dimanche 30 septembre 2018

"Gravité : l'attraction de la danse, planète conquise par Angelin Preljocaj !

Créé à la Biennale de la Danse de Lyon, voici venir le spectacle du complice de la musique d'Aujourd'hui et de la danse: le devin et divin Preljocaj, enchanteur des sens et des corps, dévoué à l'art chorégraphique tout entier.
Après Les Nuits en 2013, le chorégraphe revient à Musica avec sa nouvelle création, Gravité. S’y éprouvent les relations entre la gravitation et le mouvement, la physique qui anime tous nos gestes, en lien avec les paramètres de l’univers. Une recherche déjà engagé dans Empty moves en 2014 qui à l’image de Gravité fait partie des pièces « abstraites » du Ballet Preljocaj. Avec une douzaine de danseurs, s’invente une série d’écritures chorégraphiques exposées à des gravités différentes, et à un foisonnement de styles musicaux. Le rapport intime entre mouvement et musique construit une danse rigoureuse et épurée.Entre les incidences de la pesanteur et la succession des musiques de Bach, Ravel, Xenakis Glass, 79 D ,Daft Punk,  Chostakovitch, les interprètes entraînent le public dans une exploration singulière des dimensions physiques et intérieures de la gravité.Depuis ses débuts, Angelin Preljocaj cherche à combiner l’écriture chorégraphique et l’écriture musicale pour créer une fusion naturelle de ces deux éléments. Quand il s’attaque au monument de la musique contemporaine, Karlheinz Stockhausen, cela donne Helikopter (2001) une pièce aux accents métalliques. Portés par le son d’un quatuor à cordes enregistré dans des hélicoptères en plein vol, des danseurs du Ballet Preljocaj trouvent une musicalité inédite dans la dissonance, entre les ondes bleutées du sol et des ténèbres infinies.
Alors tout démarre sur le plateau nu, les corps en amas compacte, au sol, rivés par ce sentiment de pesanteur, d'adhérence terrestre. A demi-nus, ils se relèvent pour expérimenter la verticalité, érection des corps, animés par des mouvements au ralenti dans une extrême lenteur Par petits groupes de statues mouvantes, quittant ces poses d'implorantes chères à Camille Claudel, ils évoluent, longilignes silhouettes très performantes dans leur façon de se mouvoir, proche d'une grammaire classique, ouverture et tours vertigineux.
Dans de magnifiques halos de lumières venues des cintres, les rondes et cercles se démultiplient, cernant la danse et l'arène de leurs évolutions: douze danseurs, costumés de blanc ou de noir, s'attirent, se repoussent, attractifs ou répulsifs, sensuels et très fluides dans leur mouvance à fleur de peau. La peau du monde, lisse, tendre, belle.Le baroque leur sied à merveille, Bach en autant de sauts et traversées,défiant les lois de ce genre de danse, pudique, maîtrisant à l'extrême les évolutions contenues, retenues. Daft Punk, leur impose le port de deux casques, masques quelque peu gadget qui n'apportent rien à la réflexion expérimentale sur la gravité!Superbe séquence où les costumes, de noir et blanc rayés, légers en voile transparent, s'ouvrent et se ferment dans des déploiements sobres et amples.Un dépouillement de la gestuelle s'installe, la domination des femmes sur les hommes faisant l'objet de mouvements de répulsion discrète, les pieds chassant les corps du champs d'action des danseuses. Xénakis leur inspirant ces attitudes fermes, déterminées, puissantes. En jupettes blanches et costumes de plumetis frangés, ensemble sur les temps de la musique de Chostakovitch, l'unisson se fait au diapason des corps tendus, vivement animés de gestes tétaniques, carrés, multidirectionnels.Trois femmes rivées au sol, incarnent l'attraction terrestre, se relevant du buste, jambes allongées jusqu'au bout de leur énergie sensible.Encore une sarabande baroque pour défier les lois de la pesanteur, dans joviale, relevée défiant les lois du genre en traversée frontale foudroyantes. 

Le Boléro de Ravel, lui, enchante les corps réunis en corolle, s'épanouissant avec la montée en puissance de la musique, formant des lignes, des esquisses picturales et sculpturales de toute beauté.Groupe compacte qui s'écarte peu à peu faisant place à des dessins dans l'espace, écriture rayonnante, en fugues et retour à la source attractive: le centre, le noyau de la création gestuelle, épicentre de l'énergie du groupe.Au final, tous se dispersent, on se souviendra des portés, des duos où chacun retient l'autre, le repousse et forme des arcs tendus qui ne cherchent qu'à délivrer leur énergie au delà des corps vecteurs de la danse, passeur de rythmes.

L'osmose danse-musique au cœur des expérimentations du chorégraphes, riche de ses pratiques d'art martial, de peinture. "Densité ou  Gravité", c'est un recueil, un grimoire de traces et de signes dans la gravitation cosmogonique inhérente à la danse. Le Roi Soleil l'avait prédit, danseur virtuose d'une galaxie encore inconnue.Les lois de la gravité, ordre intérieur et fondamentaux de la danse "moderne" resurgissent ici dans un spectacle sensible de toute beauté plastique.
Cet après midi là à la Filature de Mulhouse, le public ovationnait les artistes et cerise sur ce gâteau, l'une des danseuses, enceinte, portait toute la symbolique du transfert de poids et de la gravité, centre du corps dansant, héritier de Laban et de sa perception de l'espace intime!

A la Filature de Mulhouse, ce dimanche 30 Septembre

Francesco Dillon, violoncelle, Emanuel Torquati,piano: qui va sano, va piano:duo!


Francesco Dillon et son complice Emanuele Torquati font partie de ces interprètes éclectiques qui font leur miel du répertoire romantique comme de la création contemporaine.
Rencontre matinale, ce dimanche à la salle de la Bourse pour le concert traditionnel dominical!
Quatre décennies  de musique italienne au programme.

Avec Scelsi et son "To the master" de 1974, les instruments, piano et violoncelle font chambre à part, comme indépendant l'un de l'autre. Côte à côte, ils cheminent avec des accents orientaux, lente déambulation rêveuse. On déguste l'atmosphère reposée qui s'installe avec bonheur: indépendants, libres, chacun avec grâce et emplie  de timbres et de sons, l'espace s'ouvre devant eux.

Suit un solo de piano "Mambo" de Luca Francesconi de 1987
Des notes séparées, appuyées, qui se balancent petit à petit.Des couches se superposent, des gammes flottent et disturbent la rigidité pondérale de l'exécution. De beaux gestes du pianiste, bras levé en vainqueur ou conquérant face aux difficultés de l'oeuvre. Le tempo, pugnace, refait surface pour mieux mourir....

"Animus II b" du même compositeur prend la succession du concert.Le violoncelle, solo, dialogue avec l'électronique superposée de Tom Mays.
A vivre pour les vibrations, les salves de sons lancées en direct qui créent des univers de science fiction, d'espaces architecturaux, grâce aux tissus sonores évocateurs.
Effervescence de musique, affolement de l'archet sur les cordes, rehaussé.amplifié en direct Comme un membre fantôme, en rémanence dans les oreilles!Les sons se rapprochent ou s'éloignent, l'apesanteur est reine, cosmique, des chutes s'enroulent, s'effondre. On perd pied, et ses repères avec!

Marco Momi sera la révélation de ce programme avec "Unstill" de 2016
Harmonie des deux instruments, sursauts, silences en répercutions, relient les deux émetteurs de sons.
Pièce incroyable, inventive, tirant partie d'ingéniosité sonore, d'une syntaxe débridée, surprenante!
Le piano préparé, deux harmonicas en plus, siffleurs, intrus bienvenus.

"Melencolia II" de 1980 de Salvatore Sciarrino fait suite à cette découverte inédite, joyaux du concert.
Comme un" remède à la mélancolie", les sons alternés, langoureux du violoncelle répondent au piano, lent ou animé, progressant dans une seule et même direction.
Le violoncelle, volage, oscille et tremble, le piano, hiératique confirme sa position et persiste dans sa démarche irrévocable, malgré quelques écarts.
Plaintif, alangui, capricieux, hasardeux, indécis, futile, l'instrument à cordes s'affirme, tandis que le piano en reprises, et répétitions confirme sa position!

Pour "Furher In", de 2014, Silvia Borzelli, propose une cuisine fusionnelle entre les deux émetteurs de sons, maisons privilégiées abritant des merveilles de sonorités.
Émulsions de sons, cadences communes sur leur établi de fabrication, "piano" de chef, maitre-queux de recettes introuvables et non reproductibles!
Façonnage, élaboré, savant, inspiré, moléculaire!
Hydre à deux têtes, bicéphale couple d'artistes, siamois indissociables, liés, complices et partenaires, les deux interprètes se confondent avec leurs instruments qui entrelacent leurs sonorités à leur insu!
Et toujours avec de nobles gestes, ouverts, étirés, jaillissants de leur énergie pour créer du son inédit sur le corps de chaque instrument, être vivants sous leurs doigts virtuoses!

A la salle de la Bourse ce dimanche 30 Septembre




Concert de l'Orchestre National des Pays de la Loire et Neue Vocalsolisten Stuttgart


Trois compositeurs italiens rassemblés au sein de ce programme pour leur propension commune à se référer à la musique de leurs prédécesseurs. Pas par nostalgie, mais pour la profondeur de champ qu’ouvrent dans le discours musical les greffes d’éléments exogènes. Pour Francesco Filidei l’atavisme de l’orgue, instrument avec lequel il a grandi musicalement, aura probablement orienté cette référence. Luca Francesconi rend quant à lui la citation indétectable, tandis que Berio tisse un réseau intertextuel.

L'amour de la Musique vivante devant nos yeux

L'événement à ne pas manquer, soirée parrainée par les édiles et institutions, fidèles partenaire de Musica!
Grand orchestre magistral, phénomène musical dirigé par Pascal Rophé, fidèle compagnon du festival, venu 18 fois de ses aveux pour célébrer la vivacité et l'ancrage de la musique d'aujourd'hui, à Strasbourg!

Trois oeuvre monumentales se succèdent pour ce concert hors pair: salle comble et attentive
La première oeuvre démarre sur des audaces sonores déroutantes: moulinets à vent, archets cinglant l'air de leur baguette comme des éoliennes défiant l'énergie et leurs sources singulières, sonores "venteuses" en diable!
C'est "Fiori di fiori" gigantesque fresque sonore, riche en brise, bourrasque et autre bise, vents salvateurs et non destructeurs;les cordes mugissent en sons de girouettes: tout s'anime en sarabande folle et le célesta fait bonne figure dans ses masses sonores compactes, puissantes, émouvantes.De beaux contrastes d'ensembles, des citations de musique ancienne réactivent les mémoires sensorielles, auditives. Comme dans une galerie des glaces où les miroirs à l'infini recomposent l'espace, le creusent, le reproduisent à l'envi.
Succède à cet opus de taille, au souffle puissant, é"Dentro non ha tempo" de Luca Francesconi: un ensemble compacte, illuminé, irradié de timbres multiples en immersion totale dans le son brassé.Masses sonores inventées, impressionnantes aux tintinabulements surprenants dans les moments d'acalmie, comme un trop plein qui se vide lentement...

Au final de la soirée, c'est Bério qui est convoqué avec "Sinfonia" de 1968?, inspiré de Beckett avec "'L’innommable" et de Lévi Stauss pour "Le Cru et le Cuit"
Un feu d'artifice sonore, riche, dense, tissant les matière pour parvenir à une atmosphère pertinente et impertinente de force, de gravité, de densité musicale
L'Orchestre et l'ensemble vocal au diapason de ce foisonnement 
La soirée, dédiée de la part du chef d'orchestre à "Jean Do", le Marco et son mètre d'une manifestation unique en son genre: passion et découvertes au menu depuis 29 éditions rares, variées tissées de fidélité, de compagnonnages et d'amour de la musique!

Au PMC ce samedi 29 Septembre



"Hugues Leclère, piano": le festin de Debussy : entremets et entrelacs de parenté !


Pour célébrer le centenaire de la disparition de Claude Debussy, Hugues Leclère a demandé à dix compositeurs d’écrire une pièce qui s’intercalerait entre les Études pour piano, l’une des partitions les plus expérimentales de sa dernière manière. Ce projet, dont Musica a la primeur, s’inscrit dans la continuité de Debussy, poète de la modernité (2012) qui entrelaçait les Préludes avec des morceaux composés là aussi pour l’occasion.
A l""étude" Debussy devait déjà composer avec toutes les facultés en main, université de son savoir faire musical en poche !
Les douze stations de Debussy
Le concert démarre donc avec ces "douze études" aux titres évocateur dans la montée en puissance des pièces à exécuter: " pour cinq doigts",  "pour les tierces", pour les degrés chromatiques"....Mais loin d'être un glossaire ou une compilation , style catalogue raisonné des difficultés à éprouver, voilà une oeuvre qui évolue du début à la fin, étape par étape, comme un chemin de croix à douze stations, mais celui là, chemin de traverse, ode au bonheur -et à la douleur- de composer et d’interprète.
Entre chaque courte étude, un bivouac qui s’enchaîne et s’enlace à l'étude précédente, sans arrêt, ni transition.
La première est confiée à Laurent Durupt, c'est "pour le majeur" en écho à "pour les cinq doigt"!
Des gammes en résonance, ascendantes, en spirale, aspirant vers le haut toute l'imagination de l'auteur, en complicité avec le maître de référence, convoqué ici en dialogue fertile.
Maura Lanza succède à cette distribution, casting de haut vol pour un scénario musical riche de rebondissements, de coupures, de montage, de gros plans ou travelling!
De belles citations, mélodiques et calmes, en miroir, comme pour traverser sereinement les deux univers musicaux et tisser des lien, derrière le miroir ou en passe muraille.
Frank Bedrossian prend le relais, le flambeau de cette folle aventure éditoriale avec "Pour les corps électriques", il fabrique des sons percussifs à partir du piano, ici préparé à grand renfort de papier aluminium!
Affublé de mitaines noires, le pianiste, virtuose, debout, triture la caisse de résonance et émet, de ses entrailles, des sons inouïs. Bruissement de papier, percussions sur les marteaux du piano, bruits de cailloux, de métal comme dans une petite usine,fabrique à produire du son. Scie, déchaînements et déflagrations éruptives: révolution de piano, artisan, manipulateur, fabricant l'oeuvre avec ses outils de fortune, Leclère excelle dans cette dissection, opération à cœur ouvert de l'instrument, fait objet d'expérimentations.
Avec "Pour les septièmes", le voyage croisé entre les univers de chacun, va bon train.Stephen Hough, aux commandes pour une fantaisie légère, fluide, harmonieuse, balade si proche de Debussy, que la liaison se perd et tisse les liens évidents de l'un à l'autre!
"Eclipse" de Philippe Schoeller joue les fermetés des sonorités, l'envergure des sons ou la discrétion et la sobriété des combinaisons musicales, tonales et de timbres. Hauteur et durée des notes, à la bonne fortune de l'inspiration d'un maître à son disciple!En touches impressionnistes, tachetées, pigmentées comme sur une toile. Les pédales du piano n'en reviennent pas!
Fin de la première partie, pause pour l'interprète, démiurge discret et généreux, travailleur de fond pour cette oeuvre magistrale, ouvrage de perfection, d'étude aussi, histoire d'être toujours meilleur!
Sébastian Rivas relève le défi à son tour avec "Etude de brouillard", un déferlement de notes, en suspension, calme à l'horizon, contrasté en volumes sonores changeants. Oeuvre fragmentée, tonique,pointée, sauvage, abrupte, engagée comme le jeu de l'interprète qui se donne entier à sa tache, studieux, obéissant, policé, respectueux.discipliné, docile face à cette gageure musicale!
Suit la variation de Philippe Leroux", Repeter...Opposer" qui prend le relais du "Pour les notes répétées" de Debussy: des notes piquées, frappées, répétées, en alternance, des graves résonants, des aigus pointus pour une petite danse interrompue.
 Un échantillon de notes pour glossaire, inventaire, accumulation en pluie battante de sons superposés. La vigueur, la rudesse et dureté de ses descentes brutales, decrescendo en cascades sur les touches, est sidérante de virtuosité: les prouesses de l'interprète ne sont plus à louer pour ce marathon musical.
Dufourt succède au casting avec son "Tombeau de Debussy", allusion à la mort et au souvenir, tel un long déroulé pondéral, pondéré qui démarre, sobre et solennel. Lente marche de cortège, grave, recueillie,, hommage respectueux au maître, dédiée à son génie, dévolue à son souvenir: dédicace paisible, reposée, cérémonie, mémorial, mausolée discret pour un "monument" de la musique "moderne"!
Durieux au final pour clore avec "Passage" cette page historique qui met en balance musicien d'hier et d'aujourd'hui: la transition avec Debussy est si fine et infime que le lien fait cordon ombilical et les ressemblances, clins d’œil et combinaisons, font se succéder comme dans un leurre, une pièce à l'autre, une signature commune à tous: l'excellence, l'imagination, l'audace et la créativité.
Martèlement des notes, crescendo et decrescendo véloces, sons affolés, indisciplinés s'échappent des doigts du pianiste, rivé à l'instrument, dans une expression de bonheur et de félicité absolus.
Tout rentre dans les rangs après cette oeuvre pugnace, incisive, insistante. Magistral final signé Debussy, en accord-raccord vertigineux, sans faille, comme l'ensemble de ce concert qui fera date dans l'histoire de la musique!
Hugues Leclère aux commandes de cet partition singulière en pièces attachées, montées comme un rouage éternel, "Pour des sonorités opposées" cependant, la pièce la plus remarquable de Debussy dans ses Douze Etudes de modernité
Douze étapes, ourlées de neuf créations qui tissent et métissent la frange, le tissu, la trame et la chaîne des impressions sur étoffe musicale!

A la Salle de la Bourse ce samedi 29 Septembre



samedi 29 septembre 2018

"Jeunes talents compositeurs" à Musica : des compositions insolites !Des pièces courtes d'excellence!

L’engagement de Musica auprès des compositeurs en formation
se manifeste, outre l’Académie du festival, dans la série des concerts « Jeunes talents ». Les étudiants des classes de composition instrumentale de Daniel D’Adamo et de création et interprétation électroacoustique de Tom Mays y bénéficient de la dynamique du festival, tout comme les étudiants du  Conservatoire et de l'Académie supérieure de musique de Strasbourg/HEAR qui, sous la supervision d’Armand Angster, prennent en charge dans une optique véritablement  professionnelle la création de ces œuvres.
Classe de composition de Daniel D’Adamo
Classe de création et interprétation électroacoustique de Tom Mays
Interprètes du Conservatoire et de l’Académie supérieure de musique de Strasbourg-HEAR
Direction musicale, Armand Angster
Direction pédagogique, Daniel D’Adamo

PROGRAMME

Mathias Berthod Quatuor entropique (2018), création mondiale version intégrale
De beaux contraste, des modulations en mouvements successifs, bien tempérées: un style précieux, altier, rehaussé d'instants de douceur et de vibrations issues d'une vélocité extrême d'un violon, fébrile, affolé, mais toujours très "distingué"!
La virtuosité de cette "agitation", vrombissante donne naissance à une oeuvre riche et dense, remarquable en rebondissements, contraste et temps de respiration auditive .

Matías Couriel Tout ce qui est solide se dissout dans l’air (2018), création mondiale
D'emblée surgit un foisonnement musical, sonore né de l'ensemble réuni, les vents en poupe!
Le piano participe à cette ambiance éruptive, volcanique, chaotique.Vents, cordes et percussions en trombes tempétueuses dans une ampleur et amplitude des sons, ascendantes. Isolés ou groupés, en de solides ou frêles masses et touches sonores,les instruments laissent libre cour à leur sonorité, l'opus se déroule sans faille, en envolées ou échappées belles, stridentes et bondissantes. Très versatile, tel une girouette multidirectionnelle, se donnant toute entière à la passion du souffle.Une accalmie pour clore la pièce et tout rentre dans l'ordre.

Loïc Le Roux Transferts (2018), création mondiale
Un piano solo pour retrouver l'identité, l'altérité de l'instrument, la gestuelle organique de l'interprète en phase avec une bande son: orage résonnant parmi les petites touches singulière égrenées du piano.Les notes courent, le clavier s'anime en vagues et ondes successives, le ton monte, grondant, furieux assourdissant.Envahissant, marée, tempête dévastatrice!
Retour au calme, ponctué de graves sur une bande son étouffée, feuilletage de sons qui défilent comme un vol d'oiseaux, ou d'ailes froissées. Ça circule vite, rapide, empressé.L'atmosphère est inquiétante pour cette course poursuite des deux univers sonores.
Caverneux, dramatique, puissant, menaçant, l'univers ainsi créé, s’efface peu à peu, dans une perte de sons, au lointain.

Antonio Tules Neuf sur cinq (2018), création mondiale
Place à l'accordéon, l'épinette , le violoncelle, entre autre et vents venant fabriquer un tissus sonore en petites touches: les instruments se passent le relais dans des mouvements vifs, brefs, sur tapis sonore compacté.
Un temps de pause et retour aux salves projetées dans l'espace comme des comètes de sons.Chacun sa touche et sa place dans cette compétition savante, course contre le temps.

Minchang Kang Amour, amour, lance tes traits... (2018), création mondiale
Au final du concert, une oeuvre qui implique la voix, celle de Gabrielle Varbetian, solide soliste, dans ses tenues chaleureuses, sa diction irréprochable malgré une vélocité de mise, pas si simple à exécuter. Vive entrée en matière de l'ensemble pour une riche unité sonore, un soutien pour la chanteuse qui fait corps avec les autres. Rayonnante, cristalline, animée, la composition est précieuse, savante, et se métamorphose en ambiance douce et sereine. De beaux éclats de voix dans ce flux musical en tension-détente, constant. Précipitation, accélération des rythmes à foison.
De beaux glissements aussi pour mieux se jouer des risques et danger de l'amour, ici évoqué, "Ai", Amour en japonais pour cette création sensible, émouvante

Félicitations à tous pour ce programme inédit qui augure du meilleur pour ces jeunes "auteurs-compositeurs" servis par des interprètes et une direction musicale et pédagogique de choix!

A l'auditorium de Fance 3 ce samedi 29 Septembre

"Homo instrumentalis": machin-ma-Chine !


L’homme domine-t-il la technologie ou en est-il devenu la proie ?C’est la question que posent les artistes amstellodamois de Silbersee dans une performance transdisciplinaire qui combine danse et vidéo à la musique.

Johanne Saunier, chorégraphe pour ce spectacle total, transdisciplinaire!On se souvient de sa présence magnétique comme interprète chez Anne Teresa De Keersmaeker....
Quatre femmes en chasubles jaune d'or démarrent le chant, alignées, frontales alors qu'en fond de scène des personnages animent une ventilation fébrile qui bruisse.C'est du "Yannis Kyriakides "Ode to Man", pour la séquence baptisée "L'homme créateur", premier volet de cette saga sur le progrès et la création, l'aliénation et le travail.
De côté, la bande vidéo délivre du texte comme des dazibao, étendards rnarratifs: en fond un écran en panneaux distincts fait obstacle, crée le mur entre les mondes.
Deuxième volet, le labeur, évoqué par des silhouettes en marche lente et courbée par la fatigue et l'effort, soumise à la machinerie de l'industrie mondiale.La fable est étayée d'images du monde industriel, sorte de "Métropolis", mégalomaniaque, métapolis d'une cité imaginaire qui détruit l'homme. C'est le chapitre "L'homme industriel" , défilé d'ombres, théâtre de pantins robotisés: les nuisances du travail, les maux du martyr s'affichent tandis que les huit personnages évoluent dans cette atmosphère industrieuse!Corps plaqués contre des parois de plexiglas, statues, cariatides portant ce monde sur leurs frêles épaules.Chanteuses et danseurs se passent le relais, corps-raccords au plus juste de la musique et du jeu scénique des acteurs. Luigi Nono et sa "Fabbrica illuminata" y trouvent toute leur justification. Mêlées de corps enchevêtrés, réactifs aux accents toniques de la musique. 
Troisième chapitre "L'homme cybernétique"" excelle avec Aperghis et son "Machinations" pour voix et électronique.
C'est ici que la danse, la gestuelle trouve toute sa signification, sa présence "obligée" sur la partition du roi des onomatopées, textes empilés, pyramides de sons et de sémantique.
Johanne Saunier en cheffe de chœur, de corps pour orchestrer cet ensemble disparate, ses identités corporelles et vocales inédites, singulières.Ils échangent, discutent, se font signent, s'interpellent: hip-hop ou autre forme de langage corporel, au poing, en révolte et résistance à l'oppression ambiance, celle faite aux corps mécanisés, marchandés. Ils pleurent, se lamentent, automates en rythme avec la scansion des textes hybrides. Syntaxe vocale et corporelle au diapason, à l'unisson.
Telle une frise égyptienne, ou mobile qui dépasse les attitudes communes, le film se déploie à l'envi, la bande se déroule sous nos yeux et au cœur des oreilles.
Aperghis et ses mécanismes architecturaux sonores au plus près de la gestuelle pertinente de Johanne Saunier: on sent la musicalité corporelle de cette danseuse, interprète hors pair des déflagrations musicales de De Keersmaeker!
Gestes répétitifs, mécanique bien huilée, articulées comme un engrenage digne des "Temps modernes".
Des digressions sur la digestion et la morphologie du canard venant semer le trouble anatomique de cette phase burlesque et absurde du spectacle théâtralisé§ Des croquis de planches dessinées sur l'écran viennent surenchérir ce petit monde déconnecté qui se sauvera surement de la machination de l'industrie.
"Par delà l'homme" de Yannis Kiriakides en épilogue pour calmer le jeu en images et sons transformés: salvatrice conclusion , final éloquent de l'inventivité débridée de Romain Bischoff metteur en scène de cette odysée du travail et de la machine industrielle, industrie magnifique de la danse, du chant;
Silbersee, très inspiré par cet opus décapant

A la Cité de la Musique et de la Danse ce vendredi 29 Septembre


"The Lips cycle" :au "grand palais", les atours de Babel !


Dans l’imaginaire collectif, les lèvres sont le siège de la sensualité. Mais The Lips Cycle est plutôt dédié à ce double appendice capable à la fois de modeler le son émis par les cordes vocales comme de produire lui-même des bruissements porteurs d’une musique subliminale.
Daniel D'Adamo songe les miracles de l'émission, de la voix et de tout ce qui fait que le voile du palais, le larynx ou le pharynx, la colonne d'air et tous les autres mécanismes créent du son, de la vibration!
ORL, orthophoniste, otorinolaringo pharyngiste, le voilà, sorcier et manipulateur de bruits insolites, de résonances inouïes et singulières!
Nez, gorge, oreille: les organes sont ici convoqués pour une médecine douce, chirurgie du son, dissection des techniques vocales au profit de l'imaginaire fécond qu'on lui connait.
En cinq mouvements, ponctués d'écoute d'une transition électronique, mais d'un seul bloc, l'oeuvre est un bouche à bouche qui se transmet d'une phrase à l'autre.
Grandes et petites lèvres, origine du monde, musical bien sur, mais la maïeutique opère en un accouchement fertile et fécond de timbres, durées, hauteurs de notes et surtout d'ambiance propice au décollage
Sur le tarmac, on met sa ceinture et on décolle!
Inspiré par Pascal Quignard et d'autres auteurs pour ses textes parlés-chantés, la conférence des oiseaux démarre: texte articulé comme des membres corporels , la langue investie de percussions au contact du palais, toute une palette de sources d'émissions qui donne lieu à des sonorités étranges, drôles ou simplement à écouter pour leur rareté.
La richesse du matériau sonore est sidérante et jamais on ne se lasse d'effets spéciaux ou de combines stylisées.
La cantatrice susurre, la langue claque en clapotis, sifflements ou chuchotements imperceptibles, à peine audibles.
Gargouillis, exclamations étonnées en écho, amplifiées par l'électronique, qui prolonge les sons, les tapisse en couches et la voici polyglotte, récitante, conteuse de peurs et de frissons.
Le chant est profond, la voix sensuelle avec une texture chaude dans l'énonciation, la scansion, les articulations.
Puis la flûte fait irruption, en dialogue, souffle-voix. La colonne d'air de la chanteuse et la colonne vertébrée de l'instrument font la charpente du morceau: déchirure des sons, cinglants, tension de cette architectonique sonore, tourbillon, tempête en autant de démultiplications, répétitions, retours ou accélérations. Moteur!
La dynamo est au point, l'énergie motrice fait rage.
Des crissements de cigales, des grains de sable dans les engrenages, les matières sonores très riches, minérales ou éoliennes s'ajoutent, se superposent. Filtre à son, la voix s'égaie, des essaims d'abeilles traversent l'espace sonore; le son fuse, froissé, frissonnant, canalisé et se fraye un chemin étroit.
Atmosphère cosmique, spatio-temporelle garantie pour une pluie de comètes, étoiles filantes du son fugace, frisson!
Traversée de toutes ses sources sonores: voix, flûte, violon puis harpe.Un feu d'artifice, des paysages défilent dans ce véhicule lancé à très grande vitesse: inouï !
Quand la musique se fait quatuor au quatrième mouvement les cordes "vocales"du violon, les cordes "à sauter" de la harpe donnent encore plus d'envergure et d'ampleur à l'atmosphère, univers multiples déployés dans un imaginaire narratif possible; des entrelacs de sons tournent et se répandent, murmures, gouttes de voix, frottements et chaos s'entrechoquent en un joyeux capharnaüm.
Flux et reflux de sons aquatiques, maritimes, emportant dans le courant fluide, ce petit monde animé de très bonnes intentions et attentions sonores.
Chacun a son mot, sa note, à dire dans cette foule effervescente, bruissante de sonorités.Morceau final pour voix et harpe en-tuilées de sifflements, babils, balbutiements et babillements réjouissants à l'oreille; la chaleur de la voix, épanouie en toute liberté donne sa pleine beauté: la mezzo soprano Isabel Soccoja, troublante de présence et de puissance.Elodie Reibaud à la harpe, complice de cette osmose en dialogue, muse inspiratrice du pygmalion D'Adamo, en diable! La magie des amplifications sonores, de l'électroacoustique de Daniel D'Adamo et José Miquel Fernandez opère à l'envi.
Ils ouvrent des espaces infinis qui s'effacent, disparaissent, brossent des paysages oniriques fantastiques, fugitifs, éphémères, furtifs, volages et futiles
Nicolas Vallette à la flûte donne le la, Laurent Camatte donne les répliques, le trèfle à quatre feuille fait des miracles et porte bonheur à la musique d'aujourd'hui
On reste "bouche bée" devant ce cycle "Lips", les lèvres en béance, ouverture d'une mise en bouche, qui mettrait les bouchées doubles pour une dégustation sans modération du gout du son, sur le bout des lèvres...
Langues de bois et bouches cousues s'abstenir!

A la Salle de la Bourse ce vendredi 28 Septembre

vendredi 28 septembre 2018

"En Echo": catalogue irraisonné de l'Accroche Note, duos légendaires Angster/ Kubler §


Entrée en matière avec le duo pour voix et clarinette basse "Cinis" de 1988 pour Armand Angster et Françoise Kubler: comme des cris, des onomatopées en répétition, question et réponse entre les deux interprètes, le jeu fonctionne à merveille, en complicité étroite.Rires esquissés,force de la voix, sonre au volume puissant: des surprises et du suspens en petites touches brèves, rapides et courtes, des syncopes, interruption et bribes de sons qui se renvoient la balle, s’interrompent ou se respectent! De beaux contrastes entre force et douceur, de longues tenues vocales pour Françoise Kubler, dans les aigus si performante: couleurs de voyelles en ascension légères ou decrescendo de la clarinette dans le silence, et tout rentre dans l'ordre:"Cum iam fulva cinis fuero uu-uu-u" résonnent encore en écho....

Luis Naon Ultimos movimientos pour voix, clarinette et électronique, 20′ (2012)
Une  pièce sobre, colorée, où la voix et l'instrument sont doublés, "en écho" par l'électronique! Jolies phrases, timbrées en rebond, en ricochets, en ronds dans l'eau, comme des rémanences sonores qui s'appellent, se retirent ou se retiennent.La poésie de Fogwill en est la trame: la trace du poète sur terre! La voix est profonde, retenue ou distillée dans une musicalité ténue, un phrasé rythmique en résonance avec la clarinette.Françoise Kubler, 



Toujours avec distance et humour, les deux protagonistes présentent l'oeuvre suivante celle de  Philippe Manoury :" Illud Etiam pour soprano, clarinette, et sons fixés". Encore une belle dédicace au couple de la part d'un auteur contemporain, pour leur très riche répertoire! Les voici mi anges, mi démons dans une légende de sorcellerie, des ailes dans le dos, de la rage et de la musicalité dans le souffle, le corps et la voix.Postures et attitudes recherchées pour évoquer les formes sculpturales des sorcières, anges et démons.Le pilier des Anges assailli par des sonorités démoniaques

"La cantate n°2 " de Bruno Montovani pour soprano et clarinette clôt le CD catalogue non "raisonné" de cet album qui fera date dans l'histoire du couple d'artistes hors pair Angster/ Kubler, fort s de leurs talents d'interprètes, de découvreurs de compositeurs, alliant leurs savoir faire, leurs savoirs êtres d'amateurs passionnées de la musique d'aujourd'hui!


Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Frédéric Apffel

"Les Métaboles": "Io" resplendissant Nono!




Retour attendu à Musica du chœur Les Métaboles de Léo Warynski, lequel s’empare pour la première fois de la partition du Maître italien Luigi Nono avec la passion qu’on lui connaît.

L'église St Paul, pleine à craquer pour ce rendez-vous céleste , cette oeuvre de Nono, "Io, frammento da Prometeo" de 1981
Un personnage qui va hanter l'oeuvre, errant à l'envi dans cette atmosphère planante et recueillie, servie par des ensembles et solistes remarquables.
La portée des voix du choeur, six hommes, six femmes, très claires, angéliques, en écho vibrant, est sidérante. De longues tenues , de plus en plus ténues, vibrent à l'infini, portées par une acoustique gratifiante de l'église.Une flûte traversière, une clarinette étaye ces chants, souffle et présence discrète, ponctuant les voix angéliques.Les sopranos solos, incroyables performeuses des notes sur aiguës, campent mystère et inquiétude. Incarnent l’irréel, le beau, le son inouï, resplendissant!
Puissants mouvements élévatoires du chœur mixte, incroyable performance dans la durée de ces touches, ses masses sonores qui se complètent, s'unifient, en osmose.
Les timbres se frottent, dissonent, le volume en contraste, enfle ou se perd à l'horizon de l'espace musical.
Hypnotique et subtile écoute de la part du public réuni pour cette cérémonie historique, la reconstitution d'un chef d'oeuvre comme l'expose au final, le chef dans une grande émotion partagée!
Infime insert de la technologie également pour soutenir les soins acoustiques, bien vivants!
Un moment musical unique à saluer!

A l'Eglise St Paul ce jeudi 27 Septembre


"Lonh" RN 7 : es lohnt sich ! A l'aune de la danse....le son, le texte, le corps-texte.


Depuis la civilisation mésopotamienne de Sumer au moins, l’amour a sa poésie. Il est l’un des plus grands pourvoyeurs de lyrisme de l’histoire de la civilisation humaine. Avec le passage de la poésie au chant, la musique prend corps, et il paraît tout naturel que les trois danseuses/chorégraphes et la scénographe de la compagnie RN7 aient souhaité prolonger le corps chantant de Françoise Kubler par des corps chorégraphiés pour investir l’espace scénique.
LONH est une pièce chorégraphique créée en étroite collaboration avec une artiste lyrique et une scénographe.
Elle propose un dialogue entre les matières des corps dansants, du chant et de l'écriture spatiale, à travers les oeuvres musicales contemporaines "Lonh" de Kaija SAARIAHO et "Kengir" de François-Bernard MÂCHE.

Voici pour les "notes d'intention" !
Sur le plateau, la chanteuse, de dos, de noir vêtue, trois femmes l'entourent et sa voix les anime de mouvements très lents, harmonieux: en silhouettes, noires, découpées par la lumière, leurs gestes sont sobres, nuques et corps cambrés, en alternance, les regards vers les cieux.i
Tandis que Françoise Kubler, un pupitre suspendu devant devant elle, incarne le son, la mélopée, les textes chantés, de la musique de François Bernard Mâche et Kaija Saariaho. Diction et jeu engagé, comme l'énergie douce qui sourd des corps des trois danseuses. Des cordes tombent sur la scène, liens et liaisons métaphoriques de la musique-danse, de la danse faite musicienne.
Déroulée comme un serpent ou par la suite, nid enroulé, chargé de loger la verticalité du chant ou la nidification du geste primitif. De beaux profils mesurés, posés, des courses ou des arrêts ponctuant les divagations des personnages, semés sur la scène, chevelure naturelle prolongeant l'énergie sauvage ou tendre de la gestuelle. Un trio à  l’unisson rassemble les corps dispersés dans l'espace, alors que la chanteuse , solitaire et belle, psalmodie de sa voix tonique et assurée, les sons et mots de sa partition, guide, qu'elle quittera pour se livrer seule, nus pieds dans l'espace. Alors plus indécise et chancelante, elle se meut sur le plateau, esquisse quelques gestes qui ne seront jamais de la danse à l'image de ses comparses.Du "poussez-tirez, du relâché dans la danse en font un exercice de style sobre et vécu de l'intérieur.De belles accélération dans les déplacements, à contre courant des accents ou des rythmes dictés par la ligne vocale. Puis plus de chant: souffle et respiration font corps, scansion des pas, audibles dans le silence, comme une prolongation des rythmes.
Directions, arrêts, immobilité....se succèdent. Elles ôtent lentement le haut de leur costume noir, étirent la matière du tissus en autant de sculptures plastiques, étirées, détirées comme un geste d'échauffement, lent. Des sculptures vivantes de Daniel Firman se dessinent en mémoire.


En position de coureur, en arrêt sur image, la danse ponctue la musique sans jamais la questionner ou l'importuner.
Libres, autonomes et pourtant "reliées" par ces cordes, métaphores de leurs liens, de leurs nœuds aussi qui semblent parfois entraver le mouvement, plutôt que de le servir.
Belles images plastiques mouvantes d'où vont surgir des chevelures hirsutes comme des figures africaines de danseurs fous. Le trio s'anime, en transe, les parures virevoltent tourbillonnent au final, alors que la chanteuse en quittant sa balancelle noire comme les cordes, se joint à cette mouvance étrange.En couleurs, rose, bleu, jaune, les figures s’effacent, le chant de la cantatrice, formidable émission de sons en langue étrangère qu'elle susurre ou éructe "par cœur", par "corps" , s'estompent.
Les nids, nœuds de cordes noires, flexibles et enrobantes, demeurent au sol, témoins et reliefs des péripéties dessinées en rémanence dans nos mémoires visuelles.
Il fallait oser creuser ce sujet cher à Françoise Kubler, les liens probables entre chant, voix, émission et gestes chorégraphiques.Sa voix guidant les incarnations futiles et vibratiles du geste dansé, la danse donnant du poids et de la gravité, de la densité au geste vocal: sur la corde enroulée, cordon ombilical entre les deux disciplines, si loin, si proches ! Plus que jamais, les textes chantés, habités magistralement par une artiste faite pour cela, incarnant matière sonore et corporéité avec brio et simplicité.

Au TJP ce jeudi 27 Septembre.

Chorégraphes : Lena ANGSTER, Marine CARO, Jessie-Lou LAMY-CHAPPUIS
Chant : Françoise KUBLER
Scénographie : Mathilde MELERO
Création lumière : Suzon MICHAT
Pièces musicales : "Lonh" de Kaija SAARIAHO
"Kengir" de François-Bernard MÂCHE

jeudi 27 septembre 2018

"Cosmos 1969" :fil d'Ariane, fusée en décollage immédiat !


À quoi pourrait ressembler la bande son de la mission Apollo 11, vers laquelle les yeux de centaines de millions de spectateurs étaient rivés en cet été 1969, et au cours de laquelle ce «petit pas pour l’homme» allait représenter «un grand pas pour l’humanité». Croisant les souvenirs lointains du garçonnet qu’il était alors avec sa sensibilité d’adulte, Thierry Balasse nous en propose une version très personnelle et nous embarque pour un voyage musical en neuf stations, entre musique électroacoustique et rock progressif, avec une escale en terre élisabéthaine.

Un spectacle fusionnel, dit "total" pour ce show évoquant la conquête de l'espace, la quête de l'apesanteur: échappatoire salvateur à l'humaine condition et à la banalité du terre à terre, du commun des mortels.
Thierry Balasse, cravate et costume noir, chemise blanche au commandes du vaisseau spatial pour une odyssée de l'espace incongrue, drôle, saisissante, ravissante!
Ils sont cinq musiciens, en "bleu" de travail, combinaisons bleu ciel oblige, pour évoquer cette épopée mondiale: le premier pas sur la lune, le défi du pouvoir de l'homme sur les planètes!
Rien que ça, pour convoquer Pink Floyd, Beatels et autres "canons" de la musique "nouvelle"planante, King Crimson ou Bowie!
Un fond de scène lumineux qui bouge et oscille à foison et une funambule improbable, Fanny Austry qui à elle seule occupe l'espace, l'air et l'éther couchée sur sa spirale ascendante, agré de fer, planté en milieu de scène.
Elle hypnotise, capter et rapte les esprits, les yeux et les oreilles de sa présence discrète, quasi continue de l'oeuvre spectaculaire en diable!
Emouvant et beau, sur le fil, l'opus va bon train, très "vintage" sur ce fil conducteur, fil à plomb ancrant corps et musique.
 Le vent, le souffle en introduction, prologue à ce voyage au long cour du sol luisant à la stratosphère évanescente.
On rêve, on plane à l'envi.
Lévitation sur tige grimpante en spirale pour boussole, tel un chat perché ou une Fantômette sur les toits, dans l'espace, celle qui veille à l'équilibre et aux dangers de cette aventure, est référente, rassurante malgré sa position périlleuse.
Allongée, incertaine, irréelle vision à bascule, madame rêve et dans les fonds sous-marins de l’amerrissage, on se pose en épilogue, on reprend pied et souffle, on quitte le navire de l'espace et l'on chemine, léger, laissant la Nasa faire le reste...Aux consoles, tout s’éteint, la magie est terminée, le songe fera son chemin.

Au Point d'Eau à Ostwald ce mercredi 26 Septembre


Le Quatuor Tana saute à la corde !


Grâce à son engagement auprès des compositeurs désireux d’explorer avec eux les contrées acoustiques encore vierges, le Quatuor Tana est devenu une référence en matière de création musicale.

Le songe d'une nuit d'été
François Meimoun ouvre le bal de ce concert avec "Le livre des songes" en création mondiale pour Musica!
Après une courte présentation, très pédagogique d'un des musiciens Antoine Maisonhaute nous voici plongés dans des formes évanescentes, rêvées comme dans un songe, pour laisser passer la virtuosité de la pièce. D'un seul trait, elle se déroule en esquisses de mélodies, en citations, référence à du matériel classique.Vive, sans cesse en évolution, sans arrêt, la tectonique est ascensionnelle: un passage très subtil, fin, intuitif, intime, très bref, séduit et conduit au seuil de la rêverie.
Ca fuse, les sons foisonnants reprennent le dessus, sans répit dans une magistrale prouesse d'exécution! Souvenirs et réminiscence dans cette écriture, proche de la tradition musicale savante, affichant une volonté d'évoquer les songes du jour ou de la nuit: rondo, sonates émergent en filigrane, la fugue prend des libertés: le rêve, permis et assumé: la vie n'est qu'est long rêve, ici éveillé et traité de manière cauchemardesque aussi, partie intégrante des symptômes du sommeil!

"Other Voices" de Yves Chauris en création mondiale,met en avant les "cordes" vocales du Quatuor.

Corps-raccords

Après avoir interprété une oeuvre évoquant les premiers pas de chaussons de danse, puis des cigales japonaises, voici l'Ensemble confronté aux vœux du compositeur: faire vibrer les cordes détendues, pression sur l'archet oblige, comme des sifflements, des émissions de souffle par la vibration des cordes "vocales" des instruments, faits organes et corps vivants!
Ambitieux projet musical, hautement servi par les interprètes, "obéissants" à ses contraintes joyeuses et périlleuses: de l'audace, du toupet, du risque et du danger, comme sur une corde raide. Nos funambules y prennent plaisir et le défit est relevé.Entendre des possibles, comme au fur à à mesure du trajet d'une arche tendue de A à Z;
défilé de notes au travers de l'oeuvre, l'imaginaire en éveil: ça mugit, s'étire, languissante musique, souple, flexible, incertaine...Le son baille, glisse et dérape, à pas de loup sur la pointe des pieds, des archets: claquements de corde comme des martèlements ou des chants d'oiseaux
Quelques collages de gamme chromatiques, des grincements, grattage et frottements discrets des cordes sur l'instrument, objet de désir de surprises et de découverte sonore!
 Tension et détente pour cet opus qui ne laisse pas le temps de s'installer, ni de se poser: au final, comme un son de scie, vaporeux et dans l'éther se glisse dans cette pièce où la scordature de la corde grave, objet de sonorités inédites: de la chirurgie haut de gamme pour corps de violon "préparé"!

Le "Quatuor à cordes n° 1 "de Ligeti vient boucler le programme du concert, telle une métamorphose nocturne, née du sentiment de révolte de Ligeti contre l’oppression politique du contexte de l'époque en Hongrie.
La musique "populaire" y trouve sa place de choix, sa marque de fabrication, évoquant Bartok et les accents folklorisants de son oeuvre maîtresse.
On passe d'une écriture à l'autre, savante et légère: une fausse valse sarcastique, hésitante, amusante et féconde en déraillements en serait le témoin!
Un chef d'oeuvre selon le musicien, excellent pédagogue et animateur qui assure l'introduction musicographique des oeuvre!Des sautes d'humeur et d'ambiance sans vergogne au menu!
Des accents saccadés, des sauts virevoltants, et la danse est rondement menée: comme de la houle qui remue et bouillonne!
De très belles sonorités, graves en osmose, un rythme très alerte, jovial, sans cesse tissant du son.
Chacun répond à l'autre en ricochet avec accents et tonalités référencés, quasi mélodiques... L'as des cordes frappées et pincées, Ligeti, révèle ici tout son génie de la tension-détente, imperceptible outil de ces effets de surprises, de rétention explosive et salvatrice. Un sublime moment de calme succède à la tempête, paysage et ambiance de mystère: les cordes frétillent, à l'infini, vibrent, le son se perd à l'horizon dans un espace sonore inoui! Déstabilisé à l'envi: du galop, d'une chevauchée ou d'un métronome à l'autre, les instruments vivent une épopée picaresque solide, les interprètes, une odysée de l'espace, incroyable.

A l'Auditorium de France 3 le 25 Septembre


mercredi 26 septembre 2018

"Singing Garden": la "party" est garden, le "garden" est parti !


C'est à un événement aux multiples éclats inattendus et aux complicités insolites que le metteur en scène Philippe Arlaud vous invite, en connivence avec la cheffe d'orchestre Claire Levacher à la tête de l'ensemble Linea. 
Dans une mise en espace où lumières et vidéo auront la part belle et vont transformer la salle de l'Opéra, les événements ne vont pas manquer avec la création mondiale de Francesco Alvarado (1984), les créations françaises de Singing Garden de Toshio Hosokawa (1955) et de Rhondda Rips It Up! (extraits) de Elena Langer (1974) et l'interprétation par un chœur d'hommes d'une œuvre de David Lang (1957). 
Le plateau est ouvert, les protagonistes présents sur fond d'images vidéo: une goutte d'eau gigantesque, filmée en gros plan qui s'égoutte et envahit l'espace: au profit d'une musique de chambre quasi intimiste, les morceaux choisis s’enchaînent, pièces à conviction d'un opus ou opéra de chambre plutôt réussi dans un "genre" à part, une construction scénique charmante, une vois d'ange de Yeree Suh, tout de blanc vêtue aux côté de la cheffe, de noir costumée sur son piédestal à la Buren, rayé noir et blanc: une colonne vertébrale solide, une direction présente et pertinente pour ce petit peuple agité, groupe d'hommes indisciplinés, de femmes affolées, en alignement d'opérette, au "cancan" quasi montmartrois de cabaret contemporain. Les costumes attestent du style chamarré, ludique et désinvolte de cette pièce montée par bonheur sur de belles fondations architecturales.
Le fond de scène change: de la mer calme, à la mer démontée sur fond de nuages , les paysages changent, se distinguent comme la musique: harpe ou accordéon pour évoquer l'eau, la passion de ceux qui évoluent joyeusement devant nous dans le bel écrin du théâtre de l'Opéra. Les chœurs se déchaînent, semblent s'amuser et leurs parapluies rouges et orangés font la nique à la tempête!
On "dansent et chantent sous la pluie" à l'envi !
Sur la plage, dans le bain, les suffragettes révoltées dansent, légères, animées par des airs de fanfare populaire.
Les quatre pièces jouée pour cette "opérette" bien ficelée, en osmose, comme si elles faisaient partuie d'un même opus, rythmé par quatre mouvements distinctifs!
Jeux d'eau, univers aquatique, ces "singing garden" sont de la "party" et l'on passe du dedans au dehors avec des danseurs qui nous conduisent côté "jardin" à partager un instant de "plein air" décapant!


Dans la deuxième partie de ce spectacle auquel sont associés Musica et L'Ososphère, des danseurs du Ballet de l'Opéra national du Rhin dirigés par de jeunes cho­régraphes et accompagnés de DJ vont investir un lieu surprise et vous convaincre que le titre de cette soirée n'est pas usurpé...Certes, c'est le parvis de l'opéra du Rhin qui est investi en pelouse sonore et plateau dansant!
Les spectateurs, invités à se regroupés pour assister à un bal tango, très réussi, un peu furtif pourtant: les danseurs ne s'attarderont point hélas pour animer un plateau, tapis de danse qui restera vide. Alors les images projetés sur la façade du théâtre retiennent toute l'attention: danseurs morcelés, visages en gros plans, dessins et croquis de BD, très bien hachurés de couleurs, noir et rouge oblige! Figures des statues du monument qui s'animent et dansent: humour et détachement pour cette institution de référence !
Vidéo, film en direct pour mieux capturés les instants ludiques de cette fête "improvisée"!
Pas vraiment bien sur, car la "surprise" party est grande mais quelque peu décevante. Le froid n'aide pas à se lâcher et l'on quitte musique et parterre de verdure, un peu désemparé.
Que la fête continue ce jeudi sous de meilleurs auspices, avec une "organisation" riche des enseignements d'une première sans vraie répétition les conditions climatiques de la veille n'ayant pu faire "une mise au point" parfaite!

Party remise et "singing garden" donnera sa pleine expansion et sa verve, le public mieux tenu à être convoqué à danser, se réjouir "publiquement" comme à une fête privée, publique !

A l' Opéra du Rhin les 25 et 27 Septembre

Talea Ensemble "Sideshow" :"baraqué", "attractif" ce Quasimodo de la création musicale !




Jeu de massacre!
Sideshow, oeuvre du compositeur Steven Kazuo Takasugi pour octuor amplifié et électronique, est une belle occasion d’accueillir pour la première fois à Musica les New-yorkais du Talea Ensemble.
La pièce démarre avec, face au public, une galerie de portraits frontale, bien vivante: huit musiciens impassibles se mettent imperceptiblement à grimacer: le ton est donné: grotesque, mimétique, loufoque, burlesque!
Touche humoristique que le spectacle ne quittera pas, durant son déroulement, les protagonistes, assis, visibles comme des hommes-troncs dans un théâtre de guignol ou un jeu de massacre. On est aussi dans un jeu de tonneau et surtout dans une foire, une fête foraine où l'on montre encore des monstres, des êtres ou créatures fantastiques.
Ici, c'est la musique que l'on désignera comme "monstrueuse", faite d'ingrédients savoureux, acides ou amers, plats de résistance d'un banquet tantôt somptueux, tantôt très "arte povera"!
En saccades mécaniques, ces hommes et femmes sans corps vibrent comme des mécaniques bien remontées, rythmes et gestes heurtés, tétaniques, hachés, figures d'automates sortis tout droit d'un musée du jouet.Leurs regards s'envolent au plafond à l'unisson, les directions des visages s'inversent: la chorégraphie se dessine, stricte et mesurée, très organisée. Jeu de pantins, d'animaux de cirque en vitrine qui nous regardent, bien sur, comme aussi des bêtes curieuses! Figés, hiératiques ou animés de bons sentiments à notre égard, mais moqueur et flambeurs, irrévérencieux en diable!
Qui sont les monstres: les "regardés" ou ceux, voyeurs, qui regardent et payent pour voir la musique, entendre les gestes et facéties multiples de cet octuor merveilleux ou salace! Barrissements, sirènes, tropes d'éléphant, mugissements sont de la partie, plainte, bruits de bouche...Poisson, la bouche ouverte, comme des carpes muettes dans un étang, les visions affluent, l'imaginaire travaille: des vampires aussi se montrent, gentils êtres passagers, akais japonais peuplant l'espace et l'univers fantasmagorique! Détournement des instruments que l'on redécouvre, faits pour toute autre chose et surtout mise en scène parfaite, sobre de cet alignement d'hybrides musicaux qui émettent des sons, des bruits et délivrent des images de contes fantastiques, de BD Manga drolatique. Ils nous fixent, nous dévisagent, immobiles dans des silences évocateurs qui parlent à nos fantaisie: irrésistible jeu de mime, de guignol ou dramatique expression de ces cabossés de la vie, cible et témoins de notre cruauté, ici bien récompensée!
La musique est capricieuse, changeante, versatile et enjolivante, ils nous font "la cène" à huit apôtres, gazouillent, vocifèrent musicalement, fébriles, animés dans un grand désordre virulent, un fatras à la Prévert, un inventaire des farces et attrapes d'un magasin de carnaval, une boutique fantasque de forains!
Divertissement savant et critique, miroir réfléchissant de nos cruelles et sadiques pensées! On songe à Ionesco , Kafka ou aux titres d'Erik Satie: "moisissures d'une chambre intérieure", ou "l'éternel retour de l'dentique" !
C'est du sérieux ce cataclysme, cette hécatombe, ce capharnaüm dévolu au sourire, au rire, à la moquerie, aux sarcasmes et à la caricature. Daumier veille au grain et s'incarne en Steven Kazuo Takagugi, maître d'un art martial nouveau: la musique de foire qui n'en est pas une! Jeu de figurines, chaos, tohu-bohu salvateur, casse t^te ou casse-pipe de la musique contemporaine! Exhibition dans un théâtre musical, chargé d'absurdités, de "non-gestes" évocateurs
Faites vos jeux !La partie de pétanque est finie, on garde les pieds tanqués et on se fait la belle ou la revanche!

A l'auditorium de Fance 3 le 25 Septembre


dimanche 23 septembre 2018

"Au bonheur des dames" :on arrête pas le progrès !


Encore apprenti-compositeur, Jonathan Pontier avait été confronté à l’image animée, réalisant la musique de courts et moyens métrages. C’est un rapport bien différent au cinéma qu’il inaugure cette fois, la musique conçue pour un film muet devenant de fait sa bande-son intégrale. Les quatre-vingt-dix minutes que dure Au Bonheur des Dames de Julien Duvivier (1930) exigent une grande variété de situations et de couleurs musicales, mais surtout une vision dramaturgique compatible avec celle du film sans pour autant lui être subordonnée.

Un ciné concert avec l'Accroche Note, un film de référence qui conte les méfaits du progrès sur le petit commerce parisien...C'est un événement de qualité où l'inspiration du compositeur oeuvre très justement au regard du rythme du film muet, des images, des scènes de foule hallucinantes,ou des instants très violents de destruction des quartiers visés par l'agrandissement des déjà très "grands magasins"!
Un concert à quatre instruments où l'accordéon jour un rôle inattendu, reliant le populaire au chic parisien sans vergogne. Marie Andrée Joerger se riant des tectoniques de la réalisation filmique ou du dramatique récit de cette jeune Denise, montée sur Paris pour tenter sa chance. De la gare St Lazare où les locomotives sont déjà des "bêtes" humaines, à la coupole et a l'escalier magistral des Galeries Lafayette, l'espace est rehaussé par le flux musical et l'on découvre la cinétique des mouvements caméra, des trucages ou superpositions d'images par le vecteur de la musique.
Armand Angster à la clarinette, Christophe Beau au violoncelle et la longiligne Christelle Séry à la guitare électrique.
La voix de Françoise Kubler, enregistrée et présente par petites touches.
Une réussite, osmose et détachement de la musique-image, du cinéma très rythmé de Duvivier: l'action, les péripéties violentes des protagonistes bien soulignées dans un monde en mutation où les décors, de l'industrie, au magasin de luxe surgissent de l'écran comme de réels personnages
Les expressions nuancées de l’héroïne, Dita Parlo, en disent long sur les états d'âme, les sentiments de ceux pour qui le progrès va bien au delà de l'amour pour gagner en fin de compte.
Le constat est rude et sans appel. Alors la musique s'arrête et le miracle des Grans Magasin, fait bien le bonheur des spectateurs-auditeurs. On trouve tout à "Musica", le bon marché de la musique d'aujourd'hui, la Samaritaine et son directeur, le bon Samaritain inspiré de la programmation musicale !

A la Cité de la Musique ce Dimanche 23 Septembre.