujas, sorcières afro-caribéennes, correspondant à cinq tableaux successifs qui s’entremêlent à mesure de la performance.

Et ça opère dès la première seconde : femme et offerte au regard, nue et crue, décemment habitée de lumière et de justesse, ce solo est vêtu de radicalité, de pudeur et d'engagement. Sorcières multiples et variées aux caractères changeants se lovent et se meuvent à l'envi, se déplacent, bougent et concentrent un univers étrange, magnétique et unique.Femme et esprit malin en sorcière, évoquant Mary Wigman et sa danse tapageuse et cruelle, la voici plongée dans son antre et sa caverne intime pour mieux rayonner à nos yeux rivés sur son corps.Torsion du buste, des cheveux qui se livrent, se délivrent d'une touffe massive pour mieux se nouer, se contenir.Décors changeants selon les situations: cercle magique ou néons virulents pour cerner son arène, son champ d'action.Elle s'affiche ostensiblement dans sa vérité et puise aux tréfonds de sa chair exposée pour notre réflexion, plaisir et dégustation de l'interdit, du profane, de l'étrange...Une belle performance dosée et mitonnée, mijotée comme un élixir de vie, de mort et de résurrection salvatrice. On ne brûle pas cette sorcière bien aimée aux multiples facette kaléidoscopiques !La danse comme potion magique et onguent liquide et huileux en dernière séquence très érotique Badigeon canaille et tentateur de multiples fantasmes enfouis et résurgents à l'occasion de cette performance très "osée" et pudique à la fois!

Au Carreau du Temple dans le cadre du festival Everybody !18 et 19  Février

"De Françoise à Alice": le noir et le jaune leur vont si bien...

 


De Françoise à Alice
de Mickaël Phelippeau

 

Mickaël Phelippeau rencontre Françoise et Alice Davazoglou presque par hasard. En duo sur le plateau, elles se prêtent avec générosité au jeu du « portrait chorégraphique » cher à Mickaël Phelippeau. Avec délicatesse, il interroge les liens qui unissent les deux femmes et leur offre la possibilité de montrer à tous qui elles sont: deux femmes interprètes, l'une dite valide et l'autre porteuse de trisomie 21. Ce duo aborde ainsi la complexité et la constellation des liens qu'elles entretiennent, des divergences qui créent leur complémentarité, tant humainement que dans leur relation à la danse.

Sur le grand plateau de plain-pied du Carreau du Temple deux femmes s'affairent, alors qu'en voix off ou audio description, se raconte leurs faits et gestes quotidiens: elles s'installent à vue et l'on suit sereinement leurs actes, identiques à ceux de femmes concentrées sur leurs taches. Mais voilà que tout s'anime sans mot pour expliquer une tendre et respectueuse relation: mère-fille qui se rencontrent au coeur de la danse, de leurs danses. Loin de toute virtuosité ou performance physique, leurs deux corps se trouvent, s'enlacent complices et filiaux.Elles se comprennent et entament respectueusement un adage charmant et troublant La mère plus aérienne, la fille plus terrestre, au corps de Vénus callipyge de toutes rondeurs, dévoilant des formes généreuses loin des canons fatidiques de la beauté formaté Ce qui est beau ici est insondable, mystérieux, loin des visions chorégraphiques où tout semble appris et reproduit. La relation, liens et liaisons mère-fille se décline à l'envi, forte et sincère dans l'intimité autant que dans le show Alice se sent belle, se questionne, sa mère nous confie son désarroi, de la naissance de cette enfant "différente" aux regards des autres compatissants....Beaucoup est dit ici sur le "handicap" , celui dont "souffrent" ceux qui ne connaissent pas lze bonheur de vivre aux côtés d'une personne extra-ordinaire qui enseigne tant de valeurs à celui qui la fréquente.La danse est simple et étoffée de gestes légers ou graves où s'impose la compréhension, le partage, la considération. Alice se maquille, revêt de beaux atours pour parader aussi, libre de se conformer aussi à une normalité extravagante de paillettes et strass Le droit d'être, de jouir et d'aimer, sa mère, sa compagne en bonne "compagnie", cum-panis empathique et sympathique. Une heure durant on embarque dans la poésie, l'inconfort ou le réconfort de savoir que montrer la vie tout court est aussi l'apanage de la danse. Parcourir l'espace, se poser, se lover au sein du corps de l'autre est bonheur, chaleur et capacité à s"adapter au monde sans soucis des apparences. Ce travail chorégraphique hors norme est le fruit d'une lente approche, d'une adhésion totale à un projet autant audacieux que naturel.Pas de jugement ni de condescendance pour cette ode au noir et jaune, les couleurs de la générosité et de l'intellect, de l'obscurité ou de l'outre-noir. Y voir clair aussi dans nos visions du "beau", du divers comme beaucoup dans le domaine de la danse qui affiche dès lors fragilité, normalité, diversité, aujourd'hui sujet de débat, de considération justement revendiquée dans la justesse et la sérénité Dans la vérité surtout de l'intégrité des interprètes et de Michael Phelippeau, accompagnateur, guide, éclaireur et iconoclaste joyeux de la scène chorégraphique actuelle.L'altérité de chacun, engagée et mise à nue: every body is beautiful !

A u Carreau du Teple dans le cadre du festival "Every body" les 18 et 19 Février

lundi 21 février 2022

"Le jour se rêve": Jean Claude Gallotta et Rodolphe Burger: un duo de choc ! Des salves chorégraphiques, des prises de corps musiciens !

 



« De l'humour et de la pensée, de la fantaisie et de l'invention ! »

En trois tableaux, les danseurs magnifient les troubles solaires de la nature, les phosphorescences des grandes villes, puis livrent une vision folle de l’avenir dans une comédie musicale effrénée. Grâce d’une gestuelle énergique, combats d’anges et humanités fiévreuses… Dans des échappées mouvantes et ludiques, dix interprètes rendent hommage à Merce Cunningham, génie d’une poésie abstraite du mouvement, qui aurait cent ans aujourd’hui. Entre chaque séquence, Jean-Claude Gallotta lui-même danse sur les chansons de Rodolphe Burger. Artiste associé au Rond-Point, le chorégraphe et danseur y a présenté sa trilogie autour des mythologies du rock, L’Homme à tête de chou, My Rock et My Ladies Rock. Avec quatre-vingts créations à son actif, il travaille à ouvrir la danse à toutes les disciplines, cinéma et poésie, musique et arts plastiques.

Ils dansent et ne cessent de dévorer l'espace, les danseurs-performeurs sur le plateau, vêtus de couleurs, masqués corps et visages par collants et tissus désignés par Dominique Gonzalez Foerster avec force traits et formes colorées figeant les expressions en interrogations étranges.La meute, le groupe se met en branle, évolue sur scène en unisson fébrile, en duo, trio comme des esquisses de passages fugitifs évaporés, e, fusées volubiles... C'est la rémanences des signes, traces et points dans l'espace grand ouvert, offert aux corps et à la danse . Entre les séquences, deux solos du maitre à danser, petits gestes composés, furtifs, fébriles, tétaniques comme au bon vieux temps du groupe Emile Dubois", cette arlésienne si mystérieuse...Un solo sur la poésie de Kurt Schwitters qui lui va si bien avec ses onomatopées, ses petits bruits et sons imperceptibles de la voix. Langage inventé de toute pièce.L'homme, le danseur sur la pointe des pieds fait mouche et touche après ce tsunami de voltiges vertigineuses des danseurs en troupe organisée. Quelques échappées belles dans les deux autres saynètes du programme et le tour est joué: on est séduit par la rencontre Gallotta /Burger mais pas si surpris que cela car les compères sont devenus complices sur le plateau et la musique galvanise la horde pour sauts, diagonales et manèges infernaux! Merce veille au grain de ces comètes lancées à pleine allure dans une chorégraphie cosmogonique de haute volée! Tendresse et ralentis en augurent des tonalités variées, des ambiances certes abstraites mais s'y retrouvent soquettes et petits shorts qui baillent contre collant, seconde peau sans trou, à la Cunningham. Un rêve éveillé que de retrouver l'inventivité d'une signature singulière de l'histoire de la danse d'aujourd'hui, de celle des années 1980, fraiches et limpides comme à la source de leur genèse: Gallotta passeur de rêves et de fébrilité composée!

chorégraphie : Jean-Claude Gallotta, musique : Rodolphe Burger, avec : Axelle André, Naïs Arlaud, Ximena Figueroa, Ibrahim Guétissi, Georgia Ives, Fuxi Li, Bernardita Moya Alcalde, Jérémy Silvetti, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger, Jean-Claude Gallotta  


jusqu'au 20 Février au Théâtre du Rond Point

"Humano" et "Intimo": cinquième biennale d'art flamenco: des hommes aux postures libres......


 Après le succès de ¡ Fandango !, duo avec le chanteur David Lagos présenté lors de la dernière Biennale d'art flamenco, et Imperfecto, nouvelle création pour laquelle ses pas de flamenco s'entremêlent au hip hop de Jann Gallois, David Coria vous offre sa performance, Humano, en accès libre dans le Foyer de la danse.

Un solo intense dans l'arène du foyer où il s'offre en proie aux regards circulaires, le danseur s'installe, attribue à chaque objet sa destinée et façonne un épouvantail curieux,et menaçant à son effigie peut-être...Avatar ou partenaire...? Puis s'empare du plateau, au sol, frappant les rythmes de tout son corps en désobéissance totale aux lois du genre flamenco, surtout pour les hommes si glorieux à la verticale! La danse est puissante et profonde, altière ou terrestre, toujours sobre et mesurée, mise en espace judicieusement sous tous les angles.Il est présent et se joue des rythmes complexes et savants avec jubilation contenue, vécue, tremblante de passion à fleur de peau. On le suit dans son parcours quasi à l'aveugle, masqué par un sac de papier kraft qui lui confère un côté surréalisme et cubiste très étrange. La danse est reine, le jeu d'acteur, convaincant et en 20 minutes à peine preuve est faite que l'on attend la suite et le développement de cette esquisse avec impatience et curiosité! .

 


Le danseur Farruquito et ses six musiciens racontent, dans une atmosphère intimiste, les origines et l’histoire du flamenco. La danse dans son état le plus pur.

Si le bailaor Juan Manuel Montoya est surnommé Farruquito, c’est en l’honneur de son grand-père, l’illustre Farruco, dont il a à l’évidence hérité des dons exceptionnels. Son autre surnom, El Capitan, dit la place majeure qu’occupe désormais cet artiste émérite, révélé au grand public en 1995 par le film Flamenco de Carlos Saura. Depuis plus de vingt ans, au fil de spectacles souvent créés « en famille », il a conquis une renommée internationale et séduit par sa danse à la fois authentique et raffinée même les plus rétifs au charme du duende. Íntimo, qu’il interprète en solo accompagné de ses musiciens fétiches, plonge en six séquences, de la seguiriya à l’exaltante fin de fiesta, au cœur de l’histoire et des traditions flamenca. Un voyage éblouissant au cours duquel le Maestro revisite sa propre identité.

Et la musique, le chant s'invitent sur la scène immense pour convoquer l'apparition très attendue du "démiurge" du genre flamenco contemporain, plein de respect, d'audaces et de petites révolutions ténues dans la gestuelle et la mise en espace: celle du danseur autant que les musiciens Chanteuse de choc, c'est Mari Vizarraga, féroce matrone tapageuse et virulente, madre tentaculaire, autoritaire à la voix tonique et puissante. Un personnage incontournable du spectacle de la star qui se laisse prendre  la vedette tant leur duo est puissant, féroce et hurleur!Bel exemple de bascule des rôles que l'on retrouve aussi chez les musiciens tenant tête à ces farouches personnages tirés de la légende. Les pas de Farruquito sont précis, mesurés, francs et percutants, toujours. Profils au corps, traversées ou parcours frontal en poupe, le voici roi du plateau tenant en haleine un public rivé sur lui...Une performance nuancée, très surprenante de modulations et d'outrages au bon sens flamenco. Sol et verticalité convoquées pour exprimer rage, amour; impatience, passion et ....douceur!De l'art de haut vol, de voltiges performantes en spirales et tours fulgurants, les yeux rivés au sol ou brandissant victorieusement sa passion, les bras ouverts en direction du public. Une star qui échappe aux canons classiques du genre pour s'effacer et laisser place aux musiciens...Deux costumes pour les deux parties distinctes, dignes d'une panoplie de toréador, très seyants pour son corps longiligne de toute rigueur et beauté: beauté du geste, liberté du mouvement en poupe. Des instants fulgurants et poétiques qui ne s'oublient pas et laissent des impacts forts, des empreintes vivaces dans les sens et sensations physiques qu'ils génèrent. Du grand art à coup sûr !

Au Théâtre national de la danse à Paris jusqu'au 18 Février.

"Le problème lapin" Cartographie 7 de l’Atlas de l’anthropocène : bonne "pêche" et pas de con-nerie !


 Notre conférencier Frédéric Ferrer revient pour cette 7e cartographie accompagné d’Hélène Schwartz. Ils apporteront les réponses nécessaires à tout ce que vous n’avez jamais osé demander sur le lapin. Lapin sauvage ou domestiqué, en peluche ou en clapier, lapin dans l’espace (en 1959 !), lapin des îles Kerguelen, lapin en civet ou lapin crétin : le lapin est partout, insaisissable, paré de nombreux maux, et interroge les limites de notre monde. De son impact néfaste sur l’environnement à sa résistance acharnée à l’éradication, du lit de nos enfants où trône sa peluche jusqu’aux recettes de nos grands-mères ! Suivez le fil de Frédéric Ferrer qui nous rappelle que le changement climatique affecte tous les domaines y compris la cause lapine !

Et il faut le suivre, ce goulu du verbe, de mots lancés dans un flux incessant et passionnant à vous couper le souffle tant la logique déclinée semble couler de source sur ses lèvres! Frédéric Ferrer est un as de la parole, de l'anti conférence, gesticulée juste ce qu'il faut pour nous conduire au plus profond des terriers de cet animal domestique si familier...Le décor est sobre, un écran vidéo où s'inscrivent des vérités, la marche à suivre, où les chapitres et pensées liées aux propos de notre "conférencier" hors pair. Mais il s'agit d'une paire de complices cette fois-ci pour renforcer la démonstration. C'est Hélène Schwartz qui s'y colle et attend patiemment son tour pour mieux se lâcher sur le sujet: plus directe, plus concrète et pragmatique que son acolyte, elle fonce dans le sujet abrupte ou tendre, douce ou virulente selon Le ton est à l'humour parfois noir, à la dérision mais surtout à la passion débordante pour cet animal digne de tant de faveurs ou entouré de mystères jusqu'à présents restés sans explication. Répondre aux plus de 150 questions récollectées en amont auprès de grand public est un challenge: alors ils en gardent 30 est se donnent 60 minutes chrono pour y répondre devant nous, en alternance ou en se dévorant le territoire, interrompant, se marchant sur les pieds ou sur les plates bandes. C'est drôle, comique, incongru et séduisant; on en perd pas une miette même si parfois on ne suit plus tant tout déferle, surréaliste ou trivial et s'enchaine dans un train d'enfer. Poser un lapin, ou l'histoire du lapin de pâques leur échappe tant on ne "pose" pas de lapin ici et que ce qui est énoncé est simple et semble couler de source. Le lapin "pêche" bien sur, c'est une évidence et au filet. Pas de con-nerie au sujet de la légende de la reproduction des lapin, mais une jolie démonstration du coït en quelques secondes...Ceci multiplié jusqu'à 6 quand même! Tout déferle ici joyeusement pour une ode à celui qui ronge pour se limer les dents alors qu'il n'est pas de la famille des "rongeurs": on en apprend toute les minutes, vrai ou faux peut importe, on en rit de voir un seul sujet si dense se déployer devant nous grâce à ces deux champions du verbe et du geste! Et quand il pleut des lapins, c'est la faute in fine à Fibonacci! Rare performance que ce jeu là, duo cocasse, décoiffant, terre à terre comme notre lapin capable de voler, d'être "l'origine du monde" d'être la pine ou le con comme aux temps anciens...Ca ravigote et frivole prestation en superficie, cette conférence laisse bien des traces savoureuses dans les mémoires qui quittent la salle, ravis et non "gavés" d'informations accumulées Un inventaire à la Prévert, une épopée, odysée lapine très réconfortante et pleine d’ingéniosité, de verve et d'engagement physique.

Mais qui l'a peint, le lapin qui pose pour le peintre à son comble !

lire "l'histoire de lapin Tur" de Nièle Toroni !

Aux Métallos jusqu'au 19 Février

jeudi 10 février 2022

"Des choses qui se dansent" de Germain Louvet

 


Germain Louvet, danseur étoile de l'Opéra de Paris, raconte sa passion et convoque les œuvres qui le portent, celles qui lui résistent. Mais sur scène comme en coulisses, le danseur étoile essaie de bousculer l’ordre établi du milieu de la danse. Germain Louvet fait porter sa voix en faveur de davantage de diversité, remet en cause les codes inculqués, questionne les stéréotypes des corps, et interroge sa pratique jusqu’à renverser l’idée de vocation. Ce récit est celui d’un artiste engagé, pour qui toutes les choses qui se dansent sont un cri.
« Être danseur, c’est passer beaucoup de temps devant le miroir. Comment ne pas m’interroger à chaque spectacle sur mon rôle ? Comment dois-je l’habiter, l’interpréter et le danser devant un public d’aujourd’hui ? J’ai décidé de me raconter tel que je suis, pour être capable ensuite de m’adresser à ceux qu’on ne représente hélas jamais. Le chemin va être long, mais je ne me retournerai pas. Je dois accepter celui que j’étais hier et que je suis toujours, étoile ou pas. Le titre n’y change rien. »

Le 28 décembre 2016, Germain Louvet est consacré danseur étoile à l’issue d’une représentation du Lac des cygnes. Investi d’une exigence d’excellence depuis son admission à l’école de danse de l’Opéra de Paris à l’âge de douze ans, il raconte sa passion, convoque les œuvres qui le portent, celles qui lui résistent. Mais sur scène comme en coulisses, le danseur étoile essaie de bousculer l’ordre établi du milieu de la danse.

Germain Louvet fait porter sa voix en faveur de davantage de diversité, remet en cause les codes inculqués, questionne les stéréotypes des corps, et interroge sa pratique jusqu’à renverser l’idée de vocation. Ce récit est celui d’un artiste engagé, pour qui toutes les choses qui se dansent sont un cri.
 

mercredi 9 février 2022

"Le dragon" : terrassé .....par un cocktail "dragonade" tonique en période de "Dragonnades" insolites...

 


Lancelot arrive dans une bourgade où l’humanité semble s’être résolue à la fatalité. Le lendemain, la jeune Elsa sera emmenée par le Dragon, comme tant d’autres avant elle. D’où vient que les habitant·e·s puissent ainsi se soumettre à l’horreur sans même combattre ? L’auteur russe Evgueni Schwartz écrit cette pièce en 1944, se servant d’éléments du conte et du fantastique pour interroger les forces de résistance face à un pouvoir totalitaire. On retrouve ici l’univers du metteur en scène Thomas Jolly, sa revendication d’un théâtre à la fois populaire et spectaculaire au service de la pensée. Quelles injustices terribles sommes-nous prêt·e·s à accepter tant que nous n’en sommes pas victimes ? Quel dragon faut-il chasser en nous ?

Grandes orgues en préambule, prologue à une odyssée fantastique et onirique, "dragonade", cocktail pétillant en majesté pour une ère secondaire, aire de jeu tempétueuse....C'est un chat qui se tapit, un étranger qui débarque dans un charmant lieu ouvert, demeure bourgeoise calfeutrée ...Qui est ce personnage en lambeaux faisant irruption dans un monde en apparence calme...Mais le chat avoue le secret dissimulé de la contrée: un dragon s'y cache réclamant chaque année sa victime: ce sera ce moment ci , la fille du propriétaire qui est menacée...Conte de fée ou manifeste anti totalitaire, à vous de choisir un angle d'attaque pour ce combat contre les violences et colères qui nous animent et une réalité qui met en jeu l'histoire et l'inconscient collectif. Notons le jeu des acteurs-en particulier la gestuelle du chat -Bruno Delmotte et celle du bourgmestre Bruno Bayeux-, interprétés par des comédiens hors pair aux mouvements savamment désarticulés ou savoureux.Cataleptique bourgmestre, tétanique figure domestique qui hante la pièce et lui confère un caractère énigmatique et prémonitoire.Chaplin en diable et Marx Brothers au menu gestuel!Animé de "perturbations psychomotrices" singulières et digne d'un film muet....

Dragonnades singulières que l'on pourrait ici évoquer -Les dragonnades sont les persécutions dirigées sous le règne de Louis XIV contre les communautés protestantes du royaume de France durant les années 1680, avant et après la révocation en 1685 de l'édit de Nantes, qui avait autorisé le protestantisme et le culte protestant.La mise en scène de cette tonique fresque narrative, est dynamique, et fertile en surprise, mélange et succession de rôles à l'envi que se partagent des comédiens rebondissants d'un personnages à l'autre, endossant de multiples facettes de caractères à la Molière Choeur et chorale désopilante, burlesque ou grotesque pour hurler ou mieux gesticuler la révolte ou l'impuissance du destin. Dans un décor sophistiqué, auréolé de néons dessinant la tête d'un dragon ou l'espace d'une tornade, paysages flamands, feu au loin, tour prend garde: l'univers, le climat et l'ambiance, l'atmosphère est forte et prend le pouvoir dans ce film en "noir et blanc" où les costumes quasi expressionnistes créent un topic saisissant. La ville y figure aussi, vaste façade inclinée, qui défaille en une architectonique à la Frank O Gehry, défaillante aire de jeu en déséquilibre..Un président y fait irruption nous rappelant que le politique veille et sévit au détriment des initiatives et autogestions de tout poils...Théâtre populaire de l'émerveillement et du divertissement intelligent!

A u TNS jusqu'au 8 Février 

vendredi 4 février 2022

"Dialogues" par l'OPS : la clarinette en majesté ! Dialogues, ça va de source...

 


Dans ce concert construit sur mesure pour Jérôme Comte, il peut déployer tout son talent et mettre en évidence la virtuosité de sa clarinette. Elle se teinte de sonorités inventives, d’ambiances contemporaines, non exemptes de références au passé. Dédicataire de l’œuvre de Philippe Hurel, il trouve dans la pièce de Jörg Widmann, compositeur également clarinettiste, un langage ardu dont il se joue avec bonheur. La Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven et son incroyable Allegretto concluent… avec brio. PHILIPPE HUREL

JÖRG WIDMANN Con brio, ouverture de concert d’après Beethoven

Une attaque en règle pour amorcer un aspect quasi symphonique à l'ensemble de l'orchestre, timbales et baguettes judicieusement amorçant des sons et un bruitage percussif original.Souffles ténus des vents puis fulgurances fugaces des sons:tout concourt au contraste d'ambiances qui basculent et forme une sorte de canopée sonore enveloppante, protectrice, architecture d'urgence pour pièce pressée.Vive, enjouée, relevée d'aigus stridents qui tendent vers un crescendo de l'ensemble orchestral.Le rythme endiablé, déferlantes vibrations des cordes pour cerner une atmosphère magistrale, triomphante et tempétueuse.Le légato, large climax reposant pour une accalmie soudaine qui vient rompre le zénith et l'apogée musicale de la pièce!

 

PHILIPPE HUREL Quelques traces dans l’air

La clarinette s'impose soutenue par les cordes et "le vent c'est bien dans ses cordes" pourrait-on dire en observant le jeu de Jérôme Comte, soliste largement porté par l'orchestre.Une atmosphère étrange, suspendue à la tenue des notes et durées s'installe, périlleuse ambiance, fragile: la clarinette émerge sans cesse comme sortant d'une plongée en apnée, elle s'infiltre dans la masse sonore, dans ses failles, jaillit dans la fluidité des sons, des vagues, flux et reflux discontinus.Des coups de becs secs des clapets, des sursauts en élévation dans une distinction précise, ciselée, élégante comme "ornement" très efficace.Une becquée sonore bordée de fréquences et vibrations aiguës pour créer un paysage large, flottant, aérien, planant dans l'éther en suspension...Dans un solo virtuose, le clarinettiste délivre silences et rebondissements, calme et sérénité qui insuffle à l'oeuvre un aspect d'apesanteur, de légèreté faite de dissonances, pour un chatoyant ensemble, pétillant, rayonnant.Fusion, éclats des timbres pour mieux surprendre et tenir en affut à l'écoute de cette pièce portée par Jérôme Comte avec brio et sincérité.En bis, un solo enchanteur dédié au public!

 LUDWIG VAN BEETHOVEN Symphonie n°7 en la majeur

C'est la flamboyance des masses sonores qui introduit cette symphonie à l'ambiance funèbre et recueillie, très nuancée, paisible, délicate, autant que fougueuse et sans retenue. Le chef s'y révèle dans une gestuelle, animant de dos tout son corps impliqué: appuis, reculs, vibrations de la tête, gestuelle efficace, fougueuse et directions du buste à variations multiples, impressionnantes.Dans la reprise virevoltante qui suit, enjouée, puissante et colorée, il semble façonner la musique, sculpte l'espace, danse sa partition invisible, dissocié, sagital, animé de secousses, la chevelure touffue en résonance.Dosé, précis, attentif, en quasi automate baroque Aziz Shokhakimov jubile dans des attaque et postures d'escrimeur, fendu en tierce, perle rare tétanique en robotique pantin en majesté. Épreuve de force que la direction de cette oeuvre turbulente, très connue Son corps musical engagé en accord et complicité avec l'orchestre. Incisif et tranchant directeur musical pour interpréter une oeuvre mégalomaniaque et vivifiante.

Une soirée qui tisse les liens subtils et nous prouve que les influences, sources et créativité font bon ménage et révèlent surprises et imaginaire bien salvateurs!

 Jérôme COMTE, clarinette Aziz SHOKHAKIMOV, direction  

CONFÉRENCE D'AVANT-CONCERT jeudi 3 février à 19h 

Palais de la Musique et des Congrès - Salle Marie Jaëll 

CINQ CONCERTOS : LE SOLISTE AUGMENTÉ avec Philippe Hurel 

Lire "La  clarinette" de vassilis alexandris"


mardi 1 février 2022

"Siguifin": quatre chorégraphes signent un grimoire du merveilleux chorégraphique.

 



Amala Dianor, Alioune Diagne, Ladji Koné et Naomi Fall
France Sénégal Burkina Faso Mali 9 interprètes création 2021

Siguifin

Dédié aux artistes de l’Afrique de l’Ouest et à la rencontre, Siguifin, qui signifie « être magique » en bambara, met en jeu la richesse des échanges entre plusieurs chorégraphes et danseurs. Un spectacle qui emprunte son écriture collective au jeu du cadavre exquis pour déployer toute l’énergie et la vitalité de la danse.

Auprès d’Amala Dianor, trois autres chorégraphes et neufs danseurs. Ils sont originaires de trois pays d’Afrique de l’Ouest – Mali, Sénégal et Burkina Faso. Ce projet singulier et de dimension internationale est l’occasion de retrouver cet art particulier de la rencontre cultivé par l’artiste associé à POLE-SUD de 2016 à 2019. Pour lui, l’enjeu de cette nouvelle pièce est une aventure partagée, à la recherche d’une forme d’écriture collective qui met en valeur la qualité des interprètes réunis le temps de cette création. Elle questionne au plateau, à partir des corps et du mouvement, la rage, la puissance et le désir des danses portées par de jeunes danseurs africains. Dans ce spectacle chorégraphié à plusieurs mains par Alioune Diagne, Souleymane Ladji Koné, Naomi Fall, Amala Dianor se propose de tisser une toile qui relie leurs trois propositions et habille cet « être magique » qui donne son titre à la pièce. Siguifin réunit de multiples savoirs et techniques du mouvement. Autour de cette image et de la richesse des échanges, il s’agit de questionner aussi le présent et l’avenir de la jeunesse africaine, ainsi que de construire ensemble, en dialogue les uns avec les autres. 

Dans une belle unisson de frappes des pieds sur le sol, le dos courbé, ils font apparition, tout en blanc, rayés de noir et rouge: chacun à son tour se détache du groupe, de cette horde ou meute compacte qui ressert les liens, unit les corps ou leur laisse prendre leur envol en soliste. Histoire de peuples qui se conjugue au pluriel autant qu'au singulier Une des trois femmes chante et berce de ses sons étranges le groupe émut de battements, de tressaillements d'épaules, de sourires complices aussi, véritable liaison entre eux.Une ligne frontale ou de profil se dessine dans le calme des percussions corporelles; cette danse chorale très labanienne renforcée par les lignes des costumes qui rappellent la  dynamique de la notation chorégraphique ou de celle de Mondrian. Des arrêts sur image pour respirer et se poser.La cheffe de bande, de tribu donne de la voix et indique la direction à suivre avec une franche et belle autorité.Toujours de splendides battements d'aile dans ce vaste "poulailler" sonore, vivant, volatile.Le tempo change sans cesse , surprenant. La lenteur est repos, pondération, et les corps se déroulent, se déplient à l'envi, composant une calligraphie ondulante, savoureuse, voluptueuse.Comme un maillon qui s'enchaine, les corps se rallient, se relient et fondent des architectures mouvantes de toute beauté.C'est une équipe joyeuse, enjouée, pleine d’allant et d'entrain qui se régale de se mouvoir et de nous communiquer cette allégresse et vivacité.Le sol est en jeu pour de longues reptations en ricochet et écho: on s'observe aussi, avec recul sur des musiques tonitruantes.Le côté ludique renforcé par cette verve et dynamique ascendante qui les projette hors de l'espace commun.A saute mouton sur des cris de meute, l'ambiance va bon train.Une panne de courant survient pour faire une pause et laisser la place au verbe: un petit discours attachant sur les mécanismes de l'économie...Une chaine corporelle unie et solidaire pour écho, en pont et passerelle structure l'espace, le tempo d'une image, d'un tableau éloquent.Le collectif défile en rangée; c'est le ralliement dans le calme et la sérénité.Le plexus offert, les bras en cerceaux, la danse se transforme et la lenteur reprend le dessus. Ralentis vertigineux et fascinants des corps en fusion.De belles torsions et spirales déroulent le flux d'énergie, un solo s'échappe, virtuose hip-hop en poupe, des ombres chinoises tranchent dans le vif de la scénographie, panique au poulailler dans cette agora du geste.On frôle l'agonie de l'un d'eux pour une résurrection miraculeuse, portée par le groupe qui se soulève.On s'évente en dialogue, on se regarde et le plateau vibre de cette convivialité, de cet "être ensemble" qui parait couler de source.La terre attire les corps et le rythme des pieds nus frappe le sol, terre nourricière du rebond, de la joie.Un côté comique est largement endossé, revendiqué dans cette épopée, odyssée de l'Afrique qui vibre Avec distanciation et distinction, l'écriture chorégraphique est forte, tracée, variable comme ce petit épisode robotique fugace et malin, fait de pantins désarticulés. En épilogue une image soudée d'un groupe hétérogène, uni pour célébrer le rythme et la joie du collectif!

A Pole Sud, les 1 et 2 février