lundi 30 janvier 2023

"L'oiseau rare" : tous en bretz'selle, au boulot! A la Case à Preuschdorf le dimanche 5 FEVRIER 16H Performance de la Charivarieuse

 


"L'oiseau rare" une  performance inédite in situ à l'occasion de l'exposition"Wanderfejjl" de Maeva Bochin et Miriam Schwamm à "La Case"à Preuschdorf

Case départ:

Canard sur canapé sous canopée.

Ça caille, perdrix, alors vient poupoule! Bretz'selle:des bretzels Ancel, tous en selle pour un bon régime sans sel...De moineau! En cage, libérez les oiseaux de pluie, de lune et serre moi fort, rapace qui passe et repasse! Un banc public comme perchoir pour mieux échouer....Jouer l'entre deux mères nourricières: Miriam et Maeva au talent tueur. Crête de paon et aigle noir, pigeon vole comme mon amant Icare qui vole et brûle ses aisselles. En cage ou dans le puits, l'oiseau de feu en paon-talons hauts et courts!

Attention, il va sortir! Souriez, "cheese"disait le corbeau au renard !A plumes, à poils, oiseau de nuit, de proie en proie aux volages effets d'ailes, oiseau de paradis terrestre.Et ça va de mâle en pie voleuse.

De sa couveuse, oisillon il va voler : ouvrez la cage aux oiseaux! Les cigognes en castagnettes, craquettent, les échassiers partent en goguette pour aller se faire plumer comme des pigeons!Ça roucoule les palombes..Coucouroucoucou!

Un coq au vin, un poulet au riesling ou en cocotte de boulevard. Des yeux de perdrix aux pieds...Un ramage et plumage pour un corps beau et un fromage.Un père hoquet, cacatoès, une pie voleuse, et un flamand ose! Sans oublier le col du cygne du lac, l'oiseau de feu et autre vilain petit canard boiteux!

Pattes d'oie pour rides et becs et ongles


"Wanderfèjjl" (Oiseaux migrateurs en français) est une petite exposition concentrée sur la grande stub de la salle d'expo, avec la restitution de la résidence de Maeva Bochin autour de son projet de création, la petite stub devient l'espace scénique pour les 2 performances de Geneviève Charras, l'atelier de la Case vous accueillera pour découvrir les diverses techniques de gravure et d'autres oeuvres et épreuves. Et sous le hangar, vous pourrez découvrir une autre aventure de création nomade de Maeva, qui a eu lieu au Quebec ! 

 (chants: il vole/ chouette hibou/ le colibri/ un petit oiseau gréco /daphénéo/ la paloma/ la donna mobile/ coucou hibou /:le bois de st amand barbara /la ronde de l'omelette )

Et on va se caser ailleurs!

 

dimanche 29 janvier 2023

"Hellzapoppin": Yvonne Rainer: le retour! "What about the bees": un extracteur de rayons de mouvements en inventaires, des cadres cinématographiques et du pollen en récolte!

 


Ouvrant son programme 2023, Kunsthalle Baden-Baden accueille Yvonne Rainer pour la première européenne de HELLZAPOPPIN` : "what about the bees": "A propos des abeilles ?"
 

On débute la soirée avec un film d'Yvonne Rainer de 2002 "After many a summer dies the swan: hybrid"qui nous nourrit de sa philosophie de l'histoire de l'art aux prises avec la bourgeoisie austro-hongroise. Art de confort, décoratif à l'encontre d'un art subversif et iconoclaste.On y déguste les images de danse dans un cadre allongé, rétréci où les danseurs semblent se glisser pour mieux ramper au sol, s'y lover. Image, cadre qui les emprisonnent et tronquent les mouvements. Le montage, entre texte écrit,parlé et icônes fonctionne sur des identités de territoire et l'on plonge dans la pensée d'Yvonne Rainer en précipité intellectuel efficace. Une réalisatrice-cinéaste confirmée.

Puis deux groupes de danseurs prennent la scène de la Staatliche Kunsthalle de Baden-Baden transformée à l'occasion en plate forme, plateau de danse-performance.
Trois femmes d'un côté et quatre autres( trois femmes, un homme) de l'autre. Côté cour c'est "Hellzapoppin" avec des clins d'oeil aux figures de cake-walk ou lindy-hop du film, côté jardin des figures et attitudes, des postures mythiques de la gestuelle d'Yvonne Rainer: portés, glissades, tâches à exécuter avec soin et précision. Les danseurs y sont à l'aise, désinvoltes, souriants, complices.On est avec eux en empathie de par la proximité sur les gradins, près des projecteurs. Le style est décontracté, sans nostalgie des premiers pas et expériences chorégraphiques minimalistes. Mémoire, patrimoine ou répertoire de la danse d'aujourd'hui ou de la modern dance, on choisira de considérer cette pièce comme  un "conservatoire", bocal joyeux de la danse vivante.Toujours en baskets et trainings colorés, vêtements libres et confortables. Terpsichore en baskets comme à l'époque!
 
Une chorégraphe, une reine "marquée" par ses ouvrières à la "tâche". Kleck ! Aufgabe?

La ruche bourdonne, s'affaire: le miel se fera grâce à tout le personnel vibrant d'une ruche en état de siège. Les "taches" sont nombreuses, de la ventileuse à la nettoyeuse.,
Dans cette pièce, la pertinence philosophique, physique et historique de TRIO A est réajustée en fixant une partie de la danse en une réhabilitation. Sa forme, son vocabulaire et sa posture performante remet en question les méthodes chorégraphiques traditionnelles et les styles de présentation. Près de cinquante ans après sa première performance, l'impact des idées révolutionnaires et du travail de Rainer et de ses coéquipiers Judson se fait encore sentir dans la scène chorégraphique actuelle.
 

Avec Pat Catterson entre autre qui a collaboré avec Yvonne Rainer pour la première fois en 1969 et a dansé "TRIO A". Elle a assisté et dansé pour elle depuis son retour à la chorégraphie en 1999.

27, 28 et 29 janvier 2023 à la Staatliche Kunsthalle à Baden Baden
 
lire: "un ennui radical, Yvonne Rainer danse et cinéma de Johanna Renard 
 
Projet novateur accompagné de nombreuses photographies, ce livre retrace de manière claire et précise les performances chorégraphiques et les films d'Yvonne Rainer, figure majeure de la danse et de l'avant-garde new-yorkaise, au prisme de la question de l'émotion. Une en particulier est évoquée, celle de de l'ennui. Ce sentiment relève d'une recherche de l'impersonnel, voire du détachement froid (le cool, ou le zen), revêtant une dimension politique dans l'art new yorkais des années 1960. Il apparaît renouveler la perception : les oeuvres déconcertantes ou teintées d'ennui n'éloignent pas d'une forme d'émotion ou d'affect. Bien loin de caractériser une inflexion terne et abrutissante, l'ennui peut s'avérer révélateur, et déplier des impressions inédites. Pour ce premier ouvrage sur la danse et le cinéma d'Yvonne Rainer, très documenté, l'auteur se focalise sur les théories queer et féministes, prend appui sur un riche corpus d'écrits philosophiques méconnus en France, sur la philosophie de l'émotion. On découvrira avec ce livre la notion de stuplime, soit l'accent porté sur cet état particulier où l'ennui confine au sublime, forgé par la théoricienne Sianne Ngaï. Variant avec les périodes historiques, culturelles et sociales, l'émotion contribue à définir des communautés artistiques et historiques.

 

 

"Un ennui radical": Yvonne Rainer, danse et cinéma de Johanna Renard


 Projet novateur accompagné de nombreuses photographies, ce livre retrace de manière claire et précise les performances chorégraphiques et les films d'Yvonne Rainer, figure majeure de la danse et de l'avant-garde new-yorkaise, au prisme de la question de l'émotion. Une en particulier est évoquée, celle de de l'ennui. Ce sentiment relève d'une recherche de l'impersonnel, voire du détachement froid (le cool, ou le zen), revêtant une dimension politique dans l'art new yorkais des années 1960. Il apparaît renouveler la perception : les oeuvres déconcertantes ou teintées d'ennui n'éloignent pas d'une forme d'émotion ou d'affect. Bien loin de caractériser une inflexion terne et abrutissante, l'ennui peut s'avérer révélateur, et déplier des impressions inédites. Pour ce premier ouvrage sur la danse et le cinéma d'Yvonne Rainer, très documenté, l'auteur se focalise sur les théories queer et féministes, prend appui sur un riche corpus d'écrits philosophiques méconnus en France, sur la philosophie de l'émotion. On découvrira avec ce livre la notion de stuplime, soit l'accent porté sur cet état particulier où l'ennui confine au sublime, forgé par la théoricienne Sianne Ngaï. Variant avec les périodes historiques, culturelles et sociales, l'émotion contribue à définir des communautés artistiques et historiques.

 

vendredi 27 janvier 2023

"Guérillères" de Marta Izquierdo Munoz: Amazones ou Valkyries olympiques, hippiques, épiques, épicuriennes.

 


Marta Izquierdo Muñoz

[Lodudo] producción France Espagne3 danseurs création 2021

Guérillères


Du côté des femmes

Figures féminines, êtres hybrides à mi-chemin entre mythes et réalités, ce sont les « guérillères ». Sur les voies de l’étrange, Marta Izquierdo Muñoz chorégraphie avec humour un monde entre les marges et la culture de masse. Ses combattantes utopiques ont le goût du jeu et des métamorphoses. Avec la complicité de ses interprètes, l’artiste espagnole crée une autre forme de récit qui se conjugue à la troisième personne du féminin pluriel. Une ambiance pop, étrangement ludique, voire ironique, envahit le plateau et dessine un paysage de fiction. Nourrie de références, ponctuées d’accents drôles ou dramatiques et d’éclats poétiques, cette pièce revisite les codes de la danse en jouant sur la transformation des corps avec une écriture organique et des images fortes en sensations.

Petits tutus de tarlatane en genouillère en costume étrange comme des personnages de bande dessinée, trois escogriffes prennent le plateau, petite géographie graphique comme un sol  strié de fleuve, de courbes de niveaux.Tirailleurs-euses à mitraillettes virtuelles, les voilà grimaçant en diane chasseresse, lance ou hallebarde au poing. Triolet joyeux et très sonore, musical en diable c'est à une chevauchée burlesque que l'on assiste. A dada, à hue et à dia en poésie sonore qui s'ignore. Flânerie sauvage dans une jungle évoquée par une bande son magistrale, de bruits, d'ambiances et autres univers changeants.On vise dans le mille, en cavalcade de combat, fléché, sagittal, mimodrame contemporain et ethnique en diable.

eric martin
Minerve ou Athéna à la Jean Cocteau
Quelques pas de danse baroque esquissés, relevés pour voyager dans les temps plus civilisés.Désinvolture primesautière, pimentée de bon aloi. Caricature de jeu de massacre, monstres à désigner comme quasimodo de foire, chimères, les icônes vont bon train, trubliones et nées sous de très beaux éclairages. On y boxe sur un ring de pacotille, uppercut au poing en bons enfants terribles. Des "nénés" brodés sur la poitrine, en cible de choix. Ces rescapés du désastre en petit groupe compact s'amusent et nous divertissent joyeusement, à la Decouflé ou Chopinot des débuts...Solidaires complices qui forment un pilier de cathédrale sous les salves d'une guerre fantomatique. En un combat douteux. C'est très "télévisuel" à la Jean Christophe  Averty , ça roule des mécaniques, c'est oulipo ou écriture automatique à souhait. Telle une odyssée de l'espèce dans une mythologie détournée, illustrée, incarnée en poses mythiques de soldat, de guerrier grec.Hippique aussi avec ses têtes de chevaux, jouet ou objets tronqués qui s'affolent en manège enchanté. Un texte en off nous délivre quelques vérités bien pensées sur "le genre": "Guérillères" de Magalie Mougel ou de Monique Wittig, on choisira les références lors d'un grand débat! Les petits chevaux hennissent comme des révolvers braqués sur nous et l'on a même pas peur dans cette mascarade bouffonne réjouissante. Satyre sur du Satie-rique,  sur des percussions réverbérantes au sol , musique ethnique typique, épopée ritualisée par des masques sur fond de fumeroles, tout y passe à loisir. Marta Izquierdo Munoz, pince sans rire et pleine de détonateur pour une guérilla incisive et féroce sur "le genre" humain...

A Pole Sud les 26 27 Janvier dans le cadre du festival "L'année commence avec elles" 

A lire:

"Guerillères" de Monique Wittig.   Depuis qu'il y a des hommes et qu'ils pensent, ils ont chacun écrit l'histoire dans leur langage : au masculin. « Si les mots qualifiés sont de genres différents, l'adjectif se met au masculin pluriel » (Grévisse). Les Guérillères s'écrivent comme sujet collectif à la troisième personne du féminin pluriel. Dans les lacunes des textes magistraux qu'on nous a donnés à lire jusqu'ici, les bribes d'un autre texte apparaissent, le négatif ou plutôt l'envers des premiers, dévoilant soudain une force et une violence que de longs siècles d'oppression ont rendu explosives.
Les Guérillères est paru en 1969.

 "Guérillères ordinaires" de Magalie Mougel  est un recueil de poèmes dramatiques qui rassemble trois monologues
féminins. Ces trois femmes sont liées par une oppression quotidienne, une invisibilité de leurs
souffrances. Elles sont toutes les trois victimes de violences patriarcales et cherchent
comment s’en sortir. La fatigue de ses femmes usées et abusées dont la vie est tellement
douloureuse, qu’elles cherchent à « dormir dans le bonheur de la mort. » T rois destins
funèbres.
 

"Rain" de Meytal Blanaru : mémoire de l'intime, blessure et suture au poing.

 


Meytal Blanaru Belgique Israël solo création 2020

rain

Entre violence et vulnérabilité


"Souvenir et mémoire d’enfance traversent la danse délicate et sensible de Meytal Blanaru. Dans rain, la chorégraphe revient sur un événement traumatisant, déchirement de l’intime que les détails du mouvement révèlent peu à peu à travers le corps et ses transformations. Elle fait de cette pièce un face à face public, droit dans les yeux, jambes campées dans le sol mais dont le tempo peu à peu se dérègle. De l’acte prédateur subi à ses effets sur le corps, c’est alors une autre facette qui se révèle. Vibrant témoignage, qui s’énonce à partir du silence et de la fragilité exposée. Parce que dit-elle : « Les souvenirs laissent des traces, parfois physiques, parfois dans nos esprits. Ces traces sont ce qui me donne envie de danser, le moyen le plus simple et le plus direct de communiquer. “
 
Épaule dénudée, elle frôle son corps, le touche, l'ausculte délicatement, se mesure avec doigté, se caresse doucement. Simple, collant noir et chemise légère verte: son regard scrute le public, regard d'acier, lumineux, clair, volontaire. Puis rampe au sol , désirable, langoureuse, sensuelle, vulnérable et fragile.En poses statuaires, le corps déhanché, asymétrique, décalé, elle évolue dans un espace restreint. Puis peu à peu elle se métamorphose: effrayée, inquiète, menacée, agressée Elle rejette le mal, lance ses gestes, et soumise, souffrante offre une image maculée, pliée, ramassée. La musique mécanique scande le tout comme menace et exécution implacable, irrévocable. Seule au sol, abandonnée, délaissée, sacrifiée, épuisée. Honteuse, écœurée, défaite dans le silence, échevelée, bouleversée et bouleversante de vérité. Éplorée, elle semble extraire le mal, la blessure, rejeter le malin, évacuer l'indicible... Chasser de son corps les traces, empreintes d'une agression subie et ici offerte en témoignage poignant et sobre, empreint de discrétion, de sobriété très pertinente. Meytal Blanaru en impose sans fioriture ni discours bavard sur un sujet brûlant.

 

A Pole Sud les 24 25 Janvier dans le cadre du festival "L'année commence avec elles" 

jeudi 26 janvier 2023

"counting stars with you": Maud Le Pladec cultive une cérémonie paienne en chorale fébrile.

 


Maud Le Pladec

CCN d’Orléans France 6 danseuses et chanteuses création 2021

counting stars with you (musiques femmes)

Femmes artistes


« Quelle place est accordée aux femmes dans l’histoire de la musique ancienne et contemporaine ? » s’est demandé Maud Le Pladec avant de créer counting stars with you (musiques femmes), une pièce qui réunit six interprètes au plateau. En collaboration avec l’ensemble Ictus, elle a choisi de travailler à l’élaboration d’une playlist, centrée sur des compositrices. Il en ressort un répertoire musical féminin inédit. La chorégraphe, accompagnée de DJ Chloé reprend le fil essentiel de sa démarche, les relations musiques et danses, qu’elle fait vivre sur scène dans un travail entrelaçant, souffle, voix, chant et mouvement. Une pièce où Maud Le Pladec témoigne de son engagement envers la cause des femmes en convoquant : « l’actualité des corps puisant dans l’énergie du dance-floor, du combat, et de l’affirmation de soi. »

Matrimoine musical ecclésiastique, matrice originelle du monde. Patrie monacale.

La musique traverse les préoccupations chorégraphiques de l'artiste depuis longtemps: il est ici question d'aller plus loin en faisant émettre, chanter, psalmodier les danseurs eux-mêmes Souffles, voix, émissions a cappella, les vecteurs du son corporel sont multiples, le chorus est berceau de la tragédie.Six danseurs s'inspirent du chant médiéval polyphonique, en solo, en choeur, ancrés au sol ou lors de divagations dansées. Le chant  maitrisé par un beau travail vocal, alors que la pièce va bon train sans encombre. En costumes de cuit noir très ajustés, manches bouffantes, ou en robe rouge vermeil, les cheveux des quatre femmes tissées de nattes virevoltantes. Des torsions de corps, des touts virtuoses habitent les voix qui sourdent des corps dansants. Performance qui donne à la danse une lecture délicate on l'on est tenté d'isoler le chant de la danse. C'est dans l'immobilité que cette réception se fait plus limpide, plus lucide à nos yeux.De petites courses éparses sur le plateau, rapides, fugaces et des solos magnifiant chacun dans son altérité. Danse "chorale" qui soude le groupe, la horde, cette tribu iconoclaste reliée par la voix autant que le geste. De beaux ralentis égrainent des gestes félins, des portés en élévation christique, mystique et valeur sacrée à l'envi. Cérémonie païenne, cet opus délivre en cercle, reculées savantes et osées, la griffe de Maud Le Pladec, implacable chorégraphe de l’exigence, de la rudesse parfois, de l'intransigeance. Signature chorégraphique dans des lumières stroboscopiques ou rougeoyantes, matrice et instigatrice de rythmes foudroyants. Comme une tétanie satanique s'emparant des corps galvanisés par un exercice drastique et performant. Ballet de sorcières, sabbat, rock païen débridé à l'appui. Le rouge et le noir s'affrontent, l'interdit et le sombre se frittent en cadence dans cet univers singulier: une haie de danse serpentine comme zénith pour cette horde furibonde, hystérique, héroïque performance épileptique. En baskets Puma rouge et noir comme le tigre bondissant d'Orlowski....

Au final, c'est un show parodique, micro en main, qui met du piment dans cette démonstration de l'impact de la voix dans l'art chorégraphique.Ça sonne clair et les notes s'emballent au profit d'un étrange exercice très ambitieux. Questionner la musique, les corps résonnants c'est faire œuvre d'expérimentation du souffle, de la vie, de la musicalité des corps dansants. Oeuvre monacale et spirituelle où le risque est omniprésent..

 

A Pole Sud les 24 25 Janvier dans le cadre du festival "L'année commence avec elles"   


"Ballad" de Lenio Kaklea: corps contrainte, corps désir. Haltères-égo.

 


Lenio Kaklea France Grèce solo création 2019

Ballad

Ce que disent les corps


Ballad
est issu d’un projet au long cours, L’Encyclopédie pratique. Une enquête aux confins du documentaire et de l’évocation poétique des pratiques locales populaires. Lenio Kaklea y a consacré quatre années de recherches menées à travers six villes, villages et banlieues européennes qui ont donné lieu à la publication de livres et à la création de plusieurs pièces chorégraphiques dont Ballad. L’artiste grecque y a trouvé là une façon de déplacer les limites de la chorégraphie. Dans cet opus créé en 2019, elle œuvre en solo et puise dans ses propres expériences pour poser la question de l’écriture sous un angle différent : comment sommes-nous chorégraphiés par la société, ses institutions, nos croyances, nos fantasmes, nos amours ? L’occasion pour la chorégraphe de convoquer aussi des danses historiques du début du XXè siècle et d’interroger la puissance transformatrice des utopies.
 
Telle une athlète au corps massif coupé au couteau elle se présente, esquisse comme une mécanique disgracieuse, puis relevée sur demie-pointes se fait altière et jazzy. Arabesque, boxe bondissante élastique, comme soulevant des haltères, elle campe mouvements et poses sans équivoque: sport et corps canonique.En noir et blanc, sportive, elle désigne le public de ses deux doigts, le prend à témoin de ce geste olympique, poings serrés : elle va reprendre en boucle une phrase chorégraphiée en ajoutant quelques petits détails et remet les gestes sur l'établi. On se prend à apprendre cette suite, accumulation régulière qui nous devient familière.Sur une musique tapageuse la reprise, la répétition se fait naturelle et attendue. Second chapitre après ce prologue démonstratif d'un savoir faire détourné des gestes sportifs. Elle se raconte, sobre et discrète et pose les fondements de son apprentissage de bonne élève au cours de danse  chargé de la technique Dalcroze et autres fondamentaux de la danse libre. C'est en Grèce qu'elle nous emmène avec intérêt et  curiosité. Le corps comme instrument d'une éducation politique évidente, stratégie d'éducation "saine" et spirituelle. La musique classique rentre en scène dans cet univers teinté de son bel accent grec dans une diction légère et accessible.Dans un justaucorps bleu elle propose quelques esquisses à la Martha Graham, osant en contourner les difficultés: poses de prêtresse, grands écarts: scolaire, raide, figée, verticale, sa danse se fait sagittale et un tantinet caricaturale. Gymnase implorante dans une emphase musicale grotesque. Elle se raconte à nouveau, pose la cité, l'architecture et l'environnement comme autant de facteurs de développement éducatif sociaux, politiques. Et le corps de recevoir, emmagasiner le tout pour se faire conciliant, soumis, déterminé L'histoire du "geste social" en somme. C'est nue qu'elle évoque la danse d'Isadora Duncan, libre et libertine, gracieuse et enchanteuse nymphe, idole séduisante, naive et radieuse. Lenio Kaklea y excelle, sautille en isadorable, vague et tours;, à la Malkovsky et son "petit berger". Des poses à la grecque en fronton, en frise murale  : touchante, inspirée, naturelle, émouvante figure Son entrainement balisé évacué de ce processus assujettissement sportif du corps pensant. Libre. Un magnifique jeu de miroir filmé en direct pour nous projeter dans un monde futuriste ou surréaliste succède : expressions muettes du visage effrayé, torturé, apeuré: sidération comme les évolutions expérimentales d'une Maya Deren dont elle s'approche visiblement: ses traits rappellent ceux de cette femme pionnière, envoutante "maia" spectrale et virtuelle à l'image noir et blanc.
 

Encore quelques évocations de son parcours d'interprète libérée des contraintes de son "éducation" corporelle stricte: danser dans du Richard Serra au Grand Palais avec les pionniers de la danse d'aujourd'hui  et Daniel Larrieu, (en dialogue avec l’œuvre de Richard Serra, Daniel Larrieu invite les spectateurs à une action chorégraphique à l’échelle de la nef. Jouant avec des déplacements, des attitudes et diverses « actions », la chorégraphie prend au mot le titre de l’œuvre – Promenade – pour s’y glisser comme dans un paysage) ceci à l'encontre du fitness intégré malgré elle dans son corps sculpté pour l'occasion en athlète performeuse. Sur des rythmes binaires indigents, réducteurs. Cette "caricature" est fort intelligente, reliant influences et indépendance du langage du corps contraint. Le consumérisme est à l'origine de cette aseptisation des corps: elle y exécute une danse appauvrie, bâclée, banalisée issue d'un vestiaire négligé, prétexte trivial à un chaos dénué de tout intérêt. Et de disparaitre en icône, iconoclaste et bienfaisante trublione de l'espace, du temps et du corps.

A Pole Sud les 24 25 Janvier dans le cadre du festival "L'année commence avec elles"