vendredi 31 mai 2013

"La pluie danse aussi" avec Nougaro!


"La pluie fait des claquettes" aujourd'hui et l'on songe à Claude Nougaro!
Ce danseur-chanteur né qui fait aussi danser les planches! "Dansez sur moi" !!!
Le voilà sur scène avec presque un geste de détenteur de "barabli", n'est-ce pas Germain Müller?
Et "chantons sous la pluie" résonne aujourd'hui un peu partout!!!

Paroles de "la danse" de Nougaro

Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l´école de danse
A la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l´on apprend l´oiseau
Nous allions à l´école de danse

Face à la grande glace, petits canards patauds
Nous vivions pour le bonheur insigne
De voir nos blancs tutus reflétés par les eaux
Du lac noir où meurt La Mort du Cygne
La danse est une étoile, qu´elle est loin, qu´elle est haut
Sur les pointes on lui faisait des signes

Dans un coin du studio, le piano convolait
Hardiment vers des prouesses russes
Et le plancher des vaches de son mieux décollait
Sous nos pieds ivres de sauts de puce
La danse est une bête, la sueur est son lait
Le désir, sa coutume et ses us

Alors, chacun les bras en cœur, corps à couteaux tirés
Se tendait vers la ligne suprême
Vers les extrémités d´un ciel, d´un soleil délivré
De la nuit et de ses théorèmes
La danse est un espace où les ronds sont carrés
Où le temps, ô miracle, nous aime

Sur des rythmes d´Astaire, des tambours brésiliens
Elle danse, la Danse, elle danse
Pas par pas, bond par bond, elle brise les liens
De nos poids épris de transcendance
Paysanne est la danse, le cosmos est son grain
En sabots de satin, le balance

Petits chats, petits rats avec nos frêles os
Nous allions à l´école de danse
A la barre de chêne se pliaient les roseaux
De nos corps amoureux de cadences
La danse est une cage où l´on apprend l´oiseau
Nous allions à l´école de danse

http://www.youtube.com/watch?v=eb6nkzcQCbQ 
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jeudi 30 mai 2013

"Twin paradox": on n'achève pas les danseurs!


De Marathon en Danse, tuer le temps!Ou les amants qui s'attrapent sont éternels.

Mathilde Monnier, de retour à Strasbourg, cela se fête, s’honore.
L'an dernier, présente au conservatoire pour la reconstitution des duos emblématiques de sa jeunesse auprès de Jean-François Duroure, "Pudique acide" et "Extasis", la voici de retour avec sa dernière création (Montpellier danse 2012), "Twin Paradox": titre énigmatique....En physique, le paradoxe des jumeaux (parfois appelé paradoxe de Langevin) est un paradoxe issu d'une expérience de pensée qui semble montrer que la relativité restreinte est contradictoire. En fait, le paradoxe n'a jamais été véritablement considéré comme une difficulté par la plupart des physiciens, Albert Einstein en ayant donné une résolution en même temps qu'il le présentait en 1911. Dans les ouvrages d'enseignement, il est mis en avant pour ses vertus pédagogiques et peut être l'occasion de se livrer à des calculs précis sur la dilatation des durées.


Elle s'inspire ici d'un phénomène social des années 1920 aux USA, ces marathons de danse dont s'est inspiré au cinéma Sydney Pollack dans "On achève bien les chevaux".
On se souvient dans "Déroutes", œuvre majeure de la chorégraphe, de la marche, leitmotiv lancinant, déroutant. La figure de la marche était au cœur de l'écriture de cette œuvre, en dépliant les enjeux esthétiques, historiques, politiques et dynamiques de la pièce à partir d'un geste élémentaire.
Cher à la post-modern dance! La course serait-elle ici aussi la question existentielle, celle de la définition d'une non figure, geste transitoire qui défait les territoires, le spectaculaire, l'ordre spatial et temporaire?
Dix danseurs, une  heure et demie  durant exécutent ce "marathon" de la danse avec fougue, modération, tempérance. La musique de Luc Ferrati épouse ces notions de perte, d'épuisement, d'usure.
Elle s'écrit tout le long de la pièce avec moultes sons, bruits, murmures, souffles qui rythment et tendent un paysage sonore éclectique, riche en surprises tonales: heurts, glissements musicaux épousent les gestes et attitudes des duos de danseurs.La source du son enregistré, musique "anecdotique" se révèle sans cesse.Et pour peaufiner ce travail, celui du fidèle Olivier Renouf à la réalisation sonore de l'ensemble.Dénudée, a vif, la musique est comme une écorchée, à scruter, à décortiquer dans l'instant.
Cinq duos, tout d'abord comme deux corps enlacés qui se retiennent, se fondent lentement dans une prise tendre et sensuelle.Puis vient la séparation, l'éclatement qui se traduit par une rupture dans la verticalité, le déséquilibre, les appuis d'un corps à l'autre.Ils se tiennent, se maintiennent debout, font se lover leurs bras comme des cordes à sauter qui s'enlacent en huit, en infini.Anneaux de Moebius?
La scénographie rapelle un mur de briques tendu au sol, orange, en carrés de parterre moiré d'interstices ajourés. Un souffle magique l'anime, entre l'une des trois parties, alors que les danseurs endossent leurs vêtements, assis de dos en fond de scène.Il fait jaillir des confettis de lumière orangée, des éclats, des fragments de matière brisée, éparpillées. L'effet plastique est saisissant!
Beau travail signé Annie Tollerer, souligné par les lumières d'Eric Wurtz
Les costumes fonctionnent comme de secondes peaux, justaucorps tatoués, dessinant les contours des corps sculptés par une matière lycra scintillante. La couleur, le chatoiement est radical et joyeux. Cette peau du monde se fait et se défait, se frotte et se confronte à celle de l'autre.Costumes créées par Laurence Alquier au plus près de la gestuelle organique des corps dansants.
Du calme, nait ensuite la tempête, la course, où le sol se dérobe sous leurs pas précipités. Toujours à deux, liés, reliés
L'effort, la dépense sont en jeu dans tous ces duos mis à nu, dévoilés au sol dans cette course folle contre le temps, à contre-temps sans répit.
Ces danses d'endormis, de somnambules, d'hypnotisés par la fatigue sont l'effet des corps galvanisés par leurs adeptes, en alerte, alarmés par la possible défaillance, la capitulation possible qui n'arrive pas!


La dépression ambiante, celle d'une période de récession, va-t-elle donner au corps encore la possibilité de vaincre et d'avancer? De résister? L'union des corps en fera la force, celle des amants aimantés, attirés l'un par l'autre, comme "première forme de l'humanité".
Les duos "dansent" en accord, en a-corps jamais perdu!!
Comme des notes de musique qui s'épousent sur la partition de Ferrari qui a si bien "noter" les compositions de ces couples enlacés dans les plus beaux duos du monde.
Au Maillon ce soir là, l'attention du public se fait "entendre" et une fois de plus le festival initié par Pôle Sud, ici en complicité avec le Maillon, fait mouche. Et ce sont elles que l'on entend voler ce soir là dans la salle comble.
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mercredi 29 mai 2013

"Dites "oui" à Montpellier Danse 2013 et à Mathilde Monnier!


Laissez vous conquérir et épousez Terpsichore sans hésitation!
On insistera en ce jour de célébration du premier mariage gay à Montpellier, pour embrasser et saluer la programmation du prochain festival Montpellier Danse. Dire "oui", faire confiance aux choix de Jean-Paul Montanari, à la danse tout court dans sa force, pour "le meilleur et pour le pire" sans concession.
Plus particulièrement en mettant l'accent sur les deux créations de Mathilde Monnier reconduite pour trois ans à la direction du Centre Chorégraphique!Et dire si l'on s'en réjouit!

"Mais qu'est-ce-qui nous arrive?!?" , rencontre entre sa danse et la bande dessinée de François Olislaeger "Mathilde" et"Objets re-trouvés" questionnement intriguant: que se passe-t-il dans la tête d'un danseur?
Mathilde Monnier remue le terreau de la danse, du sens du geste et questionne l'espace: publique ou intime.Que se soit celui de la mémoire d'un danseur ou de la formation d'un Ballet, tel le Ballet de Lorraine à qui elle dédie ces "objets re-trouvés" Ce sera le 5 Juillet au Corum à Montpellier à 20H

Et pour la BD dansée ce sera les 23 et 24 Juin à Montpellier au Théâtre de l'Agora à 22H

En attendant courrez au Festival Nouvelles danse Strasbourg pour découvrir les 29 et 30 Mai à 20H30 au Maillon Wacken,"Twin Paradox" de la même Mathilde Monnier!

www.montpellierdanse.com
www.pole-sud.fr

David Rolland "testeur" participatif!


Au " Festival Nouvelles Strasbourg" danse-performance, c'est encore à une nouvelle forme expérimentale de "spectacle" que nous fûmes conviés auprès du projet "L'étranger au paradis" signé David Rolland.
On connait ce joyeux trublion d'une édition antérieure du festival, où sur la plate forme de la médiathèque Malraux, il faisait évoluer des groupes informels à l'aide de petites consignes écrites sur des carnets tenus en main par le public. Un gai bruissement de gestes, de sons, une bonne ambiance pour découvrir la joie du travail collectif dans l'espace urbain. Accessible, interactif, jubilatoire et imprévu!
Cette fois, confiance en la magie opératoire du plateau scénique où douze danseurs remettent sur le métier les fruits de la pensée du chorégraphe. De l'imprévu, de l'aléatoire à coup sur!
Ses "combines" pour mieux orienter le travail de ses interprètes, son celles d'un facteur de troubles, qui manipule les nouvelles tecnologies pour les orienter vers de nouveaux usages spaciaux et temporel.
Pour désorienter aussi les sens, la perception et la maitrise de l'immédiateté.


"UNE-SQUARE DANCE"
Sens dessus-dessous, donc pour un voyage au pays de l'étrange, au "paradis de l'étranger"!
Douze personnages entrent en scène, s’assoient, tout de noir vêtus façon tenue légère jogging matinal.
Ils vont chacun, parler, oser moults gestes, apparemment désordonnés, en écho les uns, les autres ou décalés.Ils semblent autistes, chacun pour soi dans son monde. Incommunicabilité?
Puis le groupe se forme dans la marche et la verticalité. Ils quittent leurs chaises et investissent le plateau, en ligne, sur les bords d'un tapis de danse carré,marbré de signes comme autant de détails graphiques qui vont conduire leurs pas dans un tempo hypnotique, régulier, scandé par les informatiuons audioguidées qui les scotchent à une directive stricte.
Le chorus opère, la danse démarre, pour une envolée bridée par les consignes reçues au cœur-corps de chacun. Comme autant d'informations incontournables pour le bon déroulement du spectacle.Sinon, on se plait à imaginer le chaos ou la cacophonie qui résulterait d'une impertinente désobéissance.
Pouvoir, maitrise d'un chorégraphe virtuel aux accents dictatoriaux? Mais-y-a-t-il un chorégraphe dans l'avion?
Cela pourrait se sous-entendre si la poésie et "l'imprévu" ne tenait le dessus!
Les tapis au sol se succèdent, se déroulent à l'envi: six séquences comme autant de partitions graphiques, rythmiques, colorées, pointillistes et musicales pour une composition visuelle et sonore, étonnante
Hypnotique, le rythme envoute et plonge le spectateur dans une atmosphère répétitive, lancinante, omnubilante.
Un "quart d'heure de folie" improvisé survient pour détendre l'atmosphère...
Car ils ont très peu répété, ces douze interprètes du cru, lancés dans l'aventure de la représentation l'avant-veille!
Belle performance chorégraphique et musicale, extrême concentration, les yeux rivés au sol pour suivre la notation chorégraphique signée David Rolland, Béatrice Massin et Anne de Sterck, plasticienne..
Au théâtre de Hautepierre ce soir là, toujours dans le cadre du festival Nouvelles Strasbourg, on assistait à un événement unique, dialogue d'écritures entre deux chorégraphes, une plasticienne et douze danseurs, musiciens par excellence!

dimanche 26 mai 2013

"Mérédith Monk" au MAMCS à Strasbourg: quel souffle!


Les sons du corps.
Mérédith Monk fait partie des pionniers de la danse contemporaine américaine, on l'ignore trop souvent. Partenaire des protagonistes du mouvement de la "Judson Church" auprès d' Anna Halprin, Yvonne Rainer et Trisha Brown, elle "se forme" comme danseuse à la méthode Dalcroze: la rythmique, la musique corporelle. Une approche singulière du mouvement et de la musique, très organique qui la pousse très vite à envisager  la voix, le souffle comme les fondamentaux de son art.
"La voix, le corps sont des instruments acoustiques uniques, universels qui se transportent en soi, avec soi" déclare-t-elle à l'issue de son concert exceptionnel du 25 Mai à l'auditorium du MAMCS à Strasbourg. Une rencontre unique organisée par les musées et Elecktramusic.
Le public est nombreux et semble s'être donné le mot pour cette soirée d'exception.
Elle apparait sur la petite scène, vêtue de noir et rouge, souriante, arborant ses deux jolies nattes à la "Gretschen" ou à l'indienne. Peu en importe la provenance ou l'origine: elle en est l'illustration.
Le corps est le centre du monde d'où vont sourdent les sons, les tonalités du cosmos pour un voyage musical hors frontières.D'abord seule en scène, c'est sa voix qui tisse avec sa tessiture si large et ample, les matières et toiles de sons, d'univers, de rythmes.Aucun artifice à part le micro qui amplifie ou donne de l'écho et métallise le son de sa voix, les sons de son corps gracieux, flexible. Celui d'une danseuse qui laisse parfois intervenir un geste, une allure, une attitude, une posture singulière, ponctuant le son, sans jamais l'illustrer.Des solos inédits pour l'oreille, inouïs que l'on regarde autant que l'on écoute, fasciné par ce corps robuste dont ils émanent. C'est "Juice", "Songs from the hill", des morceaux de choix des années 1969, 1977. Pas une ride à ces thèmes, ces chocs virtuoses, cette tonique tendre, malicieuse ou chaotique qui semble surgir d'une archéologie de l'avenir.


Puis elle invite à la rejoindre sur le plateau Katie Geissinger, complice de son groupe de recherche et d'improvisation "The House".Femme tout de noir vêtue, plantée sur ses talons hauts. Quelle présence, quel souffle dans les émissions sonores de sa partition vocale soliste; Quels gestes rapides, tétaniques esquissés à notre granse surprise, là où l'on ne les attend pas. Le style, l'écriture en sont griffés Mérédith, mais tellement incarnés, incorporés par la chanteuse, qu'ils lui appartiennent en propre.La syntaxe, la grammaire y sont construction précise, contours tracés comme une chorégraphie notée, alors que beaucoup de sons y sont improvisés en direct!
Puis c'est la rencontre en écho des corps et voix des deux artistes qui séduit avec "Hocket", "Volcano song", oeuvres écrites et consignées dans les années 1990.
La question de la mémoire se pose alors dans le dialogue qui suivra le concert. Mérédith semble préférer la passation directe, le corps à corps de l'interprète à l'autre de son vivant. Mais après, que deviennent ce répertoire, cette mémoire de l’œuvre de Mérédith Monk, patrimoine de la musique contemporaine?
La seconde partie du concert, c'est le duo Monk avec son piano: moments de grâce, retrouvailles avec des morceaux des années 1975, comme "Gotham Lullaby", "Travelling" qui résonnent dans les mémoires comme autant de grimoires magiques, hypnotiques. Grisant! D'autres œuvres viennent compléter ce programme riche et généreux, joyeux autant que grave, ponctué par une gestuelle sobre, très calculée mais toujours à l'émotion intacte en live. Se mouvoir, émouvoir avec ces "petits bougés" cristallins, vif argent, nacrés, évoquant des ambiances originelles quasi sacrées, porteuses de bonheur partagé.

Mérédith Monk, légende bien vivante, jeune, à la voix oscillant entre coloratour et grave est ce soir là rayonnante. On repart avec à l'oreille la marque sonore de ses murmures, chuchotements, cris, grognements, sanglots, chants diphonique.
Au cœur de la création dans un corps à corps vocal de toute beauté, avec son seul instrument résonnant du monde entier émanant de son centre. Toute la musique semble y être consignée: le souffle en fait surgir les vibrations métissées de toutes parts
Quel "beau voyage" initiatique entre grâce, félicité et volupté, force et hiératisme.Mérédith comme un roc oscillant, en équilibre-déséquilibre sur la frange de la vie, de la mort.Un dolmen dans le paysage rêvé de la danse musicienne.Terpsichore, la muse du mouvement sourit en cachette devant tant de justesse dionysiaque!

vendredi 24 mai 2013

Thierry Mulhaupt: "dans tous les sens": un patissier-peintre sens dessous-dessus!


"Dans tous les sens": une exposition renversante
Les gourmets connaissent le maître pâtissier, chocolatier, Thierry Mulhaupt à Strasbourg, déjà pour le"design" très soigné de ses gâteaux, pour ses collections de "douceurs" haute couture de saisons ou pour ces galettes des rois, feuilleté chocolat, ses bûches de Noël à fondre de plaisir.
Un régal des papilles!
On le connait encore trop peu pour ses toiles, ses peintures, son "coup de patte" d'artiste peintre.
Pour le régal des pupilles à présent l'oubli est réparé et c'est à la galerie Froessel de Strasbourg que revient l'initiative de présenter son travail pictural.
Pas de croquis d'éclairs au chocolat, de millefeuilles ou de religieuses...
Vous ne verez que la trace colorée des gestes de l'artiste sur 30 toiles de maître!
Turbulences, jaillissements de pigments, chatoyements des couleurs, puissance des matières....Et beauté du geste!
Cet orfèvre du gout, décline ici sa passion pour les tons chauds, les signes et empreintes de son énergie créatrice.
Ses "fèves philosophales" se transforment en saveurs chocolatées virtuelles, témoins de sensations physiques, d'émotions artistiques.
Comme un as de laboratoire, il invente des tonalités et compose comme un musicien des partitions de fragrances picturales
Sens dessus-dessous, renversant les codes de lecture classique, voici une exposition à déguster sans modération...


 "Je suis en permanence en quête de moments uniques. Des moments durant lesquel s je cherche à associer un vin avec un plat, un liquoreux avec un dessert, un chocolat avec un café particulier, ou encore, avec un cigare ou un Whisky bien choisi. Dans l’optique de cette exposition, j’ai peint des toiles qui m’ont été inspirées par certains de ces instants bien particuliers, ou par des desserts que j’affectionne particulièrement. Je vous invite à vivre une expérience inédite d’émulsion sensorielle, en vous proposant un menu gustativo-pictural inédit et inattendu.
Découvrez une sélection de quatre toiles avec lesquelles je vous propose de déguster une douceur accompagnée d’une musique choisie. Une peinture pour étonner le regard. Une musique pour enchanter l’oreille. Un dessert ou un chocolat, pour bouleverser odorat, toucher et papilles. La Galerie Pascale Froessel se fait la scène d’un moment rare où les sens se mettent au diapason pour créer une émotion éphémère, mais unique. Je vous souhaite de belles découvertes."
THIERRY MULHAUPT




A la galerie Pascale Froessel
15 rue des dentelles Strasbourg Petite France
du 30 MAI au 9 JUIN 2013
www.galerie-pascale-froessel.fr

"JJ'S Voices": Benoit Lachambre: galvanisant! 'Listen to me"!


Sur de bonnes voies.
Ghost spell song .
Janis Joplin, c'est un mythe, une pop star sulfureuse, une chanteuse, une révoltée.
Benoit Lachambre, chorégraphe canadien nous offre sa rencontre avec cette musique si évocatrice de déraillements, de voie sans issue, de voix de "garage", de beauté atypique et sans appel.
Le voilà avec 8 danseurs du ballet Cullberg pour une aventure chorégraphique inédite, une rencontre des plus alléchantes entre deux artistes, à vif, écorchés et sensuels, épris de liberté.

"Un monde de tristesse et de beauté" hante ce performeur, qui a toujours développé son adaptation à l'imprévu.Un immense travail sur la voix éraillée, vibrante de Joplin, se révèle à la lecture des corps des danseurs, traversés par les musiques de cette icône du funck, du folk, de tant de métissages musicaux La lenteur, la pesanteur de l'écriture chorégraphique souligne l'audace du créateur et de son approche fidèle de l'univers de la chanteuse.Celui pour qui le "mouvement absolu" serait "une simple respiration" évoque ce chant de sirène comme une alerte, une alarme au besoin de tendresse."trop souvent perçue comme un ennui, alors qu'elle devient pour moi, une nécessité".La physicalité , l'énergie qui sourdent des corps dansant serait sa griffe, sa marque de fabrique qu'il transmet aux danseurs du ballet de Stockholm.
Tout commence à la vue du spectateur qui s'installe en salle. Les danseurs sont là, sur le plateau, immobiles, silencieux;Vêtus de tenue de sport, sweat-shirt, cagoulés.Hip-hopeurs de banlieue, calmes avant la tempête que semble pressentir ou désirer, un public archi nombreux ce soir là au Maillon Wacken...
Un curieux dispositif scénique laisse à voir supports métalliques et boites en carton
Peu à peu le plateau s'anime, le public encore éclairé se tait. Silence, préssage de tumulte.
Dans une lenteur impressionnante chacun des danseurs cagoulés bouge et manipule des pancartes où des mots s'inscrivent:"listen", "inside"....."Ils bâtissent un mur de pancartes, s'échangent ces mots écrits.Puis surgit un trio détonnant à la danse fulgurante. Les trois escogriffes enlacés se lancent, liés, dans l'espace comme enchainés, dans une folle diagonale époustouflante. Les corps se trainent, se tiennent les uns les autres. Un sedond trio fait de même. C'est étrange, dérangeant: ils se suportent comme des béquilles qui les feraient tenir debout.La musique a surgi: c'est bien du Janis Joplin, musique, voix et paroles enflammées, rock électrique, galvanisant!
Le calme revient et comme autant de spectres, les figures incarnées se collent aux cloisons, glissent ensemble, compactées (on songe à Wili Dorner ou Sacha Waltz) dans une danse-contact, libre, douce, déliée.Toute la pièce oscille entre tentation d'hystérie et désir  de lenteur, de pesanteur soutenue par les appuis, le sol qui se plait à offrir aux danseurs un terrain de jeu pour mieux ramper, se répandre, fondre. Mourir?
Peut-être, se liquéfier pour mieux rejaillir le temps d'une bribe de chanson, comme un appel au secours. Ces spectres cagoulés aux vêtements amples sont nonchalants, décontractés puis se rétractent dans une fougue et une verve hallucinante Fantômes du monde dégringolant de Janis, effondrement d'une société abimée, déchue, anges de la peste contagieuse de la drogue ou tétanie des corps contaminés, cabossés....
On songe à plein d'images dans ce spectacles superbe et rayonnant de la virtuosité des interprètes.
On reste sans voix au final, le show est trop court, la magie de la nostalgie a opéré.
Ce soir là, le public partagé, enchanté, ébranlé ou lessivé a vécu une fois de plus une expérience très physique, forte et remarquable.

jeudi 23 mai 2013

"Les étonnistes 2 " et Andréa Sitter se "positionnent! En dehors, en dedans!"

Les étonnistes"
Quel beau manège de détonnants personnages!


Que voici un OVNI du spectacle vivant, pour une programmation concoctée en ce début de soirée du mercredi 22 Mai par Pôle Sud et le FRAC Alsace
Yan Duyvendak, Julie Nioche, Michel Schweitzer et Chloé Moglia sont-ils un quatuor, un trèfle à quatre feuilles, un morceau à quatre mains?
A quoi jouent-ils, que font-il sous l’œil vigilant de Stéphanie Aubin ,metteur en scène,qui interroge le rapport à l'art entretenu différemment par chacun des acteurs.
Grâce à un dispositif de casques er de micros chaque spectateur rentre en contact avec un artiste sur le mode du récit et de la confidence.Proximité oblige, on devient complice de ce théâtre vivant, subjectif ou chacun peut imaginer la partition de son choix et de son imagination guidée par les protagonistes du spectacle."Etonnez-moi" demandait Diaghilev à Cocteau on l'on créa "Parade" en 1917, spectacle loufoque et provocateur à souhait qui fit scandale...en son temps
Ici pas de bruit mais un joli remue-méninges, remue-ménage à la hauteur des ambitions de la chorégraphe.Entre scène et salle le dialogue s'installe et nos quatre "fortes personnalités" sèment le trouble et nous tende un miroir réfléchissant derrière lequel se trament mille et un phénomènes décapants.Chaque spectateur, casqué, est témoin de la parole d'un des artistes.Il en reçoit le discours, les murmures, ou simplement visualise ses faits et gestes sur scène. Scotché à l'un d'entre eux, on est séduit ou agacé. On se concentre tant la tentation de suivre aussi les ébats des autres est présente.
Alors que Michel Schweitzer nous conte son rapport intellectuel à l'art, Julie Nioche danse le boléro de Ravel, version Béjart. On apprendra plus tard pourquoi, en changeant de partenaire "de casque". A 13 ans, elle est émue et ébranlée par la vision de Jorge Don dans "1789" et tout bascule pour elle: elle entre en danse, en coup de foudre amoureux.Elle nous suggère alors, couchés sur la scène, de se remémorer une scène originelle et nous hypnotise à l'aide d'une voix douce et envoutante.
Quand le spectacle se termine, le public échange avec ses voisins. Et vous qu'avez-vous appris, entendu des autres partenaires? On est un peu "jaloux" de ne pas avoir suivi Julie Nioche ou Duyvendak, interprètes plus "libres" que les deux autres....On a envie de recommencer l'expérience!


"La cinquième position, une chronique dansée" de Andréa Sitter.
Dehors, dedans!
On connaissait "Le bassin de la danseuse classique" de Louis Ziegler, et bien à présent laissons nous conter les fantasmes de la chorégraphe allemande Andréa Sitter à propos de la plus curieuse position de code de la danse classique, "la 5ème position": posture aux risques et périls de la déformation des hanches, attitude au antipodes du confort et du naturel organique!
Torture ou jouissance de formater cette figure de proue, de prouesse emblématique d'un abécédaire académique brûlant de douleurs ou de souffrance.
Le solo de Andréa Sitter rend hommage aux chorégraphes qui ont su s'en servir comme une marque de fabrique pour leurs interprètes torturés ou consentants! Elle apparait, ravie et souriante, nous présente avec ses vdeux chaussures croisées, la parfaite positiuon, qu'elle va délibérément abandonner pour se livrer à un hommage à Nijinski, celui qui balaya ven son temps toutes les conventions académiques de langage et de scénographie.
Elle brandit son trophée, un"Nijinski" de la danse et nous conte son histoire, ses rencontres artistiques, ses "maîtres" de ballet contemporain.
Gracieuse, volubile, enjouée, André Sitter séduit et enchante, malicieuse et convaincante.Sa dernière apparition, vêtue de rouge, coiffée d'une couronne de fleurs, les pieds gainés de pointes rouges, est émouvante et précieuse.
Son "histoire de la danse à sa façon" enseigne bien plus que les livres de référence sur la danse et l'on referme son carnet secret avec respect et émotion.
Se livrer ainsi, se délivrer comporte des risques et une volonté de se mettre "à nu" qui opère et laisse rêveur.Si la 5 ème position n'est qu'un prétexte, elle est bien le lieu de la déclinaison de la fidélité de l'artiste à ce et ceux qui l'on construite.Sans renier personne, surtout ses choix personnels, induits par ses racines!

Encore une soirée riche et fertile qui permet à chaque spectateur de repartir à la conquête de son propre espace de liberté, convaincu sans doute que la danse d'aujourd'hui a beaucoup à nous apprendre, si nos "maîtres" sont justes et sans contours d'artifice.

mercredi 22 mai 2013

Festival Nouvelles Strasbourg-danse-performance-:un chantier bouillonant!

Première soirée d'ouverture officielle ce mardi 21 Mai de la 23 ème édition du festival "Nouvelles" à Strasbourg, initié par Pôle Sud depuis l'origine.
L'eau a coulé sous les ponts de l'Ill depuis, la structure a tissé de nombreux partenariats, dont cette année encore celui avec le FRAC Alsace et la HEAR.
Démarrage en trombe avec la performance de Jozsef Trefeli et Gabor Varga ""Jinx103", un duo "suisse" ou helvète de la plus grande originalité.
Un "branle" bas de combat!
Ils sont tous deux d'origine hongroise et revendique pour cette prestation, au studio, tout près du public, leurs origines mêlées de danses dites traditionnelles ou folkloriques.Le ton est donné, juste ,rythmique, scandé du bruit de leurs pas sur le sol. Auparavant ils se sont amusés à se mesurer à définir un espace corporel à l'aide d'une guirlande rouge et blanche? ruban de chantier urbain.
Une balise dès lors qui va fonctionner comme un métrage, une frontière, une limite.Souriants, légers, les deux danseurs virevoltent sous nos yeux devenus "fertiles".A l'unisson, puis en écho et canon, leurs figures très virtuoses, exigent concentration et précision. On se plait à y reconnaitre postures et gestuelles empruntés au folklore suisse et autrichien, à cette géométrie de l'espace corporel propre à un langage très mathématique , très "tyrolien" aussi avec jeux de jambes, de genoux, frappés corporel, changements de direction....Rythme endiablé, toujours à l'écoute l'un de l'autre, en osmose dans une belle complicité performative. A vous couper le souffle parfois, tant la tension et la précision semble pourtant si simple, si naturelle à assurer, coulant de source vive.Ils oscillent en déséquilibre, chancellent, esquivent les gestes, décalent les espaces en autant de scènes de vertige.
Les langages se mêlent opérant une fusion des cultures, des styles, des genres. Du bel ouvrage pour cette revisitation de la "czardas", leur danse d'origine.Ce "branle" hongrois contemporain dès lors, ébranle les traditions et relooke avec bonheur ce que l'on aurait pu consigner avec dédain dans les placards de la mémoire.La musique de Frédéric Jarabo mêle aussi les genres qui se fondent les uns aux autres et donnent une tonicité réjouissante à cette prestation qui faisait ce soir là office d'apéritif, de mise en bouche d'une longue soirée.


Lettres dansées,missives épistolaires télégraphiques.

Lui succède "From B to B", une pièce chorégraphiée et dansée par Angels Margarit et Thomas Hauert.
Elle est espagnole, il est allemand. Une génération les sépare, leurs origines aussi, leur formation, leurs parcours divergent. Mais ici, il s'agit bien d'une rencontre, d'une connivence et complicité recherchée et trouvée. "B" comme Bruxelles ou Barcelone leur inspire une architecture et un joli combat pour défendre leur territoire respectif. Des lettres géantes, comme autant d'éléments plastiques pour un nouvel alphabet chorégraphique seront leur matériaux de base. Construire, assembler, déconstruire à l'image de leur gestuelle, un paysage chorégraphique original et décalé.
Comme deux "facteurs" ils transportent leurs lettres, racontent des histoires de verbes, avec des mots qui s'inscrivent dans l'espace du regard.Comme de bonnes "nouvelles" à partager.
Ils improvisent une danse aléatoire basée sur les appuis, l'exploration du rapport au sol, les incidents ou rencontres de corps dus au hasard de la composition instantanée.Le décor comme un château de carte s’effondre, se reconstruit pour bâtir autant d'univers que d'indices à déchiffrer selon le vocabulaire de langues différentes: l'espagnol bien sûr, où chaque évocation verbales s’inscrit à l'aide d'une définition de dictionnaire comme un glossaire de mots choisis délibérément à cette occasion. Danser les mots, inventer un langage pour les vivre et non pas les illustrer: bel exercice de style ou la syntaxe s'invente et se lit comme autant de "nouvelles" littéraires, dansées!
Les corps racontent des histoires, comme une narration sans objet, mais remplie des sujets qui les animent.Comme autant de cartes postales et de "bons baisers" de tous pays adressés à nous, spectateurs destinataires privilégiés!

"Chantier 2014/ 2018" (études pour percussions, voix et gestes): la brèche est ouverte.

Encore un "chantier" en devenir, une brèche qui s'ouvre dans le parcours de François Verret, un autre chorégraphe des années 1980, celles de l’avènement de la lumineuse et désormais légendaire danse contemporaine française.Ce projet s'inscrit dans le vaste paysage des années 1914/ 1918, celles de la guerre, de la mémoire, partageant ainsi un soucis de souvenir collectif, d'impact émotionnel.
Cette première proposition est celle d'un atelier où les protagonistes se confrontent et improvisent sur le sujet.
Jean Christophe Parré sur scène, au creux du studio, transformé en laboratoire, manipule les croix d'un cimetière garant de la mémoire. Ces croix sont lourdes et chargées d'histoire: un reliquat de l'anonymat des cimetières militaires de guerre, rassemblant les corps de soldats inconnus au sommeil troublé.
Alors que Jean-Pierre Drouet manipule une petit magasin de percussions de son cru, avec force bruitages et sons inouis.
Charline Grand égraine des mots, des phrases construites sur ce son, "mémoire" et percussions de l'âme.Elle conte ce que l'on observe.
Le danseur manipule des hallebardes métalliques qui résonnent sur un sol bruissant en direct. Danse des battons? Mikado géant, décidant des postes de hasard à attribuer au pouvoir politique ou militaire?
Autant de questions qui ouvre le débat: "la danse est un art de combat" qui, met à jour, ouvre un chantier qui n'est pas prêt de se refermer...A suivre sur le front du mouvement tectonique de la création, vaste brèche, faille où se glisser pour mettre à la lumière les questions de notre temps.

Soirée "mémorable" à Pôle Sud sous les plus fameux des auspices de la découverte!!!

samedi 18 mai 2013

"Les pêcheurs de perles" à l'Opéra du Rhin: une immersion salvatrice dans l'univers de Bizet


Cet opéra de jeunesse-Bizet l'écrit alors qu'il a tout juste 25 ans- est une perle rare, un petit bijoux datant de 1863, dont le livret écrit par Michel Carré et Eugène Cormon, situe l'action sur l'île de Ceylan: un grain exotique que la nouvelle mise en scène de Vincent Broussard veut éloigner de toute teinte folkloriste.
Cette localisation permit à l'époque au jeune compositeur de laisser libre cours à l'exploration des sentiments de chacun des personnages. L'intrigue est complexe, récit de péripéties amoureuses, de serments d'amitié au sein d'une communauté de pêcheurs, dont le chef Zurga et son ami Nadir seront les protagonistes.

Leur lien, c'est un amour pour la même femme qu'ils délaisseront au profit de leur amitié. Mais le sort en décidera autrement.Ce drame lyrique, proche du grand opéra est ici revisité comme une matière première qui ne trouve de raison d'être que dans sa forme musicale.La mélodie, les accords, les instruments expriment subtilement les sentiments et donnent un charme teinté d'exotisme à cette œuvre  plus que séduisante.
La mise en scène opte pour déployer la présence des quatre éléments dont la forte présence de l'eau tout au long de l’œuvre.La mer, la tempête comme autant de métaphores du drame pour mieux insister sur les tumultes de l'amour qui déverse ses flots. Flux et reflux, vagues à l'âme, pour mieux cerner l'intrigue et ses émotions.Comme dans une immense arène façonnée de six arches, les personnages évoluent dans une atmosphère aquatique rendue par les reflets de l'eau qui recouvre le plateau.
Les images ainsi projetées en fond de scène contribuent à créer une ambiance baignée de lumière, de mouvements calmes qui vont crescendo augmenter la tension du drame.

photo Alain Kayser
Très bel accompagnement visuel qui fascine et immerge le spectateur dans l'évocation subtile de la mer.Le chœur s'y révèle magnifié, comme flottant au dessus des tumultes de l'action, suspendu, en "plongée".
Annick Massis dans le rôle de Leila est étourdissante, les voix de Sébastien Guez (Nadir) et Etienne Dupuis (Zurga) sont
 en pleine maturité et Jean Teitgen dans le rôle de Nourabad séduit par sa verve.
Quant aux costumes signés Christian Lacroix, artiste et artisan créateur pour l'opéra de longue date, ils évoquent une époque plutôt XIX ème siécle dans un théâtre à l'italienne.
"En tant que costumier, j'ai mon rôle d'illustrateur" confie le couturier.Imaginer, illustrer l'ambiance, cerner les contours des personnages et des costumes qu'ils porteront pour mieux les définir.
Une ambiance de gravures du XIX ème siècle, sombre, grave: tout ce que l'on n'attendait pas d'une œuvre, dite chatoyante, aux couleurs de Ceylan!. Une belle réussite comme pour évoquer l'ambiance d' un clair de lune, drapé de soie, dans la tradition du vêtement noir, qui contient toutes les couleurs.
Et de plus le couturier a travaillé à partir de stocks de costumes que possède l'ONR:redonner vie à un costume plutôt que de le laisser dormir et de créer un costume neuf qui aurait moins d'âme! 
Les silhouettes des chanteurs sont magnifiées par ces atours délicats dans la lignée du travail sur les matières et les formes, cher à Christian Lacroix.Le noir est de mise, particulièrement pour le chœur, chacun des chanteurs arborant fièrement des atours dignes d'un tableau de maître.On souhaiterait presque les admirer un à un en catimini, pour le plaisir d'y découvrir chaque pli, chaque perle, chaque échantillon de dentelle noire ajourée.Du grand art , une fois de plus de la part du couturier "touche à tout"!
Ces "Pêcheurs de perles", comme un collier précieux à égrener est du bel ouvrage, inédit, surprenant et interprété à merveille par l'Orchestre Symphonique de Mulhouse et les chœurs de l'Opéra du Rhin dirigé par Patrick Davin.
Au final, le soir de la première, c'est en chaussant "les bottes de sept lieuX" que les protagonistes de la mise en scène et des costumes, viennent saluer un public conquis, ovationnant les chanteurs.

à Strasbourg jusqu'au 30 MAI, puis à Mulhouse à la Filature les 7 et 9 Juin
www.operanationaldurhin.eu

mercredi 15 mai 2013

Caroline par Christian Lacroix


A l’hôtel Bristol à Paris , 112 rue du faubourg Saint -honoré, on fête les 60 ans de la célèbre Caroline, héroïne de BD mythique
Une exposition de croquis de stylistes qui lui rendent hommage s'y tient jusqu'au 7 Juin!
C'est "Caroline défile"!
Christian Lacroix en particulier la rend plus contemporaine que jamais!
Avant de découvrir les costumes qu'il réalise pour l'opéra "Les pêcheurs de perles" bientôt à l'affiche de l'opéra du rhin, courez-y!!!l
Elle ne fait pas ses soixante ans!L'expo "Caroline défile" prouve une fois de plus qu'elle ne se défile pas!
Trente créateurs de haute couture et de prêt-à-porter, d'Anne Valérie Hash à Tara Jarmon ou Antik Batik se sont livré à un relooking de la "petite fille moderne" via des croquis ou de véritable tableaux.
C'est extra!
Petite blondinette à couettes vêtue d’une salopette rouge, de ballerines ou de basket, Caroline a enchanté des générations de jeunes lecteurs à travers le monde entier (44 albums traduits en 15 langues) et elle continue, avec sa jolie frimousse et sa joie de vivre. Née « petite-fille moderne » en 1953, cette figure star des éditions Hachette Jeunesse reste toujours complètement actuelle en 2013. Elle fête même ses 60 ans avec la plus grande élégance, se la jouant fashionista avertie !

En effet, pour son anniversaire, près d’une trentaine de créateurs de haute couture et de prêt-à-porter se sont amusés à revisiter sa célèbre salopette rouge ou à lui créer d’extraordinaires robes de fête, un look de pin ’up, une allure vintage, des tenues d’un jour ultra-tendance…

L’ensemble des croquis de ce petit mannequin pas comme les autres fait l’objet d’une exposition pendant un mois au Bristol, haut lieu de la mode au coeur du Faubourg Saint-Honoré.

Cette exposition accompagne d’autres événements spécial anniversaire en 2013, comme la réédition du tout premier album publié en 1953, « Une fête chez Caroline », dans son grand format d’origine, en tirage limité, et le lancement des nouveaux « Petits Albums Hachette » qui déclinent 12 titres de Caroline et ses amis dans un format vintage remis au goût du jour.



mardi 14 mai 2013

"Prélude à la fuite": pas à pas....Au TJP Strasbourg

Un très beau texte de Virginie Schell et Gabriel Hermand-Priquet, prélude au spectacle...

Le printemps se pointe peu à peu.
Comme un danseur de tango déjanté
il alterne grands écarts et folles enjambées
il va, vient, hésite encore un brin
et soudain, avec l’éclat de celui qui sait chauffer la salle,
il envoie à tout va.
Voilà l’hiver ad patres, la Hollande sur les roses,
les couleurs arc-en-ciel, et le bon Dieu au diable…
 
…finalement malgré les aléas de la météo et les atermoiements de l’époque,
le changement se fait pas à pas…
Peu à peu les peaux anciennes desquament
et l’année du serpent d’eau s’avance sinueuse
laissant sa mue contre les pierres du chemin…
 
Si la peau de l’ours étalée aux marchés du palais vous hérisse le poil,
Si vous croyez plus à la poétique des mutations qu’à la politique du changement,
Si, même en ce mois de mai, vous n’en avez cure du vieux conflit entre ours et taureaux
et qu’au fond le retour de ce printemps, si timide soit-il,
réveille en vous des envies de bêtes à deux dos,
Si, dans le foisonnement du bestiaire qui s'éveille,
le museau de la bête immonde qui pointe hors des trous du cortex
vous fait l'effet d'une douche glacée
et si aux bêtes noires vous préférez les ours blancs,
 
Vous êtes encore et toujours les bienvenus
pour faire avec nous les premiers pas dans l’opus 2 de notre
Prélude à la fuite, variations sur la jeune fille dans la glace
dont nous présenterons ce samedi 18 mai à 16h une première étape de travail au TJP de Strasbourg.
 
Et si, comme nous, vous pensez que ces jeux de glaces ouvrent autant les portes de l’autre côté du miroir qu’ils nourrissent le feu sacré
et qu’un reflet bien placé peut parfois mettre le feu aux poudres ou tout au moins faire la lumière même sur les recoins les plus sombres
rejoignez nous à 19h30 au TJP grande scène pour la projection de
court film-poème comme un regard posé
sur les relations tissées autour d’un Ado-marionnette
au sein du lycée où nous avons passé trois années d’intense résidence…
 

"Le cabaret discrépant": "Nouvelles" Strasbourg,le festival en verve!


« LE CABARET DISCREPANT » : en verve et avec tous !
Alors, allons du côté d’Olivia Grandville, ex interprète de la compagnie « Bagouet » qui depuis mène, indépendante,son chemin parsemé de fantaisie, de rigueur et de désir de faire découvrir, textes, personnages issus ou non du milieu de la danse. Après sa visite du côté de Kurt Schwitters pour « Le K de E », la voici se penchant sur les fameux textes de Maurice Lemaitre « La danse et le mime ciselants » : un must de manifeste sur le corps de la danse dans les années 1960, ainsi que les textes d’Isidore Isou, auteur et inventeur du « Lettrisme ». Ce mouvement fait alors son entrée dans les arts du geste et après son passage ni les chorégraphes ou danseurs ne peuvent ignorer que le bouleversement qu’il a apporté à leur art est aussi profond et contraignant qu’en leur temps, ceux de Noverre ou Petipa. Des problèmes toujours neufs s’y posent et l’on remercie Olivia Grandville de ressusciter cette prose délicieuse et pertinente, décapante, très proche du mouvement réflexif actuel qui ébranle la danse contemporaine de façon si salutaire !En compagnie de Sylvain Prunenec, Vincent Dupont, Catherine Legrand, Pascal Quéneau et Manuel Vallade, la voici qui décortique le texte, en fait un vivant manifeste animé par les corps vociférant les mots, les mettant en « geste » en verve ! Cabaret disjoncté, électrique, éclectique, le spectacle est jubilatoire et commence en déambulation pour se clore en salle. On y chemine à travers les textes comme lors d’un tapage nocturne, en liesse, en état de déraison moqueuse, pince sans rire, un peu choqué, un peu rassuré sur l’avenir de l’art et des artistes !Subversif, potache, dissonant, discordant, voici l’état des lieux de la danse d’aujourd’hui aussi. Et le parallèle de se constituer sans heurt avec joie et gaité, intelligence et sagacité, malice et complicité. Du bel ouvrage de « dame » et de « damoiseaux » pour mieux appréhender la suite du festival.
le mercredi 29 MAI à 20H 30 à Pôle Sud
GENEVIEVE CHARRAS

lundi 13 mai 2013

" Festival Nouvelles Strasbourg: "danse-performance": un mariage très "gai"!

Du 21 au 31 Mai, à Strasbourg et initié par Pôle Sud, le festival affiche une réelle volonté de s'ancrer dans le paysage de la création chorégraphique, plastique pour interroger le monde, le "réinventer", le rendre compréhensible, accessible aussi, à tous ceux, artistes et sCeptateurs qui en fondent l'existence dans l'échange immédiat.
Au programme donc un réel festin de diverses écritures, de courants multiples qui attestent de l'inventivité d'une "discipline" indisciplinaire, volontairement!
On choisira , au hasard dans le cadre de "une journée particulière" en collaboration avec le FRAC Alsace, à 15H au musée de la Folie Marco à Barr "micro- événement n° 43 mariages au musée de la Folie Marco, 2013"
Tsuneko Taniuchi délivrera un certificat authentifiant les échanges des vœux de mariage de qui le voudra, avec un homme, une femme.Mariages fictifs peut-être mais avec une valeur artistique, poétique et politique assumée!Et de surcroit fort d'actualité!!!

"Un sculpteur nommé Degas" à la galerie Goldenberg à Paris: du bronze!


Une exposition inédite à la Galerie Goldenberg à Paris; l'intégrale des sculptures en bronze du maître Degas, le "peintre des danseuses"!!!!
Bien sûr des arabesques, une danseuse portant son pied derrière le dos....Des merveilles ainsi qu'une étude pour "la petite danseuse de quatorze ans".

Un sculpteur nommé Degas

Qui aurait cru qu’il sculptait aussi ?
Du 14 mai au 15 juillet 2013, la Galerie Goldenberg présente près de 70 sculptures d’Edgar Degas. Une première en France.
Degas-Danseuse au tambourin-lebonbonparis
Edgar Degas et ses peintures. Edgar Degas et ses pastels. Edgar Degas et ses dessins. Oui, mais Edgar Degas et ses sculptures, vous connaissez ? Pas encore. Du 14 mai au 15 juillet 2013 vous aurez l’opportunité de découvrir ses mystérieuses créations, trop longtemps ignorées par le grand public, grâce à l’exposition Un sculpteur nommé Degas.
Les sculptures qu’il a réalisées – environ 150 – lui servaient plutôt d’outils de travail qui lui permettaient d’étudier le mouvement de ses sujets et de capter la beauté du geste, afin de les retranscrire dans ses tableaux. Il utilisait cire et argile pour modeler ses inspirations, essentiellement autour de la danse et du monde hippique d’ailleurs, et n’hésitait pas à les détruire si elles ne lui convenaient pas.
« C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais pour donner à mes peintures, à mes dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train ; du document, sans plus. » déclarait Edgar Degas à l’époque. Pourtant à la mort de l’artiste, sa famille a découvert son trésor caché et a décidé de le sauver des méfaits du temps qui passe en faisant couler dans du bronze ses sculptures. En tout, 74 d’entre elles ont pu être conservées, et ainsi passer à la postérité. Pour votre plus grand plaisir.
Degas-Petite danseuse14ans-detail-lebonbonparis
Un sculpteur nommé Degas
@ Galerie Goldenberg
140 boulevard Haussmann
75008 Paris
M° Miromesnil
Du 14 mai au 15 juillet 2013
Du lundi au samedi
De 11 heures à 19 heures

A voir absolument dans un nouvel espace, clair, aéré, digne de ces chefs-d’œuvres. 
A partir du  13 Mai!!!
www.degasbronzes.com
www.ggalerie.com

samedi 4 mai 2013

"Mathilde" danser après tout: avec la BD de François Olislaeger, Mathilde Monnier remonte "sur les planches"!

"Mathilde, puisque te v'la!": te "revoilà, plutôt, grâce à un ouvrage hors du commun, une BD signée François Olislaeger. La danseuse et chorégraphe Mathilde Monnier, directrice du Centre Chorégraphique de Montpellier est le sujet central de la dernière BD de Olislaeger.
Superbe rencontre à l'issue de l'un de ses spectacle où le dessinateur lui demande de lui apprendre à danser!S'en suit une véritable complicité et le désir de dessiner pour lui à partir de la chorégraphie de "Pavlova 3'23".
Une aventure qui se concrétise aujourd'hui par la sortie d'un album où l'on apprend pleins de secrets de fabrication sur les spectacles d’anthologie: "Pudique Acide", "Extasis", "L'Atelier en pièces"où Mathilde évoque sa complicité avec le monde de l'autisme, "Déroutes" à propos de la marche inspirée du "Lenz" de Büchner" et de sa haine pour la marche à pieds!
L'évocation de son travail avec Christine Angot "La place du singe"et surtout avec Philippe Katerine pour "2008 Vallée" est un régal.
Les personnes y sont croquées avec humour et révélées au plus juste.L'atmosphère tonitruante du spectacle de Monnier/ Katerine, on "adoooooore"!Les croquis et dessins noir, jaunes roses et verts crèvent l'écran "Regarder danser les gens" hurle le chanteur.
On apprend beaucoup de choses sur la vie intime et artistique de la chorégraphe: sa philosophie de la vie, du métier de danseur, sur son enfance, ses amis, ses collègues.
Le centre chorégraphique est le "lieu" de départ du récit et revient comme un leitmotiv dans la narration: vaste espace du studio Bagouet, péristyle du cloitre, théâtre. Comme un huit-clos, une intrusion dans l'intime.Les extérieurs sont à l'inverse, immenses comme des cieux aux nuages en forme de cygnes blancs. Prémonition quant à l'évocation de la création sur la mort du cygne de la Pavlova.
Le style du dessinateur varie ainsi selon les chapitres: du noir et blanc, du tracé très fin, à la couleur fla shy, on voyage dans les univers de la chorégraphe avec bonheur dans l'envie d'en savoir plus grâce à l'image, pas à la danse cette fois-ci!
Mathilde remonte sur "les planches" de la BD, Olislaeger comprend tout ceci avec une grande intelligence et beaucoup de sensibilité corporelle.
Belle réussite, connivence garantie entre deux arts très graphiques et spatiaux.

Un spectacle sera présenté lors du prochain festival "Montpellier danse 2013" avec le même Olislaeger "Qu'est-ce qui nous arrive" les 23 et 24 Juin .
En attendant rendez-vous avec Mathilde lors de "Nouvelles Danses" à Strasbourg avec "Twin Paradox" les 29 et 30 Mai au Maillon Wacken

Mathilde écrit : "C'est en 2008, au Festival d'Avignon, que j'ai vu pour la première fois les dessins de François Olislaeger. J'ai tout de suite été frappée par ce travail qui, mieux que la photo, offrait à mes yeux la possibilité de représenter la danse. Non seulement ces images rendaient aux mouvements et à la scène tout leur espace, mais elles permettaient d'intégrer des textes, pour moi essentiels car liés à l'enjeu de mes spectacles. Il existe peu de livres de dessins sur la danse et encore moins de BD. Pourtant, la plupart des chorégraphes dessinent pour mémoriser leurs idées. J'ai senti qu'il avait là matière à un magnifique projet éditorial, un support d'invention et de créativité susceptible de prolonger et d'élargir mon travail scénique…"




Enfance, rencontres, collaborations, hasards, accidents de la vie enflammant l'imaginaire et l'inspiration… C'est le parcours complet d'une chorégraphe de haut vol que retrace, à travers la genèse de cinq pièces essentielles de son œuvre, cet ouvrage graphique hors du commun.
La Ligne Claire d'Olislaeger devient un instrument de précision entre les mains des deux auteurs liés par une confiance absolue, pour mettre à jour les subtilités, les émotions de la création à l'état pur. Comment passe-t-on de la vie à l'art ? Quel miroir nous tendent ces étonnantes chorégraphies qui mêlent sur le même espace scénique toutes sortes de disciplines, musique, littérature, poésie, politique, philosophie, psychanalyse… ? L'humour, la grâce et la fragilité de Mathilde Monnier saisis dans un récit vibrant d'humanité, qui comblera toutes celles et ceux que la danse inspire, transporte et fait rêver.




ouvrage coédité par denoël graphic et le centre national de la danse
parution le mardi 7 mai 2013
format 21x27 cartonné, 176 pages couleurs
tarif 24,90 €

"Rêvolutions": un "tube"! Akosh S.et Jörg Müller en circonvolutions!


A l'initiative de Pôle Sud et Jazzdor, voici présenté un singulier spectacle entre jazz et danse, objet particulier et inoui, preuve s'il le fallait que le jazz se regarde, que la danse s'écoute!
C'est dans le noir que débute l'aventure: sons de souffle, comme ceux d'une éolienne, d'un ventilateur :on le sait, le jazz et la danse ont en commun la respiration, l'expiration-inspiration et ici tout semble réunir ces deux univers sonores. La lumière se fait, laissant découvrir la silhouette statique et hiératique du génial hongrois Akosh S., joueur de saxopohone, inventeur de sons-frissons qui titillent ou assourdissent l'oreille.Aux aguets, donc pour un voyage sonore étonnant, doublé de la présence d'un circassien allemand Jörg Müller, à présent épris de danse contact auprès de Mark Tompkins.... Et ce contact, il l'opère avec cinq tubes sonores suspendus qui vont opérer comme un manège gravitant autour du musicien au centre de l'arène.Sons de cloches, d'horloge qui ponctuent le temps, dessinent l'espace.
Performance que Jörg Müller maîtrise à la perfection: imaginez une course contre le temps, à contre-temps dans l'espace circulaire que ces tubes manipulés comme des marionnettes dessinent, dans l'éphémère, la surprise, le risque total.
Pas de heurt entre ces tubes métalliques qui frissonent dans le vent créé par les manipulations de ce magicien du mouvement.
Prestidigitateur, jongleur?
Il y a un peu des deux dans ce faiseur de sons du corps, virevoltant avec ses objets toujours fuyants. Il esquive, tel un maitre d'art martial, accompagne les tubes qui obéissent à  ses moindres frôlements.
Et quand tout semble revenir à l'ordre, dans le silence, c'est là que les tubes tintinabulent, se heurtent, abandonnées dans leur rythmique propre à une fin de gravitation.
C'est de la "physique" athlétique et performante qui prouverait que le giratoire, la force centrifuge déclame du silence.
Alors que le désordre s'installe quand plus rien n'est dirigé.Le "traité de la marionnette" de Kleist fait ici mouche, argumentant le fait que le manipulateur préfère la marionnette au danseur rebelle et ingérable.
Le saxophone dévoile des sons inédits, du souffle délivré ou contenu, des silences aussi.Une performance qui tient en haleine, en apnée, le spectateur médusé par tant d'audaces très poétiques.
Sans filet, les deux compères tiennent la scène en suspens, dans le suspense d'une narration des corps qui séduit à fond.
Moins convaincante est la seconde partie du spectacle  "Madriguera" qui offre le plateau à deux danseurs Estelle Delcambre et Ivan Fatjo. Musique métissée, enregistrée qui permet aux deux danseurs d'évoluer dans un petit espace de lumière, carré bien délimité, au départ. Petits gestes tétaniques, saccadés, plutôt ludiques, robotisés.Contact danse, poids, poussé-tiré et l'affaire roule sans surprise. C'est bien rodé, bien huilé, sans histoire.
Un amas de vêtements les transforme en autant de personnages morcelés, sans visage, sorte d'épouvantails changeants. Métamorphose qui s'opère au gré de la musique, riche d'instruments très divers orchestrés par Akosh S. .Tambour, cithar, voix, kalimba,bombarde tibétaine....Joli bouquet de sons, belle ambiance sonore !
Voici donc une proposition originale qui berce nos rêves dans une atmosphère à la fois ludique et grave, riche de la "révolution" des planètes autour du soleil!

mercredi 1 mai 2013

"Les Nuits": Angelin Preljocaj "désoriente": un grand-plié pour Shéhérazade.


Il ne fallait pas s'attendre de la part d'Angelin Preljocaj à une relecture de cette fabuleuse épopée que sont "Les mille et unes nuits", conte mythique inscrit de diverses façons dans la mémoire collective.
Ce nouveau pan de l’œuvre d'Angelin Preljocaj s'inscrit dans la lignée des évocations des contes de Grimm avec "Blanche-Neige" ou de l’Apocalypse de Saint Jean avec "Suivront mille ans de calme"; on songe aussi au très beau duo féminin "Annonciation", empli de grâce et d'excellence.
Avec ces "Nuits", le chorégraphe affirme sa réflexion sur l'homme en général , sa condition, sa place dans le monde: l'humanité en quelque sorte.
Ce "métier d'homme", il le recherche en filigrane, en fil d’Ariane dans tout son parcours et cette fois-ci il approfondit ce mythe à l'intérieur d'une pièce fascinante qui exerce son pouvoir d'attraction et de séduction, avec force et détermination.
Tout commence avec l'évocation du hammam, ce milieu de paix, de repos, de soins et de bien-être du corps... féminin.

Dans des brumes de vapeurs qui rappellent les tableaux et toiles d'Ingres consacrés à la fascination pour l'Orient et ses mœurs  intimes, Preljocaj dessine dans l'espace-lumières une calligraphie de l'érotisme des corps alanguis, mouvants; une sensualité faite de mouvements lents, voluptueux, incessants, fluides pour installer une atmosphère de jardins des délices, de paradis, d’Éden retrouvé.
Les histoires et fables se mélangent, l'Orient sourit à cette évocation subtile d'un élixir de jouvence qui se distille devant nos yeux. Incandescence, indécence,obscénité du regard qui va derrière le miroir ou le rideau, découvrir les plus beaux fantasmes du désir. On songe à "Liqueur de chair" et à son onctueux parfums de plaisir avoué et assumé par des corps habités de saveurs et de senteurs indicibles.
La lumière signée Cécile Giovancilli-Vissière est de toute beauté: discrète, évolutive, mouvementée et volubile. Les corps y sont sculptés, et renvoient une luminosité précieuse, ciselée à l'extrême.
L'atmosphère est campée: c'est dans une belle nuit, ô nuit d'amour sourit à nos ivresses" (la Barcarolle) que nous entraine cette évocation de l'Orient
La chorégraphie enchaine ses tableaux, évoquant à chaque fois comme un autre chapitre de ce manifeste de l'humanité.
Sur quatre tapis, les danseurs évoluent en tanguant comme dans une embarcation imaginaire. Les mouvements épousent les rythmes d'une musique des plus réussie, crée conjointement par Natacha Atlas et Samy Bishal, dont les origines orientales révèlent une justesse de ton et d'inventivité hors pair
Même sur les airs empruntés à la soul music de James Brown - "It's A Man's, Man's, Man's World" - les ondulations érotiques, stylisées "cabaret revue strip-tease" des danseuses gainées de bottines rouges et tenues sexy font mouche. Les costumes signés du styliste légendaire Azzedine Alaïa, soulignent discrètement la couleur, le plissé, les volutes de la danse et des tissus qui ondulent, laissent apparaitre et disparaitre les détours du corps. Les hommes aussi se livrent à un show voluptueux et très évocateur de sexe et d'attitudes connotées entre pornographie et désir, entre sensualité et audaces non dissimulée, de postures et signes crus et osés contre "la bonne réputation" ou renommée. La danse ne serait-elle pas aussi cette "muse de mauvaise réputation"?

Duos et trios confirment cette écriture à la fois brutale, hachée, tétanique des gestes d'Angelin Preljocaj, cette dureté sans concession pour le corps et la calligraphie engendrée ainsi dans l'espace. La fulgurance aussi est de mise, autant que la délectation pour le geste suave, délicat, tactile.
La scénographie signée Constance Guisset souligne par sa droiture, ses angles tectoniques un aspect de l'architecture orientale toute d'arche, moucharabié, coupole et découpage ajouré, se jouant des torsades avec les arabesques des corps des danseuses. Tout un vocabulaire, glossaire des mots de la danse et de l'architecture qui renvoie à l'univers fantasmé de l'Orient. Mais dans ces torsades où les danseuses se lovent, s'agit-il de prison, de toiles d'araignée, de soumission ou chaines d'esclaves?
Comme ces corps-amphore, images de parturientes ou évocation de vasques accueillant l’Élixir divin des dieux? Tout concourt à,"dés-orienter" le spectateur, à le propulser hors du temps et d'une fable archi-connue où Shéhérazade s'empare des voiles et obéit à une féminine condition d'esclave.
Le "métier d'homme" est une destinée, une réconciliation avec le monde troublé et chaotique, et Shéhérazade ne pouvait pas mieux que de se livrer aux mains et à la pensée en mouvements de Angelin Preljocaj... Pour mieux se "délivrer" d'une icône galvaudée, d'une fable archi revisitée.


"Les Nuits": une galerie de tableaux de maître dans le répertoire toujours en devenir d'un chorégraphe qui lui aussi touche du pinceau avec élégance et talent.
Serait-il aussi cet écrivain du corps, celui que chante Pascal Quignard dans "L'origine de la danse", ce plasticien du désir , ange ou démon , facteur de nos rêves les plus mystérieux?

Ce spectacle, présenté en première mondiale au Grand Théâtre d'Aix en Provence dans le cadre de "Marseille-Provence 2013", Capitale Européenne de la Culture et coproduit entre autre partenaires par Le Théâtre National de Chaillot Paris et le Festival Montpellier Danse 2013, a trouvé auprès du public un franc succès et un enthousiasme non dissimulé.