samedi 17 mars 2012

"Salves" de Maguy Marin: salve régina!!!

Tout semble avoir été dit au sujet de l'œuvre de Maguy Marin: pugnace créatrice de spectacles à rebondissements, griffés de véracité et d'engagement physique, poétique, politiquement très incorrect.
Sauve qui peut la danse, la vie, le cinéma, le bateau coule mais le capitaine est toujours là: il y a bien une chorégraphe à bord.Alors elle maintient le cap, de Créteil, à Rilleux la Pape et à présent marin d'eau turbulente, free-lance, balançant ses armes vers des cibles mouvantes, toujours atteintes. "Salves" est une bourrasque, une tempête, un tsunami de va et vient où les danseurs occupent le plateaux par intermittence de lumières: fondus au noir comme au cinéma, brèves séquences qui s'accumulent et provoquent suspens, écoute On est suspendu, en alerte, alarmés dans cette danse de combat, dans ce chaos apocalyptique qui se terminera en grand banquet carnavalesque où tout se brise, se macule.
Maguy Marin rentre dans la bataille, entre en état de siège et jamais ne s'affaiblit dans cette quête du juste, de l'humain. Horreur et damnation?
Nos péchés seront-ils sans rémission?
A nous de chercher où le bât blesse, où cela ferait moins mal dans notre petite existence souvent mesquine.
Encore beaucoup de travail pour fonder une utopie qui ne soit pas virtuelle, qui déménage et fait danser nos méninges, nos corps.
Politique tu nous tiens!

"Suite" de François Daireaux à La Chaufferie: "à deux mains"

La Chaufferie invite François Daireaux pour son "Work in progress" vidéo: 142 séquences de gestes répétitifs de travailleurs manuels, glanés au cours de ses nombreux séjours dans le monde!
Loin d'être un catalogue ou un inventaire, c'est à une "chorégraphie manuelle" que nous assistons, fascinés par le rythme, le tempo de ses gestes usuels.Une œuvre en mobilité constante.

Et pour mémoire le travail de la chorégraphe Pascale Oubin "Aujourd’hui à deux mains"
Aujourd'hui à deux mains
Photo : Quentin Bertoux
Le travail du geste

Depuis plusieurs années, je filme des gestes au travail, une vingtaine de « portraits-gestuels » sont à ce jour réalisés. Ce collectage des gestes au travail est en lien avec la nature de mes spectacles.
En 1987, j'ai appris la Langue des Signes Française, parole inscrite à même le corps. Au fil des créations, un processus d'écriture chorégraphique s'est mis en place, une forme d'alphabet gestuel permettant d’explorer les résonances entre texte et danse. C'est riche de cette expérience, à la frontière de la langue parlée et de la calligraphie visuelle, que j'aborde le geste dans le travail. Aujourd'hui comme hier, les métiers qui fabriquent, produisent, classent ou soignent… nécessitent des gestes précis qui sont des creusets d'humanité, des micro-histoires autant individuelles que collectives. Ils témoignent d’une activité humaine qui met en jeu à la fois une technique, une reconnaissance sociale et une valeur marchande. Ils sont une connaissance mise en forme, en forme de mains, un acte qui est en lui-même le récipient d'une pensée, d'un savoir-faire… et que l'expérience va faire briller. Ainsi, j'ai demandé à des travailleurs (artisans, soignants, pilotes d’avions…) de faire à blanc le geste qui leur est familier… c'est-à-dire sans le support de l'outil, ni celui de la matière. Effectué à blanc, lorsqu'il s'affranchit du travail pour lequel il est fait, le geste révèle des moments suspendus d'harmonie surgis de la conscience spontanée et immédiate de la personne au travail. Dépouillé de ses appuis extérieurs, il pointe le processus dynamique et l'action imaginative dans lesquels la vie se reflète pour créer. Il mobilise mémoire, sensation, intention, intuition, vécu, expérience, confiance, conscience, liberté, créativité... c'est cette part d'intériorisation, appelée dans tout acte créateur, qui émeut dans le geste du métier, lui donne sa beauté et fait apparaître son lien avec le geste dansé.
À la manière d’un archéologue qui creuse le sol, enlève la terre, gratte les poussières... j’ai regardé les gestes au travail se dessiner dans l’air, se calligraphier dans l’espace pour voir se déployer librement leur évocation émotionnelle... pour en révéler la danse.

vendredi 2 mars 2012

"Tranches de porc en commun": le tandem Gangloff/ Charras saucissonné!

Porcus Déi!!!!


Alors que Christophe Meyer fait danser les volailles sur les cartes du tout nouveau restaurant "Le coq Rico" de Westermann à Montmartre, son frère Eric fait rugir le porc pour l'affiche de l'exposition 2012 de Art et Saveurs

Au CEFPPA de Illkirch, l'exposition "Dans le cochon tout est bon" démarre le 15 Mars à 18H 15 par une performance....de Cathy Gangloff, plasticienne et designer et Geneviève Charras, charivarieuse, cancaneuse ballet yeuse.....

Quelques extraits en prime time! Frais de porc inclus!

Il va falloir trancher dans le vif !!!
Les morceaux « choisis » : épaule, côtelette et autre jambonneau en « patron » à découper se transforment en costume à danser !!!
Alors, coup de chapeau en mortadelle et bas résille saucisson seront de bon port, salut !!!!,

Que cochon m’aille !!!! Doux Jésus!

Ah, la chanson: «  Les petits boudins » et « tout est bon chez elle il n’y a rien à jeter », et les  « cochonnailles » de st jean pied de porc !

Vous êtes arrivés à bon porc ! à Porrentruy -porc en truie-en al- truie- iste, à Portzamparc, à porc querol….
A pieds de porc farcis, panés vous n'étiez pas nés!!
Waedele walala, la la la!

Bon port d’attache, beau porc de tête, c'est ni du lard ni du cochon , il y en a pour tous les gouts:
Hallal ie!! jusqu'à la lie!

"Les derniers jours de Stefan Zweig": un bal tragique par Guillaume Sorel

Une adaptation est toujours un pari risqué. Ici, du roman de Laurant Seksik paru en 2010, on découvre une version bande dessinée aux allures de film lent. Ayant lu l'original, c’est avec une légère appréhension que j’ai pris place à bord des premières planches. Réalistes, aux couleurs des terres qui attendent les Zweig, elles se dévoilent avec une sorte de langueur, propre, d’une certaine façon, à l’état d’esprit des personnages.

Stefan Zweig et sa seconde épouse, Lotte, beaucoup plus jeune que lui mais si fragile. Leur nouvel exil, loin d’une patrie qui les a rejetés, de pays étrangers qui craignent leur double identité. Juifs. Autrichiens. Le questionnement sur leur futur, sur la littérature, sur l’aura d’un homme estimé et pourtant profondément accablé d’une culpabilité de vivre alors que tant d’autres meurent. Et puis, en toile de fond, un Brésil bigarré et contrasté voire contradictoire. Les Zweig cherchent un abri, un refuge. Mais ils se sentent en danger même à l’intérieur d’eux-mêmes. L’écrivain, surtout, qui entraîne dans sa longue descente mélancolique sa jeune épouse si peu charismatique. Son amour de l’ombre. Celle avec qui il est bon de quitter ce monde, en fin de compte.

Le roman de Laurent Seksik abordait avec beaucoup d’intériorité et de sensibilité ces derniers mois de la vie du célèbre auteur. Cette bande dessinée arrive quant à elle à trouver l’accent juste pour en donner une approche en touches impressionnistes, approche dont les planches finales sont le meilleur exemple. Difficile de donner un avis détaché du roman mais il reste, à la fin de cette lecture, un soupir ému et empli de compassion face à cette histoire si simple d’un désespoir si complexe…
Page 71: une maginfique image d'insurrection!Carnavalesque, endiablée!
Et au finale, scène de bal, pages 75/76, tragédie où tout se termine: "je crois que j'ai trop bu...Tu vois que tu es le plus merveilleux des partenaires de danse" et puis rideau!

"Klezmer IV Trapèze volant": pour circassien, musicien, danseur: ça balance chez Sfar.

Après un épisode riche en coups de poings et malversations, les membres du groupe klezmer poursuivent leurs pérégrinations et semblent tous emportés par des sentiments amoureux. Vincenzo est séduit par une jeune et belle trapéziste malheureusement encombrée d'un mari tandis que Yaacov s'enhardit et veut embrasser Hava.
Ca tourne, ça virevolte toujours chez Sfar: "trois petits tours de danse et puis s'en va" page 38 et 39 tout rebondit!: "fais-moi tourner" "plus vite", "vite parce que je dois retourner travailler"
Les étreintes, le accolades vont bon train dans cet univers bigaré de voltiges, de courses contre la montre, plus vite que le temps...
C'est magnifique et troublant de densité graphique, de mouvement, de rythme.
Et quel coloriste!