samedi 21 décembre 2019

"En marche Attacks": faites des maires, mais pas qu'eux ! Pas queu, les maitres à danser !

Chaque année, pour sa saison culturelle, la troupe du Théâtre de la Choucrouterie à Strasbourg propose une nouvelle création : c'est la très attendue revue satirique de la Choucrouterie.Héritière de l'immense cabarettiste Germain Muller, la Chouc' poursuit sa mission de salubrité publique visant à rire de tout et surtout de soi même.


La revue satirique de la Chouc' 2019-2020 : En Marche Attacks / Ihr kenne uns En Marche

"Notre 26e revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera des élections municipales, taillera un costard à « Chilibébert » de Colmar et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société. Bien sûr, ça va chanter, danser et il y aura des sketches ! Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues." 

L'effet -maire, éphémère .....ried...

Salle comble, et ça rigole déjà dans les rangs du parterre où il semble qu'il y ait des maires à l'orchestre, dans l'air : présents par curiosité ou par devoir d'élu, par hasard ou par calcul rhénan ? Qu'à cela ne tienne, c'est en "united colors off Choucrouterie" que s'affichent nos gaillards couleurs arc en ciel, nos Grandgousiers d'un marathon spectaculaire de plus de deux heures, diatribes au poing. Festival de blagues croustillantes durant les entremets, petites relâches salutaires en cas de retard de l'autre équipe alsacienne en diable qui opère dans la salle mitoyenne...

Une toile d'araignée pour illustrer le panier de crabes de la politique: ce qu'on fait quand on ne sait rien faire d'autre, et c'est parti! Appelé à régner, araignée sur le fil à tisser des histoires qui se trament et s'enchainent pour former un tissu de calembours, jeux de mots ou virelangues incongrus, sketches désopilants ou autre saynète décapante! Danse de tarentelle ! Vous prendrez bien un  "picon magique" en compagnie d'un Obélix qui trimbale un énorme bretzel, alors que Astérix se balade avec un fleischschneke en guise de bouclier. 

Une tribu qui résiste et s'insurge, comme les alsaciens face aux lorrains. Au lotissement, on se plaint des nuisances voisines écologiques: un troupeau de vaches ou des grenouilles seront les enjeux de la campagne électorale d'un maire perverti qui retourne sa veste comme les autres! Et vivent les bretons bretonnants, Siffer casqué d'une coiffe bigoudène, dérisoire et sympathique anti héros de cette sarabande magnétique! Ils sont tous "bons" chacun à leur façon:aux urgences comme en trottinette: tout y passe, au tamis de l'humour, de la dérision et de l'absurde. Une nouvelle recrue, Lauranne Sz,(comme Sarrasine-de Barthes-Balzac), savoureuse espagnole qui chante comme un piaf, sensuelle et drôle en diable.Surtout dans "Les nuits d'une demoiselle" de Colette Renard, revue et corrigée pour l'occasion ! Ou bien "Balance ton quoi" de Angèle.

On part à la campagne, on grimpe à la montagne des singes, on plonge dans la piscine avec des escogriffes costumés en homards dansants, vêtus de masques corporels très seyants, en couleurs fluo! Une marche au ralenti fait mouche et l'on note l'excellente et opérationnelle mise en scène de  Céline d'Aboukir, les danses et chorégraphies signées Fanny George et Justine Caspar. Beau travail, joyeux et délirant, mené tambour battant.Sans oublier Gilbert Meyer, incontournable numéro brillant et casse gueule de Guy Riss, comédien farceur et malin, naif et niaiseux à souhait et plein de distance aussi.

Les adaptations de "tubes" toujours bienvenues "comme d'habitude" !

Les pieds dans le plat, les mots qui blessent sans faire mal mais appuient là où ça coince, c'est l'art du texte et du verbe flamboyant qui caractérise cette équipe pleine de verve, de santé contagieuse.Quant aux "annales" du football et à la Meinau-pause,tout "genre" confondu, voici le bouquet de la revue, pas "corrigée" qui si l'on n'est pas satisfait  ne sera pas remboursé! Encore un numéro hors pair (ni maire): celui de Sébastien Bizzotto qui mime en langage des signes le discours d'un maire retord! Un régal à déguster à toute vitesse tant la virtuosité du jeu est surprenante et hypnotisante.

Tous excellents, en héros de pacotille, augurent des temps futurs où les polis petits chiens feront leur entrée sur le ring des municipales, en "campagne" écolo, en militant "balance ton foie", en king kong à Kingsheim, en marionnettes à fil pour mieux retourner leurs vestes ou s'en prendre une bonne!

On repart avec sa "feuille de chouc'" sous le bras pour avoir de beaux souvenirs et encore plein d'infos sur l'art de la diatribe et ses protagonistes prolixes et fertiles, fils et filles prodigues et prodiges du divertissement intelligent !

A la Choucrouterie jusqu' en Mars, attaque !

 


vendredi 20 décembre 2019

Maud Le Pladec, chorégraphe de "Notre Dame" de Valérie Donzelli !


"STATIC SHOT est mon prochain projet chorégraphique imaginé pour les danseurs du Ballet de Lorraine. Cette pièce qui verra le jour en 2020 repose sur une expérience artistique forte vécue pour la première fois il y a quelques mois : la rencontre de la danse avec le cinéma. En effet, la réalisatrice Valérie Donzelli m’a invitée à participer et collaborer sur son long métrage, «Notre-Dame », fiction dansée qui sortira sur les écrans la saison prochaine. Si cette expérience m’enthousiasmait d’un point de vue à la fois personnel et artistique, je n’avais pas imaginé à quel point celle-ci serait révélatrice d’un désir nouveau et pressant de questionner ma pratique à travers le 7ème art. Loin de moins l’idée d’introduire la projection d’images dans mes pièces. Non, c’est surtout à un niveau sensible mais aussi conceptuel et intellectuel que le choc a opéré. Les résonances de cette nouvelle expérience esthétique m’ayant permis d’ouvrir une réflexion autour du corps et de ses représentations, mais aussi, de continuer à creuser ma recherche sur le mouvement dansé.
Pour STATIC SHOT, j’imagine un dispositif scénique bien spécifique, entre pièce chorégraphique, installation scénique et dispositif cinématographique, la pièce se montre tel un plan fixe ou plan séquence, un huis clos ou encore un cadre fixe dans lequel la « caméra », ici le mouvement et le regard, ne s’arrêtent jamais. Un voyage immobile en quelque sorte. La plasticité des images, la représentation des corps mais aussi l’énergie et les flux seront constitutifs de cette scène dont la danse, d’une extrême précision et d’une haute intensité, ne quitte jamais son apogée. Les nuances, allant du mezzo forte au fortississimo, feront de cette pièce un crescendo permanent, invitant les spectateurs à participer à une extase sans fin.

"Une journée extraordianaire": bougez avec la poste !


Dans la ligne de sa stratégie « Horizon 2020 Conquérir l’avenir », La Poste reprend la parole avec sa nouvelle campagne de marque signée BETC/Havas Paris. « Une journée extraordinaire » renouvelle le territoire de communication initié il y a deux ans avec la campagne danse « Simplifier la vie » sous le prisme de la comédie musicale : les bénéfices offerts par les services et produits de La Poste sont à présent chantés et dansés par les Français. Réalisée par Dave Meyers (Badass), chorégraphié par Olivier Casamayou et Carine Charaire, réputé pour ses clips internationaux, la comédie musicale fait référence aux grandes comédies musicales françaises des années 60 tout en intégrant les codes actuels, portée par la musique originale composée par Juliette Armanet (qui prête sa voix à la libraire) avec Victor le Masne. Véritable objet cinématographique où mouvements de caméras, décors, stylisme, et chorégraphies enlevées exaltent la mission de La Poste, simplifier chaque jour et partout le quotidien de tous les Français, le film est tout naturellement dévoilé au cinéma en formats 90 et 60 secondes à partir du 18 décembre.

En parallèle, un partenariat brand content avec Allocine rassemblera sur le site la bande-annonce du film, sa fiche technique, le making of et l’affiche spécialement imaginée pour l’occasion.
En TV, le format de 90 secondes sera diffusé une fois en événementiel sur TF1 le 29 décembre, puis un format 60 secondes, deux 30 secondes et six formats produits pédagogiques prendront le relai.

lundi 16 décembre 2019

"Ceci n'est pas mon corps"d' Olga Mesa : corps gourmand : prenez et mangez en tous ! !


"Plus de vingt ans après sa création, le solo manifeste d’Olga Mesa, Esto no es mi cuerpo, fait l’objet d’une reprise. La chorégraphe revisite son langage brut et intense auprès de Natacha Kouznetsova. Fascinant travail de transmission où l’interprète s’approprie corps et écriture avec toute la délicatesse et la puissance de cette partition des émotions. Premier volet d’une trilogie intitulée Res non verba, « les choses, pas les mots »,  Esto no es mi cuerpo, se consacre aux manifestations involontaires du corps et à ses émotions. Point d’appui de ce parcours de l’intime, la relation à d’autres gestes artistiques, comme en témoigne le titre emblématique de cette performance. D’emblée, c’est au tableau de Magritte «Ceci n’est pas une pipe», que la chorégraphe répond «Ceci n’est pas mon corps». Fondatrice de sa démarche, cette pièce s’ouvre sur une rêverie autobiographique de l’artiste qui rend hommage entre autre au cinéma de Tarkovski. Empreinte d’une forte dimension charnelle, elle est aussi une sorte de mise à nu des sentiments chorégraphiée et performée entre états de veille et déflagrations de gestes, égrenages de mots et projections visuelles. Un travail qui envisage le corps dans la terrible beauté de sa défaite. Dans 2019. Ceci n’est pas mon corps, au plus proche de cette danse écrite sous la loi du cœur, Natacha Kouznetsova s’empare de cet univers énigmatique, de la gravité qui le porte, avec une captivante et singulière personnalité."



Olga, puisque te rev'là ! et que Natacha est là !
Et en maitresse de maison ou de cérémonie, elle arpente le plateau en compagnie du public qu'elle a auparavant invité à découvrir sa "cartographie" chorégraphique, traces et signes dessinés au sol quadrillé de noir et blanc comme au jeu "de dames".Car de "dames" il s'agira sur cette carte du "tendre": paysage labyrinthique de la pensée d'Olga, cap sur la terre ferme,comme la qualité gestuelle de Natacha qui empruntera son enveloppe charnelle durant cette "passation de rôle".
Mais, il ne s'agit pas là de transmission, mais d'une ré-écriture contemporaine née d'une "relation entre créatures, désir de partager quelque chose d'impossible mais nécessaire". Aux dires d'Olga qu'elle nous confie  sur scène en prologue, vêtue de noir, toute rousse, il s'agit "d'attraper la mémoire par l'ici et maintenant" .
La robe de la pièce originale est brandie, non en trophée, mais en "relique" d'une autre époque, d'un autre contexte. Aujourd'hui, c'est Natacha qui l’endosse, son clone corporel qui revêt sa stratégie, son protocole, son processus de création. Des habits d'Olga, elle fait une seconde peau qui effleure les sens, du "début" au "final" gravé à terre: une démarche fière de femme forte, habitée par les sensations, une chaussure en main pour en faire un objet fétiche, frappant. Des images sur multi-écrans la dissimulent aux regards alors qu'elle se touche, se tend, se tâte et ausculte son corps, impudique et sensuelle.  Elle s'évalue, se considère, s’écartèle en grand écart, geste onanique, jouisseur:toute l'histoire de la ballerine de Gunter Grass incorporée!
Corps filmé, scruté, la danse toujours charnelle simultanément virtuelle aussi !
Des images de travailleuses, transpirant, laborieuses à la Edgar Degas surgissent, corps fatigué mais si érotique, se livrant généreusement. Corps de femme,origine du monde sans rideau masquant la réalité des sens et la beauté d'un corps en grand émoi.
Olga double sa proie docile, clone, alter ego, modèle à imiter en léger différé. Quelques acrobaties feintes, des attitudes en espagnole conquérante.....Solide interprète, avec sa corpulence voisine de celle d'Olga, Natacha explose, se régale, nous régale de son corps gourmand, de ses mimiques grotesques. Livrée, abandonnée, elle se dévore, vorace, se signe, pèche par omission, alors qu'Olga veille au grain et envoie de son ordinateur  des messages épistolaires, livrés sur écran: elles correspondent, corps respons danse évidente...Les caméras,les pieds et supports de ces vecteurs et facteurs  d'images virtuelles opèrent dans la scénographie prolixe comme autant d'acteurs engagés sur le plateau.Des points de vue multiples brouillent les pistes, surexposent les espaces, entremêlent la lecture pour mieux déstabiliser le regard sur les reptations érotiques de la danseuse: mort du cygne annoncée. Des bruits de pas, des cloches, des ombres chinoises ponctuent l'espace, bruissent en même temps que ce corps qui vibre devant nous, face à nous. Pas chaste du tout cette danse, péché capital, Natacha en pécheresse joyeuse, micro en bouche, susurrant des réflexions sur la sensualité de la musique de Bach !
La danse, sans fil à la patte, pourtant reliée à la technologie savante d'un dispositif très complexe, se savoure simplement. Jumelles dans leur carré de lumière, les deux protagonistes, nymphes ou chrysalides, incarnent l'incandescence des sens, d'un langage "énervé" à fleur de peau, troublant. Une poursuite comme une lune les rattrape. Femmes au travail comme un tableau de Degas où l'on transpire dans le labeur, vêtues de peu et laborieuses créatures de rêve...Léonard Cohen, des images empruntées de films cultes crèvent leur intimité: un clap de cinéma devant l'écran pour simuler le studio, l'espace investi par la danse et les images. Les écrans se multiplient, deviennent étendards à la Colomer. Un métronome sur la tête, Natacha prend son temps, règle le tempo: danse avec les supports-surfaces tendus reflétant une autre réalité, virtuelle, simultanément. La scénographie est virtuose, le récit , poignant et l'émotion gagne le spectateur, témoin, passeur lui aussi de tension-détente, de mémoire vive, de sensations.
Très "incarnée" cette pièce est bien de la patte d'Olga, de sa griffe rehaussée de multiples complicités artistiques, de hors-champs divers. Offertoire du corps livré à toute cette gamme de passeurs, ostensoirs sacrés dans l'antre du spirituel très païen, la danse est fébrile, certaine et appuyée de propos où le corps est "considéré", magnifié, extraverti et beau, servi par une interprète virtuose de la densité émotionnelle.
Ceci est bien son corps, à son corps défendant, tant cette proposition de lecture sur la transmission est original. Ébouriffant et déstructuré, au diable les archives, la mémoire, le patrimoine: on vit ici des instants de réincarnation joyeux, sensuels et parfaitement débordés par les technologies nouvelles, maniées de main de maitre par l'intelligence de Francisco Ruiz de Infante, la régie générale de Xulia Rey Ramos, les regards extérieurs très discrets et efficaces d'Irène Filiberti et Roberto Fratini Serafide.
Toutes ces contributions pour un solo, si foisonnant, si impactant, si touchant.
Natacha Kouznetsova brossant un personnage de l'Espagne à la Russie, terres fertiles et mouvantes d' échanges fructueux: la danse comme ambassadrice de la pluralité, de l'ouverture, de la diversité, éminemment poétique, politique !

A Pole Sud jusqu'au 18 Décembre


jeudi 12 décembre 2019

"Un ennemi du peuple" : H2o: quand Ibsen met un "therme" à son théâtre ...


"Une petite ville de province connaît la prospérité économique depuis que le docteur Tomas Stockmann a eu l’idée d’y installer une station thermale et que son frère, Peter, préfet, a mis en œuvre sa construction. Mais l’eau est polluée et dangereuse pour la santé : que faire de cette information ? Pour le metteur en scène Jean-François Sivadier, cette pièce du célèbre auteur norvégien Henrik Ibsen, écrite en 1882, est le portrait au vitriol d’une société où les intérêts personnels et les vanités anéantissent la raison. Comment résoudre cette équation  terriblement actuelle entre l’écologie, l’économie, le politique et le social ?"
Un théâtre rien qu'avec du "théâtre", du faux, de l'artefact pour dénoncer les bassesses des comportements de ses contemporains...Qui s'exprime, de Ibsen, de Sivadier ou de Bouchaud sur ce sujet qui met à nu les rapports public-comédien, auteur-metteur en scène hier et aujourd'hui ?... Ce sera dans l'allégresse, la verve et les transports en commun de personnages hallucinants de richesse de caractère, que tambour battant, un sujet très d'actualité-la pollution sans remord- d'une eau "publique" symbole de partage démocratique,que se déroule trois heures durant les péripéties de cette aventure croquignolesque...Tomas Stockmann, celui par lequel viendra le scandale met à jour sa découverte- la pollution des eaux des thermes de sa ville- est virulent, "énervé" , à cran mais aussi jouisseur et stratège, entraînant dans son sillage compères et futurs traîtres....La vie est rude et tranchante pour tout ce petit peuple réuni sur le plateau, occupant les lieux-étrange décor gigantesque d'intérieur ou de lieu de passage-. Des lustres aux pampilles menaçantes gorgées d'eau (souillée) vont déverser leur fiel et illustrer cette invasive nouvelle: la démocratie est en danger, le populisme est démagogique, tout "fout le camp" sur ce sol glissant, menaçant, plein de danger pour celui qui s'y embourbe et chute !
Sol impraticable où tous vont connaitre l'effet de dégringolade du très martial extrait de "Ainsi parlait Zarathoustra" à sa version tombée en déconfiture où le héros s'affaisse, se dégonfle et avoue que sa rage n'est pas si opérante que l'on croit!
Quelques interludes, entremets de danse, un " Kong fu " précieux, une danse de pantin pour ponctuer et faire rebondir l'action.

Docteur abuse.
Nicolas Bouchaud, dans le personnage insurgé, énervé, à fleur de peau comme dans un manifeste de l'insurrection, du soulèvement fait mouche et emballe son public. Du "chemin de table" aux lustres , il veille à l'absurdité des situations, frénétique, vocalement engagé dans une rage constante. "Le savoir est triste": égayons-le de comportements anarchiques et salvateurs!
Tant de verve, de présence rehaussée par des propos remis au gout du jour sont opérationnelle et Sivadier signe ici un spectacle passionnant, tendu, violent, irrévocable satyre des pratiques politiques et journalistiques. Existe-t-il une déontologie professionnelle sans pression ni dessous de table?Un théâtre sans démagogie qui placerait le public face à ses responsabilités d'auditeur, d'acteur résonant à ces propos et attitudes extrêmes...
Un opus décapant qui met la rage et soulève les tapis de leur poussières et mensonges ...
Un ennemi du peuple traqué, bête en révolte sous les diatribes et feux de la rampe!

Jean-François Sivadier est metteur en scène de théâtre et d’opéra, auteur et acteur − il était dans le Groupe 24 de l’École du TNS, section Jeu. Ses pièces sont publiées aux éditions Les Solitaires Intempestifs. Les spectateurs strasbourgeois ont pu voir ses mises en scène de La Mort de Danton de Büchner en 2005, Le Roi Lear de Shakespeare en 2007, Le Misanthrope et Dom Juan de Molière, en 2014 et 2017.

Au TNS jusqu'au 20 Décembre


mardi 10 décembre 2019

"No-mad(e) : Marino Vanna de No-Ma: nomad's land ! Glissement progressif de la danse...


Porté par son riche parcours d’interprète, Marino Vanna a développé une danse intégrant de multiples styles. Une diversité qui prend racine au croisement de différentes cultures. En solo, il crée sa première pièce. Une poétique invitation au voyage entre fiction et autobiographie. No-Mad(e), lu en français, cela sonne comme « nomade » et le solo de Marino Vanna, avec sa danse fluide, ne se prive pas de créer de nouveaux paysage en jouant avec les multiples déclinaisons de ce titre à tiroir. "No mad" en anglais, cela signifie « pas fou ». Mais ne l’est-on pas lorsque l’on s’aventure dans une première création ? Et pourquoi pas "No made", qui suggère, toujours du côté de la lange anglaise, quelque chose qui n’est pas fait. Et par association, certains concepts, un peu comme dans les arts plastiques, les « ready made » à la Duchamp. Le solo de Marino Vanna déplie sa propre lande, un espace ouvert pour questionner le et les sens. Sensibles, vifs, délicats, ses gestes cultivent la spontanéité et l’art de la rencontre. La démarche du jeune chorégraphe témoigne d’une certaine idée de la danse qui ne se réduit pas à l’esthétique, la forme ou le concept. Marino Vanna privilégie l’imaginaire du mouvement, la danse comme ouverture aux autres, au monde.

Et si la danse était nomade?
Et si ce frêle corps tapi dans le noir qui nous attend, allait de son tapis blanc nous ensorceler et nous conduire dans sa transe dans des transports en commun inédits?
Dans un rayon-diagonal de lumière, comme aspiré, enfermé  dans des sonorités cavernicoles insolites, il se meut lentement et son ombre s'étire, le double. Il caresse, sculpte l'air, l'éther et dans des ondulations de bras et de mains gracieuses, se fige, s'arrête , stoppe son flux de mouvements évanescents. Il déroule ses formes, structure son espace en mouvements successifs, interrompus, hachés, brisés, savamment décomposés en fractures et découpes.Segments et découpages qui s'accélèrent, s'entrechoquent.Comme stroboscopiques.Ses gestes répétitifs, obsessionnels, angulaires repris, recommencés sur l'ouvrage de son corps, métier à tisser un vocabulaire, une grammaire propres à lui.
 Des ouvertures, des glissements lui font prendre, posséder l'espace, le dos sculptural en poupe, modelé.
Dans un manège tournoyant, de la périphérie au noyau central, un mouvement giratoire s’insuffle, se dessine: derviche éperdu sur son axe  en transe, en état de possession, d’envoûtement.
Des tourbillons de sons l'aspirent, il expire, moteur enragé dans un vertige visuel impressionnant.L'épuisement gagne le danseur, la perte, la dépense physique est fascinante et opératoire!
 La fatigue le couche au sol dont il se fait un tremplin pour des évolutions graphiques proches du hip-hop ou de la capoeira. Très faune ou félin, de profil sur cette musique aérienne, possessive. Il nous regarde, interrogateur puis sur une touche de musique électro-acoustique, reprend énergie, se déploie, se donne et se révèle avec un bel inventaire, une grammaire gestuelle très personnelle, vrillée, torsadée.
 Dans des saccades, secousses tétaniques il marche en diagonale, tremblant, vibrant, tétanisé, en proie au delirium tremens: nerveux, spasmodique être humain, contaminé par la paralysie dans un état de folie contagieuse. Puis il se dissout, disparaît, haletant, épuisé...
La pièce, fort bien construite, en crescendo dramatique et émotionnel est un début de chapitre d'une épopée chorégraphique naissante.
Un solo pour s'affranchir des apprentissages, pour se libérer des contraintes, pour rencontrer son altérité dansante, son savoir être danseur de tous les pores de la peau qui transpire , émet des signaux éperdus de force et de fragilité mêlées.
Made in Marino Vanna, taillée sur mesure et pièce unique rare.

A Pôle Sud jusqu'au 11 Décembre


samedi 7 décembre 2019

"Autour du domaine":du fil à retordre !

MARION COLLÉ
COLLECTIF PORTE27
 FRANCE

Librement inspiré du recueil Du domaine d’un recueil de poésie de Guillevic, le domaine dans lequel évoluent Marion Collé et Chloé Moura est habité, vivant, peuplé de présences et d’obstacles invisibles. Le duo de circassiennes parcourt cet espace sur deux fils de fer tendus, dans un jeu de clair-obscur et d’impressions sonores. Ce spectacle-poème se vit comme un paysage mouvant, une expérimentation de l’instant présent où le pas d’après peut-être celui où tout peut basculer. À rebours de l’habituelle quête de virtuosité et de grandes sensations, les fildeféristes œuvrent ici dans la lenteur, jouant du déséquilibre pour mieux laisser place à la poésie qui s’égrène. Ici, point de bras en croix, ni de regard pointant l’horizon en quête de perfection, d’allers-retours au-dessus du vide. Épaules contre épaules, leurs pas entrelacés dessinent un rapport singulier au monde, des arabesques formant tour à tour un désir d’éternité qui fuit et l’état de grâce qui les anime. Enroulées autour de cet axe suspendu, un horizon entre un dessous et un dessus, leur corps à corps trace un ressenti tout entier tendu vers l’instant présent : celui où naissent l’image et les sentiments.
Sans fil à retordre, les voici s'évaporant dans l'air, l'éther mais avec les deux pieds sur le fil tendu de leurs rêves d'apesanteur. Mesdames rêvent et voluptueuses se lovent entre les lignes horizontales de leur ciel dans la pénombre, le noir bordé de lumière rasante. "Le vent se cherche des porte-paroles" sur cette partition à deux lignes où leurs deux corps sonnent comme des notes de musiques tracées, des blanches et des noires pointées, des rondes ou des croches qui s'accrochent à la ligne et font une syntaxe chorégraphique diluvienne.La composition musicale et corporelle est comme une correspondance fébrile aux pas froissés sur la corde; danseuses de corde, sur le fil à linge, les voici chauve-souris ou nageuses qui plongent à rebours dans le grand bain du déséquilibre. Et pourtant leur hardiesse n'a de cesse, virtuose sans l'avouer, maîtrisant parfaitement l'art de se mouvoir autour d'une frontière, une lisière dans l'espace: ces deux fils tendus qui sont leur tarmac d'adoption, leur escalator circassien, leur tapis volant infime fait d'un seul fil sur la trame et la chaine du métier à tisser l'espace vibrant. .Deux sirènes dans l'eau delà, deux nageuses de l'éphémère en proie à la matière éolienne.
Deux corps sculpturaux, magnifiés par la lumière qui les révèle, les observe dans le noir, les trahit sur fond d'images mouvantes de paysages fluctuants.
Belle et large envergure des dos qui se montrent dans une danse sous marine, au ralenti toujours comme empêchée, entravée par la force résistante de l'éther. Le liquide , la fluidité de leurs gestes, suspendus, leurs quatre pieds qui s'avancent de concert , leurs élans joyeux d'enfants qui se risquent au danger, c'est cela la réussite de ce spectacle hybride, avec ces deux personnages dégenrés qui s'entrecroisent avec les cordes de la contrebasse , avec les chants d'oiseaux, les bruits de la nuit. Chauve-souris en éveil, suspendues, puis en contact étroit , peau sur peau dans l'air ou en trompe l'oeil, défiant les lois de la pesanteur. Les axes sont horizontaux dans ce monde où la ligne bleue de la mer est niveau d'architecte qui sonde le déséquilibre et tente de le rétablir. Ici, c'est indisciplinaire et  les arts, disciplines, se chevauchent; au sol, la danse est sensuelle, reptation terrestre alors que dans les airs sifflote une mélodie de légèreté .Funambule avec son archet, balancier oscillant comme un bras allongé, prolongation du corps chancelant, la danseuse, danse.
Au clair de lune dans une atmosphère onirique, sculptant le noir, elle vagabonde toujours fébrile sur la corde raide. Moment magique où tout se dérobe et ravit.De la dentelle noire en images découpées sur fond de corps qui se meut lentement, toujours dans une dynamique dosée, réfléchie, recueillie Les icones sont sacrées et invitent à l'écoute, au respect du temps qui s'écoule lentement sur ces deux corps fascinants.
"La nuit creuse la nuit", "L'eau dans le noir;dormant pour tous"...
"Il y a surcharge, indique le peson porteur du domaine" : en echo aux lignes indéterminées de Guillevic, la danse est suspendue, altière, fière et modeste à la fois. Il n'y a pas "surcharge" dans cette belle évocation de la poésie calligraphiée de Guillevic, mais evanescence et éphéméride, aspiration et chancelance comme le tableau de Max Ernst "La femme chancelante"...Extension du domaine de la lutte avec l'air de rien n'y voir !

Au TJP jusqu'au 7 Décembre
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Créé en 2008, le Collectif Porte27 réunit dans le Grand Est un noyau dur d’une quinzaine d’artistes autour de Marion Collé (fildefériste et autrice) et de Vasil Tasevski (artiste de cirque et photographe). Le cœur du projet est de permettre à chacun de développer un langage qui lui soit propre et d’en faire écho, mêlant cirque, théâtre, arts vidéo, arts plastiques ou encore musique. Élève d’Isabelle Brisset et de Manolo Dos Santos, Marion Collé a complété sa formation circassienne au Centre national des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne. Elle a notamment travaillé avec Guy Alloucherie et Élise Vigneron. Elle publie aussi de la poésie quand elle n’écrit pas pour le cirque. Créé en 2015, Autour du domaine fut lauréat de CircusNext en 2014, programme européen qui vise à repérer et accompagner les auteurs émergents de cirque contemporain. Porte27 est associé au Centre Pablo Picasso à Homécourt et à Cirk’Eole à Montigny-lès-Metz sur les trois prochaines saisons.

"Couturiers de la danse" au CNCS de Moulins!



Dès l’entrée, le ton est donné. Le visiteur évolue sous des volutes de papier évoquant avec finesse et légèreté le dessous de tutus comme suspendus et découvre de somptueux costumes d’Hervé Léger pour "Rythme de Valse" chorégraphié par Roland Petit à l’Opéra de Paris.
À l’étage sous l’intitulé Formes, les premières vitrines mettent en lumière le travail des couturiers sur les formes. Les pièces présentées ici se jouent des formes créant de singulières silhouettes. Une danse au-delà de l’abstraction. Isadora Duncan en son temps, dévoila beaucoup de sa danse et d’elle-même dans ses tuniques flottantes hommage à la Grèce Antique. Nijinski lui, choquait le public avec ses collants moulants dans son "Après-midi d’un Faune", subtilement provoquant.
Avec le thème Seconde peau, les salles suivantes dévoilent les dessous de la danse : justaucorps, collants précieux, trompe l’oeil, transparence étudiée ; ou quand le costume devient seconde peau pour sublimer les lignes et les courbes. Les modèles surprenants de Balmain, Givenchy, On aura tout vu, Adeline André ou Christian Lacroix proposent un voyage au pays du corps.
La troisième partie de l’exposition s’intéresse aux réinterprétations des classiques tutu, corset et autre marinière issues notamment des ateliers des Ballets de Monte-Carlo ou de l’Opéra de Paris. Un clin d’oeil à l’histoire du costume et de la danse magnifiée par Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent, Sylvie Skinazi, Jean Paul Gaultier ou Christian Lacroix.
Ce sont ensuite les matières qui se révèlent dans un quatrième thème. La danse est un formidable terrain d’expérimentation. Avec elle, le costume ose l‘innovation. Le visiteur plonge ici dans les recherches de créateurs comme Iris van Herpen ou Hussein Chalayan depuis les choix des tissus jusqu’aux coupes des costumes. Hussein Chalayan a travaillé les découpes, les plis, les coutures du costume de scène avec un génie sensible. Coco Chanel est la première à avoir habillé de jersey les danseurs des Ballets russes pour la pièce "Le Train Bleu". Dans cet hommage au sport, la matière est libre de jouer. Mademoiselle Chanel est l’invitée d’exception de ces vitrines.
Enfin l’exposition s’achève par un « coup de théâtre » avec un duo unique tant par sa richesse que sa longévité. La collaboration entre Maurice Béjart et Gianni Versace s’étend sur une dizaine de ballets, elle reste à ce jour l’une des plus célèbres. Le visiteur pourra retrouver quelques-uns des grands rôles magnifiés par Béjart dans des pièces comme "Pyramide - El Nour" ou "Souvenirs de Leningrad". Sans oublier la fameuse robe créée par Versace pour Sylvie Guillem dans le ballet "Sissi l’impératrice anarchiste". Couturiers de la danse est un hommage à la danse sous toutes ses… coutures.

vendredi 6 décembre 2019

Studio Danse n° 11 : olé !


Julie, Luce et Alia ne savent plus où donner de la tête entre leurs cours au collège et leur passion dévorante de la danse… D’autant plus que les histoires d’amour et de garçons prennent de plus en plus de place dans leurs vies. Alors qu’Alia a un nouveau copain, les trois amies partent en stage de flamenco à Séville, en Espagne, en compagnie de Mary, leur fantasque prof de modern jazz. Olé !

"Anna Pavlova, l'incomparable" de Martine Planells


Rudolf Noureev disait que son danseur préféré était une danseuse : Anna Pavlova. Née à Saint-Pétersbourg en 1881, Anna Pavlova est une icône de la danse classique, une étoile envers laquelle chaque danseuse tourne son regard pour atteindre la perfection. Dotée d'un physique qui ne correspond pas aux normes de la fin du XIXème siècle - trop maigre, trop fragile -, Anna transforme cette faiblesse en point fort.
Sur la scène du Mariinsky, à Saint-Pétersbourg, elle transcende la technique. Dans Giselle Anna se sert de sa fragilité pour devenir un être éthéré ; dans la Bayadère sa mince silhouette lui permet d'être une Nikiya troublante et envoûtante. Mais Anna est surtout Le Cygne - un solo que son ami Mikhaïl Fokine a créé pour elle. Elle le dansera des centaines de fois et même avec ses mains jusque sur son lit de mort.
Anna quitte le Ballet Impérial pour s'installer à Londres : elle est convaincue que la danse classique doit être portée dans le monde entier afin que chaque personne en découvre la beauté. Dans ce livre, à côté du parcours professionnel d'Anna Pavlova, l'auteur retrace aussi sa vie personnelle. En partant du Portrait d'Anna Pavlova peint par Alexandre Iacovleff, on découvre la liaison passionnée qui a uni les deux artistes pendant neuf ans.
Une vie fascinante, faite de voyages et d'amours partout dans le monde, qui se termine dans une chambre de l'Hôtel des Indes à La Haye. La riche iconographie présentée dans le livre et la minutieuse documentation tirée du Fonds Pavlova de la Bibliothèque-Musée de l'Opéra de Paris, font de cette ouvrage une biographie unique en son genre.

"Danse" pop-up de Gérard Lo Monaco et Sophie Van der Linden


Un superbe petit album pop op sur Degas !
Si on l'a surnommé le peintre du mouvement, c'est parce qu'Edgar Degas (1834-1917) a capté la grâce, l'expressivité et la vivacité des jeunes danseuses de l'Opéra, jusqu'à saisir, d'un trait ou de quelques taches de couleur, l'essence même de la danse.

mardi 3 décembre 2019

Sucre-"An ice cream for a nice crime": le cream politique parfait : sucrer les fraises !


Abdoulaye Trésor Konaté / Cie ATeKa

Sucre - an ice cream for a nice crime

France, Côte d'Ivoire / 1 danseur + 1 musicien + 1 comédien / 55'
Création / Coproduction POLE-SUD, CDCN
"Une même scène et trois partitions différentes pour la danse, le théâtre et la musique. Sucre, la nouvelle création d’Abdoulaye Trésor Konaté officie entre gestes et mots, silence et sonorités, au plus près des corps et d’une matière, le sucre. Un propos doux-amer finement décliné en multiples nuances. Après son solo Humming-Bird / Colibri et le duo Rien à aborder créé avec Myriam Soulanges, Abdoulaye Trésor Konaté engage un autre type de travail où se mêlent texte et musique, théâtre et danse. Le propos fédérateur de cette nouvelle création est une matière, a priori faite de blancheur et de douceur : le sucre. Le chorégraphe et ses complices artistiques ont pris le sujet à bras le corps pour en embrasser toutes les misères et les grandeurs. Le sucre et ses qualités, couleurs, attributs, son histoire sur fond de colonisation et d’esclavage et jusque dans ses représentations contemporaines, s’emparent de la scène, hantent les corps. Un même esprit, aussi décalé que le sous-titre de cette création An Ice Cream for a nice Crime – (littéralement : « une crème glacée pour un joli crime ») – se diffuse sur scène où les interprètes évoluent sous la blancheur des lumières. Il fait écho aux préoccupations du chorégraphe qui puise dans ce qui divise ou rapproche pour interroger notre relation aux autres cultures, à la mémoire et à l’avenir."

On se sucre au passage
Le plateau est occupé par un petit tas, à priori de "sable", les cintres supportent quelques objets hétéroclites greffés à des branches...Paysage plastique qui va s'animer des présences de trois conteurs, diseurs de bonne aventure ou de mauvaises nouvelles du monde.L'un des protagoniste aspire le son d'un micro, l'autre verse cette matière quasi granitique encore non identifiée. Leurs costumes à caractère médiéval, fraise, collerette et chemises bouffantes en feraient des personnages historiques princiers...."Raffinés" au langage gestuel très châtié. C'est ce qui se révélera être du sucre blond comme dans un sablier, une gravière où sablière qui sera la matière plastique du spectacle. Très picturale, la pièce s'achemine lentement vers la danse, valse à trois piliers, chaussettes et chemises voltigeant, ou lutte, combat, mêlée solidaire.
Les projecteurs de côté, comme des colonnes cinétiques de Schoffer, accueillent une danse chamanique autour du tas de sucre, terril, monticule,qui devient édredon et coussin pour une tête enfouie.

Caramel blond
Des empreintes de sucre cristallisé, cristal de roche, ou sucre-glace se dessinent sur le visage de l'opprimé, esclave des cultures de canne à sucre...On se sucre au passage dans la semoule ! Les yeux hagards comme possédé par un esprit aliénateur, l'un des trois hommes vacille, hypnotisé.  Le cercle magique de sucre devient piste pour ces "bonnets rouges" que menace un arbre, une longue branche de bambou suspendue au dessus de leurs têtes. Arbre à canne-came- à sucre bordé de néons, arte povera à la Zorio, en déséquilibre précaire. L'un des travailleurs chevronné du sucre revêt un manteau de parade, costume, uniforme de l'oppresseur, riche propriétaire terrien, exploiteur, marchand mondialiste, colon ou autre saboteur, sabordeur de liberté. La mus opère en lambeau de chemise blanche à terre, l'animal se réveille et danse...En onomatopées diverses et improbables, il éructe sons et digressions variés.
Le "méchant nègre" sommeille, sur fond de batterie électronique. Un beau duo complice de clown Chocolat, Auguste noir et blanc, ou bonhomme Banania en suggestion.Le grotesque s'installe, férocement opératoire et un discours à propos du commerce de cette denrée, or en barre, s'emballe.Richesse, profit, pour "casser du sucre" sur l'autre, comme ces "pâtissiers" de la honte, faiseurs d’esbroufe, de travestissement. L'aliénation par le travail est à l'ordre du jour verbal, alors que la danse délivre dans un magnifique solo, les affres du pouvoir: auprès du délire de l'un, de la chute de l'autre, le vainqueur se déploie largement, tournoyant, expressif, extatique, bras ouverts, séduisante parodie de dans classique frétillante, cygne dans son costume qui voltige; déséquilibré, toujours, déroutant, puis vaincu se jette dans le sucre, la tête la première, faisant l'autruche....

Festival des cannes à sucre!
Puis la scénographie signée Ikyheon Park (voir l'édicule du quai faubourg de pierre) prend le relais: la tige de canne à sucre, bordée de néons descend des cintres ; un violoncelle, enregistré, ponctue les gestes dans une ambiance de suspens. Encore un discours politique à deux, en écho, qui se chevauche dans l'espace et devient inaudible.La tige devient chemin de lumière, puis se divise se déconstruit en quatre plantations, la lumière comme une salamandre sur la crème brûlée , sucrée.Comme des lampes de sourciers, les perches, mi arbre- mi baguette de magicien, sont les torches "frontales" de ces chercheurs d'or, orpailleurs de sucre d'orge!Planète sucre au programme de ce show très imagé, manifeste politique et poétique . Penone, sculpteur des arbres momifiés, veille sur cette fable écologique où se joue dans une ronde torsadée, le sort de la planète : les alertes, en cabanes à trois mas, clignotent au final comme une alerte, un message à décrypter, une lueur de phare à suivre.

Raffinerie: sucre blanc, sucre de couleurs !
"Raffiné" cet opus sur la can-canne à sucre , séduit et fait mouche, les couleurs au cœur du discours plastique opératoire: "united colors of brown sugar" pour credo ou alibi.
La danse y est précieuse et ambassadrice de bien des dénonciations comme à son habitude !

A Pole Sud les 3 et 4 Décembre  



dimanche 1 décembre 2019

Terry Riley : tel père, tel fils !


Terry Riley, précurseur du new age et de l'ambiant, ensorcelle les plus grands musiciens depuis le milieu des années 60 : le Velvet Underground ont intégré ses boucles musicales dans ses chansons, le compositeur et arrangeur Brian Eno s'est inspiré du son de ses claviers atmosphériques.
Soft Machine lui a consacré un album, Kraftwerk et le mouvement space rock allemand lui ont emprunté sa radicalité. Enfin, les Who lui dédient l'un de leur titre Baba O'Riley qui débute avec l'une des plus célèbres compositions de ce chaman de la transe. Cette fois accompagné de son fils Gyan Riley, le compositeur proposera tout un programme : un mélange de structures complexes, souvent improvisées, contenant des éléments de minimalisme, de jazz, de ragtime, et de raga du nord de l'Inde. Une association d'inspirations et de textures musicales dans la lignée de sa carrière prolifique et protéiforme

A la Chapelle des Trinitaires, espace musical du réseau "cité musicale" à Metz, le public semble impatient de retrouver ce "pape" du jazz, 83 ans, cheveux et longe barbe blanche, coiffé d'un bonnet singulier. En lever de rideau un adepte de la musique en boucle, jeune compositeur et manipulateur de console, David Chalmin, pour une ambiance répétitive et envoûtante, truffée de vibrations hypnotisantes....

Il est au piano, Terry Riley, la main alerte, le rythme au bout des doigts, vif et insurgé de la texture musicale protéiforme, inspiré de culture et de contrées éloignées. Beau tableau que le père et le fils, guitare acoustique rivée au corps. Duo, duel de complices de longue date qui se forge ici des accents conjugués, en harmonie, même dans les moments d'improvisations engagés par une inventivité à tout rompre!
Belle ambiance partagée pour ces retrouvailles avec cet orpailleur de sonorités recherchées, filtrées, tamisées par son interprétation toute singulière et attachante; son grand âge dépassant toutes les conformités, toutes les audaces et se jouant des embûches ou obstacles à la bienséance musicale.
Un petit instrument surgit au final, sorte de guitare miniature esthétiquement remarquable: un quasi jouet pour virtuose !
Une soirée mémorable, pleine de charme, de densité, d'émotion musicale! Pas de nostalgie mais bien de la réalité musicale contemporaine pour ce virtuose du minimalisme forgé par la performance et l'inventivité débordante!

A la Chapelle des Trinitaires en coproduction avec l'Arsenal et la cité musicale le 29 Novembre


"Le marteau et la faucille" : le maitre et l'enclume !


"En 2018, Julien Gosselin, lecteur passionné, a entrepris un remarquable et colossal travail de transposition scénique de l'univers romanesque de Don DeLillo. La première réalisation en a été la trilogie Joueurs/Mao II/Les Noms au Festival d'Avignon, avant L'Homme qui tombe avec l'ITA-Ensemble, la compagnie d'Ivo van Hove à Amsterdam.
Puis il a repris l'adaptation d'une étrange nouvelle déjà abordée dans le cadre de la trilogie. Ce texte s'intitule Le Marteau et la Faucille et constitue l'un des écrits les plus récents de Don DeLillo, inspiré par la crise financière de 2007. Son action se situe dans une prison pour délinquants en col blanc. Elle narre un réel totalement affolé. Des enfants présentent un programme d'informations économiques où les mots sont vidés de leur sens. Un détenu purge une peine de 720 ans de réclusion pour avoir construit un montage financier qui a causé la chute de deux gouvernements et la faillite de trois multinationales.
C'est ce monde, où plus rien n'a de sens et où le grotesque fait loi, que Julien Gosselin a décidé de convoquer sur le plateau. Il met en scène Joseph Drouet, comédien aussi sobre que magistral. Ce dernier endosse le rôle du narrateur du Marteau et la Faucille, mais aussi toutes les autres voix de la nouvelle. Il nous entraîne dans un tourbillon qui fait écho à l'absurdité, à l'irrationnel et à l'angoisse profonde dont DeLillo revêt notre monde contemporain, que peuvent secouer des catastrophes opaques et indéchiffrables."

La scène est occupée sobrement per une chaise, un micro et un écran blanc en fond de plateau.
Il apparaît, cet homme en costume cravate, profil manager...Son visage sera rapidement dédoublé à l'écran, surdimentionné, tout en rouge flamboyant, rayonnant, étrange On n'aura de cesse  de scruter ce visage, très expressif, plein de petites manies, de tics recherchés, qui dérangent et façonnent au départ un personnage meurtri, préoccupé, quelque part insurgé, instable Assis, les manches retroussées, c'est un homme perturbé qui se donne à voir dans un simple appareil qui trahit pourtant tout ce qu'il traverse d'émotions, de doutes Et de plus des changements de timbres de voix, de rythme de diction et d'élocution viennent perturber le champ d'écoute et le regard. Il est multiple, devient fillette et d'autres êtres gravitant dans sa sphère intranquille. Une heure durant le comédien incarne, distille ces textes furieux, visuels, incantatoires et révèle la densité des propos, leur musicalité. Corps engagé, visage gigantesque tableau, portrait qui ne ment pas et dévoile toutes les nuances et subtilités du jeu !Joseph Drouet à lui seul performeur, conteur, aux prises avec des propos multiples issus de sources diverses, avec brio, jouant sur la corde des dissonances des tonalités vocales, des scansions, de la syntaxe complexe.Il se joue des obstacles, vire à 180 ° dans les rôles qui se succèdent, fait l'homme orchestre ou caméléon: magistrale performance sur le fil, funambule sans filet...Bordé par une musique aux variations électroniques ascendantes, il se bat, chevauche la tonalité extérieure qui se rit du volume sonore de sa voix, escalade les rythmes à contrepoint et combat ce fatras musical avec obstination et pugnacité ! Son atelier de forgeron, sa voix et son instrument corporel comme outil de prédilection, sur l'enclume de son établi! Du bel ouvrage pour ce marteau, avec son maitre !

Au CCAM de Vandoeuvre le 30 Novembre 

"se mettre dans la peau de quelqu'un" : habiter, endosser le monde et s'en vêtir !!


patrick meyer – dimossios
ergasia : 
textes - lecture
emmanuelle konstantinidis : danse
louis michel marion : contrebasse



Une expérience de poésie opérative

Textes :
christine orizzonti : inventaire
anna magdalena compleano : fig leaf -

marcus dive :questions pour le rite des petits riens - 
van thi than : la recension des morts 
élisabeth errigal : petite cérémonie -
eliot irgendwo : géographie - 

bmw / berislav mitrofan wyschnegradsky : spamfighter - 
calool sha : estomac
costumes : léa schüttelbirne 

vidéo : ingeborg bîra

Changer de peau
C'est au MAMCS que se termine le cycle de quatre performances singulières, signées conjointement par Patrick Meyer, poète plasticien et Emmanuelle Konstantinidis, danseuse performeuse  De toute sa peau elle va irradier les séquences qui vont s'enchainer au coeur de l'architecture, des salles et espaces communs du musée. Les oeuvres, parfois en écho, parfois pas du tout; mais là n'est pas le propos. Lui, verbalise, éructe, psalmodie textes et poèmes, joue avec les mots, les sonorités et les opportunités acoustiques. Chaque étape, chaque pause ou station de ce chemin de croix jubilatoire se ponctuent d'attitudes, postures ou poses du récitant, conteur animé des plus nobles intentions et attentions au regard de la danseuse qui s'immisce, discrète dans ce paysage textuel et sonore, plastique et architectural. L' "Inventaire" en amuse bouche, mise en bouche d'une atmosphère légère, le public réuni nombreux autour de ce quatuor , performeurs et musicien,niché au fond de la grande nef du musée parmi des installations plasticiennes , tente de nomade ou abris de SDF des loques de vêtements jonchant le sol...Elle apparaît, silhouette gracile et précieuse, semblant doubler ou contredire, contrecarrer les paroles de cet escogriffe en veste et marcel blanc, travailleur du verbe, colporteur d'images sonores, de sensations poétiques.Elle danseuse, statuaire plastiquement parfaite, corps lisse, modelé,les muscles galbés, le costume seyant, juste au corps moulant, dévoilant des formes sculpturales idéales. Un corps émouvant au regard de la banalité de celui qui s'exprime, les yeux grands ouverts, haranguant la foule, tenant en haleine comme un bateleur l'écoute de la masse compacte vivante réunie autour d'eux.Scène remarquable dans le champ muséal consacré à  Hans Arp où le comédien continue sa causerie, alors que la danseuse, à l'extérieur du musée, se colle à la vitre, déformant son visage, devenant une autre en se sculptant d'autres formes molles qui se répandent sur le vitrage! Au dehors des visiteurs intrigués s'arrêtent, s'interrogent; au dedans on vibre avec cette femme qui danse la transformation, l'inversion des genres, trans-mutante, se métamorphosant en miroir déformant....Etre dans la peau de quelqu'un d'autre en se dépassant !Puis c'est la montée au ciel par l'escalator et la naissance de la rencontre entre danse et poésie: elle s'accroche à la rembarre de la passerelle qui orne la nef, prend ses appuis sur le corps de l'autre qui résiste ou se rend : duo de chair et de mots, de contact et de frôlement de peaux: peau sur peau, érotisme discret et volupté garantis. Sensuelle, Emmanuelle n'a rien d'un ange et séduit, contourne son corps, l'enveloppe, le conquiert: je t'ai dans la peau !
On voyage avec eux, suivant le guide qui brandit un petit ours en peluche rose brodé de ce mot magique "peau", objet transitionnel qui ne le quittera pas! La peau de l'autre, la peau du monde, celle de la danseuse, de ses pores qui exhalent le souffle, l'eau et la vie, la transpiration, comme chez Jan Fabre....Je suis peau, je suis acteur de cette cérémonie aux accents paiens, détournés, inversés, dégenrés. Lui en peau d'ours, elle en nuisette à la Pina Bausch, ou en short sexy pour une danse délicieuse, exotique au sein d'une salle étroite du musée. Dans l'oeuvre installée comme une cabane bardée de chaines, de cliquetis et autres barriques de bière, elle fait office de cariatide, alors que les trois autres compères opèrent une danse agitée. On les suit vaillamment dans une ambiance festive de cavalcade, de défilé carnavalesque au sein d'une institution sérieuse! Danse et verbe pas sages du tout, passages dans l'espace qui résonne avec les socles des installations, le phylactère déroulé de photographies caressées par la femme qui danse à travers ce monde imaginaire, rehaussé par la présence des oeuvres. Comme un léporello qui s'ouvre à l'infini et trace un chemin de l'âne, juste pour le plaisir d'aller là où l'on veut!
Belle prestation inventive où même Barack Obama s'illustre par son incongruité singulière et s'invite démultiplié par des masques confiés aux spectateurs!
C'est drôle et décalé, surprenant et désopilant.La danse toujours fluide et présente.
Vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué !
Cette peau dans laquelle chacun voudrait se glisser pour être un autre est bel et bien au centre du questionnement: alors pourquoi ne pas clore ces chapitres par un petit bal perdu sur la cursive du musée, chacun invité à se mouvoir tout près, proche d'un autre!
Se glisser dans la peau d'un autre, expérimenter l'impossible, rêver d'être à leur place, ici et maintenant, dans la grâce et la félicité de la danse, dans la rudesse des textes, dans la bouche et sur les lèvres du conteur récitant: être pour de bon, une fois "dans la peau de quelqu'un d'autre" !

Au MAMCS le 1 Décembre

vendredi 29 novembre 2019

"Vents contraires" : avis de tempête, force 6 ! Mistral gagnant !


Vents contraires saisit cinq femmes et un homme au moment où leur vie intime bascule dans l’incertitude. Ruptures, rencontres, amours mourantes, amours naissantes : que révèle de notre société le tourbillon du désir dans lequel sont pris les personnages ? L’auteur et metteur en scène Jean-René Lemoine les capte dans leur incandescence, dans leur quête d’amour, de liberté et de sens. Il revendique une écriture qui témoigne des contradictions humaines, où le trivial côtoie le désir d’élévation, le tragique côtoie le comique. Dans le vertige d’un monde gouverné par « l’avoir », que signifie aimer ?
Anne Alvaro, Océane Caïraty, Marie-Laure Crochant, Alex Descas, Norah Krief, Nathalie Richard

Avis de tempête !
Tout s’enchaîne dans ce décor dépouillée, noir, aux seuls reflets d'une vitre miroitante en fond de scène.
Un couple s'étripe, se harcèle, la femme, désespérée, inventoriant tous les actes quotidiens d'une routine qui l'enferme, la séquestre lourdement. Un corps à corps, une joute verbale entre Marie -Nathalie Richard- et Rodolphe -Alex Descas- qui se termine par une chute provoquée, une agression faite à l'homme par la femme...
On suivra ces personnages tout au long de la pièce, d'autres venant s'y adjoindre, seul ou par couple , le grand "dégenrement" opérant, êtres humains malmenés par leurs situation respective, source de quiproquo, de désenchantement: grand dérangement d'une micro société en manque de liens, de solidarité, d"'écoute.Tous semblent en proie à l'isolement, même si se tissent des histoires, se trament des événements qui les rapprochent. Une mystérieuse et envoûtante femme, Anne Alvaro, traque son gibier au restaurant, incarnant attitudes, postures et verbe empruntés à une réalité "bourgeoise-Bohême.
Les saynètes s’enchaînent, quelques "spot" dansés en entremets, interludes brefs et attestant d'un "bougé" éloquent de la part de chacun, Belle envergure de Rodolphe ou de Salomé-Océane Cairaty-stature imposante de plasticité esthétique, vivante incarnation du charme, du désir, de la tentation amoureuse.La chorégraphie de Jean René Lemoine et Anatole Hussenlop réparant ces corps habités par la fougue, l'impatience, la colère. C'est les pieds rivés au sol que Camille-Marie-Laure Crochant-s'adresse à nous dans son réquisitoire contre la société et ses agents opératoires.Ils s'étripent, s'empoignent à fleur de prise, hurlent ou éructent les mots, déflagrations ou combat, duel violents et sans rémission ni pardon possible. C'est "physique" et touchant, remuant et émouvant, la distanciation de l'humour ou du comique opérant en faveur d'une véracité troublante. Les corps des comédiens, engagés dans ce rituel social démantelé qui part à la dérive....
Portrait de groupe avec focales, mise en scène sobre et efficace d'une famille recomposée au gré des disputes, rencontres, heurts et face à face.Inventaire, compilation ou succession de situations ambiguës, comme des nuages noirs qui s'accumulent et menacent de céder pluie et vent, grêle et souffles contraires. Les bourrasques et autres  manifestations de révolte comme des soulèvements physiques, mouvants, instables, déracinant les plus frêles, les plus fragiles des personnages.Vents des globes qui tourne à la routine, ventre à terre et corps résistants à cet orage et ce tonnerre , auxiliaire de rires ou de pleurs salvateurs !
La musique encadrant le tout, la danse ponctuant le rythme de cet univers tantôt comique tantôt pathétique où se révèlent les tréfonds des âmes pas toujours très bienveillantes. L'argent, les "marques" les  us et coutumes manipulant ce microcosme, allègrement! Un tapis de graines de riz viendra clore cette odyssée du bien et du mal qui chavire et tombe dans le vide: les vents ne sont pas dociles et de la brise à la tornade, il n'y a qu'un souffle....Mistral gagnant !

Au TNS jusqu'au 7 Décembre
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mercredi 27 novembre 2019

"Gare au gorille" ! Et garde à vous ! Rendez-vous avec Georges!

« Gare au Gorille »
d’après les textes des chansons de Georges Brassens
avec Christophe Feltz et Luc Schillinger (guitare et chant)

Les Mercredis du Brant saison 6
Le mercredi 27 novembre 2019 à 20h au Café Brant
11, Place de l’Université - Strasbourg 


"Pour cette nouvelle création, la compagnie Théâtre Lumière s’est immergée dans l’œuvre du grand auteur compositeur interprète Georges Brassens. « Gare au Gorille » offre une soirée en toute intimité avec l’essence même de l’artiste : son écriture ciselée et fine, sa poésie, sa vision du monde, sa tendresse, ses blessures, sa fragilité, son rapport aux femmes, son humanité et sa jubilatoire et profonde croyance en l’Amour.
L’univers de Georges Brassens a toujours accompagné les comédiens Christophe Feltz et Luc Schillinger (aussi au chant et à la guitare pour l'occasion) dans leur parcours artistique. Il fait partie de ces grandes « plumes » de la chanson française avec Boris Vian, Jacques Prévert, Serge Gainsbourg, Léo Ferré ou encore Jacques Brel.
Au cours de ce spectacle musical, vous entendrez les textes et certaines chansons de ses « incontournables » devenus cultes tels que Le Gorille, Les Passantes, Brave Margot, Les Copains d’abord, Fernande…mais vous en découvrirez aussi d’autres plus méconnus, de véritables petites perles rares et précieuses de ce grand poète qu’est Monsieur Georges Brassens."

Et c'est chose faite, salle comble pour cet hommage créatif au Géant, Gargantua ou Pantagruel de la chanson, compagnon de tous, débonnaire, sympathique complice des paumés de la vie, placide et bon enfant. Ce qu'en font les deux larrons, les bons, Feltz et Schillinger, c'est que du bon pain! De la bonne pâte!
Des copains de longue date, à tribord, à bâbord surtout, là ou l'on navigue à vue, cap sur Brassens, à bras raccourcis, à main levée! En pères peinards, veinards, les voici, généreux vagabonds de l'âme, prêcheurs de vérités, pas de renommée! Prends garde à ton jupon, car ces deux fripons malins, coquins sont "copains comme cochon"!
Et même vus en anamorphe, à travers la vitrine à gateaux du Café Brant, ils sont crédibles dans ce dispositif scénique minimal mais efficace: lumières, pupitre...
"J'ai rendez vous avec vous" pour prologue, c'est bien choisi, ça tombe à pic et ça fait mouche, une heure durant, tambour battant. Tout s’enchaîne vaillamment, brillamment, des femmes aperçues, des passantes qu'on a pas su retenir, de la claire fontaine où Luc Schillinger se révèle poète-chanteur sensible...A la guitare, comme le grand maitre. Des première filles qu'on a pris dans ses bras, pucelle ou putain, on apprend la langue de Brassens en l'écoutant comme des poèmes musicaux qui se révèlent dans tous leurs sens. Un petit garçon, très émouvant incarné par Christophe Feltz, petit morceau touchant, de bravoure et d'innocence, de jeu sobre et malin. Qui se fait tout petit devant une poupée... Et voici venir Margo et son chat et l'on éclate de rire en redécouvrant cette galerie des courtisans, tous ces "gars" du village peu vertueux mais amoureux du beau!
C'est comme des fables de La Fontaine, pleines d'enseignement, de vertus: on découvre que la horde de femmes jalouses est une révolution, un soulèvement populaire contre la sorcière au chat!
Félin pour l'autre, Feltz et son compère attisent notre curiosité, notre mémoire, et sur "les bancs publics" on imagine les "monte en l'air", la cambriole, la gaudriole: la langue est vive, acerbe et tendre, sans concession, argotique et séduisante Alors le gorille et son dépucelage devient un conte où Christophe, en rut éructe les mots, mime les attitudes farouches d'un homme en proie au désir animal!
La cane de Jeanne prend le relais, très rythmée par le chant slamé. Un petit coin de parapluie pour la route vers le paradis, et nous voilà vieux fossile cocu et jaloux, mufle devant les femmes. Le pouvoir de s'identifier à tous les personnages évoqués est irrésistible et fort bien manié. Les copains d'abord, en duo fait mouche et l'on prend tout en compte tant les mots résonnent, les histoires s’enchaînent, reliées très intelligemment par des enchaînements naturels, impalpables, logiques. Car loin d'être un catalogue, un inventaire des chansons de Brassens, cette mise en valeur des textes du chanteur mythique est fort réussie, tonique, dynamique. Histoires de fesses à confesse, irrespect, humour et canailleries au pouvoir. Ne gravons surtout pas nos noms au bas d'un parchemin, effeuillons les marguerites, soyons tous "des cons" en ayant l'air d'un "con" comme le fait si bien le comédien-conteur, amoureux de ses textes désopilants, si près, si proche de l'humaine condition. Très Poulbot, Gavroche des banlieues, gouailleur, le voilà épris de Fernande et tous les deux, ils "bandent" mais pas à part: on est dans le bain, complices et voyeurs...Des adieux prophétiques au final, un caveau de famille où l'on réclame la place aux jeunes et tout est dit....
Bravo à nos deux loustics amoureux du verbe, conteurs, chanteurs et chatouilleurs qui nous ramènent à bon port après un voyage au pays de mon coeur: à bon entendeur, salut !

Au café Brant le 27 Novembre