samedi 31 août 2019

Le Miroir de Musique :"en vous regardant me merveille": le ravissement , démons et merveilles du festival Voix et Route Romane 2019


"En vous regardant me merveille": en vous écoutant, me enchante !

Le merveilleux de l’étonnement amoureux dans la chanson bourguignonne du 15e siècleLes formes de la poésie courtoise sont, au 15e siècle, prétexte à l’exploration d’un lyrisme amoureux dans lequel l’amant exprime son émerveillement et son étonnement. Il est confronté à l’intransigeance de Fortune et "se merveille" de la distance que la dame lui impose.
Ce concert est l’occasion de célébrer, à travers un programme de chansons d’amour, les deux premières générations de compositeurs franco-flamands de Jacob Senleches (†c.1400) à Hayne van Ghizeghem (c.1445-1497) en passant par Guillaume Dufay (c.1400-1474) ou encore Gilles Binchois (c.1400-1460

Premier concert d'ouverture du festival, introduit avec émotion et délicatesse par son battant, pugnace et talentueux directeur artistique, Denis Lecoq, celui qui oeuvre à façonner programme et tout le reste, accompagné d'une solide et fidèle équipe.
Dans la nef de l'église Saint Etienne vont résonner voix et instruments d'époque, vièle à archet, luth et giterne,suscitant joie et émerveillement des auditeurs, venus faire salle comble en cette soirée estivale aux senteurs de rêves et de douceur.
Ambiance quasiment perpétuelle pour ce concert où s’égrènent comme des entrelacs naturels, des morceaux "choisis" alternant voix et instruments acoustiques, façonnés à l'ancienne: des cordes pour la plupart, délicates sonorités chaleureuses, "boisées" comme la matière joliment travaillée de bois clair des instruments.
Introduction en compagnie de tout l'ensemble qui se rejoint au fur et à mesure et constitue une belle masse sonore, des quatre cordes, aux quatre cordes vocales qui s'y joignent. Lenteur respectable de la musique, ornements et finitions en dentelles pour "Je me merveil" de Jacob Senleches qui inaugure cette atmosphère joyeuse et sereine qui sera le leitmotiv de la soirée.Une des solistes chanteuse, Jessica Jans,très habitée pour conter l'amour aussi comme un récit narratif très expressif dans le chant et les mimiques délicates de son visage, les intentions discrètes de son regard et adresses au public.
Un autre solo de l'alto, très doux accompagné à la mandoline, voix précieuse, galante, distinguée et courtoise, enveloppée par la musique acoustique très proche.
"Ne je ne dors, ne je ne veille" de Guillaume Dufay forme un tout qui s’emboîte, construit comme un puzzle qui peu à peu dévoile et révèle formes musicales, couleurs et dessins dans l'espace: panorama, paysage s'y détectent pour évoquer l'insomnie des tourments amoureux, des émerveillement de ce rapt, ravissement des corps et des âmes. Rêve, sommeil s'y nichent, s'y cachent et surgissement des voix, des timbres qui prennent chair et contenance: chacun prend le relais de l'autre pour un savant entuilage de sons, de durées, de tonalités parfois dissonantes qui se catapultent .
C'est au tour de la harpe de participer à cette candeur, cette intimité de la musique: un morceau vif, "der herbest kumpt stampedes",altier,enjoué, très dansant, couleur "locale" bourguignonne, entouré des cordes pincées et frottées. Un rythme coloré s'en empare, sautillant, relevé qui déplace les sons en volutes, rondes, escapades, débandade ou cavalcade salvatrice et libératrice des énergies de la musique qui "tourne" sous la nef de navire de l'église réverbérante à souhait!
L'amour merveilleux se fait également sa place avec un morceau de Hugo de Lantins, hypnotique dont la voix berceuse et sensuelle plonge dans un univers d'enluminures précieuses, carte du tendre avant l'heure, labyrinthe rythmique présentant les ornements baroques.
 "Ostez la moi  de mon oreille"  est ensuite un conte interprété par la voix vive de soprano d'une des interprètes, phare de l'ensemble vocal, : voix claire, vive argent, précise, séduisante et très convaincante quant à l'interprétation maline et charmeuse: on se laisse "ravir", emporter par son regard, son jeu en empathie avec le public conquis.Conteuse, diseuse, chanteuse enrobante .Enjôleuse.
Irruption du biniou ou de la cornemuse par Baptiste Romain,dans cette atmosphère recueillie, histoire de mettre du piquant et du charivari, du chahut dans ce recueillement onirique! Très pastoral, gai, populaire, vernaculaire mélodie, un brin folklorique, aux accents relevés, dansants!
 Comme une outre gonflée de sons, de vent et de souffles emmagasinés qui respire toute seule parfois comme un poumon. Rythme entrancement, volatil et volubile...C'était "chanter ne scay ce poyse moy"!
Suit un beau duo vocal, ténor, alto, mixte, très lent et courtois pour faire diversion et ramener sur le droit chemin de la séduction aventureuse!
Avec "je ne vis oncques la pareille" ce sont les instruments, seuls qui prennent l'espace pour une ambiance intime, feutrée, légère, aérienne avec ce petit orgue, organetto enjoué, très vif, le soufflet à vent très joli, comme une poche d'air qui se déploie, sacoche ou poumon portatif comme un autel de curé itinérant!
"quant je fus prins au pavillon"d'après un texte de Charles d'Orléans révèle une fois de plus le talent et l'expression espiègle et rusée de cette soprano gainée de sa robe noire Alaya, plissée comme les prémisses du langage baroque...Son adresse sensible à la cantonade, en fait un régal d'écoute et d'attention où l'on se sent interpellé, concerné, embarqué dans un âge et un espace lointain, pourtant si proche de nos écritures contemporaines!
Et au final, non un "boeuf" bourguignon mais un morceau "religieux", cerise sur le gateau, pour rappel à l'unanimité d'un public ravi, conquis.

Un concert florilège dans une langue curieuse,où chacun habite à sa façon le sujet, propos d'un merveilleux tranquille ou étonnant, discret ou jovial, source de rêves ou de danses frénétiques!
 Tout s'enchevêtre logiquement, naturellement comme les perles d'un collier, ou écheveau, tissage, tricot d'opus: toile panoramique joyeuse, diorama musical, ensoleillé, lumineux d'une époque loin d'être révolue!
A l'Eglise ST Etienne à Strasbourg le vendredi 30 Aout 2019

mercredi 28 août 2019

Chamalières sur Loire: vous avez dit bizarre, biz'art?

Spectacle itinérant dans les rues et espaces publics
vous aller emblavez ! et vous emblaver!

la croix solaire, déboussolée
le cyclomoteur et la chasse d'eau du restaurant "chez Simone": extra-vagant!
l'interphone près de la boulangerie: sans réponse
la manufacture de dentelles désaffectée: on fait plus dans la dentelle, ramène ta fraise !
le rocher grenouille ou dauphin: bouillon ou nage de culture
la maison sur pilotis: maison des hérons hauts sur pattes
 la carotte du tabac: ça rend aimable
la sculpture de Falguière chez Mi Anne: chapeau!
l'enseigne effacée au dessus du cabinet d'infirmières: épicerie bar restaurant Goudon: on s'y soigne la panse sans pansement!
la baguette "grand siècle" du boulanger: le roi danseur menait sa cours à la baguette
 la théière avec joubarbe rue de la vicairie: infusion de sorcières
 le banc en herbes dans le jardin médiéval: ban public pour jeunes mariés
les petits théâtres guignol, confessionnaux dans le jardin médiéval : la transparence des aveux
 le rocher Re- chausson! de danse
le blason en face de chez léon : pas blasé
 les traces sur le bitume;: chenille processionnaire
 chateau peyrache : gare à la part dieu
le bruit des planches usées du pont de fer: tapage nocturne
 la pierre templière au dessus des toilettes publiques :blasphème
le moinillon dans l'église prieurale: petit !
la maison à colombages pour les cigognes !
Le lavoir car il faut au bateau l'avoir

fin du parcours sur la terrasse de "l 'yeuse" rue de la vicairie c'est là que le vicaire rit !
mini récital de piano, chanson de charles charras sur chamamlières: "à la cavale"
lecture d'un de ses poèmes sur les dentellières

pot convivial vellave: on va emblaver !!!

"A cors perdus, accords perdus!


"Suivez la musique" sérénade d'ouverture du festival de La Chaise Dieu à Chamalières sur Loire le vendredi 23 Aout 15H au jardin médiéval du prieuré de ST Gilles

Bien alignées, les chaises "tulipes" au milieu des plessis du jardin médiéval... En plein  caniar certes, mais une sérénade au "jardin", c'est au jardin!
 Les spectateurs munis de canotiers, d'ombrelles, à l'ombre au rendez-vous!
Quand à cor et à cris, l'ensemble Quatuor à cor de l'Opéra de Marseille, hulule qu'il faut se réfugier à l'ombre dans l'abbatiale, car les cors vont souffrir de la dilatation solaire sous l'effet de la chaleur des ardents rayons de notre astre estival: fondre de plaisir pour les cuivres et se répandre dans le public de plein air, leur sera donc interdit!
Hérésie sonore que de catapulter les sons languissants et résonnants des cors dans l'acoustique ultra réverbérante de la prieurale.
Sans transposition acoustique au préalable, de tempi, timbres et durées musicales...
Alors c'est le chahut, le charivari qui ne varie pas, l’assassinat du Freischutz de Weber qui s'alanguit alors qu'il est course folle et venteuse, l'embouchage d'un Schubert, l’embouteillage et le crime d'un Schumann, dont les sons se giflent et se renvoient la balle, des coups de massue dans le corps..
Et puis ces chuchotements confidentiels pour annoncer le titre et la légitimité du choix des oeuvres qui attestent d'une sorte d'ignorance, de vanité ou de mépris à l'adresse du public: l'engagement oral pour communiquer fait défaut aux musiciens!
Drôles de musiciens, fonctionnaires et peureux, ignorants et passant leur chemin, hors des bords de notre Loire!
Bon vent pou ce dé-saccord, curée, hallali d'une chasse à cors perdus..
A mauvais entendeurs, salut, ne pas jouer le jeu, prétextant aussi possibilité de malaise du à l'exposition des artistes au soleil, , c'est souffler du vent de la discorde!
Faire du son un cale-son méprisant les formes anatomiques et architectoniques de Saint Gilles, patron de l'abbatiale, qui a eu les boules une demie heure durant!
Faire du vent dans les échéas, tournant en bourrique, c'est courir à sa perte et aurifier les oreilles du public. Quand les notes se fracassent, capitaine, dans les voûtes célestes, elles sont fausses et c'est le zéro de conduite à l'examen de passage de sérénade.
 Suivez la musique....des anges, pas celle des cors aux pieds des musiciens, petits musi-chiens, qui se plantent des pieds à la tête!
Et nous décrivent...
Jouez le jeu!
Jouez, n'est pas souffler!
Souffler dedans, n'est pas jouer dehors!

dimanche 4 août 2019

"L'épopée pop": Dick Annegarn, ami du verbe et des fondamentaux de la musique à Andlau: "au voleur" !

Au voleur!

On le croit belge, il est né aux Pays-Bas… et il se définit comme « nolandais ». Auteur compositeur, interprète, repéré par la musicienne Mireille dans son Petit Conservatoire, ce musicien poète a bercé et secoué plusieurs générations de mélomanes : Monsieur Dick Annegarn ! Son grand succès « Bruxelles » en 1974, l’emmènera en voyage dans le monde entier et reviendra en 2015 panser les cœurs endoloris par les attentats de Bruxelles. Dick Annegarn cultive une passion des textes et des mots. 
C’est en association avec ses complices Les Amis du Verbe qu’il nous propose un spectacle à part : l’Epopée pop ! 
Pas un concert « normal », non, mais une conférence chantée où se mêlent les chansons de l’auteur – le troublant Bruxelles, Bébé Eléphant, Mireille, Ubu, Sacré Géranium, Gilgamesh, Dionyzos, Quelle Belle Vallée… et des chansons du répertoire populaire français et anglais V’là l’Bon Vent, Don Quichotte, House of the Rising Sun, Black Girl…
Dick Annegarn puise à la source folk qui a inspiré son écriture. Un voyage à travers des chansons, des légendes, des histoires de son imaginaire et celles transmises par une tradition de bardes du monde entier. 

Que fait la police?
Alors avec sa verve, son humour décalé et avec distanciation, le chanteur-conteur-narrateur va de l'avant et son spectacle est un régal où l'on apprend d'où l'on vient: pas de nulle part, ni de table rase: on cherche les fondamentaux de sa musique.Cambrioleurs de morceaux choisis, dompteur de musique, Annegarn recèle encore bien des talents de dérobeurs de secrets de fabrication: ceux des autres, revisités pour le bonheur et l'actualité de la musique!
Et le voilà "voleur", rapteur de notes, de rythmes et de timbres. Nous voici dès lors en complices,receleurs d'un patrimoine enrichi, pas "moulé à la louche", bien "chelou" et pétri d'intelligence: "inter-liguérer" les sources , pour en faire aux confluents des rivières et des océans , un abreuvoir de musique vivante, pas "rapportée" ni imitée!,

"A la claire fontaine...", chanson de référence, passée à la moulinette des continents, des rythmes et des accents: un petit chef-d'oeuvre exemplaire du genre de ce "conservatoire" de la chanson où ni formol, ni bocal n'enferment la fantaisie. Un projet "fêlé du bocal" où l'on vient déposer sa mémoire vive pour la faire fructifier, pas momifier!
Annegarn, une voix de bluesman aussi, à part, qui fait résonner de profondes vibrations dans le cœur de chacun, du sourire … une interactivité et un partage d’une intensité rare !

Au festival "Clair de nuit", Christel Kern peut bien s’enorgueillir de réaliser ses rêves et faire de ce temps de rencontre, un temps fort aussi du patrimoine, local de la chanson avec la récollection savante des airs populaires de la musique vernaculaire de tous les pays!
"Enfants de tous pays...."

A Andlau jusqu'au 4 Aout
Dans le cadre du "Festival de nuit" Energiepositive 20 ans déjà !
organisé par le Pays de Barr 

Festival de la Tour à Woerth: Saori Jo le retour de l'enfant prodige !


Vivre à tout prix!

C'est bien "chez elle" qu'elle a le trac, celui de chanter devant sa boulangère ou ses voisins!
Pas un public tendre ni acquis que celui qui l'a bercée en Alsace dans son enfance!
Ce soir au Festival de la Tour, dans la vaste cour du Chateau, elle et son quatuor vont se défoncer presque trois heures durant!
Belle performance, généreuse, tendre et pleine de fougue, de rage autant que de pudique retenue!
Une femme qui chante, une "nana" bien dans ses pompes qui avoue écrire des chansons pour récupérer un amour perdu, ou en faire son deuil, résolument face à la vie, dans le présent, dans le désir de profiter de ce qui nous est offert: la vie, l'amour et le chocolat!
Splendide voix à l'arrache, pleine de ferveur, sur le fil des Rita Mitsouko ou de Ella Fitzgerald, elle vocifère ou murmure ses passions aux côtés de Miquel Ruiz, guitare au poing, fidèle compagnon de route, de toutes les aventures internationales ou "locales" .Resplendissante, toute en noir, la voix sensuelle, le corps engagé dans la bataille, en alerte toujours, elle donne à voir et à entendre les sons de la profondeur d'une artiste en proie à la déchirure, au combat de l'art vivant qu'est la musique qu'ils profèrent ensemble, beau "quatuor", trèfle à quatre feuilles vivace. Maline, mutine, espiègle Saori Jo est de cette trempe de chanteuse rock tendre liée à son  "groupe"que l'on suit avec fidélité et empathie.
Ce soir on est "proxi", circuit court, tout près de ses racines, et c'est très émue et généreuse qu'elle offre corps et âme, coffre et poumon, souffle et sourire à son public chéri, sans concession, venu nombreux pour ce concert unique au berceau: Woerth et ses souvenirs, mais aussi son avenir fait de projets et enregistrements.
Bon voyage Saori Jo vers des contrées fertiles et réceptive à ce pop rock dément, hurleur ou plein de nuances, de surprises, de modulations dont on ne se lasse pas. Difficile de se quitter alors, le coeur plein de rythmes débridés: on a la permission de minuit pour rentrer du concert sans perdre son espadrille pour aller faire de beaux rêves au pays.
A Woerth ce samedi 3 Aout 21H


Lauréate du concours Le Mans Cité Chanson 2012 (4 prix), Saori Jo partage sur scène son énergie et ses émotions sans retenue.
    Avec déjà plus de 500 concerts à son actif, on a pu la voir en première partie de Beverly Jo Scott, Martin Barre, Tri Yann ou encore Revolver et en ouverture sur les tournées de Jethro Tull (Allemagne, Angleterre, Ecosse), avec Ian Anderson qui lui offre un featuring à la flûte traversière sur la ballade "Fairy World".

jeudi 1 août 2019

La Ronde, bien roulée ! bien tempérée!

Elle fait ses gammes et va de vocalise en octaves, en accouchant de sa  petite portée de noires pointées, sans anicroche, le dernier né s'appellera Octave et sur sa partition de naissance, sera noté: nota bene, pianissimo ! Bouche bée, molle, elle fait le grand bécard, sans diez, sainte  ni touche blanche. Du haut de gamme, taillé sur mesure, du quatre temps ou deux blanches-neige ! Elle prend sa clé de fa au sol et se met au diapason.Dans robe ronde à la  mode mineure, elle se croit majeure!
Sa fille, double-croche fait des sauts de gamme en fréquence régulières et s'affranchir de son timbre sans fausse note!
Qui va piano, va sano !
Andante ? Al'dente !