lundi 28 mai 2018

"De sang et de lumière" Rachida Brakni et Laurent Gaudé: un "tandem" pour "faire danser les ombres"


Dans le cadre de l'Autre Saison, le TNS vous invite à redécouvrir le premier recueil de poèmes de Laurent Gaudé, «De sang et de lumière» (Actes Sud, mars 2017), à travers la lecture d'extraits par Rachida Brakni et Laurent Gaudé. Romancier, nouvelliste et dramaturge, Laurent Gaudé est l'un des auteurs français les plus reconnus de sa génération. Son oeuvre est traduite dans le monde entier. En 2004 il reçoit le prix Goncourt pour son roman «Le Soleil des Scorta».

Un duo, un "à deux voix" pour cette lecture-surprise des textes de Laurent Gaudé, un "enfant" du TNS, du temps où son maître pouvait être Gignoux et où son premier texte "Onysos le furieux"fut monté par Yannis Kokkos !
C'est donc dans cette émotion vive, proche et directe, qu'il nous adresse cette "nouvelle". 
"Faire danser les ombres", un ouvrage sur la cruauté politique, très poétique dans l'éthique de son écriture, est entre autre une "référence" de son univers , actuel, prégnant, à vif. 
Très ancré dans le récit sur l'Afrique et son histoire de souffrance, sur l'esclavage, "Le chant des sept tours" délivre un récit sur l'espace physique et mental de la maltraitance des esclaves par les maîtres, les tours étant ces étapes sordides, exécutées par les "captifs" autour de l'arbre sacré, l'arbre de l'oubli: cet esclavage qui tourne en bourrique et tue, achève ses chevaux et extermine des naufragés. 
Avec Solange, c'est la mère, la fille qui se dévoilent dans cette poésie du "voyage" autant virtuel que charnel, présent, habité de sensations, celles des mots qui sourdent des lèvres de Rachida Brakti, discrètement éprise des mots, de la syntaxe, souple, flexible.
"Le secret de Paris"" c'est un hommage aux "baptisés des terrasses", ceux que les attentats ont affectés, tous ceux qui victimes des terrorismes sous toute forme, vivent sur le qui-vive.
Laurent Gaudé fait  danser dans une dernière ronde mystique les disparus et les survivants, comme un devoir de mémoire pour les premiers et une reconnaissance au courage des seconds. C'est un message d'espoir à la reconstruction et à la vie renaissante.
Une belle rencontre pour un temps de lecture partagée, émouvante et structurante, paisible mais posant les jalons d'un engagement et d'un inflexion poétique sur l'aaujourd'hui que nous vivons, implacable.

Au TNS le 28 Mai dans le cadre de " l'autre saison"



- « Je veux une poésie qui s’écrive à hauteur d’hommes. Qui regarde le malheur dans les yeux et sache que dire la chute, c’est encore rester debout. Une poésie qui marche derrière la longue colonne des vaincus et qui porte en elle part égale de honte et de fraternité. Une poésie qui sache l’inégalité violente des hommes devant la voracité du malheur. » 
- « Tu es Solange
Tout est à toi qui n’as rien
Et pourquoi pas la joie ?
La fierté d’être femme
Fille de mère nombreuse,
Indisciplinée au temps,
Affranchie,
Sœur des fougères qui plient
  doucement sous le vent.
Solange,
La fille qui ouvre le ciel
Et rachète,
Par le simple déhanchement
   de son sourire,
Nos vies indistinctes. »
 « Et pourquoi pas la joie ? »,

dimanche 27 mai 2018

"Elan Vital":Il- y-a quelqu'un ou Bergson ? L"Inimaginable" concert dominical !

"ELAN VITAL" 

Le troisième concert de la saison de l'Imaginaire a été conçu en étroite collaboration avec Paul Clift. La réflexion sur différentes façons d'observer un objet l'incite à assembler ces œuvres pour accompagner sa nouvelle pièce "Élan Vital" pour le quatuor de l'Imaginaire : flûte, clarinette, saxophone, et piano. 


En "prologue", un opus de Paul Clift “Feuille volante” pour flûte alto seule
Keiko Murakami, de noir et blanc vêtue s'avance, recueillie.Elle entame un long phrasé, en écho, entrecoupé de silences.Gracieuse, le geste retenu, flûte rivée au corps comme un prolongement de l'émission de son souffle.Des mugissements langoureux, indicibles, ponctués de respirations. Keiko fait des vagues de son corps, marche, se balance,oscille, respire et émet de longues sonorités aiguës, suspendues. Se plie et ne rompt pas, enchante et magnifie la partition, discrète, secrète.



photo la fleur du dimanche


La pièce suivante, de Salvatore Sciarrino “D’un faune” pour flûte et piano enchaîne ce moment de grâce.
Des râles, des grognements de cochon sauvage s'emparent de la flûtiste, animal frustre, bien à l'opposé de la pièce précédente! En réponse, le piano se glisse discret dans cet univers abrupte de barissements, la flute comme un faune sylvestre en chasse, en rut Puis se métamorphose, légère, aérienne en contraste, comme deux personnages se dédoublant.alors que l'aspect chasseur reprend le dessus, renifle, guette, rôde, scrute l'entourage.
Ignorant, ces bassesses, la même flûte, s'élève dans l'éther alors que survient le piano dans ce paysage de clairière.Des timbres aigus se démultiplient comme des ondes aquatiques.Alors que le vent de la flûte traverse et fend l'espace sonore.Comme une submersion, de la tendresse ouatée, veloutée et sensuelle sourd de la partition. Faune à la Picasso ou à la Nijinsky, de très beaux gestes des instrumentistes font voyager dans notre imaginaire à chacun de nous Ascension des tonalités, renforcement des identités de chacun des filtres instrumentaux, altérité des caractères fusionnent dans la douceur. Un magnétique duo, très "animal".

photo: la fleur du dimanche

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Philippe Leroux “SPP” pour saxophone et piano pour continuer la navigation, comme une avancée, marche du saxo sur tapis de piano vibrant.Rondeur et chaleur de la matière sonore pour un climat de mugissement de sirènes, pas de loup du piano, touche par touche, martèlement du rythme à l'appui. Des cascades de sonorités, s'écoulent en rigole sur le sol, de marche en marche, la pièce avance, funambule en déséquilibre.Dans une urgence, pressée, course folle l'un  vis à vis de l'autre Qui l'emporte en fin de course après s'être rattrapés en jouant le ludique et l'insouciance.Accéléré de rythmes, rapidité, dextérité des interprètes affolante pour créer un beau volume sonore et de l'amplitude.Dans les graves, on se fâche, on s'énerve on se surpasse, on se double....Un joyeux carnaval , charivari, gai, enjoué, performant se dessine, s'installe Un beau ralenti en redescente de tension dans le réel après un long voyage endiablé.L'impatience se calme en retour en quelques petites touches pianistques égrenées.
Un re-démarrage en trombe pour semer la zizanie , encore une course de vitesse entre les deux protagonistes et l'on voit défiler des images à toute vitesse.Grondement du piano qui inonde et recouvre les sonorités font de cette oeuvre très resserrée, tonique, effervescente, hallucinant voyage en décélération ou accélérations.Au final, l'épuisement, la perte et la dépense font se taire chacun.


photo: la fleur du dimanche
Daniele Bravile Bravi “Aris” pour clarinette basse prend le relais, le flambeau: un coup de cœur pour Adam Starkie qui nous livre son petit secret d'interprétation."Aris" ne signifie rien, alors tout est permis! Sinon regarder un objet dans un musée, de près, de loin!
Ambiance contemplative, religieuse, recueillie, méditative..Quelques beaux déhanchés du corps du soliste,avec accents et appuis dans la lenteur puis du vif, des pirouettes, des éclats, du jaillissement pour fuir la torpeur.Le regard ou l'objet s'animent se poursuivent en rond de bosse Quelques belles envolées, échappées pour créer un suspens intrigant, une attente; l'ouverture des sonorités qui fusent dans la respiration soutenue, le souffle de Adam qui frôle l'espace, subjuguent. Des cris aigus, affolés, effrayés, effrayant évoquent Belfégor, la nuit, au musée ! Le danger menace, une lutte, un combat s'installent lors de cette observation partiale des faits: quiétude, inquiétude sont de la partie.Attraper le son au vol, saisir les notes puis regarder le résultat, libre, ou possédé ...Retour au calme, fin du rêve. Une pièce pour interprète virtuose et performant, animé d'empathie avec l'écriture du compositeur !

Et pour terminer cette matinée musicale, messe pour le temps présent dominical, brunch copieux pour oreilles sensibles et affamées de sons inédits, voici de Paul Clift,  “Elan Vital” - création (commande de l'Imaginaire), qu'il nous commente en live: Bergson et ses découvertes sur l'espèce et son évolution, le questionne dans ce long processus de mutation aléatoire sur la "génération". Et qu'en est-il de l'"évolution" de la création musicale?
Réponse avec "Elan vital", quatuor détonant qui débute en longue tenue entrecoupée des interventions de chacun comme une cacophonie bienvenue, un chaos organisé, en couches napées de nuages et brumes persistants. Des grincements, inconfort pour l'oreille pour l'écoute, désagrément, dérangement à rebrousse poil, dissonances et amoncellement de timbres: de quoi surprendre et étonner, décaler et intriguer !
Ni flatteurs, ni séduisants, les sons décapent au vitriol: longue tenue des vents, sur le fil, espace qui s'étire, chancelant, qui s'allonge, comme se frayant un chemin, un parcours qui file, droit au but.Calme après ce cataclysme sonore de cet univers "timbré", fou :des fréquences inaudibles, salutaires, inouïes! 
Silence, piano solo aux ondes tranquilles, puis les trois autres le rattrapent dans sa course folle, le piano s'affole dans une vélocité incroyable; l'amplification sonore ascendante croit, au zénith, déployée en sons grandissants dans un espace infini. Ouvert, sidéral digne d'un récit de science fiction, sur une planète inconnue, dans le cosmos en folie.Tectonique des plaques pour accueillir ce vaisseau spatial incongru, qui traverse le temps.

Et comme d'habitude, le concert est suivi d'un moment convivial autour d'un apéro!


Au Faubourg 12 le 27 Mai

"Matrix": regarder la musique, écouter le cinéma !La maïeutique opère !


"Ce ciné-concert associe les images visionnaires d'un film de science-fiction aux sonorités d'un grand orchestre symphonique. La bande originale de Don Davis est jouée en live pendant la projection du film et dirigé par le compositeur lui-même! 

L’écriture de Don Davis s'adapte à la complexité du film MATRIX : elle associe des techniques minimalistes et polytonales à des superpositions de tonalités dissonantes et à des explosions de style « classique ». Une bande originale qui a marqué l'histoire des musiques de films. Le synopsis du film : l'expert en informatique Thomas Anderson (Keanu Reeves) mène une double vie : le jour, il travaille comme programmeur pour une grande entreprise de logiciels et la nuit, il joue les hackers sur Internet sous le pseudonyme « Neo ». Un soir, il est contacté par une mystérieuse organisation clandestine. Le chef du groupe – le terroriste recherché Morpheus (Laurence Fishburne) – lui confie un terrible secret : la réalité, telle que nous la connaissons, n'est qu'un monde imaginaire. En réalité, les Hommes sont depuis longtemps dominés par une puissance virtuelle surnaturelle – la Matrice, ..."





“Nous ne venons pas au cinéma pour entendre de la musique. Nous demandons à la musique
d’approfondir en nous une impression visuelle.”
Maurice Jaubert, 1936

Alors, en avant pour cet événement, dans un zénith bondé, un public varié, de tout horizon, de tous âges !
De quoi fédérer les passionnés de cinéma, de musique, d'orchestre et de science fiction!
Pas de "friction" ici entre musique et images, récit parlé et notes mélodiques..
Car la musique de Davis est omniprésente, discret prolongement du rythme du montage, découpage et enchaînement des plans. Indissociable du propos, soulignant le suspens, comme les grands moments de déferlement de technologies nouvelles  (de l'époque). De la haute voltige en direct,Lecture instantanée du défilé du film, la partition additionne les contrastes, les surprises et borde l'image de façon à soutenir l'intrigue, sans jamais la noyer sous un flot déferlant de sons et de fureurs.Des séquences comme la métamorphose du héros ou sa descente aux enfers sont médusantes et la musique aspire le protagoniste ou le démonte à l'envi.



 La scène du kungfu se borde  de percussions intrusives pour mieux accompagner des figures, postures et attitudes singulières: voltige, sauts, cabrioles et retenues en ralenti, envolées corporelles hors normes, dignes de numéros ce cirque de trapèze...Tout concourt à l'osmose, la symbiose et la musique se pose sans s'imposer, toujours aux aguets des images, des dialogues .Les instants de silence consacrés à la parole ou au simple enchantement des images sont autant de pauses, de recueillement sur son absence.Là où rayonne la magie de la réalisation fantastique, apparaît la justesse entre monde réel et cette "matrice" accoucheuse de monstres, de morphings, de trucages et paysages urbains aux perspectives vertigineuses ! Maïeutique de l'art, catharsis et empathie au programme !



La masse de l'orchestre opère dans des moments très lyriques, enfle et rebondit sur l'intrigue, faisant avancer à grand pas le récit, participant à l'écriture même d'un scénario catastrophe ou poétique. L' Amérique, Hollywood sont bien là, au seuil d'une machinerie démoniaque où la beauté des images subjugue, où la musique s'incline parfois devant tant de plasticité, d'inventivité et d'efficacité. En un combat singulier, chacun trouve sa place et le grand écran vibre à notre insu de sons, de lignes musicales, toniques, déflagrations ou accalmie en ligne de mire.
Epoustoufflante interprétation en direct d'un orchestre, aguerri à toutes les expériences, sous la baguette du chef, compositeur et meneur de jeu, de tempo, d'espace et de timbres, multiples et inventifs, inspirés et oniriques!




Don Davis, en silhouette devant l'écran semble parfois faire partie intégrante de la toile, comme un sous-titre appuyant la compréhension, révélant ce que l'image donne à voir et à entendre: une chorégraphie visuelle, rythmique et sensible, une partition, composition très inspirée d'un film culte où ce soir là on regarde la musique, on écoute les images
Au zénith de leur valorisation ainsi magnifiée
Et quand défile le générique de fin, les images se taisent et s'éffacent, la musique seule résonne et donne envie de la ré-écouter pour elle seule dans une communion intense, un souvenir du film en rémanence dans notre mémoire, toute oreille seule aux aguets, en alerte !
Au Zénith le 26 Mai

Et rendez vous le 21 Septembre pour "200 Motels" de Franck Zappa dans le cadre de Musica 2018 au Zénith avec le Philarmonique de Strasbourg, et d'autres !

Michel Chion, La Musique au cinéma, Fayard, 1995.
"Histoire de la musique de film" de Florian Guilloux
et

vendredi 25 mai 2018

"D'à côté": ici et ailleurs ! Attention, fragile !


"Habité et nourri depuis toujours par des mondes imaginaires, Christian Rizzo compose un univers fait de plasticité et traversé par d’étranges présences.Avec trois danseurs et figures hybrides, d’à côté développe une narration abstraite construite en ruptures, métamorphoses et libres associations 
d’images. De ce langage surgissent des formes fantasmagoriques où les corps ne sont pas l’unique vecteur d’écriture. Au plateau, apparitions et disparitions construisent un paysage mouvant où la danse et les objets dialoguent avec la lumière et le son. Un espace onirique dans lequel chaque protagoniste invite l’autre à la découverte de son univers.Christian Rizzo débute son parcours à Toulouse où il monte un groupe de rock, crée une marque de vêtements avant de se former aux arts plastiques puis de se tourner vers la danse, de façon inattendue . Dans les années 1990, il est interprète auprès de nombreux chorégraphes contemporains et fonde l’association fragile avec laquelle il monte plus d’une trentaine de productions.En 2015, Christian Rizzo prend la direction du Centre Chorégraphique National de Montpellier, aujourd’hui nommé Institut Chorégraphique International (ICI)."




Trois danseurs, trois hommes, de vert, bleu et rouge vêtus, trois êtres qui transportent des plantes en pot sur une musique de percussions et de chants d'oiseaux: compères, complices de cette petite cérémonie, sur "la plante" des pieds.
Trois passeurs de gestes, entrelacs incessants entre eux, faits de portés, de tirer-pousser et de rebonds. Ils se manipulent à l'envi dans un décor très plastique, de néons en tiges verticales où de petites lucioles pétillent comme des chenilles processionnaires...Drôle et ludique, sans faux rires ni effets de narration ou de récits, la pièce avance en autant de tableaux, de séquences où se passe le flambeau d'une gestuelle fluide, virevoltante. Un solo, avec des courses en arrière, à reculons, des vrilles et torsades, des déséquilibres savamment calculés....Chacun son style, sa grâce, sa vélocité, sa promptitude et quand ils se rejoignent c'est pour une unisson de formes, bête à trois dos, manège de courses folles, ou bestiole à six pieds, six bras, des hybrides tout simples qu'il fallait inventer. Sans jamais s’arrêter dans une forme, les métamorphoses opèrent et deux "têtes de mule" à la Xavier Veillant sèment le trouble, masques tectoniques. Des ondes de lumière tracent en fond des vagues, des montagnes qui vibrent, un paysage changeant, où se confondent les corps qui se plient sous les effets de rythmes graphiques. Alors que la musique se glisse dans ses entrelacs de corps dansants.Des silhouettes de visages impriment les blocs blancs qui se déplacent pour incarner une architecture mouvante, nomade.Le courant passe à travers des diagonales de tiges lumineuses sur fond de voix et de souffles haletants.Une danse rituelle, quelques rondes trad ou folkloriques pour mener le jeu, de jambes et de pieds. Un voyage à travers les sources de l'écriture chorégraphique, de la danse, et le tour est joué !
Dans le taillis et la forêt, les lutins colorés dansent, dans les clairières des dispositifs mouvants, l'horizon s'ouvre et se ferme, le ciel étoilé appariait. Jolie esquisse d'un travail plastique, entre danse des bâtons, ritournelle et routine.
Le rythme d'un métronome vient remettre de l'ordre dans cette joyeuse tribu, dans ce fatras de blocs blancs mobiles, dispositif ingénieux qui se construit et déconstruit à l'envi.



De beaux élans dans les courses, un solo de l'homme en rouge, cascade de gestes toniques, enroulés, fragmentés, véloces. Christian Rizzo signe ici un opus sobre et efficace, poétique et abstrait qui se nourrit d'une énergie magnétique entre les trois interprètes en osmose et symbiose évidente.Et quand parait l'homme sauvage et le monstre noir aux tentacules volatiles, le bestiaire magnifique et fantastique l'emporte et la danse de ce mikado noir aux bras multiples, enchante dans un climat serein où la peur n'a pas droit au registre. Fantastique évocation de mondes habités par des hommes simples et mouvants, des êtres qui vivent l'espace en le construisant constamment dans une belle énergie partagée.Nicolas Fayol, Bruno Lafourcade et Baptiste Ménard à l'écoute, au diapason d'une écriture signée "fragile" bien d'"ici" et de nulle part ailleurs,dans ces paysages urbains ou bucoliques si évocateurs d'atmosphères lumineuses, signées Caty Olive sous les bons auspices musicaux de Pénélope Michel et Nicolas Devos.
Et quand les sculptures mouvantes disparaissent dans les brumes des fumigènes, le rêve est terminé !



Une "bande" de créateurs pour ce "D'à côté"séduisant, pour petits et grands !
Au TJP jusqu'au 25 Mai

"Je crois en un seul dieu" : jour deux fêtes...


"Texte de Stefano Massini - Mise en scène de Arnaud Meunier - Avec Rachida Brakni. Le metteur en scène Arnaud Meunier - directeur depuis 2011 de la Comédie de Saint-Étienne - met en scène pour la troisième fois un texte de l’auteur italien Stefano Massini. Je crois en un seul dieu, pièce écrite pour une actrice, raconte les trajectoires de trois femmes au cœur du conflit israélo-palestinien : une jeune étudiante islamique palestinienne, une Israélienne, professeure d’histoire juive, et une militaire américaine. Rachida Brakni donne corps à ces femmes, nous plongeant dans leur quotidien ainsi que dans le secret de leurs pensées intimes et politiques."


D'abord, il y a Shirin, celle qui va commettre l'irréparable, le meurtre, celle qui, endoctrinée , sera la plus fragile, silhouette toute de noir vêtue, frêle, debout, de profil, le geste sobre et lent, la démarche assurée, mais menacée, manipulée par des voix étrangères à son corps.
C'est grâce au jeu de Rachida Brakni que l'on plonge au cœur de la complexité des choses, dans une rare empathie, physique, intellectuelle, humaine, sensible et inspirée.
Vélocité, prise de risque infime mais réelle et bien campée par une interprète qui habite, vit et donne chair à ces femmes éperdues devant les faits, le terrorisme. Les lieux évoqués, supermarché, frontières, rappellent au devoir de mémoire et l'ère du soupçon ne fait pas se ternir l'âge des héros qui peuplent le propos. Tout y est dans ce paysage dévasté, pour bâtir un "panorama" de cette abréaction", empathie ou catharsis du spectateur avec le propos.
Puis, dans un savant entrelacs de gestes, voici la première transformation, médusante: discrète, ténue métamorphose, le professeur Eden Golan. Fière allure, décontractée, animée de la passion de l'échange, du partage, de la compréhension par l'intelligence du savoir, de l'histoire: oui, la connaissance sauve de l'obscurantisme et efface les différences. Belle et charmante incarnation du savoir, féminine et savante, pour mieux "inter ligere" les êtres humains, accompagner ses étudiants dans le chemin des lumières !
Et puis, il nous manquait  l'américaine, engagée dans les forces armées, volontaire, abrupte et brute de coffrage: Mina Wikinson, les deux pieds bien ancrés au sol, radicale bienfaitrice de l'humanité, basique et simple rapporteuse des événements: il y a chez elle du "bon sens près de chez vous" qui n'échappe pas aux paroles banales, entendues partout.
Sur le thème du terrorisme, la pièce, long monologue, articulé savamment entre les trois personnages qui tricotent en alternance trois caractères fondamentaux. La soumission aux voies de Dieu et de l'endoctrinement, la sagesse de la réflexion, la bonhommie du quidam de la rue, passif et fataliste.
Quelle "opinion" se faire à propos de chacune, sinon écouter leurs arguments, entendre leurs souffrances, stupéfactions ou indifférence. L'auteur, très subtil navigateur dans une marée de mots pesés, choisis, calibrés pour ne pas être de la langue de bois,se fraie un chemin, hors des sentiers battus 
Le sujet interpelle, questionne, séduit, engage notre réflexion sans concession, mais sans brutalité, ni prise d'otage!
On se sent libre d’interpréter ses attitudes contrastées, vraies, justes, mesurées. Le verbe, volubile, incarné par une comédienne qui endosse les trois rôles en passant de l'un à l'autre en de subtiles glissades corporelles, est touchante et convaincante.Et si "tous les discours et les commentaires trahissent une gigantesque abréaction à l'événement même et à la fascination qu'il 'exerce" selon Baudrillard dans "L'esprit du terrorisme", la pièce ne démontre rien, n'endoctrine aucun esprit susceptible d'être séduit ou passionné, déshumanisé par une attitude radicale et obscurantiste.



Le corps suit aisément dans l'ombre ou la lumière sur le plateau, huis clos entre trois murs et trois issues possibles: fermées ou ouvertes, laissant filtrer tous les possibles 
Le metteur en scène jour sur le fil, en funambule averti, maîtrisant équilibre, espace et déséquilibre dans un paysage meurtri où les mémoires de chacun voudront bien peser le pour et le contre sans manichéisme


Mais quand survient l'impossible, le meurtre de deux amies par Shirin, piégée par ses pairs, le consternation survient. C'est troublant, opaque et terrifiant !
Chorégraphié, mis en corps par Loic Touzé, le jeu est celui du sensible , ce qui "émeut" et fait bouger la comédienne: d'une figure sobre et soumise, tête baisée, au corps planté et glorieux de la battante américaine, soldat, la professeure se love dans un phrasé ondoyant, joyeux, saisissant de naturel.
Le corps incarne les trois facettes du texte, les mots qui sourdent de ses lèvres, de sa pensée.Le flux des gestes, en petite danse minimaliste et très opérationnelle, rebondit et permet les métamorphoses de cette chrysalide habile et labile.



Jour de fête ou de mort, jour qui tétanise sans rétrécir nos pensées abasourdies par la violence des faits ou la simplicité des informations, toujours les mêmes, au sujet de ce qui anime l'histoire d'aujourd'hui.

AU TNS jusqu'au 3 Juin


mercredi 23 mai 2018

"Les sept péchés capitaux" : sens dessus dessous !


Le cabaret comme lieu d’illusions, de rêves obscurs et interdits. Trois femmes nous interpellent avec leurs récits étranges où se croisent la nuit, la lune, la solitude, mais aussi le plaisir, l’argent, le succès. Comment ne pas vouloir les suivre jusqu’au « prochain whisky bar » ? Tout n’est qu’illusion ou mirage qui s’éteindra aussitôt que reviendra la lumière. Et pourtant... David Pountney, avec la complicité du chef d’orchestre Roland Kluttig, associe trois courts joyaux nimbés de scandale où danse, chant et musique évoquent le mystère et le sens de la vie. Les créations de Pierrot lunaire de Schönberg, des Sept Péchés capitaux (devant le public parisien du Théâtre des Champs-élysées en 1933) et de Mahagonny Songspiel de Weill agitèrent les esprits, provoquèrent enthousiasme et débats. Leurs saveurs particulières suscitent toujours autant de fictions attirantes et troublantes.



Noir et blanc...de peau 
Tout démarre par un jeu de mime entre les protagonistes, dissimulés par un rideau de fortune, dans des halos de lumière de théâtre de Guignol: portrait, jeu de massacre ou simple préambule à la non conformité du spectacle: les dés sont lancés et à nous de tisser les liens entre Weill et Schonberg dans ce grand cabaret de l'infortune , ce "mahagonny songspiel" où tout est troublé, décalé, désorganisé pour mieux interroger et surprendre, impacter la notion de "cabaret" et en faire un vaste panorama, chanté, dansé, récité, mimé.... Une joyeuse bande défile, en noir et blanc, costumes seyants de carnaval sombre et morbide. Et si le rire et la mort étaient voisins dans cette diatribe, cette mascarade sur "le noir" de peau, le "blanc" de chair, cette notion curieuse de "mahagonny" qui n'en finit pas de rebondir sur les lèvres des chanteurs ?....
Petites cérémonies rituelles qui s’enchaînent pour mieux souder les trois femmes, sensuelles, démoniaques et perverses: deux chanteuses et une danseuse qui se tétanise en autant de petits bougés syncopés, hachés, électriques....Danses inspirées du foxtrot ou de shimmy, à l'époque grande vogue des bals mondains où l'on s'encanaille...La danseuse, Wendy Tadrous épouse la chorégraphie de Amir Hosseinpour avec célérité, volupté et vélocité, remarquables. Elle incarne cette facilité, cette vigilance aiguë et précise qui dompte le rythme et délivre cette société de ses contradictions éparses. Elle danse l'implacable destin de ces marionnettes à fil, ces pantins désarticulés au service du pouvoir, dans des comportements stéréotypés, calqués sur des modèles convenables qui cherchent à se libérer cependant des étiquettes guindées. Des jeux de jambes, de gambettes, des "postérieurs" bien en évidence pour brosser un portrait de cette tribu hommes-femmes quelque peu en perte de repères dans un monde glissant à la dérive. Le cabaret pour sauver la face, sur cet échafaudage majestueux où l'orchestre siège en beauté. Une voie de circulation, jaune en fond de scène où une automobile est immobilisée, en perspective de plongée, fait basculer l'ambiance.



Alors c'est en "sandwich" que se glisse "Le pierrot lunaire", oeuvre énigmatique, toute de sprechgesang, sombre, ardue et prophétique. Il fallait oser faire la glissade et proposer une version plus "légère" de cette oeuvre charnière, abrupte et cependant très poétique. Ce sont les trois femmes qui mènent chant et danse lors de chacun des chapitres: la lune, pierrot, la madone...la nuit.Autant de figures incarnées, psalmodiées par Lauren Michelle et Lenneke Ruiteny, toutes deux différentes, l'une lunaire, charnelle, sensuelle, l'autre plus retenue.



Après l'entracte,déferlent "les sept péchés capitaux" une oeuvre jouée sur un ring, penché, en déséquilibre où vont se jouer les destins des personnages dans tous les "sens" animés: belle volupté, orgueil affirmé, avarice suggérée;bref, la musique enchante on y renoue avec Weill avec bonheur et la mise en scène bâtit des châteaux de cartes du haut des praticables échafaudés ourlés de néons à la Morellet,qui maintiennent en survie cette petite population agitée de "bons" sentiments. La danseuse sur pointes fait bonne figure, chorégraphiée par Beate Vollak: inspirée de la danse d'expression allemande, plus émotive et retenue, plus expressive que dans les deux pièces précédentes.
Un spectacle, coup de poing à sa manière qui bouscule le cabaret, ravive les uns et les autres embaumés, vivifie et dépoussière une époque complexe et manipule des ingrédients en mélangeant les genres avec audace, sans complexe, affirmant des choix assumés et revendiqués!

à l'Opéra du Rhin jusqu'au 28 Mai à Strsbourg

jeudi 17 mai 2018

"Dites : 9-9" ! Vos papiers! Marc Nammour, grand corps inspiré !


Dans le cadre de L'Autre Saison - Un spectacle de Marc Nammour et Lorenzo Bianchi-Hoesch. Avec Marc Nammour et les musiciens Rishab Prasanna, Lorenzo Bianchi-Hoesch, Jérôme Boivin, Amir ElSaffar. 
Utopie au sens strict, le 99 est un département français qui n'existe pas. Dernier de la liste de numéros que propose l'administration française pour déterminer le lieu d'origine des individus, il concerne toute personne, française ou non, née à l'étranger. Les natifs du 99 seraient donc des êtres sans territoire, regroupés par un terme qui ne leur laisse aucun point commun à revendiquer, sinon l'ailleurs et l'altérité. Ces deux notions n'étant pas pour lui déplaire, le rappeur Marc Nammour interroge les sens politique et poétique du numéro 99. Sans passeport à présenter et sans peur devant l'altérité, les instruments et les voix puisent dans des temps, des langues et des régions du monde dont les frontières, même barbelées, ne pourront empêcher les croisements, les influences et l'enrichissement mutuel. Un projet où rap, musique electronique et jazz se mêlent les accords.

Cru "99"
Excellent élixir que ce lait de la vigne, cru "99" à qui il ne manque ni fragrance, ni bouquet, ni robe ou touche minérale !
Bref, pour faire court, et laconique, efficace et bref, "99" c'est une bombe, un pavé dans la marre, un caillou qui ricoche et fait mouche, une onde de choc dans la vie agitée des eaux dormantes....Quatre musiciens dans le vent, s'agitent et s'échinent à créer une ambiance hors norme pour brosser l'atmosphère de ce "non lieu" extra-ordinaire, le 9-9 qui ressemblerait à une île si les archipels du pourtour n'étaient pas de garde fou pour la cerner
9-9 c'est la preuve par neuf qu'il n'y a rien de neuf sur cette planète de banlieue bleue, où le bien "naître" n'est pas de mise où, le bien hêtre sans ses racines, c'est le pays qui fait hurler de douleur, dans l'exil et la perte, la distance qui sépare le fils du père, l'homme de sa terre natale.
C'est beau à en hurler, à crier que "on ne naît pas 99, on le devient", ce fantôme, dans le trouble, le flou des contours sans frontières de ce territoire de survie."Tête à rire et à risque", le slameur, poète y devient le centre d'une utopie improbable et hautaine
Quoi de neuf docteur sur ce caniard où un grand corps pas malade, baisse les bras, courbe le dos sans aucun enthousiasme ou euphorie pour le transporter hors champs.L'échine basse, seul le verbe va le faire se relever, en érection salutaire pour mieux évacuer rage, tristesse, nostalgie et bâtir une mélancolie partagée sur son sort.
En 99 des notes de folklore libanais, la voix de muezzin de Amir ElSaffar pour mieux faire son devoir de mémoire sur les champs de bataille d'un pays dévasté: l'âge des héros est terminé et l'ère du soupçon point sa silhouette, son profil
De belles lumières en moucharabieh au sol ...Alors la musique se déchaîne, la flûte de Rishab Prasanna se fait déesse et poétesse, la contrebasse fait profil bas, la trompette est radieuse et la chambre d'écho se fait belle, boudoir à rebondissements musicaux inouïs, inédits!
Courez voir et entendre la bonne parole et ce qui se trame en 99. Ca risque de recommencer ce soir, de plus belle !
Marc Nammour et ses acolytes feront peut être le mur, ou se feront la belle par delà les frontières de l'exil ...Paroles, paroles, paroles ...



Au TNS Salle Koltes les 16 et 17 Mai à 20H

mardi 15 mai 2018

Les envolées de Fred !




jeudi 10 mai 2018

"Cornélius, le leunier hurlant": Marin, Ouramdane, Augustijnen dans le coup !


Cornélius, le meunier hurlant
De Yann Le Quelec
France — 2018 – 1h32 — vostf
Avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern...

De la danse folk et des hommes sauvages chorégraphiés par trois grands !
Quand la danse s'immisce discrètement dans la mise en scène d'un film, quasi muet, c'est une réussite !

Un beau jour, un village du bout du monde voit s'installer un mystérieux visiteur, Cornelius Bloom, qui aussitôt se lance dans la construction d'un moulin. D’abord bien accueilli, le nouveau meunier a malheureusement un défaut: toutes les nuits, il hurle à la lune, empêchant les villageois de dormir. Ces derniers n’ont alors plus qu’une idée en tête: le chasser. Mais Cornelius, soutenu par la belle Carmen, est prêt à tout pour défendre sa liberté et leur amour naissant.

«Lutter contre le désespoir (ou dans le cas de Cornélius le hurler) me semble une bonne raison de continuer à faire de la farine ou des films. Et puis, sous ses dehors de conte hors-sol, le récit est imprégné d’une mélancolie sourde et d’un regard sans concession sur la réalité contemporaine. Le conte ne fuit pas le réel. Il permet de l’aborder sous un angle fantastique, merveilleux, pop. Cornélius est un étranger qui cherche à s’implanter dans une communauté mais est tiraillé entre l’expression de sa singularité individuelle et la prise en compte de la norme sociale» 
Yann Le Quellec


Sur les séquences musicales, avec quels chorégraphes avez-vous collaboré, comment avez-vous travaillé ensemble ?
 Il y a plusieurs collaborations qui correspondent à plusieurs temps du film. Pour la scène de la danse au moulin, c’est la célèbre chorégraphe Maguy Marin qui a imaginé cette étrange ronde et a fait danser l’ensemble des acteurs et des figurants du village, avec l’appui de ses danseurs comme chefs de file. Nous avons travaillé sur une musique de Philip Glass et Ravi Shankar, qui réunit deux aspects qui m’intéressent dans le film, à la fois le côté « il faut que ça tourne, il faut que ça roule », implacable, qu’induit la musique de Glass, et le côté plus animal, plus solaire, plus improvisé de Shankar. A l’asile, c’est Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero, l’actrice principale de mon premier moyen-métrage, qui ont réglé les exercices des internés. Enfin, pour la scène des Wildermen, j’ai collaboré avec Rachid Ouramdane et sa troupe.



mardi 8 mai 2018

"Une vie en pointes" de Ghislaine Thesmar


« J’ai toujours vécu par et pour la danse. 

Je me suis toujours efforcée de ne pas perdre le fil qui m’a aidée à devenir une interprète, et pas uniquement une danseuse qui enchaîne les pas, les uns après les autres, si parfaite qu’en soit l’exécution.

J’ai vécu pour ces instants magiques où la danse confine à l’universel et à l’absolu. » G. T.

« Tu es le ballet de mon cœur à toi seule, l’étoile qui a allégé ma vie. »
Gérard Depardieu

Le récit d’une danseuse étoile exceptionnelle. 
Un voyage qui saura ravir tous les amateurs de danse classique.

Ghislaine Thesmar commence sa carrière de danseuse en 1961 dans le corps de ballet du Marquis de Cuevas, elle est nommée danseuse étoile de l’Opéra de Paris en 1972. Au terme d’une longue et brillante carrière internationale, elle deviendra professeur à l’Opéra de Paris, où elle enseignera l’art de l’interprétation à des danseurs prestigieux de la nouvelle génération. 

lundi 7 mai 2018

"Au bois dormant": Thieu Niang et Despléchin se rencontrent !


Un jour puis, un autre, puis, un autre, encore un autre... Voila, pour le temps. Une salle de répétition à l'hôpital psychiatrique de Maison Blanche, à Paris. Voilà, pour l'espace. Ensuite, cela sera plus difficile à dire ou alors, de façon factuelle : un chorégraphe et un écrivain viennent passer du temps dans un lieu, et danser avec Célia, Mathieu, Victor, Arnaud, des enfants que l'on dit autistes. Pour Thierry Thieû Niang et Marie Desplechin, ces scènes d'atelier déplacent des souvenirs, des murs, des amours, des manques, des voyages... Dans ce texte à deux  voix, Au bois dormant, qu'ils font paraître aux éditions des Busclats, ils écrivent, dans une même danse et en plusieurs mouvements, davantage attentifs aux instants qu'au flux du temps, car les premiers sont peut-être plus partageables... 
Outre ses nombreuses créations artistiques à travers le monde,  le chorégraphe et danseur Thierry Thieu Niang a travaillé avec des malades alzheimer, des détenus et des enfants d’ici et d’ailleurs. L’écrivain Marie Desplechin l’a accompagné lors d’une session avec de jeunes autistes qu’il faisait danser. Ensemble, ils ont observé cette brèche de lumière que la danse ouvre chez ces enfants du silence.
Le chorégraphe et l’écrivain ont rendu compte de cette bouleversante expérience avec leurs mots, leurs fantômes, leurs vies. Marie Despléchin revisite ces temps terribles où ses pas la portaient, défaite, vers l’hôpital psychiatrique où un être aimé était interné.
Thierry Thieû Niang raconte les séances avec les enfants autistes: leurs craintes, leur peur du contact, le miracle d’un mot, d’un sourire, d’une étreinte. A ce journal se mêlent les images d’un amour finissant et celles furtives du pays perdu de son père.

D’une émouvante poésie ce double récit nous invite à écouter le silence de ces enfants aux bois dormants pour qui la tendresse, l’amour, la danse sont des princes charmants.