vendredi 20 mai 2022

"Echo": la muse s'amuse....Le son archaique des corps jetés au sol....fait écho...

Catherine Diverrès France  9 interprètes création 2003 / Re-création 2021

 


Écho

Mettre à l’épreuve sa propre écriture chorégraphique, c’est le pari de Catherine Diverrès. Echo, pièce tissée d’extraits de créations antérieures, est un voyage dans le temps où mémoire et actualité s’emparent des corps, au fil d’une danse vibratoire et rebelle, infiniment puissante et sensible.

L’arbitre des élégances (1986), L’ombre du ciel (1994), Fruits (1996) et Corpus (1999), autant de pièces marquantes dans le riche parcours de Catherine Diverrès. En 2003, la chorégraphe décide pour la première fois d’interroger sa propre écriture. Elle sélectionne alors certains extraits de ces quatre créations antérieures qu’elle choisit de transmettre à de nouveaux interprètes. Depuis, les années ont passé et à nouveau, avant de clore ses activités chorégraphiques, elle décide de remonter Écho avec une autre génération de danseurs, ceux qui, pour la plupart, ont rejoint sa compagnie en 2016. Alors que le mouvement du monde frémit aux nouvelles urgences qui le traversent, quels échos, résonances, cette danse peut-elle entretenir avec ce qui fait l’actualité des corps et de nos sociétés d’aujourd’hui ? Écho est ce nouveau défi que s’est donné la chorégraphe : confronter le souffle de cette écriture si singulière, forgée de qualités, d’états de corps et d’engagement au mouvement du temps. Sur scène, c’est toute une poétique qui se déploie dans l’espace, dans la géométrie d’une composition rigoureusement ciselée par les gestes tandis que les corps s’élancent et nous parlent de gravité et de poids, de vide et de verticalité, mais surtout d’une certaine relation au monde et au mouvement de la vie.

Le plateau, vaste, nu, accueille un sol comme une tomette, couleur profonde de pierre chaude, de sol dur...C'est sur ce parterre ocre que vont se succéder, ensemble, duos, solo au rythme d'un choix musical riche de sons, de bruits, de musiques qui se tuilent, se mêlent Pour mieux brouiller les pistes d'une narration diffuse que l'on s'invente au fil des séquences.Cinq hommes, pieds nus, vêtus de costumes classiques noirs, ligne franche et découpée, surgissent pour animer une fugue fougueuse qui augure du ton général de la pièce: danse tranchée, comme un sabre qui fend l'air, sèche, abrupte, le frappement des pieds pour métronome interne.Ce prologue "violent", tonique engendre sauts, portés sur fond de bruitages cavernicoles, lointains, d'une grotte d'où "apparaitrait" Echo, la muse qui chante, réverbère le son et disparait, désincarnée..Seul son chant persiste.Puis dans une diagonale de lumière, tout en blanc, une femme dévale ce chemin, hésitante, perdue,affolée.Le son des corps qui chutent au sol, impressionne, touche, marque les esprits.Petite robe noire pour la succession d'images de solitude féminine qui hante le plateau; la grâce s'y déploie, fluide, ouverte, tourbillonnante, offerte, libre...Une sorte de monstre dans des lumières stroboscopique habite un rayon de lumière, sept mannequins, pantins en fracs noirs anthracite , masqués de blancs, opèrent un bal grotesque...Expressifs, tournoyants à l'infini: ivresse de la bascule, du vertige. Encore un duo aux portés mirifiques, légers, les corps attirés, happés par l'énergie d'un amour de la danse qui perle, suinte à chaque instants. Les corps se donnent, s'attirent, fusionnent en emprise, en prise folle, affolée de passion. Les courses se libèrent en autant de salves, lâchées dans l'espace: les danseurs s'accueillent violemment, dans une confiance étonnante, une urgence, un danger constant.En diagonales souvent, axe de sillon de lumière, de mouvement, de dynamique pour mieux dévorer l'espace, le prolonger, l'étirer à l'infini. La danse coupe cour aussi, interrompue, figée, arrêtée dans son flux.Des traversées obsessionnelles, addictives, nécessaires, toujours: actives du processus de tracés, d'écriture irrévocable de l'urgence: celle de "faire l'impossible", le vrai, dans la répétition aussi, signe et marque de fabrique de Catherine Diverrès.Directions sagittales en flèches tendues, tirées des corps qui fusent aspirés,et se lancent irrésistiblement dans l'espace-temps.Le vent s'écoute dans les robes des femmes qui tournent, font résonner l'espace, le prolonge. Se retroussent, se rebroussent, détroussent l'éther.Un féroce derviche possédé apparait puis se transforme en un humble serviteur d'un culte païen retrouvé. L’archaïsme de la danse, du propos de la vie qui tournoie, effraye, sidère, intrigue. La danse y trouve toute sa fonction rituelle, mystérieuse, païenne et sourd des corps un parfum de sacrifice, d'offrande: une sorte de sacre du printemps où la danse éructe, s'affole en langue étrangère, en robe rouge, en esprit malin....Séduction éphémère au profit d'une profonde prière mystique endiablée...Panique, désordre ou rangée drastique de corps à l'unisson, réunis dans une énergie sans faille, épuisante, perte et dépense troublante pour les danseurs galvanisés par l'énergie débordante, autant que la poésie lyrique qui se dégage des solos, duos qui se tuilent, se répondent, s'effondrent comme un château de cartes.Des traces de sable, des roses au sol, lumineuses comètes échouées ou braises en rémanence de lumière, de lucioles..En leitmotiv, le bruit de la chute des corps, les sauts délivrés, inversés dans les directions à suivre, à fuir.Des accolades féroces, rageuses, dévoreuses.La déchirure des sons précipités, un état de guerre où les corps au sol subissent des états de choc comme le spectateur, regard happé par tant de dynamique. Une habanera, une accalmie, tous sur leur quatre appuis sur fond de fanfare féllinienne, comme au cinéma, le son "off",le hors champs s'installe. Seul un boxeur se glisse entre les lignes pour clore cette épopée de l’odyssée de la fugue, de cette cérémonie où Terpsichore jubile de trouver espace et terrain de jeu, de jouissance: une "petite mort" pour diluer le geste dans l'extase d' Eros/Thanatos....

Au Point d'Eau dans le cadre du festival extradanse de  Pole Sud le 19 MAI

 


 

jeudi 19 mai 2022

"Siri": corps de ballet robotique


Marco da Silva Ferreira & Jorge Jácome Portugal 4 interprètes création 2021

Siri

Un fascinant travail sur les images et le mouvement cisèle la pièce du chorégraphe Marco da Silva Ferreira. Créée avec le cinéaste Jorge Jácome, Siri est une mystérieuse forêt de sensations. Comme surgie d’un monde post-humain, elle interroge notre réalité et trouble nos repères.

Dans quel monde étrange nous conduit Siri, ce spectacle dit “de danse”, composé de 4 interprètes, 2 écrans vidéo, 2 balles de massage et un grand tapis mauve ? Et comment chorégraphier ce monde futur dans lequel l’humain, la technologie et le numérique se mélangent jusqu’à se confondre ? C’est le défi que se sont donnés le chorégraphe Marco da Silva Ferreira et le cinéaste Jorge Jácome. Du premier, on connaît la danse puissante et profonde, l’inscription des images et des corps dans l’espace du plateau, ainsi que certaines de ses pièces comme Brother ou Bisonte qui questionnent le groupe, l’humain, du côté de la force et de la fragilité. Du second, on a découvert les films fondés sur un processus intuitif et sensoriel entrecroisant dérives narratives, rencontres et relations insolites ou inattendues. Ensemble, les deux artistes portugais interrogent notre rapport au réel. Avec un sens de l’archéologie des gestes et du mouvement qui les rapproche, ils ont imaginé une étrange forêt, sorte de « paysage post-humain où la cadence lumineuse est l’acteur principal, où les corps flirtent avec l’immatériel et où les images de synthèse deviennent le théâtre de nos sensations ». Une remarquable composition plastique et visuelle où chaque geste laisse son empreinte dans l’espace.

Au sol sur le tapis violet douze "engins" non identifiables, comme des projecteurs renversés qui vont s'avérer robots androïdes, et quatre corps allongés à terre. Deux écrans suspendus...Mystère...Comme de petits êtres humains, les machines s'animent, petits bras en couronne, nez en l'air....Un texte défile sur l'écran, positionnant l'intrigue ou le "mobile" de ce spectacle singulier: légende ou pré-texte à ce numéro technologique de démonstration de mobilité mécanique.Ondulations corporelles des quatre danseurs qui lentement se relèvent: découvrant des costumes fluos, chatoyants, très seyants, et originaux Ca leur colle à la peau en contraste avec le gris métallique des atours des robots, fort sympathique d'allure! Petits singes aux bras croisés, tondeuses à gazon ou aspirateurs-renifleurs de poussière autonomes.Le ballet démarre, chacun dans sa qualité de gestes; fluides et ondulatoires pour les humains, raide, cou empêché, membre articulés aux coudes tétanisés, à la nuque cassée pour les robots.. Comme des figures grotesques de corps tronqués, coupés de leur globalité, de leur énergie: une dynamo mécanique, futuriste, quasi BD fantastique aux accents déshumanisés. Les situations n'évoluent cependant pas beaucoup: corps de ballet à l'unisson pour les bestioles robotiques, nuances fluides pour les danseurs, en chainette, en grappe, en petite communauté singulière, à part de ce monde mécanisé à outrance. Sur fond de musique "abstraite", bruits et rythmes métronomiques lancinants dictant la gestuelle des uns et des autres...Comme de bons élèves tous ont entendu le message biblique inscrit sur l'écran...On frémit, se secoue, tremble et bruisse en résonance, à l'unisson mais pas par le même médium. De la chair à la tôle, les oscillations se propagent, fébriles, fiévreuses, , des sons sortent de la bouche des danseurs comme autant de cris de bestioles affolées.Le quatuor, le quadrilles des danseurs en miroir, sur des niveaux de gesticulations contrastées, maitrisées en composition mécanique, se déplace à l'envi parmi le parterre de robots dispersés sur le plateau.Quelques reptations au tempo d'un métronome dictateur, relie hommes et robots.Quelques petits tours exécutés par les machines devenues vedette du show, une pastille de lumière qui se gondole sur un écran...Suivent sur le grand écran des successions d'images, reproduisant les danseurs, toujours en couleur, peu inventives...Les effets d'annonce de la note d'intention du chorégraphe, sur le propos du spectacle, s'avèrent décevantes: on s'attendait à "plus" ou à encore plus décalé dans la vision de la conception du futur des corps ou des broyeuses de sensualité que sont les robots. Toutefois, ces "sylphides" en batterie, aux déplacements organisés et dirigés pourraient être les spectres, elfes de demain, les corps désincarnés des lutins de demain dans les clairières désaffectées des forêts disparues Tout est gris et terne, hormis les splendides costumes  à la Beneton, colorés, aux aspects séduisants, rappelant que "la vie" est encore source de fantaisie.Signés Ricardo Andrez.

Quand on songe aux autres travaux de Jean Marc Matos, de Cremona/ Méguin, pionniers des années 1980, on s’aperçoit du peu d'inventivité des propositions et  investigations de Marco Da Silva Ferreira....

Alors,courez voir le film d'animation japonais "Junk Head" de Takahide Hori"..... Vous y verrez du neuf, du drôle et des figures modelées sur de l'humain en morphing étrange...



A Pole sud les 17 et 18 MAI dans le cadre du festival extradanse

mercredi 18 mai 2022

"Mont Vérité" : in monte, véritas ! La bande à Laban dans la roselière ! L'ascension du Mont Vérité....

 


Pour écrire Mont Vérité, l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert s’est inspiré d’une communauté utopiste qui s’est installée au début du XXe siècle à Ascona, en Suisse, au bord du lac Majeur. Au fil du temps, de nombreux artistes et intellectuels les ont rejoints, séduits par ce mode de vie alternatif où danses, discussions, concerts, naturisme, baignades, jardinage, rythmaient les journées. Mais la Première Guerre mondiale a éclaté. Avec la complicité du chorégraphe Rachid Ouramdane, l’auteur imagine ici un groupe d’acteur·rice·s qui, au travers de cette histoire et de la leur, questionne ce que peut-être une utopie aujourd’hui.

Du sur mesure pour de jeunes comédiens, pétris d'enthousiasme, de curiosité, de rigueur et de fantaisie: parce qu'ils "le valent bien" ces douze interprètes, s'adonnent à façonner et exposer leurs "utopies", rêves, endormissement, rage ou sur-volte...Dans un parterre de joncs, une phragmitaie plantée , peuplée de roseaux envahit le plateau-tiens, les oeillets de Pina ne seraient pas loin- . Qui vont fléchir comme la danse de Rachid Ouramdame, sans rompre...Ni se briser.Des hommes et femmes avancent, lentement, habités par une gestuelle douce, enrobante, fluide. Vêtus de toges blanches quasi phosphorescentes, comme des drapés, plissés, baroques ou romains, antiques qui se plient et déplient sous leurs pas.Lente marche qui "avance" comme ils le feront dans leur incarnation du soulèvement, de cette "insurrection-codicille- à la Odile Duboc. Les origines de Rachid Ouramdane transparaissent comme un palimpseste chorégraphique inscrit dans son parcours de danseur-chorégraphe.La nuit est invoquée en parole tandis que les corps se déplacent en offrande sacrée sur le plateau au travers de la roselière qui se fait terrain de jeu, topos de la danse: bras ouverts, offerts à cet "endroit" pour un phrasé simple, sobre, persistant comme une rémanence optique durable.Balance des torses qui poussent la nuit qui "avance" lentement. Les bras en couronne pour une ronde extatique, plexus solaires,offerts, : danse chorale très labanienne, où poids, rythme et densité se tissent la part belle. Unisson mystique où chacun cueille son geste pour une moisson poétique.Une ronde, leitmotiv qui fédère, réunit les corps pensants comme ces roseaux qui les entourent. Qui respirent et inspirent un texte qui sourd de leur thorax.Des fondamentaux inscrits chez les comédiens danseurs, centrés, ancrés pour émettre des propos intimes, ou véhéments, rageurs ou confidentiels Le tableau, la toile se tisse comme une icône très plastique.Bras en arceaux, cerceaux, pliés et contre-temps baroques à l'appui.pour des invocations célestes.. Et des é-mails inscrit en voix off prennent corps et son et viennent rendre un aspect très contemporain à cette fresque visuelle mouvante On retombe sur nos pattes et chacun de prendre le plateau pour dévoiler son altérité, son caractère: la métamorphose s'opère par un changement de costumes; jean, blazers, casquette. On est bien ici et maintenant...Et plus dans la mémoire ou l'antiquité d'une évocation du célèbre et mythique "Monte Vérita". On rencontre ceux qui déjà se serraient les coudes en troupe, groupe ou tribu Cette fois individuellement pour une re-présentation de leurs désirs, rêves, lutte , combat ou ambitions: douze monologues taillés sur mesure par Pascal Rambert, mis en "jeu" par Audrey Bonnet.Un "être" ensemble qui délivre des individualités remarquable où chaque comédien convainc, excelle dans sa propre identité. Claire, claire-ment pertinente, bête à bois, cerf sauvage de toute beauté, Paul, et tous les autres qui se succèdent dans un rythme soutenu. Personne n'est oublié dans cet inventaire des caractères, corps, langues et attitudes singulières."Décharger son dos"sans fard-dos" dans la roselière, berceau des rêves les plus fous.Et un "batiment blanc", image qui hante chacun: obstacle, handicap à franchir comme un leitmotiv récurrent qui encombre: un bâti- ment qui agace et nuit à leur développement, leur floraison intime, leur évolution.Désillusion, échecs, on rebondit toujours comme en danse. Près de deux lacs qui reflètent leurs images assoupies, belle lumière très travaillée sur le plateau.Mais il faut que tout circule, bouge, évolue pour dénouer le destin de chacun.Médusante interprétation de la déesse du figé, du tétanisé, voilà encore un leitmotiv qui conduit le propos de la pièce. Tentacules de pieuvre à la Paul Valérie, ou beauté d'ébène d'un corps dénudé...L'enfance de Claire en Camargue comme référence de récits personnels qui s’égrènent tout le long de la deuxième partie.On se renouvelle, on tire, on glisse; autant de vocables de danse qui fondent la langue de Rambert, doublée d'une mise en espace, en corps-texte savant: les roseaux pensent comme la danse en mouvement.Et si chacun "trouve sa voix", sa voie n'est pas tracée; un congrès de jeunes "apprentis", commis de la vie se réunit comme pour une "cène" à douze sans le traite Judas: on y confronte ses avis, positions et attitudes sur ce fichu Monté Vérita, source du débat sur la liberté, la mémoire, l'archive. Chacun y va de son intervention dans un rythme endiablé, tuilé ou en ricochet digne des Fischli-Weiss.. Çà dynamite plein, d'énergie, de verve et d'enthousiasme et se clôt par une corse folle autour du plateau, devenu aussi école au tableau blanc, où se dessinent leurs contours d'une mappemonde terrestre sorte de planisphère  Salves de mots, de maux, au micro, alignés en alarme, en alerte...Jamais à court d'idées!Le groupe '' 44 est toute franchise, entier livré à cette épopée épique ou picaresque en diable où l'ascension du mont Vérité vaut bien celui de Pétrarque..."Les hommes s'en vont admirer les cimes des montagnes, les vagues de la mer, le vaste cours des fleuves, l'immensité de l'Océan, les révolutions des astres, mais ils négligent de s'examiner eux-mêmes".La communauté monteveritaine ne serait-elle pas par hasard, celle de cette troupe galvanisée par l'esprit communautaire utopique, non lieu de tous les topics improbables...

L’auteur et metteur en scène a présenté plusieurs spectacles ces dernières années au TNS : Clôture de l’amour et Répétition en 2015, Actrice en 2018, Architecture en 2019. Mont Vérité a été le spectacle d’entrée dans la vie professionnelle du Groupe 44 de l’École du TNS, sorti en juin 2019. Comme il le fait pour chacune de ses pièces, Pascal Rambert a écrit spécialement pour les interprètes. Cette saison, il présente également le spectacle Deux Amis.

 

Au TNS jusqu'au 25 MAI


 

vendredi 13 mai 2022

"Either way": nomade' land....Sarah Cerneaux en errance...vagabondage.....

 


Sarah Cerneaux Cie. La Face B France solo création 2022 

 Either way

A l’occasion de ce premier solo signature, Sarah Cerneaux interroge son corps, sa mémoire mais aussi son errance et ses transformations. Sur scène, sa danse composite, dynamique et mystérieuse invoque l’inconnu, le désir de se perdre et de se retrouver.

« D’une façon ou d’une autre », il fallait bien pour Sarah Cerneaux se lancer : créer un premier solo. Avec sa danse composite, ses origines réunionnaise et comorienne et son remarquable parcours d’interprète, elle se retourne un temps sur le parcours accompli. Comment se retrouver après avoir dansé pour différents chorégraphes, entre autres Abou Lagraa en France, Liz Roche en Irlande ou encore Akram Khan, au Royaume Uni ? Partie de cette question, la jeune artiste choisit d’explorer sa relation à la perte, le désir de s’égarer et les façons dont on parvient à se retrouver. En cheminant au cœur de sa propre geste – en recueillant traces, rituels, liens enfouis – Sarah Cerneaux fait de Either Way une quête intérieure qui, peau après peau, à force d’interroger le corps et le mouvement, de creuser dans la mémoire des gestes, la mène à découvrir son propre langage. Construit par étapes, ce solo est composé de petits blocs indépendants et modulables dont l’ordre peut se transformer sans perdre l’intention de l’interprète : « Ce que je ne peux vous dire, je vous le danse aussi gravement qu’une goutte d’eau qui s’abandonne à l’océan. »

Seule sur le plateau vide en jean et chandail, mèche sur les yeux, elle se pose, regard perdu, animée de micro-mouvements imperceptibles, de toutes ses articulations en éveil, orteils fabuleux en éventails hyper mobiles...Happée comme en transe, inspirée, mue par des aspirations modulées, gracieuses, fluides, offerte, abandonnée dans des rebonds résonnants dans tout le corps. Elle pétrit l'espace ou  tranche l'air, orchestre ses propres gestes, s'étire, s'acharne en tension-détente, boxe sur un ring. Autant de suggestions abordées en filigrane dansé.Se suspend en apnée, s'agrippe à elle en accolade, embrassade, s'affole électrifiée, s'élance en bondissant sur place, féline, animale...Les contrastes dans les alternances d'énergie sont sidérants; de recroquevillée à déployée...Puis c'est le silence dans le recueillement compact du corps sculpté par la lumière qui succède à cette vision dynamique et prolixe."Nomade" dit-elle en voix off pour mieux fouler le sol, s'y lover en terre nourricière, maternelle. Elle se prépare un jardin de projecteurs, intimité des faisceaux protecteurs, s'isole sur fond de musique baroque, ombres portées aux murs, surdimensionnées. Comme une fleur de lotus au dessus des eaux, de la mêlée, Vénus noire convoitée.Se cambre, se déploie, toujours ses fabuleux orteils et doigts de la mains ouverts, prenant le sol.D'un sac de plastique d'exilés, elle sort des manteaux dont elle se fait une seconde peau, les agrafe, les enroule et devient déesse, statue majestueuse, d'un rituel de grâce et de beauté tranquille, magistrale et sobre à la fois. Boltanski de la danse, vêtue des attributs de la fuite, de la fugue ou de l'abandon des ses origines, déracinée, exilée.Le récit borde ses gestes princiers, altiers, plein d'allure ancestrale, noble, fière et humble à la fois.Reine assise, posée, sculpturale.Elle fond lentement, se dissout, se liquéfie, se répand,au ralenti dans une énergie puissante de sens, de poids et d'appuis.Beauté picturale qui semble s'ignorer."Métissée, déracinée" nous souffle la voix off:elle ramasse son "fatras" d'oripeaux et part vers l'ailleurs, "repasse par chez elle"...D'une présence rare, Sarah Cerneaux se défait de ses atours, disperse ses agrafeuses, tisseuses d'ourlets éphémères, coutures provisoires de sa peau "d'âne" comme dans un conte de fée édifiant, conducteur de vie, de "mode d'emploi" de l'urgence ou de la résilience. C'est touchant, émouvant et profond.Seul le bruit de ses pas résonne dans le noir en écho et prolongation de cette performance de soliste, riche d'authenticité, de gravité et d'espérance.

A pole Sud dans le cadre du festival extradanse le 12 Mai

"Workpiece": aliénation en marche...Perte et profit du labeur, de la routine sur autoroute unidirectionnelle.

 


Anna-Marija Adomaityte Suisse solo création 2020

workpiece

Dans workpiece, sa seconde création après Daurade, Anna-Marija Adomaityte interroge les conditions physiques et sociales de la productivité, leurs effets sur les corps au travail dans les fast-foods. Une pièce poétique et documentée basée sur son expérience et des témoignages de femmes.

« J’aime mon uniforme vert pomme. Son col, ses boutons fermés jusqu’à la gorge. Avec lui, je crois que ce n’est pas moi qui suis là. » Rouvrir la boite noire du corps au travail, en croisant sociologie et danse, détermine l’espace particulier de workpiece. Un quelque part qui oscille entre aliénation et agir créatif, à l’image du texte, un extrait d’interview, que la jeune artiste d’origine lituanienne installée en Suisse fait circuler autour de ce solo : « Ce mal de dos est mon dinosaure de compagnie. Mes collègues sont pleins d’optimisme. La meilleure employée du mois sourit sur la photo au mur, entre elle et moi il y a un nuage de parfum bon-marché. Le travail consume mon corps ; love is stronger than hatred. Les lendemains passent en drive-in, je m’en souviens. »
De quoi est faite l’expérience sensible et incarnée du corps au travail, comment le corps peut-il résister de lui-même au geste de la productivité ? Autour de quels mots, gestes, parti pris chorégraphiques peut-on en rendre compte ? C’est à cette tentative que se consacre workpiece.

Elle tient le plateau, debout sur son seul accessoire: un tapis roulant de sport, "intelligent" qui lui obéit en se calant à son rythme.Jean et chandail rouge, queue de cheval: imperturbable figure d'un robot consentant, sur fond de musique répétitive, grondement sourd de machinerie infernale.Le regard fixe, animée de micro-mouvements rigides, imperceptibles orientations mécaniques, robotiques.Regard dans le vide, pétrifié, médusé par l’absorption de sa concentration figée.Tics directionnels des traits du visage, comme la tête d'un oiseau qui bouge en segments.Les bruits et chocs lancinant de ses pas réguliers sur le tapis roulant égrènent la cadence, le tempo qui s'accélère, décélère à l'envi.Elle semble programmée à des taches répétitives, un trajet fixe, parfois entrecoupés d'embûches qu'elle détourne, irrévocable pantin désarticulé, rechargé à bloc par un mécanisme extérieur...C'est hypnotisant cette coordination fébrile des mouvements imperturbables, dictés par un génie de la robotisation du travail taylorisme féroce des usages du travail à la chaine ou du service inodore et incolore des chaines de restauration fast-food...Une amplification du rythme va crescendo, envoutante, magnétique: tétanie et fixation des gestes en catalogue restreint d'un vocabulaire gestuel ficelé, entravé. La fascination de la redite, de la répétition en strates sans variation apparente est opératrice: quand cesse soudain le bruit du moteur "à réaction", elle parcourt toujours sa surface de réparation inamovible, puis a-rythmique, saute dans des accents et pulsations accidentelles. Mais qui ne la feront pas dévier du chemin, de l'autoroute à péage: le son cavernicole, chaotique pour mieux affecter le cerveau, assujetti à ces taches abrutissantes, aliénantes, prisonnière et captive enchainée par la robotisation du monde du travail, des corps façonnés pour être productifs, obéissants. Soumis, dépendants, performants et pliés aux lois du profit et de la rentabilité Karl Marx, comme spectre de la dénonciation de l'ère industrielle et du travail à la chaine, du "patronat" de cette danse inouïe et sans concession sur l'esclavage.Anna Marija Adomaityte, marionnette idéale, ne rompant pas et quittant le plateau sans avoir pourtant été achevée ni démantibulée par cette vision de la perte, de la dépense. En serait-on frustré par hasard. La peine et la sueur comme spectacle de l'homme au travail pas pour autant jusqu'au boutiste....

 

A  Pole Sud dans le cadre du festival extradanse  le 12 Mai

jeudi 12 mai 2022

"Mémoire de formes": Nossfell/ Découflé, un couple qui se "débobine-rembobine" ! L'imagerie populaire a son zenith!

 


Nosfell et la Compagnie DCA / Philippe Decouflé ont régulièrement collaboré depuis 2010 (Octopus, Contact, et de multiples projets ponctuels). Ils se retrouvent à l’invitation de La Filature avec 10 danseurs ainsi que Pierre Le Bourgeois, son fidèle complice d’alors, pour proposer une performance inédite : un événement entre le spectacle, le concert et la revue.

« Est-il sérieux de vouloir convoquer à notre mémoire, les heures de nos corps glorieux ? Nous allons tenter de nous souvenir de tout. Nous allons probablement reproduire d’anciennes figures, danser d’anciens morceaux. Nous allons faire de notre mieux pour que les madeleines pleuvent ici et là. Mais rien ne sera plus fort que de se retrouver face à l’audience, avec la mémoire courte et le désir fou de faire rêver. Cette troupe que nous allons être n’est plus celle des années 10. Nous allons imaginer son histoire, en restituer un souvenir incertain, dans le temps le plus bref et l’humeur la plus joyeuse qui soit. »

Ce n'est pas un "coup d'essai" pour ces deux complices qui d'emblée prenne le plateau, se présentent humblement, l'un gainé de noir, l'autre, mèche grisonnante en épis! Une "réunion" in classable au sommet dans un décor de moucharabié en ogive...Une vague de danse exécutée par Nossfell en ondulation suave pour introduction ou prologue...Deux mini-scènes pour les instruments de musique de part et d'autre de la scène, et le show est lancé par "Jean-Claude le maitre de cérémonie en kilt ou dirndl détourné!On va direct par nostalgie sur les bords de la piscine qui fut théâtre d'un ballet nautique pour retrouver les amours de Decouflé: des images de chenilles processionnaires en boucle, points de chainette comme de petits têtards, à la Busby Berkeley à la "Abracadabra": une oeuvre vidéographique emblématique où Decouflé, réalisateur, animait des icônes circassiennes, à l'envi!Les danseurs de la troupe DCA nous on rejoint du haut de la salle, en défilé à la "Kontakhof" de Pina Bausch....Un solo de magicien en paillettes, des jumeaux sortis des rideaux de scène comme des diaphragmes d'appareil photos: deux "iris" pour mieux voir l'ob-scène de tout ce qui se déroule devant nos yeux ébahis d'enfant. Decouflé enfant prodige des effets spéciaux visuels pour retrouver sa grande famille kiné-matographique: Mélies, Nikolais et bien d'autres as du kaleidoscope.La musique, chant, guitare et violoncelle, se glisse dans cette partition des corps dansant, dans cette écriture maline, burlesque et espiègle signée du "maitre à danser" et des compositeurs-interprètes du soir! Un accessoire de plus:Le maître-à-danser est un instrument de géométrie. Il s'agit d'un compas composé de deux branches croisées mobiles reliées par une articulation centrale ...Cela ressemble bientôt à ces images projetées sur écran, comme des visions superposées des gestes des danseurs: géométrie croisée qui se fait et de défait comme une architecture vivante. De même avec des élastiques qui prolongent l'espace, offre des possibilité d'énergie et de mouvements infinies. On se souvient des "élastiques" des jeux olympiques d'Albertville, proposés comme trapèzes volants magnétiques. Les images magiques sorties d'une pochette surprise émerveillent.Duos, solos plus sensuels les uns que les autres s'enchainent, se déchainent: sur fond d'images focalisées de corps nus, comme des montagnes où une termitière  qui ondulent, respirent, acte d'amour et de danse à la respiration, au souffle très érotique 


Decouflé mêle les perspectives, focalise ou zoome à l'envi, donne à voir des points de vue inédits sur les corps. En sculpteur de ronde-bosse, en plasticien du mouvement ondulant, fluide, vaporeux quasi immatériel. Laurent Radanovic, sculpteur vidéo au plus près de l'esprit du chorégraphe plasticien de l'imagerie en mouvement!Le show va bon train, rythmé par la voix, le violoncelle qui fait ses fugues et partita pour bras et jambes voluptueux dans des espaces de lumière, carré rouge et noir, cadrage cinématographiques, du 16ème au carré du moniteur 4 tiers...L'Orient comme ambiance ou le défilé très "crazy horse" où les coiffures et longs cheveux de yaks ou gnou à la Charlie Le Mindu font mouche et très sexy. La danse est musique, balancier, poids et appuis comme ère de jeux, de glissements, de déséquilibre.Et toujours des images projetées à la "Skeleton dance" (silly symphonies) de Disney: les danseurs sur le plateaux en squelettes costumés se projettent en icônes animées comme des hiéroglyphes, un kaléidoscope ou de la vraie symétrie ou paréidolie magique..


C'est drôle, décalé, burlesque et comique, tendre aussi!Une castagne, bagarre, échauffourée sur terrain de foot,  ou cour de collège sur deux niveaux: autant de surface de réparation, d'ères de jeu ludique pour illustrer la tribu, la horde fort gentille des danseurs, groupés: une banlieue bleue où les casseurs endiablés se livrent à leur "tar' ta gueule à la récré"comme des enfants révoltés! Diablotins masqués ou visages africains projetés en forme ethnique sur l'écran qui se plait à métamorphoser le corps en autant de devinettes, de charades visuelles. Le "virelangue" gestuel de Decouflé opère et déstabilise, déplace le sens pour "choux fourrés" ou profiteroles qui ouvrent l'appétit de voir et déguster sans modération, saynètes, sketches,numéros ou entremets à volonté!L'écriture des solos ou duos restant la signature, la patte du maitre de cérémonie: bras voluptueux, petits doigts de magiciens comme "les 5000 doigts du docteur T" qui font office de final en boite à magie, faiseur de trouble ou d'artefact.Robert Houdin,le diable en filigrane pour ce palais des miroirs où la musique colle et se font à l'esprit malin de tous ces diablotins iconoclastes et trublions.Les images comme fondement, animées, émouvantes, esthétique d'un concept de divertissement très contemporain, inclassable grimoire des légendes et contes mimétiques des temps anciens...Un spectacle inédit, visuel, fantastique et enchanteur...

 

 "Mémoires de formes"Nosfell à la Filature Mulhouse le 11 MAI


mercredi 11 mai 2022

"Trottoir": Volmir Cordeiro: péripatéticiens en vogue sur les trottoirs de Buenos Aires.... !

 


Volmir Cordeiro
Cie Donna Volcan France Brésil 6 INTERPRÈTES CRÉATION 2019

Trottoir

Il voit le corps comme un lieu d’apparitions. A travers lui surgissent des existences, des rébellions, des manifestations, des représentations. Volmir Cordeiro chorégraphie ces phénomènes au fil de créations poétiques et engagées. Trottoir convie la multitude sous ses aspects les plus divers, ouverts, précaires, contradictoires et néanmoins alliés.

L’idée de « corps exposé » tout d’abord explorée au fil de différents solo par Volmir Cordeiro, s’élargit au multiple dans Trottoir. Tout comme dans l’une de ses précédentes pièces Rue (2015), on y retrouve l’un de ses espaces de prédilection, propices aux rencontres fortuites, au regard que l’on porte à l’autre, à son adresse mais aussi aux relations de pouvoir. Tous les corps sont présents dans les pièces de cet artiste d’origine brésilienne installé en France depuis une dizaine d’années. Corps qui contrôle, militaire, policier, sécurité ; corps qui travaille, fabrique, répare ou sème ; corps bourgeois ou SDF, et jusqu’au corps collectif, tel que le décrit le chorégraphe, celui « qui descend dans les rues, investit trottoirs et places pour dire “nous” et protester contre la mort lente imposée par le néolibéralisme ». Mais aussi : « Le corps carnavalesque qui suspend les normes imposées et les espaces-frontières entre les individus, en générant un métissage de la ville, par le travestissement et la fantaisie. » Cette ambiance festive se retrouve dans les musiques de Trottoir. Percussives, énergiques et réjouissantes, elles aiguillonnent les gestes, poussent au mouvement, à l’action. Ce sont ces corps débordants que Volmir Cordeiro convoque au plateau. Six danseurs aguerris dont les constantes métamorphoses évoquent la multitude. De l’ivresse à l’abandon, les interprètes, masqués et anonymes, semblent emportés par l’énergie vibrante, libre et désordonnée qui se dégage de leurs présences réunies.

Justaucorps de couleurs bariolés, chapeaux loufoques, casques, canotier,collants très seyants, et gants aux formes étranges: des costumes pour ce quintet masqué de bas moulant le visage anonyme...Sur des musiques de carnaval, entrecoupées de silences et d'arrêts sur image, se roulent et défilent autant de courtes saynètes ludiques, où l'on se frotte, se sent, se renifle comme des bêtes, des animaux en rut ou en parade amoureuse. Cris et mimiques bestiales , singeries, tirs de chasse, sifflets...United colors off délirium chatoyant pour des images léchées et affriolantes, tableaux bigarrés Quand un sixième personnage parait, grand escogriffe dégingandé, le spectacle bat son plein, le patchwork en grappe compacte, compression plastique fluo, se meut, ponctuée de poses: grenouilles palmées ou bestioles issues d'un bestiaire imaginaire qui copule, chante et récite en anglais quelques litanies sur l'humaine condition.C'est festif, enjoué, emballant et déroutant.Une ronde rituelle endiablée, les fesses en l'air, le croupion au dos cambré.On se palpe encore, on se gratte où ça démange, on s'embrasse goulument: "circulez, il n'y a rien à voir" susurre l'un des paons qui danse!Gestes de robots, petite chorale agglomérée, tout y passe en gymnique contrôlée, amusante, plaisante dans le sens du poil...Des chapeaux empilés sur la tête, une belle unisson de bras décousus autour d'un totem de lambeaux de tissus bariolés; ils gaffent, se chamaillent en tribu, horde lavant leur linge métissé en famille Les costumes occupant une sacro-sainte place, guenilles ou atours de voguing, célébration de toutes les identités atypiques, revendication des différences dans la solidarité de classe.Communauté, chenille carnavalesque en poupe, les voilà qui se dispersent, se dévoilent le visage pour exister après un coup de théâtre dans l'obscurité qui va enfin révéler leur personnage.Mimiques et gesticulations collectives s'empilent, s'enchainent, de style plus ethnique, plus "africain": encore un baiser goulu dans un mélange des genres attendu, revendiqué. Le maitre de cérémonie en rouge bat sa coulpe et le discours va bon train, reliant cette petite foule en révolte.Le tout, généreux, protéiforme, touffu à force de redites. Une armée de guignols s'en détache, militaire marche nuptiale ou martiale, fantoches dansant autour d'une idole médaillée comme à un concours de miss beauté déjanté. Détourné de son sens premier. Critique d'une société sauvage, domptée par l'artefact, cette miss "poubelle" oeuvre en égérie caricaturale mais pour autant ne centre pas le propos qui se dilue, stagne dans une danse gymnique où la chorégraphie, absente de direction globale, s'effrite, se dilue."Je te corps-sage" résumerait le tout dans cette énumération de jeux de mots, calembours et virelangues qu'on finit pas apprécier dans son côté inventaire. Le verbe est présent, pas déplaisant comme l'ensemble de la pièce, opus en "mets-tissés", banquet joyeux où l'on se met à table sans discutions au préalable: on accepte la proposition où on la rejette en bloc: ce méli-mélo de corps et de propos n'avance pas, même si le défilé carnavalesque propose joie et simplicité.Mascarade ou mêlée de rugby, tenues multiples pour allécher, aguicher le regard: ces oripeaux chatoyants gardent un parfum de déjà vu , protéiforme caléidoscope multi facettes, pour des couturiers de la gestuelle, canevas ou brouillon, ourlet inachevé de prêt à danser sur mesure en cacophonie musicale. Les bêtes se calment, se relient dans des fils noués de désarroi.Où sommes nous, perdus dans la jungle du trop plein de bonne volonté!Sur un volcan en éruption ou en endormissement explosif?....La lave bouillonne dans le cratère sans exploser véritablement. On attend l'éruption salvatrice de cet géopolitique en devenir. Et que fuse enfin de la danse et non pas des scories en chaos désordonné.