vendredi 30 décembre 2011

"L'ange anatomique": le corps médical médusé, fantasmé par Tomi Ungerer.

Quand l'anatomie rend un corps "angélique" doté d'ailes: voici une œuvre singulière de Jacques Fabien Gaultier d'Agoty 1746: "l'ange anatomique ou femme de dos disséquée de la nuque au sacrum"
Que diraient nos sylphides ailées, diaphanes et irréelles? Pas de quoi fantasmer sur la femme-enfant, fragile et vierge-blanche....Alors si ceci est source d'inspiration pour les corps "croqués" par Tomi Ungerer, il n'y a pas non plus de surprises!
Voir la très belle exposition "Tomi et ses maitres" au musée Tomi Ungerer à Strasbourg...

Affiche de "Calacas" spectacle de Bartabas, inspirée du maitre de Tomi Ungerer, Posada
Nouvelle création de Bartabas pour le théâtre équestre Zingaro
Après avoir martelé la terre de son Théâtre équestre Zingaro, durant plus d’un quart de siècle, voici que Bartabas s’attaque au ciel. Et qu’il entend y festoyer de plus belle en mettant la camarde en cavale et les morts vivants à cheval. Préparez-vous à entrer dans une danse de l’âme joyeusement macabre, déroulée sous vos yeux autant qu’au-dessus de vos têtes. Un double carnaval endiablé mené au son du tambour des chinchineros, des fanfares mexicaines et des orgues de Barbarie. Avec encore et toujours le cheval, le plus sûr animal psychopompe qui soit comme passeur, coursier, messager et ange gardien.

lundi 26 décembre 2011

Cadeaux de Noel qui dansent!

Voici les miens!!!

Minuit à Paris de Woody Allen

Pas de doute, c'est la belle époque que revisite le génial metteur en scène avec le french cancan, Lautrec, Matisse en état de transe, de danse! Et les gambettes!!!!! Joséphine Backer, le Moulin Rouge!








Cancan de Noel

Voici un peu de chahut, cancan et autre charivari avec Tomi Ungerer en chocolat!!!

vendredi 23 décembre 2011

le premier tango à Strasbourg: Raymond Waydelich danse!

Il y aura eu "Le dernier tango à Paris", voici celui de Waydelich: et que ça danse pour le réveillon!!!!

Les danses de Bacchus avec Les Vignerons de la Couronne d'Or au marché de Noël de STRASBOURG

Ils font un "tabac" au Marché de Noël à Strasbourg, place d'Austerlitz avec leurs trois jolis chalets, bien décorés, alignés parmi ceux du village du "bredele", ces petits gâteaux alsaciens, spécialement conçus comme le petit Jésus pour Noël! D'abord, il y a ce regroupement de viticulteurs réunis en confrérie "Le Vignoble de la Couronne d'Or" autour de Strasbourg. Pour promouvoir les meilleurs cépages alsaciens et redorer l'image des vins d'Alsace du "Bas-Rhin" face à ceux plus adulés du Haut-Rhin.....
Le Crémant d'Alsace est un produit phare pour les fêtes et déguster chez chacun des viticulteurs présents à tour de rôle sur ce marché fut un réel bonheur.
Palme d'Or au palmarès:celui du Domaine Joseph Vierling de Fessenheim le Bas. Des bulles affriolantes, fines, une fragrance au nez de raisins de Corinthe et en bouche le palais est ravi par les arômes fleuris...Du bel ouvrage qu'un champagne envierait à coup sur.La version "rosé" est ravissante également et inspire des accompagnements de mets, style crustacés. Chez le même vigneron, osez la cuvée "Cerf-moi-fort" à propos du brame du cerf en Alsace, qui donne lieu à un assemblage magique et très attirant et à une étiquette désopilante!
www.domaine-vierling.fr
www.cerfmoifort.com

Autre merveille la cuvée "La Nymphe Rose" de chez Lucien Brand et fils de Ergersheim: un crémant rosé sympathique, rond et effervescent à souhait, jovial en bouche et dont la belle robe rose lui donne son appellation très féminine!!! Nymphe de Bacchus, ou apollinienne, cette cuvée est festive et sa bouteille revêt un habit de fête qui sied aux tables de Noël!L'image de la maison encore sous la houlette du débonnaire  Charles Brand, est un ange et son emblème un poème d'Apollinaire...C'est tout dire sur "la part des anges" que l'on peut se réserver ici lors des dégustations.

On plébiscite aussi le crémant de Charles Muller et fils  de Traenheim, ainsi que son magnifique visuel, aussi beau que le coquelicot de chez Kenzo....La " bonne note" au crémant de Anstotz avec sa belle étiquette -un visuel de note de musique adorable- !!!!

les "vins Romain": un bain de jouvence!
Sans oublier pour le fun, l'excellent crémant rosé de Romain Fritsch de Marlenheim à qui on donnera une "médaille d'or", tant le fruité et le caractère de son pétillant est agréable et sait convaincre un amateur d'effervescent à bulle raffinées!Voire aussi sa "cuvée du banni" 2007, assemblage de riesling et pinot gris, dont l'histoire est touchante. Romain Fritsch cultive en "lyres":, géométrie de la plantation pas toujours "reconnue" comme appellation: alors, il est "banni" des grands crus....Noblesse oblige, alors goutez la cuvée "des lyres" et vous hallucinerez!

Et puis on parlera du combat pour la reconnaissance du "vin blanc chaud" sur le marché de Noël, toujours grâce à la pugnacité et l'entêtement des Brand et de Didier Bonnet pour la création d'une Maison du vin à Strasbourg. Résultat: un joli stand de tonneaux et de marmites à vin blanc chaud, place D'Austerlitz.
"La tribu des gourmets du vin d'Alsace" a gagné!
La Tribu des Gourmets du Vin d’Alsace – Strasbourg rassemble des passionnés du vignoble d’Alsace qui souhaitent promouvoir l’excellence des vins d’Alsace. Vignerons et amateurs éclairés, ils se mobilisent autour d’événements tels que la mise en avant du vin chaud blanc d’Alsace sur les marchés de Noël. La Tribu prépare un lieu d’accueil œnotouristique permanent au cœur de Strasbourg ainsi que des événements festifs et culturels.

voir www.vinchaudblancdalsace.eu
http://www.vignoble-couronne-or.com

Hervé Bohnert: les petites morts ont la vie sauve! Danses macabres: que du "bohnert"!

Hervé Bohnert est boulanger à Strasbourg dans sa pâtisserie le Wegele quai des Pêcheurs...Mais il est est aussi plasticien et complice de la scène artistique strasbourgeoise depuis ses débuts, exposant à la légendaire Laiterie, ses masques de cire, ces visages moulés comme autant de reliques vivantes de l'espèce humaine. La vie, la mort semblent l'avoir tarabusté depuis toujours....Mais depuis "A l'aube des mouches" une association de plasticiens réunis autour de lui et de Gérald Wagner, que de chemin parcouru....Ses dernières expositions entre autre au CEAAC, à la galerie No Smoking ( "Point") en attestent largement...Vanités de vanités!
Ses crânes de dentelles, œuvres récentes, ses photographies anciennes, ses sculptures de bustes anciens relookées pour l'occasion, entre face cachée et face revisitée sont plus qu'originales. Elles inquiètent, interrogent notre relation à la mort, au passé de façon virulente et incisive. De photos de familles anodines, il fait en les raturant, en les grattant, des tableaux macabres, où il redessine les contours des squelettes, mettant ainsi à vif les os au delà de la couverture de la peau.Fragiles, immobiles ,ses égéries du temps qui passe nous regardent, nous interrogent sur notre vanité, nos ambitions à défier le temps.La mort, la camarde, celle qui fauche et emmène les hommes dans des danses évocatrices du trouble qui nous anime chaque jour face à la vie.Danses macabres comme celles de Damien Deroubaix, celle de Marc Ferrante qui ausculte les radiographies et reconstitue des corps transparents...Est-ce dans l'air du temps, ces vanités qui resurgissent de partout, même dans la mode, les arts plastiques, les images publicitaires?
"La danse macabre" de Desmaz sur des textes de Baudelaire en est encore une illustration "Le branle universel de la danse macabre vous entraine en ces lieux qui ne sont pas connus".
Constance des Mazery présente une série dans la veine des danses macabres moyenâgeuses : des squelettes hilares tentent d'attirer les vivants dans leur monde ténébreux. Tous les âges de la vie sont représentés ainsi que certaines conduites bravant la mort.
Cette danse macabre a trouvé un texte à sa mesure et ce sont les illustrations du poème de Baudelaire "Danse Macabre" faisant parti des "Fleurs du Mal" qui sont représentées pour l'occasion.


------ L'ouvrage "L'architecture du corps" de Arduino Cantafora parle du squelette, celui de l'architecture de toute construction humaine.Issue du travail des élèves de l'école d'architecture de Lausanne, cette proposition picturale et plastique relève du projet de la danse macabre traditionnelle, revisitée avec une touche d'humour et de distanciation notoire.A la fois drôle et tragique qui renvoie à la perpétuelle question de la représentation de la mort!

Voir aussi l'ouvrage "Danse Macabre" sur la première danse macabre allemande imprimée, celle de Mayence vers 1490.Toutes les illustrations sont superbement reproduites et l'homme devant la mort au Moyen Age tardif est dévoilé à souhait. Avec une introduction brillante et savante de René Wetzel.

On renvoie aussi à la dernière parution de ZUT consacrée à Tomi Ungerer où il est bien entendu question de danse macabre!"Rigor Mortis" entre autre, inspirée de Posada "Cavalera las Biccielas"où des cyclistes, squelettes ailés déferlent dans une joyeuse fin de course Une course contre la montre, contre les méfait du temps qui ne manque pas d'un dernier ressort: histoire de mettre les pendules à l'heure!

Bon, et en ouvrant l'almanach des musées de la ville de Strasbourg, on tombe sur une superbe photographie sépia où un homme est en prise avec la mort, drapée comme une femme musulmane, empoignant dans une gestuelle fort gracieuse cet homme en costume et en émoi!!!! (Henri Robin et un spectre de 1853)

jeudi 22 décembre 2011

Alex Katz "Face the music": la danseuse comme obsession figurative

La Galerie Thaddaeus Ropac vient d'exposer Face the Music, la nouvelle série d’oeuvres d’Alex Katz (né en 1927). L’artiste américain présente une nouvelle série de toiles, études à l’huile, cartons et dessins, sur le thème de la danse. Figure du pop art américain, dès le début des années 1950, il préfigure ce mouvement avec des images inspirées des panneaux publicitaires, en reprenant le principe de sérialité à travers des portraits libérés de toute forme de psychologie. Il s’éloigne rapidement du pop art et impose son propre style, en marge de l’actualité contemporaine, il connaît alors une reconnaissance mondiale. Dans les années 1980, avec son Cool Painting, il devient une référence pour toute une génération de jeunes peintres contemporains.

Birth of the Cool est le titre d'une exposition qui a lieu à Zurich et à Hambourg en 1997, elle a pour sujet la nouvelle vague musicale de l'après-guerre américain incarnée par Stan Getz et Miles Davis. Dans les années 1960, Alex Katz collabore avec la compagnie de Paul Taylor pour qui il crée des décors et réalise les portraits des danseurs. En 2010, il revient sur ce thème et réalise des portraits des protagonistes de la scène chorégraphique new yorkaise contemporaine. Alex Katz choisit un plan américain très classique sur fond noir duquel les figures lumineuses des danseuses se détachent, graciles et gracieuses.
À travers ses tableaux figuratifs, Alex Katz a toujours utilisé un langage presque naïf. Ses modèles –principalement des femmes- sont peints sur des fonds unis comme des icônes de magazines. Sa peinture est lisse et des aplats uniformes, les volumes sont subtilement indiqués ; ses personnages sont sans aspérités.
La peinture d’Alex Katz ne dit rien, il ne recherche l’effet de style ni dans la forme ni dans le fond. Quant à cette obsession pour la représentation de la femme, elle n’a rien de l’érotisme qu’ont pu développer dans leurs images ses contemporains tels Tom Wesselmann dont l’esthétique peut parfois rappeler celle de Katz ou encore Yves Klein que l’on connaît pour ses voluptueuses anthropométries. Le thème de l’artiste et de son modèle traverse l’histoire de l’art et trouve une réponse toute en pudeur dans les portraits féminins d’Alex Katz.
Le travail de Katz s’équilibre entre les genres du portrait et du paysage. Depuis les années 1960, il a peint des vues de New York (Soho essentiellement qui est son environnement immédiat), les paysages du Maine, où il passe plusieurs mois chaque année, ainsi que des portraits des membres de sa famille, des artistes, des écrivains et des nouveaux protagonistes de la société new yorkaise. Son travail a été exposé dans le monde entier, il a bénéficié de nombreuses expositions personnelles et de rétrospectives, ses œuvres appartiennent à de nombreuses collections privées et publiques dont le Museum of Modern Art de New York, le Metropolitan Museum of Art à Tokyo, la Tate Modern à Londres, le Centre Georges Pompidou à Paris, la Nationalgalerie de Berlin et le musée Reina Sofia à Madrid.
Le jour du vernissage à 20h30, le chorégraphe français Hervé Robbe réalisait une performance dansée avec Johanna Lemarchand sur un thème musical créé par Romain Kronenberg.
L'exposition fut accompagnée d’une publication comportant les textes de Mark Rappolt, rédacteur en chef du magazine Art Review et Charles Reinhart, directeur de l'American Dance Festival.

"Carnaval" de Lorenzo Mattotti:couleurs et mouvements

Après un bref aperçu  sur l'histoire du carnaval au Brésil, signé Marilia Trindade Barboza et Marcelo Reis, plongez dans les illustrations lumineuses de Mattotti...
Couleurs, tracés affutés, scènes de danses endiablées le long des plages, ici rien n'est stéréotypes, mais tout est poésie et mouvances des corps costumés.Façon très théâtrale, des croquis de costumes en noir et blanc viennent étayer le propos de l'illustrateur, peintre et fabuleux croqueur de figures étonnantes. Cela rutile, virevolte à l'envi et l'on effeuille les pages comme on dévêtirait le plus beau des personnages de ce livre.

Allez découvrir cet ouvrage étonnant, regard sur un autre carnaval que celui des prospectus touristiques!Carnaval ! Lorenzo Mattotti semble littéralement avoir été fait pour cet exercice. Au Brésil, à Rio de Janeiro, le dessinateur s’est immergé en plein cœur du Carnaval, lors de cette période magique où rivalisent les écoles de samba (un mot qui signifie littéralement, on ne saurait mieux dire, “faire plaisir, enchanter”, dans l’un des dialectes africains amenés au Brésil par les anciens esclaves). Il en a ramené un festival d’images éblouissantes rassemblées dans cet album, avec cette “touche” et ce talent unique qui le rend capable de saisir le miracle de la couleur en mouvement. Des textes divers signés de spécialistes du sujet – sans oublier un glossaire très complet – viennent apporter un contrepoint tour à tour anecdotique ou érudit aux images de Mattotti. Une fois de plus, un enchantement.

"Si la danse est une pensée" de Dominique Noguez et "La sagesse du danseur" de Dominique Dupuy: deux ouvrages de danseurs philosophes: Avance!

Dominique Dupuy philosophe sur "la profession" de danseur, "l'artiste chorégraphique" par simple définition de statut juridique!!! "Kesako" qu'un homme qui fait de la danse sa vie, qui vit comme il danse, en pensant, en cheminant, en dansant, tout le temps! "A par ça, qu'est-ce que vous faites"?? C'est désopilant, humoristique et grave à souhait. Alors, parcourrez ces lignes si subtiles. Autobiographie, leçon de vie, aveux émouvants, tout y est pour donner à connaitre cet homme qui vient à la danse par "défaut de paroles", par pudeur, par modestie.
"Double jeu", ""La dansée", autant de chapitre sur l'histoire de ce danseur, sur sa pensée: "la dansée" est un mot qu'il invente, pour évoquer l'élan de la danse, sa beauté, la grâce aussi.Son aventure, son expérience auprès de Françoise Dupuy est révélée de façon sympathique et singulière. Sa compagne et partenaire de toujours: "même quand vous vous trouvez dos à dos, on a l'impression que vous vous regardez!".
Puis il évoque "l'armure, la peau", "des pieds et des mains"  sans en faire tout un plat!!! Il est "piéton de l'air" dans le "Apprendre à marcher" de Ionesco! Et c'est "Le vieillissage", l'acte du corps emblématique de la montée de l'impuissance qui serait le plus beau chapitre de cet éloge de la danse."L'âge, cela s'attrape dès la naissance"!
Epilogue avec "Voyageur sans bagages" la danse est œuvre qui s'efface, légère, éphémère, futile: comment la préserver, la conserver sans la consigner dans le formol d'une histoire qui ne l'atteint pas???
"Ainsi, il n'y a pas de bagage, il n'y a pas de voyageur. Il y a le voyage."

Pour Dominique Noguez, le saint patron du danseur est Saint Guy, danse répétitive, imitative, reproductible...
Belle pensée sur la solitude du danseur qui pourtant et fait pour être contagieux et passer la danse de lui à l'autre."Mobilité, musique, dextérité", les trois mamelles de la danse pour cet écrivain philosophe, sont indispensables pour incarner la danse, la rendre visible.Pour lui, la danse est lecture, pas écriture.L'écriture avance, chemine, anticipe, bouge! Elle est pensée du corps par le corps,lisibilité d'une lecture heureuse.
Et "d'une façon ou d'une autre, l'amateur de danse est branché sur les corps. D'une façon ou d'une autre, il bande". Un beau petit livre pour méditer tranquille en allant de l'avant!

Robert Longo avec "Men in the cities" et Edouard Levé avec "Reconstitutions" : quand les plasticiens dansent!




Robert Longo, artiste américain iconoclaste se met en scène, en mouvement et se photographie dans son ouvrage "Men in the cities" (introduit par Cindy Sherman).Sauts, cabrioles, attitudes inédites dans des décors urbains, font de l'iconographie un véritable glossaire de gestes, postures inouïes.

Edouard Levé, lui, né en 1965, n'est pas à proprement parler un photographe. II utilise la photographie pour fixer des archétypes et mettre en évidence la réalité parfois absurde, parfois comique, qui sous-tend ces images a priori dénuées de sens. Dans les vues qu'il a prises dans "Reconstitutions", ce sont les stéréotypes de l'univers quotidien qui sont capturés: mises en scènes, dans lesquelles il demande à des modèles de rejouer des situations inspirées d'images préexistantes.Panoramas, objet, morceaux d'architecture et qui constituent comme un catalogue du quelconque. Seuls les personnages, omniprésents, revêtent l'ordinaire d'un humour grinçant.
Cette série, a donné lieu à la publication de ce petit livret, à considérer non comme un catalogue, mais comme un livre d'artiste.

Radical parfois, troublant souvent, brillant toujours, Edouard Levé en exposant ses “reconstitutions”, processus qui a permis à l’artiste de se distancier des scènes qu’il photographait, tout en laissant au spectateur le choix de son regard... révèle les attitudes sociales du "corps humain" au travail. Edouard Levé, photographe, ecrivain, n’est plus, mais son influence et son regard marqueront pour longtemps la scène artistique en France. Il  remet en scène, en studio et avec des acteurs, des images antérieurement publiées dans la presse. Visages impassibles, poses immobiles et corps interchangeables pour une simulation d'actes suspendus dans le temps. 

 

"Act" de Denis Darzacq: les corps différents qui dansent

Beaucoupo de culot et d'humanité dans cet ouvrage de photos édité par Actes Sud avec une complicité évidente et pertinente!



"L'homme en pièces" de Marion Fayolle: danses en miettes

Fraîchement sortie de l’atelier d’illustration de l’école des arts décoratifs de Strasbourg, [1] Marion Fayolle propose un livre étonnant, dont la sensibilité des histoires se lie à la délicatesse du trait. Cet album est composé de plusieurs récits muets, qui s’apparentent plus à des scénettes, chacun faisant généralement une page et étant indépendant des autres (les plus longs sont découpés en autant de planches autonomes).
Cet ouvrage est introduit par un texte intitulé « L’art d’élever un dessin » écrit par Didier Semin. Ce dernier est professeur d’histoire de l’art à l’école nationale supérieure des beaux arts de Paris, a été conservateur de musées prestigieux dont le centre Georges Pompidou et a ainsi assuré le commissariat de nombreuses expositions. Cette longue présentation du personnage a pour seul but de montrer qu’avec ce livre, Marion Fayolle a su toucher un autre monde que celui de la bande dessinée. Ses planches engagent en effet un discours qui, par sa plasticité et sa sensibilité, arrive à subjuguer un lectorat qui n’aura pas l’automatisme de se tourner vers des ouvrages de littératures dessinées (pour reprendre le terme d’Harry Morgan). Je ne m’attarderai pas sur ce texte de Didier Semin qui, malgré tout le respect dû à ce théoricien, me semble peuplé de nombreuses confusions et approximations qui ne rendent pas forcément justice au livre. Retenons seulement deux choses : la première est la citation de Kafka qui rapproche de façon pertinente l’univers de Marion Fayolle avec celui du théâtre ; la seconde est l’atteinte de la grâce d’un dessin par son état d’épure (sentiment que je partage volontiers mais qui aurait été intéressant d’être plus développé par un tel théoricien, tant l’argument peut être facilement réfutable [2]).
JPEG - 94.5 ko
En effet, par leur élégance, les dessins de Marion Fayolle semblent d’une grande simplicité. Il y a dans son trait une volonté non pas de montrer mais bien plus d’exprimer. On pense alors aux personnages de Ruppert et Mulot, sans visages, mais dont les sentiments et émotions vont passer par leur posture (la comparaison avec les deux auteurs ne s’arrêtant pas ici). De plus, Marion Fayolle présente avec ce livre une technique assez innovante qu’elle a développée elle-même et qui enrichit radicalement son dessin. Pour faire simple, disons que l’auteur crayonne ses planches, les scanne, fait une mise en couleur par l’informatique, imprime seulement les couleurs, les reporte sur du papier et finit par un encrage au Rotring (stylo à encre très fin). Ainsi, sur le papier, il y a d’abord des tâches de couleurs que l’auteur incarne ensuite avec son trait. Il y a alors un choix à faire sur les parties à cerner ou à laisser, sur les traits à exprimer par l’encre ou sur les surfaces que l’auteur laisse exister par le découpage de la couleur, des éléments qui vivent déjà. Ces décisions font vibrer les dessins, affirment une certaine maturité dans la sensibilité de l’auteur. Elles reposent sur des sensations de rythme dans les traits, d’un équilibre de la composition auquel il faut être attentif. Si ces questions sont présentes dans n’importe quelle image, elles sont plus ou moins pertinentes selon les auteurs, et plus ou moins visibles. Marion Fayolle en fait l’essence de son dessin, et c’est ici qu’elle touche à une certaine épure, dans ce jeu constant d’équilibre et de rythme que renferment ses planches. De plus, cette technique de mise en couleur permet d’obtenir des tons délavés assez doux, qui installent une ambiance homogène avec le ton des histoires.
JPEG - 74.6 ko
Le découpage de l’action, sa mise en espace dans la page et le lien qui relie chaque dessin sont aussi des plus intéressants, notamment dans la constante évolution qu’ils vont avoir tout au long de l’album. Il y a bien entendu des relations fortes entre toutes ces histoires, le livre formant une unité harmonieuse. Les planches n’ont pas de cases, les personnages sont souvent seuls présents dans la page, avec si nécessaire quelques accessoires. Leurs mouvements, actions sont méticuleusement représentés et donnent l’impression d’avoir des planches de Muybridge devant les yeux. C’est ici que peut se faire un second lien avec les récits de Ruppert et Mulot, dans cette décomposition de l’action qui témoigne d’une appréhension particulière de l’ellipse. Loin de vouloir jouer la carte de l’efficacité comme sont souvent, à juste titre, décrites les planches d’Hergé (pour prendre l’exemple le plus connu), ces auteurs prennent le temps de l’action en la sur-découpant. Il y a alors un jeu sur l’élongation du temps intéressant et assez rarement amené à ce paroxysme, qui donne l’impression que l’action s’écoule plus lentement. [3] Mais alors que la volonté de Ruppert et Mulot est plutôt de bien expliquer les actes, dans des passages qui naviguent entre la didactique [4] et le film d’animation, [5] Marion Fayolle va plus vers la poésie, tire ses séquences vers une sorte de contemplation. Les espaces temps entre les dessins varient ainsi souvent. On cherche plus à suggérer un mouvement, une action, que de le montrer dans ses moindres détails. La planche des ricochets (page 26) est certainement celle qui met le plus en évidence ce travail ; dans cette séquence, il est difficile de reconstruire avec exactitude le mouvement de lancé du personnage, et certaines postures qui se suivent peuvent même faire contre sens. Il se crée alors une tension certaine entre les images. En négligeant ainsi les codes classiques de la séquence, Marion Fayolle propose une expérience de lecture bien particulière et fait preuve d’une grande liberté narrative.
Dans ces histoires, la symbolique est au cœur de la réception de l’œuvre. Le sens métaphorique de ces planches est appuyé et révélé par un titre qui introduit chacune d’entre elles, seul texte présent dans ce livre (en dehors de la préface bien entendu). On rencontrera aussi un certain nombre de signes qui reviennent plus ou moins régulièrement comme celui de la maison par exemple. En plus de donner du corps à ce recueil, ils révèlent quelques obsessions de l’auteur. En se livrant à une interprétation similaire à celle des rêves, le lecteur saura facilement se réapproprier ces images, les faire siennes afin qu’elles produisent un discours qui lui sera personnel. Ainsi, ce livre ne force pas à réfléchir mais propose, à mi-voix, une invitation à aller plus loin.
L’homme en pièces est un livre surprenant, reposant par la délicatesse des images de l’auteur, le calme de la narration, et enfin par ces couleurs presque fanées. Elles leur confèrent un coté suranné qui est dynamisé par un trait en proie à des problématiques graphiques bien contemporaines. De cette technique si particulière qu’elle a développée, Marion Fayolle a su bâtir un univers fort par sa cohérence, dont le principal mystère reste maintenant de voir dans quelles directions il évoluera.
[1] C’est dans cette école qu’elle a notamment monté, avec deux camarades, le magazine Nyctalope, plateforme d’expérimentations des plus intéressantes. Principalement centrée sur le dessin narratif, Marion Fayolle y a déjà publié quelques unes des planches de ce livre.
[2] Je ne peux m’ôter de l’esprit cette citation de Giacometti : « Plus on en met, plus il en manque ».
[3] Je pense alors au cinéma, et plus particulièrement aux vieilles caméras qui fonctionnaient à la manivelle. Cette manivelle était reliée à la pellicule de la caméra. Le cameraman la faisait tourner à une certaine cadence, exposant plus ou moins de pellicule pendant un certain laps de temps. Ainsi, plus il tournait vite, plus le nombre d’images impressionnées se multiplie.
Un ouvrage hors du commun!!!!

lundi 19 décembre 2011

La danse néo traditionnelle folklorique des "Slovaks Dance Collective"a du caractère!

Ils sont un savant melting pot de territoires et d'influences, mais surtout pas de "l'euro-pooding", ces "Slovaks Dance Collective" venus tout droit de Belgique avec "Journey Home"et revendiquant haut et fort leurs origines slovènes!
Leur danse est tout de tradition revêtue, mais relookée façon contemporaine. On songe aux racines de notre bonne vieille danse classique issues des pas de danse traditionnelle et folklorique....Ils sont six garçons dans le vent, cinq danseurs, un musicien pétris de nonchalance, de vivacité, d'humour et de distanciation face à leur propos. Revisiter avec intelligence leur patrimoine, richesse incontournable pour ce collectif de slovène qui ne renie pas ses origines, au contraire.Cette Danse dite "néo-traditionnelle" ainsi dénommée avec astuce et ironie, est de belle facture et de bon aloi! Ils s'inspirent des tempos, attitudes, rythmes, frappements de pieds, de mains que l'on repère rapidement et sur lesquels il faut compter pour structurer une chorégraphie simple et bien enlevée.De la bonhomie, du plaisir et beaucoup de virtuosité chez ceux qui sont passés par les mailles du filet de la danse contemporaine façon Sidi Larbi Cherkaoui.Sans faille, les évolutions spatiales tracent une géographie des poses et postures qui rappellent des situations burlesques et drôles. Ils sont charmants et plein de talents et l'on embarque pour un beau voyage au pays des métissages, des liens et sur des vagues tangentes à souhait.
Une fois de plus le Maillon s'avère un creuset de découvertes européennes inédites qui ouvre des horizons inconnus pour le meilleur de nos point de vue sur le monde d'aujourd'hui et ses multiples expressions. Ils ont du "corps" et de la belle matière à travailler cette "danse sociale" néo folklorique riche de biens des héritages féconds.Une danse de "caractère" revisitée qui ne deviendra jamais "néoclassique"!!!

jeudi 15 décembre 2011

"Cuerpo" par la compagnie Mira: ingénu, ingénieux corps de métier!

La dernière création de Sébastien Vela Lopez et Yvonnette Hoareau, depuis leur très beau duo autobiographique "Mira", est de belle facture.Il sont cinq cette fois, danseurs comédien, violoniste à échafauder un monde fondé sur la rencontre, l'écho, la communication. Et ça fuse à tout instant dans une joviale partition originale des corps, de la musique, des percussions corporelles.Beaucoup de tac, de doigtée de finesse dans la conception et l'exécution de  cette pièce, riche en rebondissements, en respirations, en apnée gestuelle. Leur marque de fabrique, le hip-hop, la capoeira, le contemporain, se précise, s'affine à chaque nouveau pas dans le monde de la chorégraphie. "Cuerpo" (corps en castillan) est un hommage aux possibilités d'expressions multiples du médium corporel: le plus réussi semble être cette très belle trouvaille de percussions corporelles, mêlées au slam, interprétée par Cheikh Sall, une "belle plante", plein d'humour, de détachement, de présence. Il percute avec ses mains, sur son corps qui résonne et déclenche une jolie fièvre de battements contagieux, quasi claquettes venues aussi bien des pieds que d'autres voies du corps.Le langage s'invente à chaque instant comme la réponse des uns aux autres dans un bel ouvrage choral, rythmique, puissant. Le décor est efficace et fort esthétique, panneaux lumineux, convertibles qui dissimulent et dévoilent les acteurs de ces péripéties et pérégrinations malines.La musique "live" d'une violoniste très investie dans l'espace de la danse, coule et se répand alors que les uns et les autres s'investissent dans une gestuelle inspirée du hip-hop mais fort affranchie de ses clichés robotiques.Le jeu des danseurs, sobre et précis, cisèle leur propos avec clarté et vivacité.On  les quitte, touchés par l'authenticité et la justesse des sensations transmisse à l'occasion de ce moment chorégraphique d'échanges et de partage. Ils ont fait un beau et long chemin, "Mira", depuis Magic Electro...Et les rencontres fertiles tissées avec entre autre Kader Attou et Hamid Ben Mahi les ont propulsés au firmament de la planète Danse avec bonheur et légitimité.Qu'ils donnent encore longtemps "corps" à leurs désirs, leurs envies et leur talent!

lundi 12 décembre 2011

"Haut les mains, peau de lapin": Michel Paysant et Françoise Pétrovitch au CIAV de Meisenthal

Il ne restent pas en pantoufles  de vair (de verre), ni "au vert", les artistes "résidents" au Centre International du Verre de Meisenthal!!!Sous la houlette de Yann Grienenberger, dircteur artistique du Centre, ils travaillent d'arrache- pied (verre à pied) pour créer des formes nouvelles ,des œuvres d'art à part entière avec un matériau qui se cherche pour illustrer l'avancée de l'art contemporain qui fréquente plus les autres média.Avec son "Tue Lapin", la plasticienne Françoise Pétrovitch, habituée de la maison et de son concept de "L'esprit des lieux" dédié aux résidents invités, signe une œuvre maline et pleine d'humour: sur un socle de verre rouge qui semble fondre et se répandre, trône une tête de lapin de verre noire, comme un trophée dérisoire qui incline deux longues oreilles.Sa "cage" de verre modelé à chaud, est aussi de belle facture et s'expose actuellement au Musée de la Chasse à Paris. Le verre s'avère un matériau de prédilection pour cette artiste, plutôt "céramiste", sculptrice et plasticienne.Un nouveau territoire d'écriture pour tous ceux qui se coltinent à cette nouvelle expérience, conviés à imaginer la prolongation de leur œuvre à travers le verre.
Quant à Michel Paysant, le voilà qui se lance  avec "Handsigns" dans un alphabet, abécédaire tout de verre blanc transparent. Présenté dans un bel écrin, les 26 pièces sont autant de petites mains qui évoquent le langage des signes, celui des mal-entendants. On se régale à imaginer des non- voyants tâter ces petits objets qui leur expliqueraient que le toucher génère aussi du verbe, du son et plein de sens! Comme  une danse et chorégraphie de ces petites touches de lumière, de verre qui laisse l'imagination inventer une syntaxe, un phrasé pour ces graciles membres détachés de l'avant-bras  ou du poignet! Éclats et morceaux de vie, alignés, consignés comme des trésors...Du bel ouvrage, plein de poésie!!!

samedi 10 décembre 2011

vendredi 9 décembre 2011

L'art très "kinétique" de Silvi Simon à La Chambre à Strasbourg: c'est "Filmatruc en construction"

La fort dynamique association strasbourgeoise pour la promotion de l'art photographique affiche jusqu'au 22 Janvier 2012, une exposition-installation de l'artiste Silvi Simon.Strasbourgeoise depuis les multiples acquisitions de diplômes d'arts visuels et de cinéma d'animation. Elle affectionne tout particulièrement les anciennes techniques cinématographiques (film super 8 et 16 mm entre autre).Elle pratique aussi l'image vidéo et les images numériques mais se plait à réinvestir "la préhistoire du cinéma" et les techniques du cinéma expérimental et d'animation, la pratique du cinéma sans caméra, les illusions d'optique, questionnant l'image, le mouvement, les sensations.
"Filmatruc" c'est d'ailleurs le terme générique qu'elle emploie pour déployer dans les espaces les différents dispositifs créés pour la projection cinématographique.La pellicule est son matériau, instrument de base qu'elle impressionne par la lumière puis révèle et fixe par la chimie.Puis la caméra capte et recrée le mouvement.In finé c'est le projecteur mécanique qui restitue lumière, vitesse et optique! Une vraie alchimie de l'image, mise judicieusement en espace dans deux lieux différents de la galerie.Retranscription du mouvement avant tout, ici tout se meut et bouge, certes de façon mécanique" mais très "kinétique" selon les lois du mouvement de la danse (voir Rudolf von Laban).Et le dispositif mis à nu, les projecteurs cinéma avec leur joli bruit de déroulement qui rappelle les bonnes vieilles projections publiques d'antan, est mis en valeur, exposé au même titre que les images lumineuses, noir et blanc qu'ils distillent.Magie donc de voir ces oiseaux qui volent, ces cristaux de lumière suspendus comme sur une voute céleste...Des univers cosmiques étranges s'en détachent à l'envi et l'on circule à travers les faisceaux lumineux comme dans un parcours ludique, charmant, féérique.
Le spectateur déambule, écran restituant aussi images et lumières.Archéologie de l'image, toute cette mise en scène traduit le désir de Silvi Simon de démanteler les mécanismes, les rendre visibles et palpables pour reconstruire un monde de légendes et de lumières.Ombres, vitesse, mouvements, tout concourt à rassembler les ingrédients d'une danse des images, d'un flux et reflux continu de mouvances très artisanales. Les petites mécaniques du cinéma mettent à nu une poésie de la matière, une explosion jaillissante de fragments de temps, éparpillé, échevelé.Les composants bruts, les moteurs, les axes, hélices, pignons, courroies, plastique, verre et miroir font resurgir à la mémoire les fondamentaux de la mécanique, de la dynamique du cinéma. En évoquant sa naissance par la monstration de son appareillage d'antan, Silvi Simon crée un univers de légende, de traces, palimpseste de l'image.
Merveilleux voyage au pays de Mélies, au pays de la fraction du temps démantelé pour une perspective de construction autre.Une fabrique du rêve bien agencée!

"A louer" des Peeping Tom: de la cave au grenier, la maisonnée s'agitte

Avec "A louer", c'est tout l'univers onirique et sarcastique de "Peeping Tom" qui s'ouvre à nous.
Après leurs fameuses pièces "Le Jardin", "Le Salon", " Le Sous-sol", les voilà en quête d'une folle vérité qui se révèle à eux tous: tout serait à "louer", tout est dans l'indifférence, le provisoire, rien ne nous appartient, sinon "nous-même" et heureusement. Car si toute la troupe dénonce le flouté de la vie, le vague à l'âme, c'est avec une telle subtilité, une telle force que seule leur identité collective ressort de cette performance hors norme, grandie et assurée. Un décor conséquent: un intérieur colossal, avec salon, montée d'escalier, balustrade, balcon et mezzanine sera le théâtre des pérégrinations multiples de ce petit monde agité. Autour de "Madame", une grande asperge distinguées, gravite un virtuose de la torsade, de la torsion et de la vélocité. Ce danseur qui d'emblée ouvre le bal et fascine par sa gestuelle incongrue, inouïe, acrobatique et contorsionniste à l'envi. Cela effraie et emballe comme tout le reste de cette pièce. On se retrouve chez Kafka, tant l'absurdité jaillit de tous les recoins. Ces petits personnages qui filent à quatre pattes et se nichent, invisibles derrière les sofas pour mieux resurgir à l"improviste. Cette bande de "touristes" aussi, conviés à la fête qui errent dans cette univers burlesque autant que désespérant.Tous contribuent par leur talent de chanteur, danseur, comédien, pianiste à séduire et convaincre le spectateur de la justesse de leur propos. Avec un tel langage affuté, maitrisé, un tel espace qui se construit au fur et à mesure, que l'on maintient une attention physique à leurs déboires, assez "sportive".
Entrées et sorties, apparitions multiples ponctuent et rythment dans un tempo d'enfer, un spectacle original, accessible et jubilatoire en diable.
Bienvenue dans cet espace incongru "à louer", le temps de s'accoutumer à cette folle cavalcade burlesque et effarante de justesse.

"Birds with skymirrors": Lemi Ponifasio en quête du bonheur

Le chorégraphe samoan installé en Nouvelle Zélande,nous revient après une prestation très politique, pour sa création récente "Birds with skymirrors".Une façon très personnelle de revendiquer une position écologique et équitable sur la thématique de l'écosystème. Mais tout ceci dans une esthétique loin des discours lénifiant sur le sujet.
Il s'inspire du comportement des oiseaux de l'Atoll Tarawa, qui malgré eux portent un bec scintillant au soleil à cause des reflets des bandes magnétiques toxiques qu'ils collectent au large du Pacifique. Ironie du sort car cela donne lieu à un spectacle splendide, une scénographie très plasticienne.Ambiguïté donc pour cette évocation sans concession du monde qui bascule dans l'absurde,dans le paradoxe. Montrer, dénoncer cet état de fait avec la danse, le chant, les mots et la simplicité d'une mouvance quasi mystique et spirituelle, telle un rituel sacré, est une belle gageure qui réussit à Lémi Ponifacio par sa maitrise du propos. Sans glissade démagogique, sans excès mais dans une vérité qui touche et qui bouleverse celui à qui s'adresse ce spectacle très abouti. Regarder autrement l'univers, dévoiler l'impact grossier des interventions de l'homme sur l'environnement, ainsi se décline le credo du chorégraphe servi par sa compagnie dans une complicité fidèle et opérante.Que ces oiseaux ne soient pas de mauvaise augure, mais plutôt des phœnix renaissants de leurs cendres!!!

"Loredreamsong" de Latifa Laâbissi: quand des ectoplasmes dévoilent une certaine matérialité de l'hypocritie...

La compagnie "Figure Project" dirigée par Latifa Laâbissi est "hantée" par une préoccupation récurrente: dénoncer les ostracismes, dévoiler toutes les figures de la manifestation de l'intolérance, du racisme: toutes "les différences" qui subissent injures, humiliations, qui sont bafouées et meurtries.Avec "Loredreamsong", cette petite musique de nuit qui se niche en chacun, signal d'alarme ou de détresse, elle signe en compagnie de sa fidèle comparse, Sophiatou Kossoko, une pièce riche en rebondissements humoristiques et sarcastiques.
Deux jolis fantômes sautillent et virevoltent à l'envi, à l'image d'autant de figures de rhétorique sur le sujet brûlant qui les tarabuste: le racisme. On découvrira par la suite quand nos deux ectoplasmes se dévoilent, qu'elle est "blanche" que l'autre est "noire" et que chacune s'exprime dans son langage qui peu à peu devient le même.
La "femme arabe" et la "femme noire" revêtent les atours du singulier-pluriel, dans la joie, le respect, l'humour et la distanciation.Belle prestation de ses deux danseuses dont l'une est passée par les chemins de traverse d'un Boris Charmatz et d'une Robyn Orlin.
C'est peu dire sur la rigueur et l'authenticité de leur propos et de leur jeu , jamais gratuit, jamais fortuit; toujours juste et impertinent.Nadia Lauro signe ici la conception scénographique, sobre et efficace, Olivier Renouf au son affute son compagnonnage et sa complicité avec nos deux protagonistes.Un ouvrage de "dames" très osé, très indiscipliné pour énoncer parfois l'indicible, pour montere l'invisible de nos pulsions pas toujours avouables.
La différence a droit de cité dans l'agora de la danse!

lundi 5 décembre 2011

Crazy Horse: le film, le livre, les croquis: crazy!!!!

En vogue bien sur, mais de tout temps, le "Crazy Horse", célèbre cabaret parisien, a donné lieu à un documentaire de création atypique, "Crazy Horse" de Frédérik Wiseman.Déjà auteur du très beau documentaire sur l'Opéra de Paris et son Ballet, le scénariste prend à bras le corps son sujet et nous fait pénétrer dans les coulisses du temple mondial de la sensualité.Troisième institution française après la Comédie française et l'Opéra de Paris, s'il vous plait!!! Au cœur du plus avant-gardiste des cabarets parisiens, la caméra du documentariste américain suit le metteur en scène Philippe Decouflé et Ali Madhavi, directeur artistique, qui réinventent les numéros de la célèbre revue de danseuses nues.Découvrez la vie du Crazy, des répétitions aux représentations publiques!!!Les premières images sont kaléidoscopiques, la caméra frôlent les corps nus, sculpte les fesses arrondies des danseuses sans pudeur: c'est bien la lumière qui les habille et non un oeil de voyeur.Indescent? Jamais, car le propos du chorégraphe et de l'institution se rejoignent pour manifier la femme, la décaler de son image de petit soldat à la frange coupée court à la Louise Brook.
Les "dessous" du Crazy s'affichent lors de scènes de tournage du quotidien: salon d'essayage, de coiffure, visionnage déconcertant d'un bêtisier du Ballet du Bolchoi....Les filles sont croquées "nature", belles, simples, artistes exigeantes découvrant une gestuelle habitée par Decouflé qui tente de leur faire passer un autre "phrasé", érotique dans sa sobriété. Le pari n'est pas gagné pour lui quand il se confronte à la mécanique bureaucratique de l'institution parisienne et de ses actionnaires! Mais il tient tête et l'entreprise est réussie.Des images du cabaret, seaux de bouteilles de champagne translucides, verres pétillants, ambiance calfeutrée et cosy: tout y est pour entrer dans cet univers de rêve ou l'inaccessible beauté des corps devient réalité. Intouchable, certes!!! Voici un grand documentaire qui fera date! Intrusion dans l'univers d'un casting aussi: une scène plus vraie que nature, insolite, implacable réalité incontournable?,impitoyable : ce sont les plus belles fesses et cambrures qui gagnent..."Obscène", ce film? Oui dans la mesure ou il dévoile l'arrière scène, celle qui se dévoile, ses coulisses, ce qui se passe derrière le rideau.Alwin Nikolais serait ravi de voir que son art de la lumière, des formes , des volumes est transcendé, magnifié sous la houlette de son fiston spirituel: Decouflé décidément en pleine possession d'un imaginaire fécond, respectueux et innovant.

Deux livres accompagnent cette coqueluche "Crazy":
"Crazy" par Antoine Kruk, couverture de velours rouge et croquis de danse savoureux...(éditions Eyrolles 2011)
"Crazy Inside" de Corinne Decottignies, photos de Antoine Poupel. (éditions du Chêne E/P/A, photos)

mardi 29 novembre 2011

"Mues" installation chorégraphique de Nicole et Norbert Corsino: la théâtralité spectrale de l'icône chorégraphique

Ces deux chorégraphes de l'image qui ont depuis presque trente ans basculé de la scène à l'écran sont aujourd'hui auteurs des plus pertinentes fictions chorégraphiques, écrites pour de nouveaux territoires de la danse.Ils ont inventé sur la page blanche des écrans l'écriture singulière de leur imaginaire, basé sur les plus solides et innovantes techniques du monde de l'image et des signes virtuels. Leur dernière création présentée à l'occasion du Festival de Danse de Cannes 2011 en est la plus impressionnante illustration.
"Mues" est le titre de cette nouvelle œuvre, installation présentée dans l'espace dépouillé de la salle "Miramar" à Cannes.Entièrement dédiée à une réflexion sur la nudité, l'apesanteur et l'extrême virtuosité d'un ralenti du mouvement, cette installation de six écrans de format rectangulaire, posés à la verticale sur des supports, se révèle aux sensations du spectateur, immergé dans une atmosphère d'un calme et d'une sérénité radieuse.
Le corps nu y est exploré à travers la lente chute ou le paradoxal rebond d'un corps dansant. L'illusion du ralenti extrême touche et fait se mouvoir notre pensée au rythme de cet exercice inoui du corps en quasi apesanteur.
Chaque écran est un tableau mouvant qui offre en perspective une approche de jamais vu, de jamais vécu tant le fondu, le flouté est synonyme d'anti-gravité, de rêve non incarné de chute sempiternelle d'un corps léger, diaphane quasi fantomatique.
La texture en semble immatérielle, comme une cire translucide qui fait se renverser les codes, basculer les principes et critères reçus de verticalité, d'horizontalité. On échappe ainsi à la gravité, on s'affronte à l'irréel par l'analyse complexe des données du mouvement passées au crible par la scientificité des outils . La 3D entre autre qui modélise ces corps suspendus, immergés comme dans une eau scintillante de lumières.
Quelques icônes réagissent au passage du spectateur, les mots d'un texte-écran se lovent dans la danse de celui qui fait face à l'écran. Les mots inscrits dansent, se transforment, muent comme des chrysalides, des enveloppes qui se déploient.Une expérience unique de chacun donne vie au corps du texte. Lui permet de prendre forme, volume et volutes au gré de la déambulation.
Une autre image encore: celle d'un corps féminin, gracile posé dans un parterre d'herbes fines, mobiles, stabiles, mues par un mouvement incessant.
Belle rêverie poétique à la lisière de nouveaux horizons pour les Corsino.Une grande sobriété des effets en place confère à cette mise en espace du "ralenti" ,à cette fiction du mouvement qui n'existerait que sur l'écran un caractère fascinant, hypnotique Absorbant aussi, proche d'une méditation, d'une spiritualité de la démarche des eux créateurs dans son acceptation  d'intelligence du monde au delà des apparences. "Mues" c'est aussi la métamorphose du corps, sa splendeur virginale, éprouvée ici par son aspect spectral, laiteux, virtuel.
Une fois de plus, cette danse de l'impossible est rendue perceptible, visible comme une expérience des sens en alerte, en éveil. De quoi brouiller les pistes du sensible par une sensualité des médias employés. Et de surcroit revoir la danse comme "médium multiples" qui tisse et conjugue la beauté.

Festival de Danse de Cannes 2011: les "mythologies" de Frédéric Flamand

Pour Frédéric Flamand , actuel directeur du Ballet de Marseille, cette édition du festival de danse fut une "première" en tant que programmateur. Une façon de plonger dans une thématique qui lui est chère, "les mythologies" de notre temps qu'il décline en tant que chorégraphe depuis ses débuts, au Plan  K à Bruxelles, lieu mythique de tous les possibles, de toutes les rencontres artistiques dans les années 1980...
Ici, il ne faillit en rien à cette "obsession" salvatrice qui libère une partie de son imagination de programmateur qu'il assume avec rigueur et audace.Les spectacles y sont le reflet d'une création contemporaine très inspirée, la démonstration (s'il le fallait encore) d'une assurance de ses choix, pointus, en empathie avec autant sa propre mémoire de chorégraphe (voir son spectacle "Moving Target" des années 1996) que le démarrage  sur la scène de jeunes écritures de la danse actuelle.
Allons-y voir de près pour découvrir dans cette seconde catégorie, le sublime trio de la compagnie Ovaal, "To Intimate". Les chorégraphes et interprètes en sont Marc Lorimer et Cynthia Loemij, accompagnés au violoncelle live par Thomas Luks. Anciens danseurs de chez Anne Teresa De Keersmaeker, les voici immergés dans leur propre écriture, sensuelle, fluide, faite de multiples touches de désir, de plaisir qui donnent poids et gravité à un travail en dentelles de précision et de netteté du geste. Le duo est sobre, lui, ferme et gracile, elle en robe vintage, femme, attirante et simple, souriante, attractive. Leur histoire se partage sur le plateau avec la complicité singulière d'un violoncelliste qu'ils frôlent, leur échappe ou bien s'insinue dans leur espace. Un merveilleux jeu et déplacement de trois chaises en font une partition d'objets musicaux qui unifie leur démarche.En joués, mutins, émerveillés par ce qu'ils font et la danse qu'ils pensent si justement dans l'instant de l'existence qu'ils lui confèrent.Une pièce unique, rare qui se distille comme un alambic le ferait d'un bel élixir, ou une clepsydre de l'eau et de l'écoulement du temps. Une recherche qui fait mouche dans le panorama de cette "danse de chambre" à trois, formation majeure pour des instants en mode mineurs qui touchent et s'imprègnent nos sens et notre écoute. Un écrin pour la danse qui le laissera pas indifférent.... La communion des corps qui se frôlent, se touchent, se repoussent s'aiment ou s'ignorent est le plus bel acte de revendication d'un dialogue, loin de l'inhumaine communication de masse que nous imposent aujourd'hui les médias et leur flot d'images compulsives!Un face à face, un duo-duel qui a de l'allure, de l'allant et un fort gout de plus belles couleurs de parfums évaporés.

La compagnie de Michael Clark, programmée à la suite de cette ode à l'humain, fut un contraste troublant. Avec son "Come, been and gone" le trublion de la danse que nous connaissions de l'époque de Karole Ermitage s'est quelque peu assagit: il nous livre un hommage à ses propres "mythes", le rock, celui de David Bowie, de Lou Reed, de Iggy Pop.Un florilège très personnel qu'il revendique comme ses maitres à penser, à danser, à voir le monde."Rock is my rock" affirme Michael Clark et Brian Eno y est convoqué avec les fantômes de Kraftwerk et The Velvet Underground.Technique très virtuose à la Cunningham, poses, attitudes, versatilité du style où les directions opèrent un subtil jeu de volte-face vertigineux.Les danseurs se stabilisent, décrochent, renversent le bon sens et sèment une joyeuse polyphonie du geste, à l'unisson, en soliste, en autant de points dispersés dans l'espace. Les costumes, strictes, collent à la peau et arborent des couleurs flaschy, mode, sympa et aux lignes franches.Vitesse, agilité, complexité ajoutent à cette danse un zeste de distanciation salutaire qui ne fait pas oublier que le désormais "classicisme" de Clark est une "griffe" qui lui appartient , une signature lisible qui rend éclaboussante sa vitalité très domptée.

Aux lumière le fidèle Charles Atlas, l'homme plein de virtuosité dans le mouvement filmique, scénographique, qui accompagna Cunningham dans de folle parties vidéographiques et filmiques: une filiation efficace et tonique, loin d'une nostalgie ou de citations historiques.Clark est bien "moderne"!


Quant à la compagnie de Hofesh Shechter, le chorégraphe israélien coqueluche du public, c'est avec deux pièces pour hommes et pour femmes qu'il conquière la scène avec "Uprising" et "The Art of not looking back".
Sa danse quelque part héritée de Wim Vandekeybus et de La Batsheva Compagny est animale, virile et expose l'état d'oppression des corps, de guerre des forces vives qui s'affrontent et se coltinent à la violence.Puissance, rythmes appuyés des pas, des sauts des accolades et combats font de cette pièce une illustration percutante de l'art de la guerre politicienne, celle de l'humiliation, de l'étouffement des corps bafoués.Hommes puis femmes y expriment la volonté plaquée sur eux de l'autorité du chorégraphe qui en fait ses instruments de prédilection pour dénoncer doctrine et enfermement. C'est juste, rude, abrupte, en bloc, sans faille et sans possibilité de s'évader. Trop de tensions cependant nuisent à la réflexion: les idiomes sont dictés, pas de dialogue possible, on y étouffe comme sous un régime dictatorial et l'on souffre de manque d'oxygène. Mais n'est-ce pas là justement que se trouvent les enjeux que dénoncent la danse de Shechter par excellence?

MOVING TARGET
En programmant sa propre œuvre de référence, Frédéric Flamand prouve que depuis 1996, sa quête sur les mythologies se confond avec toute la construction de son univers chorégraphique et scénographique. Avec comme complices les scénographes, architectes et penseurs américains Diller + Scofido, il échafaude un monde virtuel fort et vraisemblable au point de faire fusionner vraisemblable et inouï. Utopie ou hyper réalité, on ne sait plus quel topos habiter, quelle pensée accompagner pour mener une destinée sensée. Le décor est planté dès les premières images du spectacle. Tel un chantier d'autoroute, barres, panneaux de signalisation, barrière jalonnent l'espace et les danseurs s'en emparent comme des prothèses, des obstacles, comme autant de handicap à surmonter.Vêtements fluos de chantiers, spots publicitaires à rebond et répétitions, le ton est jeté et l'on embarque au pays de l'absurde dans une hétérotopie  singulière. Celle de Defoucault que Flamand se plait à citer. Le monde des autres, des espaces autres, où se meut l'humanité fébrile.C'est beau, emblématique et la poésie puissante de cette évocation des espaces à conquérir est édifiante, convaincante. Les textes et vidéo parsemés durant  le spectacle donnent cette touche d'imprévisible et scandent le tempo.
Un immense miroir tendu au dessus des danseurs fait effet mécanique de doubler l'espace et transforme les corps vivant en autant de hiéroglyphes ou idéogrammes à déchiffrer.Comme un "codex", un livre référent ouvert à une autre lecture de l'univers. Ces petits bonshommes grouillants sur la toile expressionniste sont esthétiquement remarquables et font basculer la gravité avec humour et détachement. "Moving Target" fera date dans l'histoire de la scène et sa "résurrection" est un baume qui soigne les mots et les maux du monde pour une vision pas si absurde que cela de l'univers moderne.


Alors Frédéric Flamand, le fantaisiste, fit un petit écart de programmation avec la pièce multiforme et polyphonique "Emelyne House of Shame" de Christophe Haleb. Un flot insaturé de fantaisie scénographique dédiée au salon des Ambassadeurs du Palais des Festivals à Cannes. Un vent de folie souffla trois heures durant sur le public convié à une party échevelée, disjonctée, au ton provoquant autant que bonenfant!
Puis, avec la programmation judicieuse de pièces chorégraphiques dédiées au Junior Ballet de l'école de Rosella Hightower qui célébrait ses 50 ans, le ton était fort différent mais non moins scintillant et astucieux. Des chorégraphies de Bagouet, Maillot et d'autres chorégraphes "maison" permettaient à de tous jeunes interprètes de se frotter à des univers différents, variés. De très belles prestations, de la danse pensée, vécue de façon très mature par des danseurs non formatés, d'une belle sensibilité.

La compagnie d'Emio Greco, chorégraphe radical et radieux, italien présentait "Rocco" une libre adaptation de l'univers du film "Rocco et ses frères" de Visconti. Evocation de la boxe, certes, dans une scénographie en forme de ring, mais bien plus que cela. La vitesse, le mouvement, les touches, les esquives foisonnent dans deux duos successifs, ceux de Mickey costumés, caricature d'arbitres, masquant la réalité triviale de ce sport de combat Duo aussi de danseurs loin des canons glorieux de corps d'athlètes qui se cherchent sur le ring. Puis tout tourne autour d'un quatuor final somptueux où force et amour se conjuguent au delà de la violence ou du combat. Une pièce sobre et envoutante où la tension, maintenue sur le fil est un plus dans l'exposition d'une réflexion sur la précipitation du monde. Son anxiété, ses angoisses, sa lutte pour la survie.

Le festival par la pertinence de son fil d'Ariane, les "mythologies" est un événement réfléchi, conducteur de sens et de partage de visions multiples sur nos possibilités d'échapper à la confusion omniprésente de tout et de rienque l'on nous jette en pâture à chaque instant. De bonnes clefs pour ouvrir d'autres portes!

jeudi 24 novembre 2011

Barbie John Galliano, exclusivité!

Voici un secret de fabrication made in "Odile Galichet" en hommage à notre trublion de la mode!!!

samedi 19 novembre 2011

Cabaret - Rock

les danseuses de Julian Opie


Toujours à la FIAC 2011



Faux Degas (des eaux)

Vues à la FIAC 2011.....

Danseuse "abat-jour"

Voici une belle trouvaille "abat-jour"au restaurant de nuit "Le bon bock" à Paris!!!

dimanche 6 novembre 2011

"Pudique Acide /Extasis": Mathilde, puisque te revoilà!...Avec Jean-François...

Il ne manquait plus que cela!
Que nos deux oiseaux chorégraphes agitateurs des années fastes de la Jeune Danse Française, les années 1980, reviennent à la charge en exhumant leur répertoire de jeunes chiens fous....

La mémoire de la danse, son patrimoine, son Panthéon accueille aujourd'hui deux pièces clefs, emblématiques de l'écriture insolite, signatures personnalisées de Mathilde Monnier et Jean-François Duroure.
Aujourd'hui, sagement et respectivement pour elle,directrice du Centre Chorégraphique de Montpellier et pour lui directeur de la danse au Conservatoire de Strasbourg, nos deux "cols blancs" ont le vent en poupe et déclenchent une avalanche d'articles de presse, de manifestations autour du thème de la "passation" du répertoire contemporain.
Né de leur désir de chorégraphier en défiant à l'époque l'enseignement de leur maître, Viola Farber issue de l'Ecole Cunningham, ces deux pièces nous rappellent que si le temps passe, l'actualité de leur démarche demeure cohérente et crédible. Défier le "père", la mère en l'occurrence, savoir dire "non" sans faire table rase. C'est l'école de la nonchalance, du débridé, du politiquement incorrect: de l'insolente indolence du "pas- sage". Jamais à vide. Plutôt avide de sens, de désinvolture feinte, de faux laxisme dans une rigueur flagrante et obligée. La technique est présente, exigeante et c'est entre autre ce que le "couple", binôme bicéphale de l'époque tente de transmettre avec l'esprit du moment.
Mais la jeune génération de danseurs interprètes n'en est plus là, ou les corps sont déjà ailleurs. Ils sont bons danseurs, trop bons danseurs pour se frotter à ces ébats ludiques en froufrou de tulle, en kilt  kitsch... Le "désuet" les surprend, les interroge. Du pas sérieux à l'époque de l'explosion de la jeune chorégraphie en France?
Alors les deux danseurs-Sonia Darbois et Jonathan Pranias- des deux pièces ressuscitées y vont de leur punch, de leur inventivité en matière d'interprétation et le bonheur est alors sur le plateau! On ne reproduit pas l'énergie ou le tempérament de l'autre. Ce ne sont pas les clones, les doublures des deux protagonistes d'antan, de jadis et naguère. On capte, on digère et on refond à la manière d'aujourd'hui: ça malaxe, ça remixe, ça refaçonne et ça fait matière à une danse joyeuse et grave, frissonnante, chavirée, chaloupée comme dans la houle.
Pas besoin de bouée de sauvetage: le patrimoine tient bon la route, le cap de la fragilité est maintenu, au beau fixe!

"Pudique Acide/ Extasis" à Pôle Sud STRASBOURG les 22/23/24 Novembre à 20H30
Rencontre avec Jean-François Duroure le lundi 21 Novembre à 18H30 à la Cité de la Musique et de la Danse
workshop speed dating samedi 19 Novembre
http://www.pole-sud.fr
www.le-maillon.com

"Hellerau, l'atelier de l'art du futur": du sur "mesure" rythmique et architectonique pour Jaques-Dalcroze

Le Maillon à Strasbourg consacre une exposition concoctée par Claire Kusching et Anne Mariotte, au foyer culturel pluridisciplinaire,bouillonnant, la cité-jardin de Hellerau en Allemagne,créée il y a 100 ans. Symbiose entre l'architecte Heinrich Tessenow, le théoricien du théâtre Adolphe Apia et le pédagogue suisse Emile Jaques Dalcroze.Mais qui est ce dernier qui a su inspirer et mobiliser autant de forces autour de son projet?
Un musicien, un pédagogue et un théoricien de la danse, né en 1865, disparu en 1950.
De formation musicale et théâtrale il s'appuie sur Mathis Lussy, dont les recherches de pionnier sur le rythme, l'influenceront profondément.Compositeur, auteur de moult chansons, il est professeur d'harmonie et de solfège à Genève, voyage comme chef d'orchestre (les rythmes du folklore algérien arabe l'enchantent)...Il met au point la technique d'apprentissage Dalcroze et peu apprécié dans son pays par son audace, il part à la demande d'un mécène allemand conquis par ses méthodes novatrices mêlant médecine,musique et éducation.
Un institut se construit à Hellerau, pour lui de 1911 à 1914: il y poursuit ses recherches, puis retourne en Suisse dès 1915 où il établit son institut. Il consigne ses méthodes dans un ouvrage en 1920 ,"Le rythme, la musique, l'éducation", met en scène des spectacles pour enfants....Il combat ardemment la notion de "virtuosité" au profit de "l'audition intérieure". Constatant combien le manque d'oreille musicale et le sens du rythme d'une bonne partie de ses élèves font défaut.L'application de règles théoriques ne tiennent pas lieu de musicalité à son sens!
Doué d'un sens aigu de l'observation, il constate qu'il n'y a pas d'élève présentant un défaut de réalisation musicale, "qui ne possède corporellement ce défaut".Il se met à rêver d'une éducation où le corps jouerait lui-même le rôle d'intermédiaire entre les sons et la pensée. Il se met dès lors à faire marcher ses élèves sur les rythmes de la musique, les fait réagir à ses accents,leur en fait traduire par les gestes les phrasés, les nuances, les mesures.Ainsi nait la "Rythmique": il invente des milliers d'exercices dont témoignent plus de 90 volumes manuscrits! Ses observations l'amènent à définir l'arythmie musicale et son pendant, l'arythmie corporelle, puis à trouver les moyens d'y remédier, donnant ainsi à la Rythmique ses assises méthodologiques.
La danse du XX ème siècle en sera fortement influencée: Nijinski s'en inspire pour "Le Sacre du Printemps "en 1913. Il révolutionne ainsi avec Marie Rambert son élève la façon de faire bouger les danseurs sur la musique percussive de Stavinsky.Marcher sur un rythme en faisant des gestes sur un autre: ce sont les accents toniques!(voir ouvrage "les carnets du théâtre des champs élysées" consacrés au sacre) 1990 pages 21/ 54/55
Un exemple radical d'innovation, un homme pionnier et intègre au service des nouvelles visions du corps, de l'art!!!

Rencontre au Maillon à 18H 30 sur Hellerau et intervention de Geneviève Charras sur Jaques Dalcroze le 9 NOVEMBRE

"DANSER sa vie" :exposition phare au Centre Georges Pompidou: la danse dans les e-toiles!

Enfin, une exposition où l'on va découvrir tous les fils, les liens intimes de la danse et des arts "visuels"!
Si l'on ignorait encore que Mary Wigman fut la complice de Kandinsky ou de Kirchner, si Joséphine Baker fut le premier modèle de l'œuvre en fil de fer de Calder, si Paul Colin croqua la même artiste pour les affiches de La Revue Noire, l'offense est désormais réparée et le rêve s'incarne.Grâce au travail acharné de Christine Macel et Emma Lavigne, conservatrices au Musée National d'Art Moderne. De quoi parcourir l'aventure de Terpsichore avec les média qui s'offrent aux peintres, sculpteurs, vidéastes, photographes pour laisser sa place à la danse, à ses rythmes, ses variations ses compositions, ses couleurs et multiples "combines", inspirant moult grosses pointures de l'art. De Matisse, à Rodin, Bourdelle à Degas, Rauschenberg à Warhold, les petits pas dans les grands vont nous être servis avec des œuvres enfin réunies pour laisser voir, entendre et ressentir toutes les résonances et complicités des arts "mouvants" Les connivences ne sont pas rares et l'on aura lieu dans reparler.
L'exposition démarre le 23 Novembre au Centre Georges Pompidou. A vos cimaises, prêts, partez!!!
"Regarde la peinture de Jasper Johns et Robert Rauschenberg. Ils utilisent la toile comme moi j'utilise la scène" dixit Merce Cunningham...
Y verra-t-on aussi les traces laissées par le corps de Trisha Brown lors de ses performances, les décors -dessins de Merce Cunningham pour sa pièce" Polarity" issus de son fabuleux bestiaire (voir Other Animals"), les toiles d'Angelin Preljocaj, les décors de Philippe Favier pour Jean-Christophe Maillot???
Mais Sophie Taueber-Arp sera bien justement évoquée et hommage sera rendu à cette danseuse-performeuse-plasticienne encore peu reconnue en Alsace, entre-autre!
www.centrepompidou.fr

Steven Cohen: "The Cradle of Humankind": Laissez Lucy faire....

Le Festivald'Automne prend toujours les "bons risques" et le retour de Steven Cohen sur la scène de sa dernière édition est un beau challenge.
Ce plasticien, performeur, si proche de la danse, venu de Johannesburg, artiste blanc,homosexuel et juif (on songe à Robyn Orlin, également blanche juive...) nous livre ici une œuvre inédite, atypique, insolite à tout point de vue.Une rencontre d'abord: celle avec Nomsa Dhlamini, femme noire, sud-africaine, juive, 90 ans et quasi incapable de se déplacer.Complices de toujours, elle et lui vont bâtir devant nous une scène primitive, archaïque à la recherche des nos racines humaines, de l'homo-sapiens, du singe, de nos origines.
En bref, une ode au berceau de l'humanité, à partir de l'évocation d'un site classé au patrimoine de cette même "l'humanité", près de Johannesburg.Ces grottes ont inspiré à Steven Cohen, des images filmées lors d'une performance dans ce "berceau", siège de ses fantasmes quant à nos origines et à notre ultime destination: la mort,le corps, ses ossement, son archéologie, sa momification. Les "restes" de notre existence et passage sur terre.Images aussi de primates, dévorant leur propre chair dans leur  biotope d'origine. Pas de tendresse ni de mensonge dans cette évocation très crue de la vie animale et humaine!
Nomsa est impressionnante: à moitié nue, dévoilant un corps usé, patiné par le temps, vêtue d'un tutu blanc, symbole de tant de modèles, répression ou domestifications multiples du corps, la voilà qui prend la scène et une heure durant y arpente, lentement, un espace indéfini.Vanité de vanité! Steven Cohen plonge à bras le corps dans un trivial voyage au centre de la terre nourricière, de son élue, notre "Lucy" exhumée pour un soir, spectre bien vivante, errant sur le plateau à la recherche d'un autre. Elle le trouvera en la personne de Cohen, investi dans la performance comme un compagnon, un guide, un appui solide vers une destination inconnue.
Très tendre et émouvante cette pièce fait acte de modeste, d'humilité, de vérité Les deux interprètes, sobres et inspirés demeurent naturels, spontanés, honnêtes et dénués d'égo.Politique, racisme, éthique sont évoqués en filigrane, avec habileté et sans tambour ni trompette, sans didactisme ni prosélytisme. Du bel ouvrage pour conter l'histoire de l'Afrique du Sud, prise à bras le corps. "Nous sommes devenus des enfants anciens, poilus et effrayants". Les grottes évoquées sont "des antres de possibilités, elles ont quelque chose de secret, de caché, de profond et d'obscur", comme cette rencontre amoureuse entre deux êtres marqués par leur histoire, pas toujours très simple, faite de strates, comme le palimpseste de la vie du corps.

"Si Viaggiare": Marco Berrettini, cosmonaute en "combinaison", fils de l'air!

Il "décolle" pour une planète lointaine, pour un voyage intersidéral, entre rêve et fantasme, renouant avec le mouvement, clouant le bec à la parole ou à la conférence dansée, comme il nous y avait habitué entre autre lors de sa résidence, passage remarqué à Strasbourg, organisé par Pole Sud en 2006/2007.
Marco Berrettini, le trublion de la scène chorégraphique, oscillant entre cabaret nostalgique disco et scène performative très contemporaine est de retour au Festival d'Automne, au Théâtre de la Bastille.. Ici se sont neuf individus étranges, affublés de casques de cosmonautes qui vont investir la scène et prouver, s'il le fallait, que la "communication" entre les êtres vivants, n'est pas simple et affaire de manipulation, de fausse médiatisation artificielle.Combinaisons de rencontres, de conflits, de tendresse et de rejet. Tout ici dépeint une humanité qui se cherche, et s'empêtre dans des embuches tendues par le pouvoir."Rencontre": c'est le cheval de bataille de cette pièce, où le vêtement, le casque symboliserait les obstacles justement à la "rencontre" avec l'autre: autant de masques, de paravant, de boucliers pour se protéger du corps de l'autre, de son espace, de sa bulle. Alors la danse y va tout droit dans cette faille béante, ouverte à l'envi au désir de briser les barrières. Cela donne le ton à des variations très poétiques de couples en couples comme des partitions à deux, exécutées dans une petite unisson qui cherche à agrandir son fief d'exploration. C'est beau, c'est tendre et attirant, généreux et palpitant. On en sort convaincu que l'homme n'est pas un loup pour l'homme et que l'utopie n'est pas de l'onirisme mais peut être une planète où les corps ne seraient pas en lévitation, mais bien debout, à s'entendre, se fréquenter, se toucher de près!
"Communiquez", il en restera toujours quelque chose...."Dansez", alors vous vivrez vraiment ce sentiment là de se relier à l'autre sans fard ni truchement de nouvelles technologies fallacieuses. L"interactivité" est bien celle des corps!

"Laughing Hole": quand Maria, La Ribot part en "ribotte", ça" carton "!!!

Elle tire sa révérence, termine sa résidence à Pôle Sud à Strasbourg: c'était ce 5 Novembre dernier à L'ENSAD de Strasbourg, une ruche en proie à un doux désordre organisé. L'école des Arts décoratifs, sous la houlette de Otto Teichert, son directeur, accueillait cette "performance organisée", saluant ainsi le travail de tissage de liens étroits qu'il défend entre les arts plastiques et les arts du spectacle vivant.18H : tout démarre avec une joile file d'attente, venue pour assister à ce qui n'aura lieu qu'une fois, un événement, un "event" à la La Ribot, déjà fort riche d'expérience multiples en la matière. Protagoniste de la pièce chorégraphique, vendue comme œuvre d'art à des collectionneurs, la voici en passe de devenir scénographe d'un grand soir, avec sérénité, surveillant ses troupes avec sérieux et bonhomie.Trois performeuses, dont Marie Burger Chassignet en pleine ébullition s'emparent du sujet. Elles attaquent la soirée par des rires convulsifs, se jetant dans la bataille à leur corps défendant. Sur un sol jonché de cartons, elles se donnent à loisir, à l'envi et nous révèlent les contenus linguistiques de ces panneaux où sont gravés au feutre des slogans, tels des accroches publicitaires: "clean up", "Guantanamo beach" sont autant de cris couchés sur le carton, matière brute et abrupte . Pas noble, celle du SDF, du provisoire, de l'emballage. Cela fonctionne comme des cadavres exquis où les mots, les adjectifs sont autant d'injonctions à la révolte, au plaisir, à la provocation. Les alliances hasardeuses et aléatoires en font des rébus chaotiques, surprenants, déroutants. Les trois performeuses scotchent les panneaux au murs qui peut à peu se revêtent d'une seconde peau, tapisserie improbable, îlot de revendications artistiques, proche du monde du travail. On "manifeste" ici comme dans un lieu de labeur. Plaisir ou contrainte des artistes qui semblent obéir au dictat de la chorégraphe? Elle leur fait exécuter une performance physique hors norme:rire aux éclats sans cesse, entre larmes et fou rire. Vêtues comme des travailleuses, techniciennes de surface de l'art comptant pour rien (content pour rien) ou contemporain. Que prendre, que jeter dans cette confusion des lieux, des propos, des genres. Tout est bon chez La Ribot, il n'y a rien à jeter. L'art est bien ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. Alors, si la danse, c'est la vie, vous voyez le reste... Pendant ce temps les étudiants des arts déco, affublés de perruques identiques, années 1950, s'ingénient à faire bouillir la marmite: soupe à l'oignon et autres parfums inondent les locaux de l'Ecole transformée ce soir là en vaste laboratoire exploratoire. C'est leur "Sentimental Market" pour marquer leur territoire face à la force et la saine concurrence du spectacle vivant. Aux cuisines (des salles de cours transformées pour l'occasion) le tableau est éphémère et les cuisiniers d'un soir vendent aussi leur "soupe". Trafic intense dans cette grotte, caverne d'Ali Baba, "Laughing Hole"- caverne rieuse-où la démesure fait bon genre. Faut-il en rire ou en pleurer? Dans quel "état de corps" le spectateur est-il investi? La confusion, l'empathie, la sympathie du geste créatif, du processus de création ainsi partagé avec La Ribot et ses complices?
En tout cas, la "danse performative" semble avoir devant elle encore de beaux jours et susciter l'intérêt du public et des initiateurs de cette performance.Jusqu'où, jusqu'à quand?Pour ainsi dire, La Ribot, fauteuse de trouble, de "fête populaire"nous le fait vivre en temps réel: profitons-en et laissons lui faire faire "ses cartons" dans la joie et le délire. On se quitte dans la liesse et c'est bien ainsi!!!

mercredi 19 octobre 2011

"Pina Jackson in Mercemoriam" à Pôle Sud: "un été meurtrier" par Foofwa d'Imobilité.

Salle comble hier soir à Pôle Sud Strasbourg: beaucoup de jeunes d'étudiants: le public de la danse évolue, change et pourtant ce sujet là aurait pu les faire fuir: les trois grosses pointures de la danse disparaissent le même été 2009: Bausch, Cunningham et mieux encore pour leur génération: Michael Jackson porté au pinacle  par intelligentsia du  milieu de la danse!
Tout démarre en images: un très beau montage , iconographie des trois monstres sacrés qui s'emmêle, se superpose, se fond dans une symbiose plastique très esthétisante. On y reconnait le visage émacié de Pina, celui boursoufflé de Merce âgé et l'autre, image mythique du jeune adulescent Michael, si pur, si intouchable.Bel hommage ainsi rendu aux trois "figures" disparues, fantômes, spectres errant sur la toile comme autant d'ectoplasmes virtuels.
Soudain apparait sur scène, seul dans un décor dépouillé, un être "vêtu" de bandelettes, bandages style bandes velpeau: momie, accidenté de la vie, athlète perclus de petits maux , revêtu d'oripeaux, d'une seconde peau délitée.Il parle italien, évoque sa famille: lui est "danse Alighieri", fils de Dante!
Il est baroque, enjoué sautillant précieusement à fleur de sol, lumineux, très formaté classique enrubanné!
L'évocation gestuelle des trois protagonistes de la modernité de la danse peut démarrer: les gestes des uns et des autres sont malinement reproduits à travers un corps qui apriori n'a pas les canons esthétiques des uns et des autres: Foffwa est rablé, costaud: il n'a pas la silhouette effilochée de Pina, ni l'extrême minceur gracile effilée de Michael! Mais les dynamiques, les tics respectifs des trois danseurs-chorégraphes sont bien visibles et repérables. Trop peut-être si l'on considère que par dessus cette gestuelle ressuscitée, des mots décorent et enrubannent la chorégraphie. Broderie décorative, la parole, pourtant burlesque et quelque peu oulipeau ou lettriste, surcharge la lecture du spectateur. Le trop nuit dangereusement dans cet "été meurtrier" où l'on aurait souhaité plus de sobriété et moins de didactisme.
Peu importe: Foofwa se démène, s'embrouille, se joue des poncifs et aligne trois techniques si différentes et si proches à la fois: de la rigueur de l'aléatoire, à l'abandon de la danse d'expression, le néophyte saura reconnaitre ou simplement connaitre des facettes extrêmes qui pourraient se rejoindre dans la peau de Michael. L'artefac, l'artifice de la scène transcende tant de réalités, que celle ci, la présence très forte de l'interprète, se fait incarnation vivante et troublante de nos héros disparus à jamais Avec humour et distanciation toujours! Il fallait oser, Foofwa dit mobilité l'a fait!

mardi 11 octobre 2011

"Un monstre à Paris": M le maudit chante et danse le Paradis!

Lucille, l'ange de Montmartre chante dans son cabaret, l'amour qu'elle éprouve pour une bête monstrueuse, Francoeur, puce géante mais musicien émérite au grand cœur.
Ils chantent et dansent à merveille sur font d'humanisme et de différence. La musique de M Matthieu Chedid est vive et non anecdotique, Vanessa Paradis l'interprète en toute innocence et les voix des personnages sont celles de grosses pointures du cinéma.Paris est magnifique, très graphique et chaleureuse, vue de ses toits, de ses rues serpentines.Les petits métiers d'autrefois, les habitants, tout y est folklore sans dénaturé la vérité.
Pas de poncif non plus dans la musique, loin des valses musettes. Les chansons, "un petit baiser", "un monstre à Paris" sont de belle facture.Un beau film en 3D signé Eric Bergeron.