lundi 21 septembre 2020

Le GRM, Les Métaboles : "atmosphère, atmosphère, j'ai une oreille d'atmosphère?

 

Musica aux Dominicains

Philippe Carson
Turmac (1961) 
C'est à cette œuvre d'entamer le concert dans le cloître des dominicains, judicieusement parsemé de sièges sur la pelouse:des sonorités de train, des sons industriels, trousseau de clef,? scie, roulements, vrombissements qui tournent semblent être à la source de cet ensemble compacté, dense et solide. Des gravas qui se décomposent se déversent, en répétitions obsessionnelles.... Toute une "atmosphère" ! 

Bernard Parmegiani
Des salves en écho dans un tunnel,  des fusées de feu d'artifice: ça fuse, ça éclabousse allègrement! En aspirations, envols furtifs, tout un monde minéral et animal est évoqué, en secret dans l'intimé d'un son frisson comme des traces anciennes laissées par des générations en couches, en strates ou palimpseste savant. Quelques monstres aériens, de BD, de science Fiction-friction, font surface dans un univers cosmique. Des accidents aussi, débris de chantier qui se déversent, machines de guerre ou tanks, hélicoptères...Des sons de sabres tranchants dans l'air opaque à la conquête d'un espace vierge qui se rompt. Des bruitages de jeu vidéo.... Bref, un grand fatras de bruits et de fureur, conglomérat industriel, empilement de résonances, de fréquences, de timbres désordonnés. Comme des bombardements, une menace, un danger qui nous frôle via les enceintes rouges rondes, les globes blancs perchés sur pieds de cigogne qui meublent l'espace et font sourdre sons et bruits triturés par l'électro-acoustique des œuvres présentées.
 
 Ivo Malec
Recitativo (1980) 
Des grillons par un beau soir d'été sur la pelouse des Dominicains... Ou des orgues lointaines de foire, des sons timbrés, zinc ou métal précieux, tôles froissées... Les sons stridents s'amplifient, linéaires, en continu, en fréquences permanentes. Un gong fracture le tout, rupture dans cet alignement musical parfait. Des oiseaux, des carillons de clocher pour des vibrations claires, tintinnabulantes.
 
 


Karlheinz Stockhausen
Stimmung (1968) 
Ré-écouter la pièce au sein de la grande nef des Dominicains, n'a plus aucune commune mesure avec la même œuvre présentée dans le Hall Rhin du PMC : la configuration frontale, l'ampleur et le volume de la nef font résonner, amplifient tous les sons qui se révèlent d'une richesse inouïe et le chef d’œuvre vocal interprété par les voix si empreintes de mysticisme, de recueillement et de ferveur, embarquent dans un voyage cosmique spirituel ou profane, païen ou votif à l'envi.

Luc Ferrari
L'auteur se glisse dans les interstices du cloître aux éclairages colorés, chaleureux comme des ondes de choc qui se désagrègent en déroulés de heurts, de fractures, de ruptures tectoniques viscérales. Comme dans un jeu de billard, tout est choc précis, directionnel, performant, cible visée par l'électro acoustique de façon magistrale. Un juke-box capricieux mais efficace dont toutes les lumières s'allument à l'unisson pour provoquer fracas et désordre de bon aloi ! 

 
Michèle Bokanowski
Rhapsodia (2018) 
Voici une dimension cinématographique du son pour clore dans le cloitre inondé de lumières mouvantes, cette soirée estivale de musique électro-acoustique.
Large spectre sonore, étirement des sons en suspension dans un tempo soutenu. En nappes et couches sonores pour créer de la matière dense et riche de résonances. L'amplitude qui se déploie au rythme régulier d'une machinerie qui s'emballe, fait office de leitmotiv, enluminure sensible d'une pièce aux contours généreux. Les rotatives s'emballent, machinerie infernale d'un film de fiction, monté en séquences rapides ou linéaires. Philippe Dao, aux consoles du GRM toujours à l’affût des œuvres complexes. Absorbée par des lumières évanescentes sur les ogives du cloître, prolongée par cette "ambiance", "stimmung" de référence l'opus de Michèle Bokanowski dont on connait également le  compagnonnage de compositrice auprès du plasticien-vidéaste du cru, Robert Cahen, pour sa vidéo danse "solo", fait office d'épilogue de cette soirée mémorable.

 

 


"Solveig, (l'Attente)" /: pardonner ! Solveig, Patience et Clémence.....


Edvard Grieg , Henrik Ibsen
"Le metteur en scène Calixto Bieito et le romancier Karl Ove Knausgård offrent une vision nouvelle de Peer Gynt, chef d’œuvre d’Henrik Ibsen mis en musique par Edvard Grieg. Le conte poétique et philosophique n’est plus vu à travers Peer Gynt, mais dans les yeux de Solveig, la jeune femme qu’il abandonne après l’avoir séduite. Révélatrice des désirs et des peurs du héros, mais aussi de sa brutalité, Solveig a-t-elle bien raison d’accorder son pardon au rusé personnage en lui dédiant sa célèbre « chanson » ? L’attente de l’être aimé et sa morale sont ici mises en perspective par un nouveau livret, accompagné sous la forme d’une passion symphonique par les plus belles pages du compositeur norvégien. "
Tous en noir, masqués, les artistes du choeur pénètrent le plateau d'un décor noir et blanc, façonné par un cube immense volume blanc, "white cube", les côtés bordés de deux écrans vidéo également parés de blancheur vierge.uUne voix se détache, absente, quasi fantomatique, spectrale: c'est celle d'une jeune femme blonde, Solveig, seule sur scène dès lors, en un monomogue parlé, conté, la voici héroine de la pièce singulière réappropriation d'une "légende" musicale et historique.Le choeur narrateur s'efface, Solveig se filme en direct, produisant de très beaux portraits de son visage, éclairé, radieux, alors que la musique bat son plein. Une sorte de huis clos se dégage à l'ambiance feutrée, vite oppressante, étouffante. Des oiseaux, chouettes ou pigeons se répandent sur l'écran, fidèles compagnons de légende, oiseaux de proie, menace ou protection pour la jeune femme qui va s'avérer au fur et à mesure, tendre, rebelle, dans toutes les fonctions féminines que l'auteur lui attribue.Surveillée, traquée, enfermée ou esprit libre qui cherche la rédemption, accorde le pardon dans une abnégation religieuse affirmée? Soutenue par des regards d'oiseaux surdimmentionnés, Solveig va son chemin, chante sur ces images spectrales en noir et blanc, mouvantes, aériennes, dissoutes dans l'éther. Telle une Ophélie dormante, l'image de la mort veille sur le corps de la mère, vieille femme allongée, en suspension, alors que la naissance d'un nourisson fait la passation des générations et conforte Solveg dans sa mission de pardon, par don de soi, de sacrifice, de beauté humaine;
Une oeuvre singulière et pleine d'enseignements qui tend vers la fable ou le verset spirituel d'une époque proche et lointaine, rehaussée par une mise en scène du monologue, sobre et empreinte de virginité, de blancheur répandue sur les corps et sur les âmes.
 
 
 
Orchestre philharmonique de Strasbourg Chœur de l'Opéra national du Rhin

 

"Opus 2.131.3" Quatuor Diotima : en perspectives ! Corps-raccorps temporels.


OPUS 2.131.3

Quatuor Diotima


Ryoji Ikeda création française, nouvelle version 
Ils s'accordent , corps-raccords- en dis-harmonie pourtant dans une lente plainte des quatre instruments, trois violons, un violoncelle, lors d'une belle et douce tenue en tuilage des timbres.Un profond recueillement émane ainsi, dans une quiétude  générée par la tenue et hauteur des sons qui avancent et cheminent comme pour une procession religieuse. Sur le fil, sur la corde raide de funambule qui progresse, avance, serein, solide, assuré . Une oeuvre sensible dédiée aux cordes, en "chambre" claire, bien "chambrée".
 
Ludwig van Beethoven
Quatuor op. 131 (1826) Telle une passation à rebrousse temps,la pièce surgit comme référence à la première. Relais, flambeau tenu par les quatre protagonistes, traversés par une interprétation emplis de l'écriture, de la griffe de Ikeda. Signature "commune" entre contemporain et pape de la musique de chambre, cet opus, célèbre et virtuose, trace connivence, complicités et sympathie des oeuvres d'aujourd'hui.L'inspiration, le mimétisme pourrait fonctionner, anachronique: et si Beethoven avait poursuivi l'oeuvre de Ikeda dans la mémoire inversée du temps qui s'écoule, dans la mémoire des sensations du matériau sonore ou de la composition?

Ryoji Ikeda création française 
Retour à la lenteur après la vive interprétation du Beethoven. Lallégresse en moins, voici une "relecture" de l'opus précédent, comme un livre lu à l'envers. Les mouvements bien agencés de la partition, tels une exploration minutieuse et souterraine, en profondeur du quatuor d'un ancêtre démiurge. Des abtysses, des abîmes surgit la mélancolie romantique qui traverse les notes, emporte l'auditeur dans des sphères inoues malgré tout. Les ascensions des violons comme une fumerole evanescente qui s'évapore et se répand dans l'éther, l'éternité.Une fois de plus Ikeda surprend, étolnne , à l'écoute de son "répertoire" vaste, savant, iconoclaste ou très "sage" au regard d'un héritage patrimonial musical Dans le plus profond et savant des respects.

 


dimanche 20 septembre 2020

"Grand concert d'ouverture N° 2 " : mise sur orbite: qui va piano, ne va pas toujours "sano" !

 

Pour la première fois arrimé à Strasbourg, le Basel Sinfonietta défie les lois de la gravité avec Georg Friedrich Haas et Simon Steen-Andersen. Ces deux pages orchestrales qui jouent sur l’espace et l’apesanteur sont précédées d’une oeuvre-manifeste de Marina Rosenfeld dont l’interprétation est confiée à un choeur d’adolescent·e·s créé pour l’occasion.programme


Marina Rosenfeld création française
Georg Friedrich Haas
Joshua Tree (2020)
création mondiale
Simon Steen-Andersen création française

 


Teenage Lontano

Marina Rosenfeld

"La « reprise » est une pratique plus commune à la pop. Pourtant, c’est bien à cet exercice que se livre Marina Rosenfeld avec l’oeuvre emblématique de György Ligeti, Lontano (1967). Sa micropolyphonie et ses masses sonores ne sont plus confiées à l’orchestre, mais à un choeur d’adolescent·e·s. La possibilité pour des chanteurs amateurs d’interpréter une page si complexe est offerte par l’ear score, une partition auditive numérique permettant à la compositrice de susurrer les notes aux choristes via des oreillettes. Une innovation, un manifeste pour la réappropriation du répertoire du xxe siècle – et surtout, un tableau de l’avenir peint en des couleurs irréelles."

Comme une  ligne de chanteurs scénographiée, mise en scène de trente deux corps éclairés par des rasants, en jean et baskets: le dispositif scénique organisé au centre, les spectateurs de part et d'autre de cet étrange face à face, dos à dos.La bande son zigzaguante en écho réflexif filtre les sons étranges venus d'un ailleurs cosmique inconnu. Le chemin de lumières mène au zégbrage de sons, fulgurants, traçant une ligne droite stable: les jeunes tiennent vocalement de longues notes en respiration continue, commune alors que plane la bande son au dessus de nos têtes. Des sifflets en alternance ponctuent l'atmosphère, le son circule enondes, harmoniques et fréquences se répartissant l'espace. La voute sonore se sessine dans l'amplification spatiale, en rafales, détonations, zébrures, tirs et salves. Une oeuvre à regarder en appréciant le professionnalisme des chanteurs-choristes alignés devant nous dans une "proximité" astucieuse et opérante.e

conception Marina Rosenfeld

Chœur du Lycée Stanislas de Wissembourg
chef de choeur | Stéphane Hummel
Chœur du Schiller-Gymnasium de Offenbourg
chef de chœur | Winfried Oelbe
Elèves du Lycée Marie Curie de Strasbourg
enseignante | Christiane Didierjean
Chorale du Stift
chef de chœur | Antoine Hummel


Joshua Tree

Georg Friedrich Haas

"C’est lors d’un séjour dans le parc national de Joshua Tree, au sud de la Californie, l’un des plus beaux endroits au monde pour contempler la voûte céleste, qu’est née cette page orchestrale inspirée par la mutation lente et progressive de la nuit étoilée. « Lorsqu’on observe le ciel à l’oeil nu, nous dit Georg Friedrich Haas, on ne peut s’empêcher de fixer des groupes d’étoiles et d’en faire des images. Mais si l’on se saisit d’un télescope, on voit des points lumineux en si grand nombre qu’il devient impossible d’identifier des structures. Tout est affaire de densités et de mouvements imperceptibles. C’est ce phénomène que j’ai voulu transposer. »

Une formation "classique" orchestrale majestueuse pour ce second concert d'ouverture , cela "rassure", installe, mais on va rapidement déplacer ses fantasmes de "confort" pour atteindre une musique en immersion totale, sonore, mouvante, fluide.Des ondes de vibrations des cordes, émergence des vents pour une ambiance étrange.Jeu de cordes pincées, piqués, volume qui se déploie, s'impose allègrement, harpe qui se fond dans le parterre d'instruments à cordes murmurants. La fluidité aquatique opérant pour cette traversée dans les flots sonores apaisants.

Basel Sinfonietta
direction musicale Baldur Brönnimann


Piano Concerto

Simon Steen-Andersen

"Un piano à queue est lâché d’une hauteur de trois étages. Ainsi débute ce concerto qui défie radicalement les lois du genre. L’observation de la chute, sans nihilisme aucun, laisse place à la beauté de la gravitation et de la destruction, sondée de manière ironique et insouciante. « Dead-serious playfullness », selon les termes de Simon Steen-Andersen, une joie mortellement sérieuse. Au-delà du geste spectaculaire, réalisé en une seule prise et projeté à l’écran, l’instrument en ruine libère progressivement une méta-histoire du piano moderne – du fantôme beethovénien à Fluxus, du piano préparé de John Cage aux corps résonants de la musique spectrale."

C'est à une oeuvre tectonique que nous sommes à présent confrontés.Sur l'écran, un piano vient s'effondrer dans une image au ralenti sur fond de tonnerre de sons.Magistrale image qui va impacter la pièce; la mise en scène en bord de plateau dédoublant le pianiste en un second personnage animé sur cartonnage disturbe l'espace et le temps à loisir. Un solo de piano en notes détachées, dans un vacarme déferlant, mécanique, de l'orchestre qui s'anime.L'image virtuel de l'interprète au clavier, tétanisée ou arr^étée en chemin, provoque sourires et distanciation! L'humour et le comique décalent, désoriente: cassures, éclats, brisures et décompositions fractales s'imposent.Les ruptures tectoniques rapellent la chute et les rebonds du piano à l'image.Le fracas, le crasch-landing sur tarmac d'un OVNI fait écho dans les mémoires immédiates.Grande messe symphonique pour catastrophe instrumentale, avalanche disharmonique, clins d'oeil, pastiche et caricature d'accidents, d'incidents de route....La musique "sonne faux" sous les doigts surdimensionnés du pianiste à l'image projetée.Au final tout explose, se rompt, éclate, éclabousse de brisures et fractures l'environnement virtuel et sonore.Le piano tombe, chute à l'envi, rebondit, s'envole en vitesse précipitée, image pixilée.Et l'on se taille une valse de guingois pour ce bal singulier, violent, fantastique, cruel. Qui va piano, ne va pas "sano" !

 

Basel Sinfonietta
direction musicale Baldur Brönnimann
piano Nicolas Hodges

"Music for percussion 2 " : objets insolites ! L'épeuve -la preuve- par trois.

 


music for percussion 2
Avec cet ensemble de miniatures performatives, nouvelles œuvres commandées par le festival pour le portrait qui lui est consacré, Ryoji Ikeda prend le chemin de la musique d’objets. Cinq pièces interprétées par trois performers usant d’un instrumentarium peu ordinaire : six métronomes, des télégraphes électriques, des billes, des balles de basket et de ping-pong, du papier, des crayons et des règles, ainsi que des livres aux pages vierges spécialement conçus pour l’occasion. Entre mécanismes d’horlogerie rythmique et processus inéluctables, ces préludes et fugues du XXIe siècle prolongent le geste d’épure sonore et visuel initié par l’artiste au milieu des années 1990.

Ryoji Ikeda création mondiale 
Des miniatures au détail, du "petit rien" qui tient de la haute voltige, voici la première oeuvre du concert monographique. Deux chaises, une longue table et deux opérateurs au travail bricolent savamment deux consoles de morse, machines à produire du son comme autant d'essais acoustiques au micro.Rythme au poing, tension et écoute attentive des interventions du partenaire .Comme des machines à écrire ou des signaux en morse, alarme musicale, dansante. Chirurgiens du son sur leur établi en salle médicalisée, dans un petit hôpital joyeux dont les signaux de détresse ravigotent au lieu d'inquiéter! Horlogerie de cuisine savante: c'est pr^t, cuit, le délai de cuisson est achevé, on peut consommer. Les télécommunications d'antan revisitées pour émettre des messages codés rythmiques en diable, à décrypter sur le champ.On est aux urgences cliniques, avec ces notes qui évoquent les schémas des vibrations sur un tableau médical ! Cliquetis des doigts des artistes sur le clavier des consoles de survie. Fin et mort des signaux de détresse....Une oeuvre dérangeante et très opérationnelle , singulière et provocante en diable !
Ryoji Ikeda
METRONOME MUSIC [for trio] (2020) création mondiale
Trois tables, six métronomes, trois musiciens:le dispositif est sobre, dans le noir de l'environnement scénique.A des tempo différents, comme des horloges dans une ancienne demeure abandonnée, bien ou mal réglées.L'unisson bascule, se dérègle, au trot, au galop, pièce mystérieuse, chrono-métrage d'une clepsydre sans eau, décompte à rebours: le temps passe et ne s'installe pas pour autant à travers ces sabliers au son de pluie sous les toits: pluie tapante qui s'égoutte, frappe régulière qui hypnotise.
 
  Ryoji Ikeda création mondiale 
Trois livres, tourne page, ouverts, fermés, manipulés par les interprètes, assis à la table de lecture factice.Les couvertures claquent, les pages s'effeuillent en bruissant: on effeuille la question du son frisson, léger , fugace et inédit. Partition musicale de chocs, de froissements, de bruits quotidiens agencés au plus près d'un rythme virtuose et savant.
Ryoji Ikeda création mondiale 
Trois séquences sur les "balles": rondeurs et roulements de billes qui roulent à l'intérieur de bols ,pour un bel effet d'écho et de résonance circulaire. Balles de ping-pong en match précis, millimétré par de petits chocs précis, ballons manipulés par les officiants assis sur des tabourets: train d'enfer des impacts sur le sol, sur la surface de réparation, tapis de sol pour ces athlètes de l'interprétation, de la coordianation. 
Ryoji Ikeda création mondiale 
Le clou du spectacle pour cette séance de crayonnage sur règles et papier millimétré: on souligne, on écrit, on rature au crayon à papier: ses scènes très "plasticiennes", mises en espace sobrement pour un propos et une démarche radicale.De vifs tracés cinglants, du gommage, de l'effacement: ça provoque du vent raturé, du pointillisme crayonné, : on lacère la matière et l'on palpite de concert en alternance. Le déchirement au final du papier par bandes, scandé par le choc des règles fait mouche.
Bureaucrates de pacotille, dessinateurs industriels ou architectes sur leurs paillasses opératoires, établis, ces trois artisans-artistes du son deviennent performeurs virtuoses : la mécanique des tracés de crayons, comme des machines lancées: futurisme et progrès infernal avec des "moyens du bord" forts étudiés.
Au final on froisse et tout et l'ion n'est pas faché ni froissé par cette performance musicale d'objets sonores magnifiés, détournés.


"Fake" : Wilfried Wendling, Abbi Patrix : fausse route ! Peer Gynt tonic !


Adaptation de la pièce d’Henrik Ibsen, la fresque musicale composée in situ par Wilfried Wendling et ses acolytes mêle la musique électronique et l’improvisation vocale ou instrumentale au récit du plus grand des menteurs venus du Nord. Car Peer Gynt est en toujours fuite. Ne l’entendez-vous pas fanfaronner au loin, au rythme de sa marche endiablée ? En quête d’aventure, de reconnaissance et d’amour, voilà que l’anti-héros arpente les rues alsaciennes. Muni de casques audio, le public est chargé de le traquer dans le décor urbain. Saurez-vous distinguer le vrai du faux ? Qui sont les trolls, les gnomes et les démons ? Un spectacle électro-conté au cours duquel on se méfiera des fake news…Nous sommes réunis sur le parvis de l'Opéra du Rhin, casqués, masqués, bref un peu en dehors du monde et pourtant c'est bien dans cette foule bigarrée d'un samedi après-midi que le célèbre performeur conteur va opérer. Homme de terrain, muni de son "conducteur", fiche de salle et fil conducteur de son intervention "in situ", il nous mène dans son bateau ivre, naviguant à la boussole autant qu'au filing et à l'improvisation. Il est personnage vivant incarnant le héros en déroute de la pièce musicale "Solveig": descendu du toit de l'Opéra pour ameuter la foule, parmi nous, berger d'une troupe intriguée, inquiète ou séduite par ce meneur d'hommes de grand talent.Dans la foule des postulantsau mriage au pied de la Mairie, sa présence incongrue questionne, interpelle, étonne à bon escient. Toujours respectueux, autant que débordant de "culot" et d'inventivité, il saisit au vol lesoportunités de tisser la toile de sa narration, nous conduisant à travers la ville, sur ses places, dans ses ruelles, sur la place Kléber où une fanfare lui donne prétexte et occasion à dévoiler la pertinence de ses interventions dans l'espace public. Au final, c'est autour d'un xylophone sur une placette au pied d'un platane que la cérémonie s'achève, le participants casqués regroupés après ce périple libre dans la cité. Charmeur, dresseur de serpents et faiseur de contes à rebours, Abbi Patrix excelle dans le genre et registre improvisation: libre penseur, habile séducteur et meneur de foule sans prendre possession de vous pour autant. Poésie et forcing, habileté et utopie au poing pour une déambulation bizarre et bigarrée qui fait mouche! Ses compagnons de route à la technique comme marchands des quatre saisons poussant leur charriot de bonnes nouvelles! La fantaisie, toujours vivante et audacieuse, prise de risques et réparties au menu !
 
 conception et musique électronique live

 

"Laboratoire de l'écoute" N ° 3: la générale d'expérimentation : la source des sons.

 

"Dans ce spectacle interactif à la croisée du concert, du talk-show et de l’expérience sociologique in vivo, tout le monde est sur scène : le public, les musicien·ne·s, ainsi qu’un drôle de médiateur. Ces derniers jouent et décodent différentes pièces, énoncent leurs protocoles, débattent et proposent leur vision. Le public, lui, est présent dès le début du processus et participe à toutes ses étapes. Muni de clés d’écoute, il est invité à faire ses retours, à partager son ressenti et à agir directement sur le déroulement du concert. Une forme horizontale et inclusive inédite à Musica, dont l’humour et la bienveillance partagée seront les moteurs."
Entre acoustique et électronique, le leurre! C'est "La bonne durée" de Stockhausen qui inaugure la séance laboratoire, classique en apparence: écoute de la pièce, frappes, battements d'un dispositif électronique, synthétiseur, guitare préparée....Un abord qui va vite changer après la présentation du leader du groupe sur les intentions de ce dernier: composer en direct pour trouver "le son de groupe" sans fixer les règles, requestionner le son sans confort pour un répertoire alternatif des musiques contemporaines: c'est le graphisme des partitions qui le taraude, le protocole d'écriture des compositeurs: au travail donc pour décrypter les secrets de fabrication de quatre œuvres: exercice ludique et participatif, collectif ou chacun peut s'engager pour déterminer la longueur d'un morceau, décider des places des musiciens dans l'espace sonore... Cage et Fluxus ainsi interrogés dans leur processus de création. Quatre compositeurs seront passés au crible non pas comme analyse musicologique, mais pour triturer le squelette d'une pièce: durée, intensité, fréquence. On joue au petit chef ou à la collégiale, à la démocratie musicale, au politique dans la Cité de la Musique et de la Danse sur la cène de l'auditorium. Agora du choix, de la discipline autant que de la fantaisie, cette expérience d'écoute s'avère joyeuse, décontractée, brisant les aprioris sur la musique savante tout en déflorant quelques secrets de fabrication.Les partitions qui s'affichent sur un écran intriguent mais bien vite on s'empare de leur fonctionnement possible grâce aux clefs fournies par les interprètes de nos propres décisions et intervention. Démagogique? Pas du tout: Tom Johson, propose un chemin dans des cases, source de sons pointillistes, de clapotis audio-naturalistes, tenus....D'accord ou pas d'accord: tout se discute en "opinion" et autre possibilités et marge de manœuvre, interaction entre public et musiciens. James Tenney avec sa partition graphique, James Saunders et son système descriptif surtout à ne pas suivre à la lettre! Le public se prend au jeu et l'on passe un moment excellent, savant et plein d'humour et de distanciation musicale face à la dite "musique contemporaine" complexe: certes, mais si inventive et flexible !
Merci encore au festival Musica pour cette initiative décapante qui rapproche artistes et auditeurs sans  falbalas pour une approche réelle des oeuvres en mutation constante.