samedi 30 septembre 2017

"Jeunes talents, clarinet counterpoints" :Anatomie d'un instrument, jamais "à bout de souffle" !



Un instrument "dans le vent" pour ce concert ,le second, que Musica réserve aux «Jeunes talents » qui souhaite mettre  en avant les élèves clarinettistes de Jean-Marc Foltz à l’Académie supérieure de musique de Strasbourg / HEAR. Il conjugue cette carrière d’enseignant à une intense activité d’interprète et d’improvisateur, empreinte de son goût pour le jazz, les musiques traditionnelles et les musiques d’aujourd’hui.
 "Cette classe cultive une pluralité des esthétiques et des genres. Encouragés dans leur exploration jubilatoire des langages, ces jeunes talents sont autant d’arpenteurs mus par le désir d’inventer à leur tour un monde de la musique qui leur ressemble. Ils se font ainsi éloge de l’aventure artistique et promesse de vitalité pour la création. ": préambule sympathique qui met en éveil et en appétit les auditeurs du samedi, matinaux et fidèles du festival.
Démarrage du concert par "Régénération" de Jean-Louis Agobet, pour un trio de clarinettes, complice, à l'écoute les unes des autres en autant d'avancées sonores, en éclats, elles se donnent la réplique, en écho.Bien "calées" comme en autant de vocalises de souffle. Un beau solo de clarinette basse, vibrant gyrophare tournoyant et ascendant.Comme dans une poursuite, elles se rattrapent, se devancent, ensemble ou à part. Des très beaux instruments sur pieds, comme des sculptures épousant les corps, debout: elles font "corps" et graphie avec ces exo-squelettes argentés, majestueuses formes dressées.
"Plus 1" de Jukka Tiensuu pour clarinette et accordéon s'avère un véritable bijou, dialogue languissant, interrompu, avec des sons étirés qui avancent à petits pas, sans qu'on les voit se déplacer comme dans le jeu "1.2.3.Soleil!
Mugissements, petites touches en clin d’œil, écho subitement en réponse, simultanément: elles dansent un duo alangui autant que tonique, entrelacs de sons très proches: les sources d'émission se confondent comme dans un confluent: l'estuaire les réunit
Encore quelques secousses d'accordéon et la fluidité de la clarinette se perd dans le silence.
"By the way" de Pascal Dusapin pour clarinette et piano s'installe dans la lenteur et la concentration: c'est comme une voix, un chant accompagné par la pianiste. Calme, pesanteur de chaque note; puis le mouvement s'anime, alerte, aux aguets, à l’ affût. De fières envolées, joyeuses et ça court et virevolte allègrement, dans les aigus.Encore une ponctuation grave du piano en finale et le rêve est éteint.
"Last" de Philippe Manoury pour clarinette basset et marimba, démarre par un solo grinçant de l'instrument: il sera bordé par l'intrusion des marimbas jouées par une très gracieuse interprète, bras et jeu d'amplitude déployée, gestes précis à l'établi: un soupçon de condiments ou d'épices sonores pour cette alchimie de cuisine savante: les ingrédients de cette musique, comme les précipités moléculaires gazeux, font effet de fragrances, tous sens réunis et convoqués: regardez la musique pour apprécier cette vélocité tactile, cette dextérité futile En résonance la clarinette donne la réplique, solide et sûr d'elle, en cascades, fugues et fuites, dérobades et feintes. Les mailloches glissent, frôlent les touches: quelle grâce dans la suspension finale!
"Face à face"de Bruno Montovani met en scène quatre clarinettes, introduites par un clin d’œil à Bach de Lachenmann :
spirales de sons, clarinettes enjouées, mutines, éclatantes, magnifiées; des envolées périlleuses, risquées pour cette voltige virtuose, osée!
On croit voir s'édifier devant nous une cathédrale gothique infinie, inachevée, qui se construit, se dresse: elle oscille en déséquilibre permanent sur ses fondations: une architecture de sons, sensible,instable.
Quatre souffles dans le vent à l'unisson,quatre interprètes comme des éclats de crescendos renouvelés dans des aigus suprêmes et fameux.Fuites, fugues, escapades buissonnières pour cet opus où vibrent encore dans les tympans, les oscillations des dissonances suraiguës!
C'est à Steve Reich avec "New York Counterpoint" de clore le concert matinal.
Onze musiciens pour cette oeuvre sont ici réunis , formation étonnante de clarinettes, en ricochet, ondes et échos, en ajout progressif, en canon.
Le "style" Reich en majesté, hypnose garantie par la tension sourde en contrepoint des basses.
C'est très "dansant", mouvant, entrées et sorties très complexes toujours Le voyage va bon "train", lumineux, pétillant, joyeux, enivrant
Quels talents ces "jeunes" interprètes, florissants et prometteurs: ils pensent et sentent la musique avec toute l'intelligence des sens et du corps, par tout un travail méticuleux qui porte aux nues les oeuvres des musiciens de notre temps.












"La passion selon Marie": Zad Moultaka et sa "madre mia": "dés-Orienté" et plein de grâce!


Un oratorio entre profane et sacré au Temple Neuf, bel écrin pour cette évocation d'un "ave maria" quelque peu singulier!
Ne plus appréhender les derniers instants de la vie de Jésus à travers le récit qu’en livrent les évangiles, mais en les imaginant à travers les yeux de sa mère : tel est l’objectif inédit de la Passion selon Marie, de Zad Moultaka (2011). Cette œuvre pour soliste, chœur mixte et ensemble instrumental baroque, engage à cet effet des artistes plus familiers des répertoires anciens que des pages contemporaines : la soprano María Cristina Kiehr, qui prête ici sa voix suave et chaude au personnage de Marie, est accompagnée du Concerto Soave de Jean-Marc Aymes et du chœur Les éléments de Joël Suhubiette, interprète fidèle de la musique de Moultaka
Un voyage exceptionnel dans la voix parlée, chantée, dans le chœur vocal à cappella et l'univers baroque d'instruments d'époque, revisités pour l'occasion: un moment plein de grâce et d'humanité où la virtuoisité se mêle à l'intelligence des sons, des mélodies susurrées, murmurées comme un poème, ode à la mère.
Une pluie de petites percussions légères pour évoquer la délicatesse des sentiments, la matière sonore de ce qui émeut, ébranle et touche l'auditeur d'aujourd'hui à propos d'un récit biblique dans une langue lointaine, syriaque délicat, délicieux.
Entre Orient et Occident, cette oeuvre si parlante, fait "office" de catéchèse intelligente et rend vivante, une phase cruciale de la vie et de la mort du Christ à travers les principaux personnages, devenus simples acteurs de leurs souffrances, joies ou désespoir
C'est beau comme un office païen, profane qui se glisse à l'heure du soleil couchant dans ce temple Neuf, bruissant d'autres ferveurs œcuméniques.
Zad Moultaka au meilleur de son inspiration!

Minguet Quartett et Hans Peter Maintz à Musica


Un concert de musique de chambre d'une rare virtuosité.
Empruntant son nom au philosophe espagnol Pablo Minguet y Yrol, auteur au xviiie siècle de nombreux traités de magie, de cuisine, de danse ou de musique, le Quatuor Minguet est invité pour la première fois à Musica. Il fait entendre trois quatuors de Wolfgang Rihm, de Toshio Hosokawa (qui fut comme Rihm élève de Klaus Huber) et de Jörg Widmann (élève de Rihm).
"Geste zu Vedova" de Rihm nous précipite dans une verve musicale, allègre, furieuse, dans une virulence ascensionnelle décoiffante. Vibrations, frottements des cordes, tension extrême sourdent, en alerte, sur le qui-vive, en haleine,toujours.Du suspens aussi, des hachures brèves, dissonantes sur un ton sec en répétition dans des scansions asphyxiantes: c'est de la haute voltige technique : des juxtapositions et additions de sections musicales s'empilent en couches et strates et l'on dévoile ce palimpseste avec admiration. Un long silence final, comme retour au calme....
"Blossoming" de Toshio Hosokawa, se révèle ensuite comme une pause, lent mouvement ,tenues en ricochets comme des ondes qui se répandent, vagues légères d'une marée montante.Les archets glissent, bruissent dans d'infimes touches musicales: une agitation fébrile s'empare d'eux, volatile, volutes et contrastes futiles, envolées légères et diaphanes, bordées des graves du violoncelle: au final, le son meurt et sommeille, réparateur et salvateur.
"Jagdquartett" de Jörg Widmann vient perturber l'ambiance sereine du concert:Cris alertes des musiciens et tonalités folkloriques de références pour démarrer en trombe une chevauchée fantastique pleine d'humour et de recul.Rythmes sous-jacents de cavalerie endiablée, dansante, tournoyante, très tonique en sarabande échevelée.Sautillants, alertes relevés, cette redoute, effrénée, chevauchée très spatiale et visuelle, enchante, entraînante et vive évocation de galops.
Cocher furieux aux commandes, emballé par le rythme, extrêmement virtuose, tel une performance: le pincé des cordes, monte en ascension, jusqu'à l'épuisement!Les percussions des archets sur le bois, corps des instruments que l'on cravache, rappent, ça crisse, gronde et grince: un cri de tuerie au final après ces salves met fin, hallali de cette curée sans merci!
" Interprète des "Trois Strophes sur le nom de Sacher" de Dutilleux, le violoncelliste Jens Peter Maintz  rejoint le quatuor à cordes pour l’exécution d’un quintette de Rihm. Un solo brillant, bref avec un jeu d'archet pincé, frotté, glissé très subtil.Des graves voluptueux, lyriques comme sortis d'une harpe, s'envolent, en infime envolées et tenues périlleuses: sombre univers qui se conclut en piqués légers, suspendus.
"Epilog" de Rihm pour épilogue du récital, pour clore cette prestation virtuose.
Un mouvement lent, langoureux, savoureux, des étirements de sons très doux, feutrés: la richesses de retenues des sons qui s'étirent, et s'éveille, fait son effet singulier de détente, de recueillement.
Pas à pas, cette lente montée, crescendo dionysiaque, monte au zénith, en catharsis, solide et surprenante oeuvre architecturée.la fulgurance des cordes en contrepoint, lancinantes sirènes, alarmes, dans une fouge déchaînée, se retient puis déferle. Libérée.l'ambiance, l'univers, l'atmosphère narrative, jouée par les instruments en font autant de personnages bien vivants: corps résonnants de toute leur caisse de bois, cage thoracique, poumons charnels édifiants.
A la Salle de la Bourse, écrin des petites formes, l'émotion bat son plein devant tant de virtuosité d'interprétation et d'engagement physique de la part de ce quatuor à cinq feuilles: que du bonheur!

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vendredi 29 septembre 2017

S'envoyer en l'air !




"Exil": rencontres fertiles et généreuse moissons entre jeunes générations et artistes confirmés!


Que deviennent ces milliers de destins chaotiques, souvent anonymes – ou du moins privés d’identité, d’humanité ?
Ce spectacle où la scène se révèle, jonchée de loques de papier ou tissus blancs comme d'immense iceberg à la dérive, débâcle du monde cruel de l'exil...Un groupe d'adolescent à la recherche de la vérité sur les atrocités du monde des adultes, c'est ainsi que l'on imagine ce voyage, errance au long cour d'une ode à l'humanité; Belle et généreuse prestation de ces jeunes artistes en herbe, soudés par une sincère et vive implication dans ce monde absurde.Mise en scène de Sarah Koné du groupe "Sans père"et interprétation majestueuse des deux artistes, au piano, Laurent Cabasso et bien sur au violoncelle la prodige Sonia Wieder Atherton, engagée aux côtés des causes et des publics singuliers
Une façon de partager son art à nulle autre artiste égalée! 
Les musiques de ce nouveau spectacle de Sonia Wieder-Atherton (Bach, Ustvolskaya, Bartók, Purcell) dialoguent avec les témoignages des exilés du monde recueillis par Wei Zhung, Jean Hatzfeld, Atiq Rahimi, Chahla Chafiq...A la Cité de la Musique et de la Danse ce soir là, Musica conviait à une réflexion profonde et sonore ur les déplacements, l'exil, les migrants....et nous!


« De tous temps, en tous lieux, des peuples oppressés ont fui.
Poussés par la guerre, par la famine, par l’extrémisme, par la folie meurtrière des hommes.
Qu’ils soient chassés, déplacés, emmenés, arrachés à leurs vies.
Qu’ils viennent d’Asie, d’Afrique, d’Europe ou des Amériques.

Un spectacle où, la scène jonchée de scories blanches, papiers mâchés par le temps, débacle
Qu’ils semblent rescapés de l’Histoire ou écorché vifs par notre actualité.
Ils sont revenus, ils ont dit, ils ont écrit. »


"Moi singe" à Musica: par ici la monnaie !

 

Du théâtre musical pour cette soirée, salle de La Bourse: création "mondiale" de "Moi, singe", signé 
du compositeur Januibe Tejera qui assume ici l’influence conjointe de l’écriture dramatique et des musiques de tradition orale sur son travail de compositeur. Programmé dans la plupart des festivals d’Europe et d’Amérique, il est entendu cette année pour la première fois à Musica avec sa pièce musicale inédite pour deux chanteurs, six musiciens et électronique, sur un texte de Kafka. Le spectacle réunir à cet effet la soprano Françoise Kubler, le baryton Thill Mantero et les musiciens de deux ensembles strasbourgeois: Accroche Note – ensemble de solistes familier du public de Musica - et HANATSU miroir – né en 2010 de la rencontre entre la flûtiste Ayako Okubo et le percussionniste Olivier Maurel. 
Un dispositif scénique signé Jean Baptiste Bellon,singulier: deux cages, style grille Caddie, une estrade de foire, un podium tout rond...Une arène où apparaissent une femme en smoking à la Jules, cravate et un homme perché sur le praticable.Dans une joyeuse cacophonie, ils dialoguent et s'inspirent du texte de Kafka "Rapport pour une académie" au sujet de la présentation du "singe", animal inconnu, monstre et intrigante créature à disséquer pour mieux la "maîtriser".
Toute une époque est ici revisitée: celle des sciences naissantes sur l'humanité, les origines de l'homme, sa supériorité sur l'animal.Des claquements stridents, de la guitare électrique, contrebasse, batterie et vents pour donner la réplique au singe, qui parle, chante, se défend au tribunal de la légitimité animale.Procès en règle, loufoque évocation d'une justice fantoche, lampions de foire pour pasticher un monde qui balbutie et prend ses marques.Le baryton, seconde figure du singe, en cage, suspendu dans les airs , domine puis redescend dans la sphère d'observation. Vêtu de noir comme son double féminin.Les images vidéo défilent sur les écrans du dispositif scénique ingénieux, neige brouillée de l'électronique et image de corps nu, position vicieuse. Homme animal derrière les barreaux du grillage enfoncé dans la chair. On songe à la "locomotion" de Muybridge ou Marey, époque glorieuse de la découverte des sections et décomposition du mouvement. Direction jardin des Plantes et Galerie de l'Evolution pour cet opus qui emballe d'emblée et  interroge. Visage qui se transforme, ou faciès de singe, Oran outan qui fait peur et intrigue...se métamorphose dans l'eau, bête capturée qui geint en contrebasse doublée: des émotions surgissent devant ces tableaux très esthétiques: voix et instrument se répondent, dialogue: Françoise Kubler fait ses "singeries" et ce duo sur la liberté interpelle.La captivité est-elle nécessaire? Le silence se rétablit peu à peu et de belles percussions frottées y contribuent: des images, encore des images vidéo pour cet interlude : poils, peau, terre, végétal en noir et blanc, sable et matières minérales,macrophotographies très anatomiques...La flûte borde l'atmosphère, geôlière de cette aventure, odyssée de l'espèce animale.Perchée sur un pneu, gonflé, absorbant les sons comme un bibendum boirait les obstacles, le singe-femme réitère sa verve narrative, tandis que son double balaie devant sa porte des gravas de scories noires...Qui dompte l'autre, qui apprivoise ou capture, qui fait le procès de l'espèce animale inférieure? Kafkaiennes situations obligent, l'atmosphère est loufoque, curieuse et tendue. Pas de répis pour musiciens et conteurs, ingénieur informatique ou imagerie animale...
L'animal imite l'homme à son dépourvu et au jardin zoologique ou dans le conservatoire d'anatomie comparée, le trouble règne.Tout ceci deviendrait-il du spectacle de variété, une tribune de foire où l'on montre les quasimodo, "monstres" à fuir?Dressage, verticalité et érection de l'homme sont ici évoqués malicieusement et dans ce laboratoire de sons, cabinet de curiosité musical, le scalpel opère!"Sortir de sa cage" s'exclame en boucle, le singe captif;un merveilleux dialogue s'installe entre voix et clarinette, Armand Angster aux embouchures.Répétitions sempiternelles d'une phrase sur les lèvres de la cantatrice en autant de variations virtuoses et complexes....Vélocité, déraillement et dérapage du saxophone: un morceau de choix et de bravoure dans cette pièce, cul de singe et face de primates, monnaie rendue contre des expériences outrageuses.
Un très beau solo du baryton Thill Mantero sur fond d'images de cerveau en cerneau de noix qui se dilate en morceau de chair vivante.Jambon cru de cabinet de dissection: on parvient auprès de quelques écorchés vivants qui font surface dans de beaux coloris...
Quelques effets stroboscopiques pour radioscopies introspectives musicales et nous voilà encore en proie à des images vidéo de toute beauté: système pileux du singe, poils et peau plissée comme ches Deleuze ou Michaux; sur cette "planète singe" les images macro défilent en noir et blanc scintillant, épidermique façon de border la musique qui horripile, dérange, décale et donne la chair...de singe!Dans une grotte, matrice génitrice, on embarque, gorge déployée où stalagmites pétrifiés dégoulinent dans la caverne obscure. Des formes baroques à souhait s'y dessinent comme aux premiers âges du graphisme et de l'écriture. Spéléologie musicale, retour aux sources, aux origines dans ces plis de la peau de pachyderme .La musique, hachée, pesante, envahissante  auréole ces projections, visuels sidérants de justesse, façonnés par Marie-Anne Baquet.Agaçantes icônes qui ne caressent pas dans le sens du poil, comme l'ensemble de l'oeuvre, "Moi, singe", une affirmation d'une identité animale considéré, comme descendant de l'homme ou de l'arbre?
Des flon-flons de foire pour final, et l'on quitte la salle médusé par cet opus non identifiable, rencontre singulière de déjantés savants et surtout très attachants.
Une réussite sans contestation!

Et s'il fallait parler de Singe, allons chez Satie et Cunningham....pour "Le piège de Méduse"
http://genevieve-charras.blogspot.fr/2016/02/annee-du-singe-satie-et-cunningham.html



jeudi 28 septembre 2017

"Demain et tous les autres jours": un duo troublant!


La folie de Noémie Lvovsky, réalisatrice et actrice principale de son film, génère une scène magnifique de la mère et la fille adolescente Anais Demoustier qui dansent sous la pluie dans le parc de l'hopital psychiatrique, une étreinte digne d'une danse expressionniste où d'un solo de la Sorcière de Mary Wigman: un film où les oiseaux parlent, les personnages érrent comme des fantômes, des squelettes joyeux d'être enterrés vivants!
Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C'est l'histoire d'un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte.

Concert à Cappella de l' Ensemble de Caelis: Hildegard et Zad, si loin, si proches!


Sous la direction musicale de Laurence Brisset, voici venir la proximité heureuse et joyeuse des textes de Hildegard von Bingen, de la musique de Zad Moultaka, qui se rejoignent ici dans une mystique vocale, entre Orient et Occident. L'une engendre l'autre, interprétés par les cinq voix féminines de l'Ensemble, à cappella:mystère œcuménique païen à souhait!
Le temple Saint Aurélie comme écrin: on ne pouvait mieux pour accueillir un récital entre sacré et profane, répertoire, mixité des sources et inspirations œcuméniques.
L'ensemble tant attendu fait salle comble et De Caelis va faire vibrer une heure durant les entrelacs de musique grégorienne, médiévale de Hildegard von Bingen avec les touches très contemporaines de Zad Moultaka. L'un inspiré par l'autre sans jamais faillir à une écriture prolongeant les sources de l'autre.Dans "Gemme" qui tisse ces relations étroites, le "Ubi es" révèle la langueur et l'intensité lassive des pièces qui suivront jusqu'à L'Ave Maria de Hildegard: sobres litanies envoûtantes et hypnotisantes. Au final, Zad Moultaka mêle aux voix a cappella bien présentes, un écho très étiré sur une bande son pré-enregistrée: de quoi étirer l'espace et le temps pour ce voyage de quelques siècles musicaux où tout semble aller de soi.Les cinq longues dames noires, à la chevelure d'anges pour instrument de la vibration vocale, pure et cristalline!
La complexité musicale dirigée par Laurence Brisset est de la virtuosité à l'état pur, enchantement des âmes profanes, laïques ou croyances de ce moment de partage d'exception!


"Les aventures de Pinocchio" à Musica: du nez pas toujours bien né !

Les aventures de Pinocchio

Une note d'intention fort édifiante dans le livret-fiche de salle, que le festival Musica propose au public à chaque concert: un Pinocchio inédit,un conte musical destiné au jeune public, une proposition artistique dans laquelle cinq instrumentistes solistes accompagnent Pinocchio – incarné par la soprano Juliette Allen – dans l’étonnant voyage qui va le faire passer du monde des pantins à celui des humains. Cette pièce est conçue dans sa forme la plus épurée, ne nécessitant ni scène, ni décor.L'auditorium de France 3 Alsace, ne semble pas l'écrin de prédilection pour cet opus léger qui nécessiterait une proximité du public plus accessible. Les aventures du héro bien connu semblent se délayer dans l'abstraction, les personnages pourtant cherchant à se singulariser en "habitant" et transportant leurs instruments.
Pensée pour un public d’enfant, la partition s’inspire directement du texte du conte de Pinocchio. Les cinq instruments solistes incarnent les différents personnages présents dans le conte de Carlo Collodi, avec lesquels Pinocchio se voudrait en dialogue perpétuel.Mais il manquerait un rythme plus soutenu pour garder l'attention qui se délaye d'un public bigarré, pas toujours très attentif!À travers des interactions spontanées initiées par les musiciens, le public pourtant ne se  trouve pas au plus proche des personnages et tisse entre eux une relation directe, qui fera naître une belle ressource musicale.
Quelques références joyeuses à des mélodies standard ravivent la donne, et ce conte au "pif" qui ne s'allonge pas, qui n'a de nez que quelques fragrances incertaines n'enchante que ceux qui tentent d'incarner une musique et un propos quelque peu creux et sans magie.
Lucia Ronchetti, servie par l'Ensemble Intercontemporain est dans l'impasse: seuls quelques costumes ou accessoires feraient accéder à du fantastique qui bien absent ne retient pas l'attention de ceux, jeunes enfants découvrant une autre écriture musicale, ne pardonnent rien!

mercredi 27 septembre 2017

"Faust's Box : Andréa Liberovici magnifie Helga Davis en Gospel Girl sidérante !


Helga Davis, que l’on a vue notamment dans l’un des deux rôles principaux de Einstein on the Beach, est Faust, ni homme ni femme, ni jeune ni vieux, face à son double dans un miroir. L’électronique, la vidéo et la partition d’Andrea Liberovici font écho à sa voix pour un voyage faustien dont le narrateur-fantôme n’est autre que Bob Wilson, enregistré.
Le livret de cet "opéra", opus singulier, n'est pas toujours très linéaire, mais peu importe: c'est le visuel, la musique et le jeu de l'actrice chanteuse androgyne, les images qui vont l'emporter.

Faust est seul, enfermé dans une boîte. Il a été déjà été damné et il est en fuite. Non plus vers un monde extérieur, mais en lui-même. Il ne cherche plus rien, sinon retrouver sa voix. S’ouvre alors un dialogue entre lui (la magnifique Helga Davis) et son ombre (la voix enregistrée de Robert Wilson). Sur le plateau, une chanteuse et 7 musiciens interprètent une partition à la croisée des esthétiques, démultipliant les espaces grâce à l’électronique et ouvrant la voie à de véritables illusions sonores. Un gigantesque miroir occupe le milieu de scène, reflet de cet univers et de ce destin multiple: réfléchir la vie en double d'un personnage, loin des Méphisto traditionnels, voici sa fonction. Démultiplier ces splendides images vidéos qui se greffent sur cet écran de glace ou l'héroine joue et gagne sa voix, chaude et velouté, emplie d'accents de gospel qui enchantent une mélodie naissante.
Andrea Liberovici signe une oeuvre très originale pour voix, corps, narrateur, instruments, électronique, ombres en mouvement, mots et un miroir. Musique, vidéo et dispositif  électronique s’entremêlent pour ne faire qu’un seul et même langage, nouveau et profondément expressif.
L'ensemble Ars Nova sous la direction de Philippe Nahon, mène de main de maître cet opus où se mêlent humour, sons enchanteurs, bruits de percussions empruntés à des objets vernaculaires. C'est drôle et enjoué, sombre ou grave évocation d'un destin bigarré; les lumières et vidéo de Jérôme Deschamps en contrepoint pour agrémenter une esthétique du spectacle total, vivant, animé des corps présents et des sons virtuels enregistrés, des voix off qui surréalistent le tout!
Au Point d'Eau ce soir là, le Festiaval Musica jetait l'ancre et ce bivouac spectaculaire prouvait encore que la musique d'aujourd'hui sait faire naître émotions, narrastion et histoire abracadabrantesque pour le meilleur d'un genre toujours à fouiller: le spectacle musical !

Solistes de l'Ensemble Intercontemporain : choc sismique !



Le premier des trois concerts donnés cette année à Musica par l’Ensemble intercontemporain met en avant trois des trente-et-un interprètes qui le composent. 
Tous trois incarnent la fine fleur des nouvelles générations d’instrumentistes : né en 1979 (la même année que le percussionniste Samuel Favre), le contrebassiste Nicolas Crosse a rejoint l’EIC en 2012, en même temps que le percussionniste Victor Hanna (lui-même né en 1988). 
À travers un répertoire d’œuvres récentes et assistés d’un réalisateur en informatique musicale de l’Ircam, ils révélent, en solo ou en ensemble, la foisonnante variété des écritures que peuvent susciter leurs instruments singuliers.
"Fell" de Enno Poppe, une oeuvre pour batterie solo, est une gageure de virtuosité, de dextérité pour percussions; seul face à son "laboratoire" percussif, Samuel Favre fait preuve d'une concentration éprouvante, d'une maîtrise exceptionnelle: résultat: l'émotion gagne, le suspens monte en apnée et l'on tressaille et vibre, respire, de concert.La peau, de poils hérissée, frissonne devant ce "drumset" singulier, ce morceau palpitant, surprenant aux directions multiples.
Accélérations, espace très resserré en huit clos, tout concourt dans cette "solitude" de funambule à créer un univers de danger, sur la corde raide!
"Métathèse" de Tolga Tüzün, succède à cette prestation unique: un solo pour deux contrebasses et électronique en live, se révèle un laboratoire de dissection musicale sidérant: à la verticale, l'interprète Nicolas Crosse s'empare de l'instrument, debout, droit et rigide, alors qu'il fait vibrer à l'horizontale, une autre contrebasse, couchée, dont il joue avec son archet. Sculpture animée de sons, décortiquée comme un cadavre en salle de dissection. Il se joue de cette carcasse, boucher, tranchant et découpant rythmes et sonorités.En chirurgien du son, il découpe les morceaux de tonalités sur son étal, table d'opération éprouvante. Les images qui en surgissent sont médusantes et la dernière plainte électroacoustique de cet animal animé, agonisant semble surgir d'un abattoir.Visil unique et singulière, rehaussée par le physique, crâne rasé de Nicolas Crosse, homme, alchimiste énigmatique et sans état d'âme.
Belle pièce à découper dans cette antre du crime musical.
"CODEC ERROR" de Alexander Schubert sera dans la même veine, sanglante, éclaboussante de lumières stroboscopiques. Trois personnages, figures de science fiction, créatures bizarres incarnent une atmosphère très tectonique d'apocalypse naissant. Lumières pâles, blanches pour cet univers décalé, chemin de percussions disséminées comme un parc de sculptures trouvées, ready made à la Duchamp pour une musique tonitruante, envahissante à souhait Submergé par les vrombissements de l'électronique, forte présence sonore, le spectateur est immergé dans cet univers très BD du troisième type. Les gestes robotiques, les démarches tétaniques ou au ralenti, opèrent pour une dynamique très chorégraphique. Mise en scène d'un déluge annoncé, tremblant de secousses sismiques, choc électroacoustique pour électrocution fatale!
C'est de toute beauté plastique Energie du fantastique, du mouvement dans l'espace sonore, voici une oeuvre d'un genre non identifiable qui surprend et titille, énerve et horripile: tout ce qu'on aime à découvrir à Musica, ce soir là au TNS: lieu connoté spectacle, et pour cause, le génie de la régie lumière, et le plateau vibrent et percutent au passage de ces Zoros du son, figures fantastiques à souhait.Salves et déflagrations au menu, clichés photographiques en schootings réguliers: Métropolis et son expressionniste ne sont pas loin et veillent au grain de sable de cette machinerie infernale.
Du grand spectacle en "petite forme" mais gigantesque réalisation!


mardi 26 septembre 2017

Flamands osent !



Play dance !


Animalités!





"Barbara et l'homme en habit rouge": la longue Dame Brune ressuscitée!


Cet hommage à Barbara, à la fois parlé et chanté, humoristique aussi, présente la particularité d'avoir été écrit par celui qui fut longtemps son accordéoniste et directeur artistique, Roland Romanelli. On le retrouve sur scène accompagné du violoncelliste Jean-Philippe Audin aux côtés de Rebecca Mai, qui interprète une vingtaine de chansons dans une mise en scène théâtrale signée Eric-Emmanuel Schmitt.
Evocation très sensible de la chanteuse mythique, ce spectacle décline à l'envie la représentation incarnée de tous les fantasmes et fantasmagories de cette artiste si "vivante" attachante, exigeante et sans concession: dans son travail, son écritures, ses amours, ses aventures, sa vie recluse aussi, monacale pour écrire et valider une chanson en "deux années" Spontanée aussi quand elle écrit une chanson en hommage au fils caché de son amant, à ses insomnies; Vienne l'heure, sonne le chant pour ses escapades ratées en Autriche, et bien sûr, Nantes, et d'autres "tubes" de cette longue dame brune, jouée par une danseuse, chanteuse et comédienne très convaincante. Sans pour autant "être" ce monstre sacré du show,Rébecca Mai est cette silhouette fugace ou bien incarnée qui se joue de la vie en la consumant à pleine voix: des extraits des ses paroles enregistrées de l'époque forment une corbeille d'aveux délicieux sur le fameux personnage!
Au final, c'est "L'Aigle Noir" un peu surjoué, hélas, pour clore ce portrait musical émouvant et solide. On en sort chantonnant encore d'autres mélodies, se souvenant de Jeanne Balibar, récemment évoquant Barbara dans le film de son ex-amant Amalric: décidément les hommes aiment les femmes au delà de la vie, de la mort pour leur engagement, solitude assumée, talent révélé et bien relevé
Le Festival Musica joue et gagne un public bigarré, multiple et enchanté: oui, la musique d'aujourd'hui, c'est aussi la complexité des chansons deBarbara pourtant si "populaire".
Alors, "français, encore un effort" pour se familiariser avec nos contemporains et balayer nos idées reçues!

lundi 25 septembre 2017

"La Parade": Cloclo, Claudine danse sa vie de majorette !


La Parade, est une fable bien réelle. C’est l’histoire de Cloclo n°18, majorette, de Jonathan, adepte de tuning, de Freddy, éleveur de coqs de combats et de Gros Bleu, le pigeon voyageur, qui au rythme de l’harmonie de Oignies et sous le regard bienveillant des géants, vivent leurs passions héritées des traditions ouvrières du Nord. Loin de l’image sociale réductrice et des préjugés, Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff voient dans cette survivance, une génération portée par l’espoir.

"La Parade" est un conte post-industriel, une fable documentaire. C’est l’histoire de Cloclo la majorette, de Jonathan, l'homme Vectra, adepte de tuning, de Gros Bleu, éleveur de pigeons voyageurs... Des hommes et des femmes qui vivent pour leurs passions héritées des traditions ouvrières du Nord. Loin de l’image sociale réductrice et des préjugés, Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff voient dans cette survivance une génération portée par l’espoir.
On apprend que Claudine a vécu un drame. Séquence bouleversante. Car l’image montre la majorette en train de danser seule, dehors, sur une route déserte : sourire immense, tête haute, Claudine est fière et rayonnante, face à la caméra. Mais le son, c’est sa voix à elle en train de nous raconter ce drame, avec une grande pudeur. On comprend alors qu’elle danse pour faire quelque chose de beau de tout ce chagrin. Elle cherche une parade contre l'oubli.

La Parade. Film de Samuel Bollendorf et Mehdi Ahoudig.

dimanche 24 septembre 2017

"Die Puppe" :l'animation musicale : un pile ou Phace réussi !


Depuis plusieurs années Musica propose des séances de ciné-concert. Engagé de longue date dans la production de projets pluridisciplinaires, l’ensemble autrichien PHACE propose cette année de redécouvrir Die Puppe (1919), chef-d’œuvre d’Ernst Lubitsch pour lequel le tchèque Martin Smolka composa en 2010 son Puppenkavalier. Le musicien, auteur de plusieurs partitions pour le cinéma, y témoigne de l’émerveillement suscité par ce film, dont la magie burlesque doit beaucoup au talent d’Ossi Oswalda, comédienne star du muet (elle ne tourna que deux films parlants), en charge ici d’un rôle virtuose.



Alors à la projection de ce petit bijou délicieux, burlesque et plein de verve, on ne peut que s’enthousiasmer. La musique sert à merveille l'ingéniosité de l'action, le magnétisme du jeu des acteurs, la narration qui sourd des corps en mouvement, et bien sûr les instants consacrés à la danse: envolées corporelles, expressions pertinentes des émotions, exagérations comiques de la mobilité du jeu des regards, des yeux....Un langage cinématographique très kinestésique, une musique épinglée au rythme de la succession des plans fixes, des trucages, appuyant certains effets avec bonheur, renforçant l' impact de l'image.Animé toujours par la figure de la "poupée" mécanique ou organique, ce personnage raidi plein de charme et de malice.Les moines, rayonnants de cupidité maline, Hilarius, en savant allumé, cheveux hirsutes et magnétiquement animés
Un bel ouvrage musical, inspiré, joué avec verve et conviction par l'ensemble Phace, pile dans le mille !

Raquel Camarinha et Yoan Héreau: piano-voix: un nuancier musical.


Raquel Camarinha et Yoan Héreau ont entamé leur collaboration en 2012. S
pécialisés dans le répertoire français du XIXe et du début du XXe siècles, ils s’intéressent également au répertoire du Lied allemand. Portant dans le même temps une attention toute particulière à la musique des compositeurs de notre temps, ils ont notamment développé d’étroites collaborations avec Kaija Saariaho et Francesco Filidei. 
Après avoir pu découvrir Raquel Camarinha dans Giordano Bruno, opéra de Francesco Filidei à Musica 2015, la voici en récital avec le pianiste Yoan Héreau, par ailleurs chef de chant de plusieurs créations contemporaines (dont Thanks to my Eyes d’Oscar Bianchi au Festival Musica 2012). Le programme qu’ils donneront cette année à Strasbourg mettra leur sensibilité complice au service de leur goût pour la mélodie française (Debussy) et les compositions d’après-guerre (Crumb) –jusqu’aux pages les plus récentes (Saariaho, Adès).
Un concert matinal, dominical de rêve: celui de Debussy de la veille?
Non, mais c'est par les "Ariettes oubliées" du même Debussy que démarre la rencontre entres les deux virtuoses du piano et de la voix! Des poèmes de Verlaine, de la musique vocale, la jeune et talentueuse chanteuse en fait une ode à la beauté, l'amour dans un nuancier de couleurs chantées, celles des voyelles (de Rimbaud)!
Quand à l'oeuvre de Kaija Saariaho, "Leino Songs" les deux interprètes y façonnent une atmosphère ténue, discrète et sensible à partir des textes de Leino : paroles en finlandais, musicalité des mots, tout concoure à résonner et faire trembler voix et touches du piano.
Un intermède au piano solo de Yoan Héreau, jouant "Blanca Variations" et c'est au tour de "Life Story" d'enchanter ce récital inouï: Raquel Camarinha s'y révèle espiègle comédienne, jouant de ses expressions de visages, changeantes au gré des situations cocasses vécues par un couple improbable: chant et diction impeccable au vu des embûches de la partitions, mimiques et clins d’œil coquins, désabusés ou moqueurs: un régal de vécu et d'intelligence du texte!
Et pour clore ce festin "Apparition" de George Crumb, mélodies et vocalises élégiaques pour soprano et piano amplifié.
Une mise en scène impromptue du pianiste plongeant élégamment dans son instrument pour lui soutirer plaintes et percussions cocasses.Une performance de la chanteuse qui sait faire mourir sa voix, la plus ténue possible ou la faire vibrer et vivre, déployée, percutante et émouvante.
Et de nous offrir au final, trois "rappels": Debussy, Poulenc avec "Montparnasse" et "Violons": Raquel Camarinha avouant au public que son séjour à Musica fut un des plus beau cadre de travail et de partage avec le public: normal, on aura à trois reprises put évaluer l'amplitude de son talent: de la "mère" à la "putain", en traversant les univers des plus belles mélodies, complices du piano!

Le concert du "Gürzenich-Orchester Köln": place à l'Orchestre !


C’est avec le Gürzenich-Orchester Köln, dont il assure depuis 2015 la direction artistique, que François-Xavier Roth revient cette année à Musica ; il y donne la création française de Ring(2016), premier volet de la trilogie composée par Philippe Manoury à l’occasion de sa résidence à Cologne. 

Créé en 1898 par ce même orchestre, le Don Quichotte de Richard Strauss est ici repris avec l’altiste Nathan Braude, 2e prix à 20 ans du concours Johannes Brahms de Pörtschach, et le violoncelliste Edgar Moreau, 2e Prix à 17 ans du Concours Tchaïkovski de Moscou. 

Une orchestration flamboyante de Philippe Manoury permet, enfin, de (re)découvrir Rêve, œuvre méconnue du jeune Debussy.

Le mot vient du grec « orkhêstra » qui désigne dans le théâtre antique la partie de la scène réservée au chœur. Le mot « orkhêstra » lui-même vient de « orkheisthai » : danser. Au fil du temps, les musiciens ont remplacé les choristes, et ces ensembles de musiciens ont pris le nom d'orchestre.
Alors, place à l'orchestre, majestueux, disposé en six terrasses promontoires à l'intérieur de la grande salle Erasme du PMC de Strasbourg
C'est à Philippe Manoury et à son "Ring" de démarrer la cérémonie; les interprètes sont déjà parmi le public, avant même le démarrage officiel des hostilités!
On est immergé dans la musique, happé par les touches et masses sonores qui se font jour dans cette salle immense, creuset du concert, nid d'accueil d'un phénomène tsunami de la création musicale symphonique contemporaine: un grand moment s'annonce!
Et ce ne sera pas une déception, loin de là: l'orchestre semble jubiler face à la gageure de taille et ce "Ring", anneau de toutes les audaces se révélera l'arène maudite du risque et du tumulte, de l'audace mais aussi de la douceur et de la sensibilité des intentions du compositeur
Manoury, en Majesté règne royalement sur son oeuvre, pour "grand orchestre spatialisé"
dans ce "ring", premier volet du triptyque  "Trilogie Köln", composé à l'occasion de sa résidence à Cologne.
C'est le chef François Xavier Roth qui dirige de main de maître l'oeuvre maîtresse: il faut l'observer, bondissant, vibrant de tout son corps investi athlétiquement dans le bon cours et déroulement du concert; les musiciens interprètes, complices et investis de la même manière. Une oeuvre géante, gigantesque, gargantuesque aux sonorités majestueuses, pleine de surprises et de décalages.
Succèdent pour ce programme de taille, deux oeuvres de référence, Debussy et son "Rêve", orchestré par Philippe Manoury et le "Don Quichotte" de Richard Strauss, poème symphonique pour violoncelle, merveilleusement interprété par le tout jeune et touchant  Edgar Moreau.
Une "soirée d'ouverture officielle" du festival, honorée par "un pot" convivial où habituées et nouveaux venus devisaient joyeusement; une knack party bienvenue!

"La passion selon Sade": un parfum de scandale et d'ob-scène: par le trou du rideau!


Près de cinquante ans séparent la création de cette pièce emblématique des
 années 1960, de sa reprise augmentée et mise en scène par Antoine Gindt. Inspiré de Justine et Histoire de Juliette de Sade, et d’un sonnet de Louise Labé, l’ouvrage est brillamment servi par les forces vives de l’Ensemble Multilatérales, dirigées par Léo Warynski. Une nouvelle production, marquée par la performance de Raquel Camarinha en Juliette-Justine qui marche dans les pas de la créatrice du rôle Cathy Berberian.

"Mystère de chambre avec tableaux vivants" de Sylvano Bussotti, c'est dèjà tout dire du "genre" ou de la forme de ce spectacle donné à la Cité de la Musique et de la Danse dans le cadre du festival Musica 2017



Une pièce de choix, une passion très "légère", celle du corps, de l'amour libertin, mais aussi de la douleur et de la souffrance de l'esclavage du fétichisme, de l'érotisme: passion des fruits défendus, passion pour la chair et le sexe: une "religion" très civique "introduite" par un discours aux résonances politiques: un homme face au public informe et suggère une attitude citoyen face à la vie durable, pas là vie de l'au delà, surtout pas!
Leçon de bonne morale pour débuter ce spectacle très construit, très réfléchi sur le personnage du Marquis autant que celui de Justine.Portraits sulfureux à souhait, éloge du pouvoir sexuel, de la domination fantasmagorique, mais aussi révolte de la femme esclave des désirs de l'autre.
Par "le trou de serrure" ou le verrou, on assiste au chant de ce cygne fragile, Léda très touchante incarnée par la soprano Raquel Camarinha, belle et très attirante Justine-Juliette face à son bourreau, le comédien Eric Houzelot: fameux politicien dans son discours d'ouverture"Français, encore un effort", fameux mâle éperdu de plaisir dans sa nudité loufoque face à sa muse qui s'en amuse!
Les musiciens dissimulés derrière un rideau, apparaissent et disparaissent comme dans les musées où les tableaux "interdits" sont dissimulés par de petits voiles tendus de théâtre que l'on ose ou pas soulever sous peine d'être taxés de voyeur
"Ob-scène", derrière la scène, c'est la musique qui suinte et se répand, suave, érotique touche musicale, enrobant les gestes, postures et attitudes suggestives des deux héros de cette fable interdite.
Le chant de la femme qui débute par les respirations accélérées d'un orgasme feint, va se déployant dans de superbes aigus: robe rouge à l'appui, seyante pour un corps modelé parfaitement. "
Antoine Gindt, metteur en scène de cet épisode sadien croustillant nous livre une vision quelque peu pathétique du Marquis; la musique de Bussoti, très "organique" au début, se révèle magnétique et sensitive, accompagnant évolutions et attitudes langoureuses avec bonheur.
Opéra de chambre ou de "boudoir", très Baudelairien, ce spectacle, court et coup de poing se termine par le "Blute nur, du liebes Herz", passion oblige: le discours d'introduction est bien lointain qui chantait et vantait dans"la sonata erotica" de Schulhoff, le règne du plaisir de vivre sa chair d'homme et de femme.



samedi 23 septembre 2017

Jeunes talents, compositeurs à Musica: belle récolte, moisson abondante !


Le premier concert de la série "jeunes talents"
Le Festival Musica s’engage de longue date aux côtés des jeunes compositeurs, à l’insertion professionnelle desquels il veut activement contribuer ; ce concert est, pour cette raison, entièrement consacré à la promotion des étudiants de Daniel D’Adamo (composition) de l’Académie supérieure de musique de Strasbourg / HEAR. Placé sous la direction musicale d’Armand Angster, ce concert a  permis ainsi de découvrir, en création mondiale, les œuvres de quatre jeunes artistes : Daphné Hejebri (la benjamine, née en 1994), Clara Olivares (1993), Étienne Haan (1992) et Loïc Le Roux (1990)

Par un beau Samedi en matinale à la Salle de la Bourse, résonnent les œuvres de jeunes compositeurs, interprétées par leurs confrères instrumentistes du Conservatoire: édifice fragile et courageux, pétri de conviction et donc la "solidité" s'avère la griffe ou la marque principale. Un "apprentissage" au sommet pour un idéal très concrète: jouer, composer la "musique de leur temps" confie le directeur Vincent Dubois, aux commandes de ce vaisseaux majestueux en bordure du Port , esplanade André Malraux.
C'est aux entremets de Clara Olivares, d'ouvrir le festin: "Aux nouveaux nés", trois pièces courtes qui égrènent le concert, trois mouvements, entre les mets, plats de résistance de trois autres compositeurs: des solos de clarinettes, de la plus grave à la plus aiguë, pour "agrémenter" les couleurs musicales de ce récital.De quoi évaluer et apprécier toute une gamme de tonalités en apéritif pétillant, spumante, vif , incisif. Noelia Carrera Carrera s'y glisse subtilement, en virtuose et sage interprète, proche de l'esprit scintillant de ces mouvements "mouvementés", petits et grands "bougés" musicaux.
"Phantasmagoria" succède à la première touche sonore du concert, d'affilé sans transition avec bonheur.
Daphné Hejebri, l'auteure y mêle harpe, piano, contrebasse et accordéon, cordes et vents, percussion et xylophone pour une osmose aboutie. Le souffle ne manque pas à cet opus, scintillant, fait d'envolées contenues, de contrastes et d'accalmies après des périodes de grand tumulte: une météorologie pleine d'atmosphère singulière, de sons en nuages étirés, stratus de l'accordéon, cumulus des vents et pluie des cordes: sécheresse aussi de la harpe qui délivre un bain de jouvence en brume matinales. Un paysage sonore visuel et sensuel très prometteur de bonnes ondées!Et quelques silences et interruptions du son, morcelé ou tenu pour suspens orageux.
"Impulse" de Loic Le Roux comme un joyeux gazouillis de harpe et piano en touches multicolores résonne sous la houlette magique du maître de ballet Armand Angster, danseur de la rythmique, chef d'orchestre sans baguette aux mouvements harmonieux, précis et chorégraphiques: de dos, on apprécie la complicité avec les interprètes aux aguets de ses signes graphiques dans l'espace sonore!
"De coups et d'éclats" de Etienne Haan décline le concept de choc, de frappe, d'éclats qu'il glisse dans sa composition en multiples facettes, impacts, brisures et fragments: de franches ponctuations pour cette oeuvre , cordes pincées, percussions caressées, vent embouché. Versatiles et fébriles mouvements d'un opus singulier et pétillant.

"Kein Licht": fiat lux ! Fukushima, mon amour !Objet musical non identifié: "le thinkspiel"


Philippe Manoury, l’un des grands compositeurs actuels, et le metteur en scène Nicolas Stemann ont créé Kein Licht à partir du texte d’Elfriede Jelinek écrit suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.
Des voix qui chantent, qui monologuent, se répondent, des voix dont on ne sait pas ­réellement qui elles sont. Une tragédie a eu lieu, nous en sommes tous responsables, et il s’agit maintenant de survivre.
Technologies numériques, vidéo, musique électronique en temps réel, chanteurs, ­comédiens, musiciens sur scène : pour un spectacle fiévreusement ancré dans notre époque.



Quand alors que se déroule l'horrible catastrophe de Fukushima, un concert sur le même thème a lieu dans un théâtre, où est la fiction, où se niche la réalité?
L'opéra hybride signé Manoury et tout le staff de cette production décline à l'envie le thème du nucléaire, force énergétique et dévastatrice de notre temps, pourtant ici portée et adulée par deux héros de pacotille qui dirigent le monde: A et B sorte de cabarettistes scientifiques, irresponsables joueurs de leur vie, de nos vies sur terre, s'amusent et brossent un portrait affligeant des dirigeants de ce monde. Quoi de plus excitant que cette catastrophe, pré-texte à une mise en scène remarquable. Grandiose évocation visuelle et sonore de ce qui remue et questionne notre avenir. La scène est un vaste chantier fluorescent, containers d'eau de récupération en tête de gondole.Le séisme a eu lieu, les secouristes et hommes de labeur s'affairent en tenue de survie, un petit peuple s’agite fébrilement et se joue de la catastrophe.
En costume sombre de lumière noire,en paillettes de cabaret chacun y va de sa mélodie, de sa voix parlée ou chantée, de son "sprechgesang"....



 Ils racontent l'apocalypse, joyeuse, irresponsable narration du gaspillage, de la consommation à outrance de l'énergie nucléaire bien sûr.En trois actes, tout est dit sur le positionnement politique et écologique de nos contemporains. L’insouciance des uns et des autres ne semble pas troubler les hurlements des chiens errants, ici interprétés par les cantatrices agenouillées ou sur les quatre appuis. Un petit chien blanc, réel,  les accompagne.Les musiciens Les musiciens en fond de scène ponctuent les intrigues, les voix multiples qui se font actrices et personnages, en de multiples registres vocaux, du parler naturel, jusqu'au chant le plus stylisé.



"La voix parlée est une voix chantée chaotique" confie Manoury, passionné de recherches musicales à ce propos. La technologie aussi, invasive, nourrit son oeuvre de sa "musique en temps réel" qui transforme, pétrie et modèle les sons, en écho , variations savantes du non-dit.
Cette nouvelle "vocalité" nourrit l'oeuvre et en fait un itinéraire exhalant, une richesse inouïe, à découvrir, décrypter tout au long de cette écoute très "visuelle". Car la mise en scène accentue cet aspect inédit: un univers noir ou fluorescent, des nacelles suspendues au dessus du plateau qui font frémir, de l'eau qui éclabousse et jaillit comme ces vagues de tsunami qui déferlent sur les écrans. Des images vidéo de toute beauté signées Claudia Lehmann accentuent le côté science-fiction de l'oeuvre très graphique et plastique. Les corps des interprètes, immergés dans ce chaos, se déchaînent en osmose, bougent et se meuvent à l'envie.Sous la direction musicale de Julien Leroy, la musique coule et déferle savamment, les décors de Katrin Nottrodt fascinent , écrins idéal pour cette furieuse odyssée du nucléaire.
Au final, chanteurs et musiciens se retrouvent "dans le noir" sans énergie fondatrice, attendant que les feux de la rampe veuillent bien se rallumer: faute de nucléaire, pas de "licht" pour éclairer le monde!
Et la planète Mars prend le relais pour abriter cette population ivre de technique, de progrès sans limite.
Au risque de disparaître. Le discours est obscure!

Dans le cadre du festival Musica, à l'Opéra du Rhin le 22 Septembre et jusqu'au 25 Septembre à Strasbourg

vendredi 22 septembre 2017

Marionnettes !




"La passion selon Marc, une passion après Auschwitz": atout chœur !


Ouverture ce 12 Septembre au PMC de la nouvelle édition du festival Musica: un oratorio pour débuter ce programme "passionnant", Babel de la Foi, creuset d'une démarche noble et sensible du fameux Michael Lévinas, orchestrée par "L'Orchestre de Chambre de Lausanne"
Une "révélation" mystique et musicale, à fleur de peau, sertie par un chœur hors pair dans une partition fine et nuancée.
On frémit à l'écoute d'un petit chef d'oeuvre qui vous fait dresser l'épiderme, effleurant le sensible et le beau, pour cette "Babel" en hébreu, araméen, allemand et français ancien.Entre musique profane et musique sacrée, méditation revisitée ou relecture de la Passion du Christ, cet opus questionne  "le douloureux caractère irréconciliable entre la Passion et la Shoah
Ceci est mon choeur
Un chœur hurlant d'hommes, des percussions, un chahut, charivari, comme une tourmente, un tumulte grandissant: l'atmosphère est brossée et le rôle éminent de ce groupe vocal aiguisé et performant sera prépondérant durant tout le déroulement de l'oeuvre, ponctuant la tragédie, le drame au fur et à mesure.Retour au calme cor et piano en résonance, harpe subtile accompagnant les percussions des lèvres des choristes qui susurrent ou murmurent leur indignation.Les solistes se dévoilent et occupent l'espace sonore, le xylophone vibre, des lamentations se font jour; l'évangéliste, Jésus, la Mère et Marie Madeleine, sujets de cette pièce nous content le récit: implorations, prières, litanies se succèdent dans une dramaturgie pertinente, envoûtante. Les instruments à vent vibrent, tremblent, la tension monte, brouhaha du chœur, bruissement: l'atmosphère très "sensuelle" touche et imprime chez l'auditeur-spectateur des touches de "e-motion" ce qui émeut, fait bouger et se mouvoir les émotions. L'osmose des instruments, les cordes en cascade, stridentes qui pleurent et se lamentent, en glissades vertigineuses, timbres des cloches menaçantes, foule qui se soulève et envahit de ses vagues déferlantes....Un paysage menaçant se dessine, Jésus déclame, se défend, Marie Madeleine se lamente dans de profondes plaintes troublantes, comme un chant doux, imperceptible: le jeu de la chanteuse, fille prodigue et prodige de cette oeuvre, Marion Grange est sidérante de clarté, de conviction, sans flatterie ni exagération.Douleurs éplorées, renforcée par le chœur des femmes dans des aigus percutants, tristesse des harmonicas: le piano épouse le chant de la soprano, fluide et tendre atmosphère de méditation.Quasi mélodique.La foule hargneuse reprend le dessus, harpe et piano préparé en contrepoint: le chœur vibre, tremble, tectonique du drame, fil conducteur du récit, entremets délectable de cette ode , moteur rebondissant par sa présence, actif.
Après ce déchaînement haineux et vindicatif, revient le silence, pause salvatrice non anodine avant le drame final.Les cordes percutent annonçant la fin, amplifient le son?crescendo, le glas va sonner, vrombissement et tremblement de terre annoncés comme une nouvelle déflagration volcanique.
Pour clore cet oratorio, le chant délicat et passionné de la Mère, interprété de façon inouïe et sensible, subtile et nuancé auprès de la harpe et du piano: les contrastes des émotions filent dans la voix ténue, retenue puis qui s'élance dans les pleurs et les plaintes Dans une langue allemande parfaite, vécue de façon troublante, incarnée dans un solo de toute beauté, dans le silence de l'orchestre qui se tait , respect de ce cri de souffrance et de douleur très présent: deux poèmes de Paul Celan étourdissants d'amour et de sentiment.
On frissonne et songe à la beauté de la Passion.
Sous la direction de Marc Kissoczy, on retient la prestation fameuse le l'Ensemble Vocal Lausanne, virtuose du tumulte, funambule des difficultés et des embûches d'une partition multi- directionnelle, : bordé par un "gigantesque" Orchestre de Chambre impressionnant.

« Peut-on composer de la musique sans pleurer et sans trembler après la Shoah ? », s’interroge Michaël Levinas.
Le ton n’est donc pas à l’irénisme ou à l’angélisme. La forme et l’écriture éminemment complexes de cette Passion, en raison des polyphonies subtiles du chœur, des voix et de l’orchestre, en raison également de la manière dont les langues se signifient entre elles (araméen, hébreu, français médiéval, allemand), répond à une exigence bien précise : mettre côte à côte des traditions musicales occidentales avec le tragique de l’histoire du xxe siècle, au point de faire « trembler », au cœur de la création artistique, le devenir de la langue Sainte et des Évangiles après Auschwitz. 
Aussi, ce qui sépare le récit de l’Évangile de Marc, de la prière juive pour les morts (le Kaddish), ou encore du El Maleh Rachamim, de la lecture des noms et des deux poèmes de Paul Celan qui clôturent la Passion, n’est-il pas tant de représenter le tragique, que de le faire entendre dans sa nudité même, sans filet et sans salut, par-delà le clivage entre musique profane et musique sacrée.