vendredi 22 novembre 2019

"Dans ce monde" de Thomas Lebrun :"Le tour du monde": danses -monde ! United colors of dance !


Thomas Lebrun / CCN de Tours
Le plus long voyage : Tout public + 6 ans / 2 interprètes / 40'
Épatant tour du monde entre musiques et danses, le spectacle de Thomas Lebrun incite à s’émerveiller des choses les plus simples. L’humour et la poésie se joignent aux gestes pour raconter ce voyage imaginaire plein de surprises et de rencontres, mais aussi pour apprendre à recevoir des autres. « Tout le monde a besoin d’une trêve poétique pour oser voir le monde autrement, pas uniquement comme on nous l’impose, mais plutôt comme on aimerait le regarder. » explique Thomas Lebrun. Partant de ce constat, le chorégraphe a imaginé une pièce à tiroirs qui décline trois propositions de voyages : les deux premières, avec leur format plus court, sont destinées aux enfants à partir de 4 et 6 ans. 
Dans la troisième qui s’adresse à tous les publics, quatre danseurs invitent les spectateurs à traverser les continents. Ainsi, accompagnant duos et quatuor, paysages et sonorités méconnues se succèdent, tandis que danses et costumes chatoyants suggèrent de miroitantes et lointaines destinations. Mali, Russie, Japon, Cuba ou Argentine font partie des multiples cultures traversées avant de parvenir en Amazonie sur une partition du compositeur américain Philip Glass. Des chants du froid glacial aux voix du désert, des rythmes africains aux sonorités sud-américaines, avec ses danses faussement folkloriques, ses bonds improbables de sensations en émotions, Dans ce monde cultive l’imaginaire et la joie facétieuse du mouvement.    

A Pole Sud du 24 au 26 Novembre

"Sécurilif" : Assurancetourix au pouvoir ! Sas de confidentialité !


MARGUERITE BORDAT & PIERRE MEUNIER
LA BELLE MEUNIÈRE
 FRANCE / COPRODUCTION
L’entreprise SECURILIF développe des solutions adaptées aux multiples circonstances où la peur se manifeste. Elle se fait fort de mettre à votre profit des remèdes pratiques, fiables et homologués, pour rendre supportable la cohabitation avec ce sentiment que nous connaissons tous. Lors de cette soirée dédiée à la “rassurance”, horizon légitime d’une quiétude enfin retrouvée, Marguerite Bordat et Pierre Meunier nous font l’article. Dans cette comédie grinçante à la tonalité foraine, pastichant cette soumission collective et non réfléchie au principe de sécurité qui ne cesse de grandir, un trio se débat avec des dispositifs et des mécanismes sensés ouvrir la voie à une sérénité mentale stabilisée et à la garantie d’une absence de danger. Ne vous inquiétez pas, s’il y a une forte dose d’imprévisible et une pointe d’aléatoire, l’équipe s’est assurée du sérieux de la chose auprès de philosophes, d’assureurs, de pompiers, de neurologues, d’alarmistes patentés, d’experts en évaluation des risques et de vendeurs de produits sécurisants. Nous voilà rassurés…

Et voilà un démonstrateur, animateur zélé, sur le plateau nu pour faire le boni6menteur! Hors norme,féru de notion de  protection, de confiance, prêchant pour les vaccins, pour "allez mieux", toujours mieux ! Pour en finir avec les arêtes, les angles droits, pour valider , constater les dommages sans les intérêts!
 Pour la coordination collective, brandissant les arguments antidérapants,contre les sols glissants: sol si ré la mi la: sol ciré l'a mis là !
Peau de banane, allez vous rhabiller !
Derrière lui, deux femmes, ballerines blanches incertaines, évoluent sur un échafaudage, sans filet, prennent des risques inconsidérés, font le pied de nez à ces discours lénifiants et démagogiques..Des exercices de démonstration pratique pour confirmer que prendre des risques, c'est frôler le danger, avoir peur et se mouiller la chemise! Sur fond de cha cha cha moqueur et distancé, elles narguent nonchalamment notre facteur d'angoisses.
 Procédure et procès au poing, il cause et démontre, les issues de secours, les sorties d'artistes comme solutions à la peur, balisant nos vies pour assurer la protection à tout prix.
Bien vu ce réquisitoire contre la prise de risque!
 Oser dans le noir, toucher ou aborder son voisin durant le spectacle sera aussi une expérience à vivre en direct dans le suspens....Puis dans la pénombre on retrouve nos trois anti héros: un bon discours sur les facultés du système nerveux, du cerveau, "sympathique" agent de sécurité de nos corps en proie à la peur. Bleue ou de toute autre couleur!
 Sur le dance floor, une des deux femmes, porte paroles de cette agence d'assurance et de surveillance, danse...Sans glisser, ni chuter!
 Un géant emplâtré fait irruption sur scène, bibendum, bonhomme Michelin bardé de plastique blanc isolant et protecteur, "absorbeur" d'obstacles en tout genre. Empêtré, entravé, il ne peut évoluer et se fait trimbaler, manipuler à l'envie: mais il est en sécurité!
Astronaute désopilant. Dans une démonstration sauvage, ses deux compères l'agressent: il en sort indemne et heureux! Puis c'est un ballet de nymphettes en gilet jaune qui évoluent sur une  musique de Lac des Cygnes: sautillements, rebonds, pour brandir les triangles et phares de signalisation, feux de détresse et clignotants de nos appréhension à se jeter à l'eau!Un accident et voici des débris de corps, fragments de carcasse qui jonchent le sol. Des grillages de sécurité transforment le plateau en chantier plein de danger; derrière les barreaux, les trois personnages nous regardent.... Sur fond de symphonie pathétique, encore un bon discours démagogique sur le "bien être", bien naître pour mieux survivre et se préserver. "Parce que vous le valez bien", prenez soin de vous ! Ils ont du coffre fort nos héros de pacotille, agent de prévention, passeur de précaution, de trac et de couardise! La "journée du portail" avec son jeu de poignées de portes, "à portée de mains", sirènes d'alarme pour manifester son désir d'entrer en relation ou non, est un bel exemple de trucage et fraude, de mensonge. Mais convaincant les ignorants et les naifs que nous sommes! L'état d'urgence, est de mise dans cette société, jusque dans le théâtre où tout est contrôlé comme dans les cours de récréation des écoles hyper sécurisées. En costume de Iron man,notre héros se plait à défier le danger puis c'est dans une cage improvisée que l'une des femmes est en proie à un monstre aérien, menace, objet suspendu à nos peurs qu'elle terrasse comme un dragon
Mais n'est pas St Michel qui veut et la relique demeure, objet de répulsion, dompté mais menaçant comme une épée de Damocles!
Une vitrine pare- balles comme une "papabulle", bulle pontificale en plastique, au final viendra enfermer et protéger notre bonimenteur, colporteur de fausses nouvelles, vendeur de vent Bien à l'abri dans son sas de sécurité mais bien berné par notre société de "couvre feu" garant de nos vies sans danger !Un vaste chantier, capharnaüm habituel de la "Belle Meunière" clot le spectacle: mettez votre ceinture pour repartir, vos feux de détresse et toute autre signe distinctif d'existence pour affronter votre retour: en toute sécurité !
A déguster sans limite de discrétion !!!

Au TJP jusqu'au 24 Novembre


Cette nouvelle création s’inscrit dans la lignée de spectacles inspirés par divers matériaux et matières (cailloux, métal, tuyaux, boue), avec son lot de surprises en vue et de saut dans l’inconnu. Pierre Meunier et Marguerite Bordat se sont nourris de leur création Buffet à vif, présentée dans les Sujets à vif au Festival d’Avignon 2014, puis de la rencontre La Peur dans les théâtres initiée par le duo dans le cadre des rencontres professionnelles de l’édition 2015. Mais aussi d’un atelier-spectacle avec des étudiants de la Staatlische Hochschule für Musik und Darstellende Kunst – Stuttgart (présenté aux Giboulées 2016) sur le thème de la destruction et du travail avec les étudiants de l’Ensatt sur le thème de la peur en 2018.

jeudi 21 novembre 2019

"Pasionaria" : Marcos Mauro déstructuré !



"Depuis quelques années, le chorégraphe espagnol Marcos Morau et sa compagnie La Veronal sont en train de vivre une consécration internationale. La Veronal soutient d’amples méditations sur de fortes thématiques humaines. Ses pièces dansées sont de grandes compositions richement imagées, très visuelles et incarnées. D’un baroque parfois volcanique, sulfureux. Les personnages de Marcos Morau débordent depuis un patrimoine qui puise à la peinture, la sculpture ou au cinéma, de haute lignée européenne. Présentant Pasionaria, le chorégraphe évoque un gigantesque bas-relief néo-antique visible à Bruxelles, traitant des Passions humaines. Même de marbre, son chaos sensuel a dû rester tout un siècle masqué aux regards par un mur, qu’érigèrent les tenants d’un ordre tiède. La passion inspire des sentiments ambivalents. Elle soulève et rend plus grand, authentique, au péril de s’assimiler parfois à la démence. Dans une vision christique, à l’inverse, elle peut donner à percevoir un comble d’abandon à la passivité d’une souffrance infligée. Mais alors qu’en est-il, lorsque les mutations sensibles laissent envisager qu’une part d’humanité puisse être bientôt transférée à des robots ? Où donc approcher la plus profonde source des passions humaines ?"

Dans un univers gris, un décor d'escalier à la Mallet Stevens, des cambrioleurs, des hommes en gris cagoulés s’immiscent subrepticement. Ambiance garantie d'emblée pour cette pièce OVNI, absurde où un landau vient faire obstacle à ces gestes désarticulés, disloqués qui façonnent l'oeuvre tout du long.Sur une musique très "urbaine" et dans un cadre de scène bordé de néons.Des pantins sur la balustrade apparaissent, des va et vient sur cet escalier central qui devient un personnage à part entière, on est chez Hitchcock, Beckett ou Ionesco sans doute! Des corps en pièces détachées dans des costumes dessinés très strict, grisonnants et nous voici dans un univers de BD ou à la Max Klinger ;d'énormes monstres ronds surgissent,, des surveillants de musée avec lampe de poche, des vigiles de sécurité de pacotille s'affairent le temps très bref de petites apparitions perlées: pendant qu'en fond de scène, il pleut des étoiles, la lune surdimensionnée fait des clins d'oeil, et que Mélies veille au grain sur cette fenêtre ouverte sur la nuit et ses mystères.On y déclenche des mécanismes d'enfer qui manipulent ces huit personnages sortis d'une légende surréaliste, d'un film de sous sols infernaux où ce petit peuple vit et s’agite à l'envi.Comme dans une salle d'attente d'un aéroport fictif, les styles de danse se confondent: hip-hop, volutes classiques, duo sur canapé acrobatique, emmêlé, brochette de danseurs de cabaret assis aux gestes à l'unisson.
C'est burlesque, désopilant, étrange et en toute liberté, le chorégraphe façonne, édifie un univers en huis clos, énigmatique et singulier.Un technicien de surface avec sa cireuse revient régulièrement, nettoyer ces faits et gestes. Les uniformes gris d'employés d'aéroport font mouche et épousent cette gestuelle mécanique, robotique qui s'empare des uns et des autres. Un solo contorsionniste, du comique et absurde à la Blanca Li ou Tati et voilà pour l'univers tracé de cette famille désœuvrée, livrée à ses fantasmes et autres absurdités.
Pisteurs d'étoile, laveurs de vitres, scène très onirique, les employés s'amusent, s'attrapent, en chaînon, en maillage, ils font cabaret assis; une femme enceinte, un ballon lumineux comme ventre passe, des siamoises...On est chez Kubrick, dans Orange Mécanique ou l'Odysée de l'Espace...Des citations musicales pour musique de film, et le tout est joué, emballé et fait mouche!
Un spectacle très intriguant qui fait voyager à vingt mille lieux sous les mers avec beaucoup d'élégance, de doigté et de préciosité dans la gestuelle tectonique, fracassée, sublimée par une narration des corps qui seuls content un comique décalé digne d'un cinéma d'animation sophistiqué à souhait
Au Maillon Wacken, présenté avec Pole Sud du 27 au 29 Novembre

mardi 19 novembre 2019

"La nuit, nos autres : de bons sauvages !

Aina Alegre / Studio Fictif

LA NUIT, NOS AUTRES

France, Espagne / 3 interprètes / 60'
Coproduction A-CDCN
"Jeux de masques et métamorphoses sont au cœur de LA NUIT, NOS AUTRES. La pièce d’Aina Alegre, chorégraphe danseuse et comédienne originaire de Barcelone, fait miroiter de tous feux, les mystères, tour à tour cachés ou révélés, de nos identités multiples. « Comment faire de son corps un masque? Comment faire de l’autre un masque pour soi ? » À partir de ces questions, Aina Alegre orchestre une étrange fête des gestes et des identités. Dédoublement, copie, effet miroir, ombres, hybridation, mutation, tout concourt à semer le trouble dans LA NUIT, NOS AUTRES. Chacun des trois interprètes de cette pièce investit l’espace et suit son propre parcours jouant sur les décalages progressifs de sa partition. Entre répétitions et variations, les sens se troublent. Surgissent alors de surprenantes images, de nouvelles configurations de corps. Après s’être penchée sur les rituels collectifs de la célébration dans son précédent spectacle, Le jour de la bête, Aina Alegre poursuit sa recherche du côté de l’intime. Dans LA NUIT, NOS AUTRES, la chorégraphe s’intéresse à l’autoportrait et ses fictions. Passant de la figuration à la customisation, les corps – leurs gestes, mouvements et attitudes – se transforment comme dans un rêve ou un étrange bal de nuit, lieu de fabulation par excellence, qui réveille l’inconscient et ses imaginaires. Selon la chorégraphe, les mondes de la nuit, tout comme la nature ou la forêt, nous donnent la possibilité d’exister sans témoins et de s’émanciper."

Ils sont trois à nous attendre, déjà positionnés sur le plateau, torse nus, leggings noir moulants, deux femmes jumelles, queues de cheval et profils similaires, et lui, faune gracile et attentionné. Des guirlandes de feuilles exotiques suspendues aux cintres, une pierre large et plate, pierre à cupule marquée d'une trace rose...En vagues longilignes;, au ralenti dans le silence et la brume ambiante, leurs gestes sont fluides, détendus, harmonieux Eldorado, jardin d'Eden, paradis perdu ou pays de cocagne? Très sculpturales sous la lumière qui les modèle, les corps se déploient, divaguent, doigts déliés graciles comme les cils d'animaux marins qui palpitent et s'agitent dans l'air, ou dans l'eau: serre ou jungle bruissante, humide, vierge, territoire inconnu, non conquis, . Ces êtres hybrides aquatiques, amphibies, flottent, bras mobiles très détirés, amplitude large et docile.Figures très esthétiques, se déplaçant, tel le faune et ses nymphes, profilées, fresques animées de gestes angulaires. Corps lianes ondulants comme des méduses aux longues tentacules. Monde sauvage ou apprivoisé, défriché ou vierge? Comme des aborigènes, ils se peignent de bleu sur la peau, maculée de taches, dissimulant leurs attributs. Des empreintes à la Klein, du body painting live. Ces parures corporelles , costumes peints sur la toile de la peau tendue,soulignant leur appartenance à une tribu. Les pinceaux sont les mains des autres dessinant ces tableaux vivants.
Isadorables nymphes dans une ambiance sonore aquatique, une gestuelle fluide et gracieuse, la préciosité des mains à l'appui.
Faune bondissant sous l'impulsion de la musique qui se radicalise au passage dans le monde minéral, abrupte, sauvage. Des cris d'animaux nocturnes, de plaisir, de jouissance sourdent de leurs lèvres. Echos résonnants, alerte, appels de séduction, cris de ralliement, de rassemblement?Des babils étranges, non verbal d'une tribu, couvée de petits êtres fragiles, naissants.
Éclos à la vie ils halètent et s'inquiètent; sorte de zombis ou morts vivants évoquant un univers étrange, fantastique ou sauvage. Une sirène aguichante se profile, le mimétisme végétal fait se confondre et disparaître le faune dans un enchevêtrement de feuilles ; le rocher à cupules, de sacrifice bestial, s'impose. Un festin de plumes découvertes sous un tapis de tole dorée fait office de repas de fête, rituel carnivore, bestial. Des ailes de feuilles agitées, transforment et opèrent les mutations des corps.
 Encore quelques effets stroboscopiques pour effrayer sur fond de musique débridée. Des bruits d'eau qui ruisselle dans l'environnement naturel évoqué. Camouflage, mimétisme se rencontrent dans ce petit peuple réduit de Wilderman...Le bruit de l'eau les submerge, engloutissant ce petit monde comme une cité submergée, plongée dans un univers marin inéluctable....

A Pôle Sud le 19 Novembre

"Architecture" de Pascal Rambert: l'effondrement !

"Architecture" de Pascal Rambert
Effondrement
C'est une épopée familiale, tonitruante et désarçonnante qui tient lieu d'argument, de fondement à cette pièce fleuve: évocation des déboires d'une famille en proie à l'hypocrisie, au doute, a la haine à l'infidélité . Dans l'Europe décadente traumatisée par les guerres et les nationalismes féroces, les "membres" d'une famille à Vienne se déchirent, s'humilient, se côtoient et en vain cherchent à tisser du lien , là où chacun demeure seul et y va de sa tirade.
Servie par des comédiens exceptionnels, la mise en scène occupe l'espace gigantesque en mobilier vintage de l'époque Bidermeyer, sol blanc et plateau bien rempli.
Stanislas Nordey en fil indigne, seul fait barrage aux vociférations du père, patriarche aigri et humiliant. Jacques Weber inaugurant cette fresque pathétique, bientôt suivi à tour de rôle par chacun des membres de la famille.


Faire résonner la cour d'honneur de ces destins a valu à Pascal Rambert un coup de chapeau, le faire vibrer n'est pas chose aisée surtout avec un propos qui tiendrait plutôt lieu de l'intime, du privé, du secret, du huis-clos. C'est tout le paradoxe ici présent qui nous fait face et séduit par sa force et son ton incongru. Chacun revendique sa place, fils, fille, belle-fille ou seconde mère: c'est à un naufrage que l'on assiste tout simplement, ces combattants du désespoir se tenant pourtant droit face à la tempête. A leurs corps défendant toujours, occupant l'espace en danseur de corde raide, sur la sellette dans le déséquilibre aussi: celui de la folie, de la décrépitude des esprits , dans l'effondrement des corps penchants. En chorégraphe né, Rambert en temps réel nous livre sa vision des temps à venir en signant ici auprès de ses comédiens complices et fidèles, une épopée, Odyssée ou Eneide mythologique à venir, mythique évocation de la débâcle...

Avec Audrey Bonnet, mouvante femme de Denis Podalydès survolté, Anne Brochet, Marie Sophie Ferdane, belle mère sensuelle et évanescente, Laurent Poitrenaux, pitre pathétique troublant de présence épique,  Emmanuelle Béart, Arthur Nauzyciel, surprenant officier de rien,  et Bérénice Vanvincq.

Au TNS jusqu'au 24 Novembre

"Espaece " : espèces d'espaces !

"Espaece": espèces d'espaces.



Aurélien Bory
Compagnie 111
« Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner », écrit Georges Perec dans son essai Espèces d’espaces.
Cette saison, le Maillon appelle le public à explorer et s’approprier son nouvel espace avec les artistes, et c’est Aurélien Bory qui nous ouvre la voie. À partir du texte du romancier, l’artiste inclassable se saisit des outils du théâtre et du cirque comme d’un alphabet scénique. Avec une joyeuse audace, cinq humains se confrontent à un gigantesque mur qui semble vivre sa vie et obliger les hommes à négocier au mieux leur environnement. Aurélien Bory fait arpenter le plateau, éprouver les lois physiques qui le traversent, et fait entrer la machinerie comme partenaire de jeu. On escalade et on chute, on veut tant disparaître qu’être, le mur grince et gronde, et chaque mouvement produit son léger vacarme. Face au décor qui se métamorphose sans cesse, les interprètes cherchent, avec humour jusque dans l’échec, à se fondre en tant qu’espèce dans son espace.

Aurélien Bory trouve ici l'occasion de réaliser ses visions architecturales les plus folles et se livre à un exercice à la mesure de sa démesure
Le Maillon à Strasbourg cède son plateau à la grandiloquence du créateur d'espace et met en danger l'ouvrage de Perec "Espèces d'espaces"en le confrontant à la matière, la construction, l'architecture.. Risque et périls en la demeure, un immense dispositif mural en trois parties articulées, grandissime, éprouvant pour les corps qui vont devoir en faire l'ascension, l'apprivoiser ou s'en jouer.Tout débute par l'évocation du livre qui délivre des signes, des lettre ouvertes: les manipulateurs de ces petits objets en projetant des écritures de mots, à découvrir au fur et à mesure.C'est beau et touchant, intimiste et secret
Puis c'est la vague déferlante d'une immense bibliothèque, ou bien de rayonnage de ruche à alvéoles, réceptacle des corps, des livres, des mots.Comme un puzzle, un abécédaire ou tout simplement un jeu de construction, le spectacle serait une sorte de juxtaposition, de calque en couche, en strates, de palimpseste vivant. ou un scrabble géant à construire, à élaborer et deviner par la lecture simultanée.
Et surtout ne pas se cogner aux angles, se faufiler, entre les failles, faire l'ascension d'un décor digne de Gargantua où le risque de la chute peut encore opérer comme au cirque.

Au Maillon Wacken les 23 et 24 Novembre

jeudi 14 novembre 2019

Emile Parisien Quartet pour Jazzpassage ! Un jazz averti en vaut "deux": double dose de dépistage!


Projection dédoublée, dépistée, triée !

EMILE PARISIEN QUARTET « DOUBLE SCREENING »

France  Emile Parisien, saxophone soprano / Julien Touéry, piano / Ivan Gélugne, contrebasse / Julien Loutelier, batterie

Au Mans en mai, il fallait entendre cette carte blanche à Émile Parisien pour le grand final de l'Europajazz ! Pourtant l'un des moments essentiels fut celui consacré au quartet des origines même si Julien Loutelier tient désormais les tambours. Dès la première minute le niveau fut au plus haut, brûlant, à fond les manettes, et ça chante, et ça sort, et ça rentre?quel voyage ! Sincèrement, il y a peu de quartet qui joue à ce niveau-là en France et en Europe?

Emile Parisien Quartet "Double Screening" élu ALBUM DE L'ANNÉE par le Preis der deutschen Schallplattenkritik !

"On ne saurait mieux dire le jazz aujourd'hui. Au point que face à un tel disque, le plus simple serait peut-être de s'en tenir là et de conclure : « Voilà, c'est ici que ça se passe, il n'y a pas grand-chose à ajouter, jugez par vous-même ». À 36 ans, Émile Parisien rayonne, continue d'étonner et d'émouvoir, identifiable à la première seconde tant par son lyrisme véloce et virevoltant que par un son qu'on reconnaît parmi des centaines d'autres.Ce dont peu de musiciens peuvent se targuer." Denis Desassis pour Citizen Jazz

Alors en avant pour ce concert plein de musique et de fureur sous le signe distinctif de "double screening", de hashtag, de spam, d'algo,vocabulaire et dénomination empruntés au langage informatique et à l'image écran qu'il nous renvoie. Et en terme de jazz, cela donne de l’éruptif, du tonique de l'infernale énergie communicative, submergeante, envahissante, asphyxiante!
A entendre , comme sur l'écran noir de nos nuits blanches, écran total, musical et sonore pour faire résonner des sonorités de saxo, comme autant de coups de lames de rasoir, de déchirures ou d'entailles dans le tissu sonore comme les gestes tranchants du peintre  Lucio Fontana. Coup de lame tranchante irrévocable dans la masse sonore.
Suspens parfois maintenu avec humour dans une attente où chacun reste à l’affût, sur le qui vive, comme médusé par ces silences prometteurs d'une suite, ou d'une fin ! Corps sonores investis dans des postures chorégraphiques surprenantes. On transpire, on se sèche à coup de serviette sans pudeur tant l'énergie fait fondre les corps et transpirer les pores de la peau résonante.
Les compositions sont de chacun des musiciens en alternance
Spam désirés, attendus et ouverts au sus de leur dénomination non élogieuse et indésirable!
Signe "diese" du hastag, comme ces notes modifiées, de bémol à bécarre où tout s'annule pour mieux rebondir! Le quartet est rutilant, en pleine forme, savamment éclairé par des douches de lumières colorées pour une ambiance de voyage sidéral, jazz en diable ! Et pour finir "dady longlegs" hommage à celui qui se doit de tenir debout sur ses deux jambes, comme ce quartet remarquable, bien dans son assiette et son assise, contre vents et marées, tornade musicale, tempête sur les écrans de nos "mobiles" qui tanguent et chaloupent à l'envi !

A Offenbourg le dimanche 17 Novembre à la Reithalle