jeudi 2 avril 2020

"Fauteuils" de Laurent Goldring: état de siège


Fauteuils est inspirée par la révolution moderniste en peinture et par la prolifération de fauteuils qui l’accompagne, où ce meuble s’impose comme motif central pour les expérimentations sur la perspective, à mi-chemin entre le traitement des corps qu’il contient et celui de l’espace alentour. Fauteuils est conçue à la fois comme un spectacle et comme une exposition où trois solos se déroulent dans trois fauteuils, sans jamais en sortir, comme trois sculptures sur socles. D’autres éléments, à la fois chorégraphiques et plastiques, se trouvent sur la scène que les spectateurs sont libres d’investir. Fauteuils est une expérience qui questionne la différence entre deux conceptions du regard.
En partenariat avec Le Dancing CDCN Dijon Bourgogne-Franche-Comté
Production goldring-productions
Conception, chorégraphie Laurent Goldring
Performance Nina Harper, Marion Carriau, Stephen Thompson
Coproduction La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, Drac Île-de-France, Pôle Sud – CDCN Strasbourg.

"Tarantella": la danse arachnéenne !

Tarantella ?! peut être lu comme le récit d’un voyage où les paysages évoqués sont avant tout sonores. L’auteur s’efforce d’y restituer l’intensité d’un langage dramatique, celui que les indigènes du Sud de l’Italie se sont créés depuis les temps antiques jusqu’à nos jours. De la danse des tarantate à la danse des couteaux, des chants de travail aux chants de prison, ces sons et ces gestes dessinaient le contour d’un monde qui continue de nous hanter, entre marginalité sociale et récupération spectaculaire. Travaillant tant sur la puissance des cultures subalternes, que sur une critique de la civilisation occidentale, s’interrogeant sur l’articulation de la politique et du langage, ce livre échappe au final à toute discipline : il invoque tour à tour l’ethnomusicologie, la philosophie, l’histoire sociale et politique ou encore l’anthropologie…

Alèssi Dell’Umbria a grandi à Marseille, et travaille, entre autres, autour des questions d’histoire et de politique urbaines. Il a collaboré à différentes revues de critique sociale et a notamment écrit : C’est de la racaille ? Eh bien, j’en suis ! À propos de la révolte de l’automne 2005 (L’Échappée, 2006, réédité et augmenté sous le titre La Rage et la révolte, Agone, 2010) ; Histoire universelle de Marseille, de l’an mil à l’an deux mille, (Agone, 2006), Échos du Mexique indien et rebelle (Rue des cascades, 2010), R.I.P. Jacques Mesrine (Pepitas de calabaza, 2011). Il a réalisé en 2009 La Madonna de la montagne et en 2014 Istmeño, le vent de la révolte, un documentaire sur les communautés indigènes bouleversées par l’industrialisation de parcs éoliens dans l’Isthme de Tehuantepec au Mexique.
2016, essais & entretiens, ISBN 978-2-913661-70-7, 28 €

mardi 31 mars 2020

"Le saut de l'ange": Dominique Bagouet plane !

Rien n'est plus drôle, tendre et léger que la façon dont Dominique Bagoüet se moque de la danse et des danseurs dans ce Saut de l'ange _ dont c'est ici la première reprise à Paris, après sa création au Festival de Montpellier 1987 et quelques tournées.
Regardez, nous dit-il, la danse, ça peut être à la fois très joli et assez laid, les danseurs sont des gens sublimes et un petit peu ridicules... Il faut un talent fou pour manier cette autodérision sans tomber une seconde dans la parodie, pour faire chérir la danse en la montrant si nue, si dépouillée, si simple.
Les petits personnages disparates que Bagoüet lance dans l'espace font penser aux petits sujets en fil de fer du Cirque de Calder. Même fragilité têtue, même art du presque rien, même grâce insolite. Ils sont ravissamment vêtus (par Dominique Fabrègue) comme si chacun avait exprimé son fantasme dans son costume : une danseuse à la Degas, en tutu jaune (et aux pieds, ce n'est pas par hasard, des " ballerines "), un athlète de foire, une danseuse de flamenco, une Musidora en collant, cagoule et cape noire... Ils ne sont ni beaux ni laids, ils sont, tout simplement comme vous et moi. A la fois très proches et distants.
Ils ne " racontent " rien, pas d'anecdote, pas d'histoire. On a tout juste le temps de noter des sensations. On est délicieusement désemparé, chez Bagoüet : il casse toutes nos habitudes, non seulement celles héritées du classique, cela va de soi, on est ici aux antipodes, mais aussi celles du contemorain, qui a également ses académismes. Il gomme, efface, pulvérise toute notion de virtuosité. Ses danseurs ne vont jamais où on les attend, ne font jamais ce qu'on prévoit : leurs petits gestes incongrus, saugrenus, farfelus, appartiennent bien à la planète Bagoüet, à nulle autre pareille. Beaucoup de mouvements des bras, des mains, des doigts : nouveaux sémaphores, alphabet de sourds-muets.
Même fausse naiveté dans le décor de Christian Boltanski. Sur la partie droite du plateau, un podium habillé de velours rouge, celui que le maire d'une petite ville ferait édifier pour une " soirée de danse " ; au fond, guirlandes d'ampoules dessinant les contours de l'architecture de la cour Jacques-Coeur, à Montpellier (reproduite ici en structures métalliques), détournant l'idée de " festival ".

"Je ne suis pas quelqu'un de tranquille. Je suis sans cesse perturbé par les autres, par ce que font les autres. Je dois sans cesse maintenir mon identité à flot, et ce n'est jamais gagné. " Ces propos de Dominique Bagouet datent de 1989 : impossible de ne pas être ému par l'inquiétude d'un artiste qui, chaque année, depuis 1984, signait des pièces essentielles pour la danse, ouvertes, en effet, aux autres créateurs, aux autres disciplines artistiques.
Des oeuvres, toutes profondément enlacées, toutes profondément différentes : Déserts d'amour (1984) et le Crawl de Lucien (1985) sur les musiques de Gilles Grand, le fidèle ; Assaï (1986), écrit sur une partition homonyme de Pascal Dusapin ; avec ce dernier encore, l'année suivante, l'aventure magnifique menée avec Christian Boltanski : le Saut de l'ange, la pièce maîtresse d'un ensemble très solide ; ou encore les Petites Pièces de Berlin, et l'étonnant Meublé sommairement (1989), dans lequel la comédienne Nelly Borgeaud _ sublime _ se mêlait à la danse pour interpréter Aftalion Alexandre, d'Emmanuel Bove.
Cette inquiétude de Dominique Bagouet, on peut la faire remonter aux jeunes années : " Pendant toute ma petite enfance, j'ai dansé. Aux réunions de famille, à la moindre occasion, on me faisait danser. J'étais extrêmement fier, très fanfaron, [...] rien ne m'intimidait, on m'applaudissait. (1) " Bagouet dansait pour être aimé. La petite histoire attribue ce goût immodéré pour la danse à un spectacle de flamenco, vu à Barcelone, quand l'enfant avait cinq ans...
Depuis Rastignac, on sait que, pour réussir, il faut quitter Angoulême _ où Bagouet était né le 9 juillet 1951. Après différentes expériences, c'est à Cannes, chez Rosella Hightower, que l'adolescent va épanouir son talent. Danse classique et apprentissage musical. Il attrape le virus du baroque. Quand arrive mai 68, il devient difficile pour Bagouet de supporter les codes étouffants de la danse classique.
Commencent alors des années d'apprentissage et de voyages dans la pure tradition du roman picaresque : il est engagé dans la Compagnie contemporaine de Félix Blaska, découvre l'effervescence artistique de la création à Paris, puis décide de partir chez Béjart à Bruxelles. Malgré l'amitié qui le lie au maître de la Monnaie, il est frustré de véritables recherches. Retour à Paris : Carolyn Carlson lui révèle la technique d'Alwin Nikolaïs, Peter Goss les secrets de celle de Jose Limon. Départ pour New-York. La rupture avec le classique est alors consommée. En se coupant ainsi, non sans masochisme, de ses origines, Dominique Bagouet lançait un processus de création qu'il allait mettre près de dix ans à maîtriser. 1976 : il gagne le Concours de Bagnolet avec Chanson de nuit. Un succès qui lui vaut une invitation au Festival d'Avignon. Sa danse se cherche du côté du théâtre, hésite, change de style, sans jamais pourtant manquer de sincérité. Les amours de Bagouet vont à Bob Wilson, à Claude Régy. Cet écorché vif masque ses peurs sous l'humour et la séduction. Ribbatz, Ribbatz, sur des musiques auvergnates, enchaîne avec Suite pour violes, sur des airs de Couperin. Il sait pourtant qu'il ne s'en tirera pas ainsi. Il dit de cette époque : " Pour moi, c'est comme si, dès le départ, les dés étaient pipés. Je n'ai pas su prendre mon temps. " Deux pièces vont cependant stabiliser sa réputation : Voyage organisé (1977) et Grand Corridor (1980).



samedi 28 mars 2020

Le "virus" gaga de Naharin ! prémonitoire !!!!

Naharin's Virus

Ohad Naharin (Chorégraphie)




Quelques jours avant la reprise de Decadance, l’un de ses succès historiques, la Batsheva Dance Company présente une série de représentations de Naharin’s Virus, fruit de la collaboration entre Ohad Naharin, directeur artistique et chorégraphe de la compagnie, et les danseurs. Une façon de lancer les interprètes dans le grand bain de la créativité. On y retrouve, bien sûr, l’énergie qui irradie la danse de cette compagnie, mais aussi la profondeur d’une gestuelle qui, sans être narrative, touche chacun au plus profond de soi. Cette pièce est aussi un dialogue entre le mouvement de la danse et l’écriture de Peter Handke, l’un des plus grands auteurs vivants. En effet, Naharin’s Virus s’inspire de sa pièce Outrage au public. De larges parties du texte constituent une trame idéale tandis que la musique épouse la chorégraphie. Peter Handke dit voir dans son oeuvre « une pièce sans histoire, sans intrigue, sans fil narratif, une pièce qui se raconte elle-même. Pas d’histoire pour nous accrocher comme à un hameçon, pas d’histoire conçue pour s’évader, mais seulement la réalité nue du moment dans l’espace. » Ohad Naharin fait sien cet espace, imaginant une gestuelle débordant d’invention et emmenant ses interprètes toujours plus loin dans l’émotion et la virtuosité.
Philippe Noisette

vendredi 27 mars 2020

Les Wilis de Christine Lauffenburger


STRASBOURG ART PHOTOGRAPHIE
Exposition photos par
Christine LAUFFENBURGER 

DANSE AUX BAINS MUNICIPAUX 

Photos argentique N&B au rolleiflex  
Magasin BULTHAUP
6, RUE DE LA NUÉE BLEUE
67000 STRASBOURG

Résultat de séances aux bains municipaux de Strasbourg où la photographe a jeté son dévolu
Photographie d'un lieu hanté par des spectres, ectoplasmes dansant, floutés, où la rémanence sème le trouble et l'indéfini.Sylphides ou Wilis aux tutus romantiques qui se fondent dans l'espace et le scintillement du gris-noir et blanc des planques photographiques
Comme des apparitions fugaces, des électrons futiles qui ne peuvent se figer, toujours en mouvement, en coup de vent!
Habitante de ces lieux désaffectés, vidé de ses créatures fantomatiques qui déambulaient entre les différents bassins.
L'ambiance est légère, étrange et volatile et un souffle parcourt l'exposition, fragiles esquisses de danse vaporeuse, évaporée, défaite de toute corporéité!
Dans ces bains sans eau, ses piscines, ses cabines où rodent vapeurs, brouillard opaque et nuages de bruine humide, la danseuse erre, se meut à l'envie.  
Brumeuses apparitions spectrales par excellence.
Un univers étrange et nostalgique, mélancolique et onirique à souhait

Dessins d'enfance !





Le Monte Vérita ! Chips qui dansent !