vendredi 23 octobre 2015

"Répétition" de Pascal Rambert au TNS: une valse à quatre temps!


Ils auront mis le temps-mille temps- pour écrire et inspirer ce texte à Pascal Rambert: quatre artistes, comédiens, metteur en scène, réalisateur et non des moindres, Denis Podalydes, Emmanuelle Béart, Stanislas Nordey et Audrey Bonnet!


Quatre monologues pour nous entraîner dans une réflexion sur l'acte, le théâtre, la mise en scène, le jeu, bref, la vie d'artiste, cette vie d’égoïste, de flambeur, de jouisseur!
Ils portent leur prénom, chacun, comme à la ville et sont présents, fragiles ou forts, sincères et convaincants, ces quatre personnages qui tiennent le plateau deux heures et demie durant, sans se lasser, sans faiblir: le mutisme de ceux qui ne "parlent" pas pendant que l'un s'épanche, déverse son texte, éructe les mots, fait parler son dos, ce silence est présence, accompagnement, communion
Car il y a un chorégraphe sur la scène, des circulations qu'il anime, des immobilités, des corps qui se glissent au sol, habitent le plateau, viennent mourir, se répandre, fondre au sol.Travail sur le plancher, la dépose du poids du corps....
Tenue de ville, décontractée, exigée! Avec te shirt de couleurs ou torse nu, bottes d'amazone ou veste sobre, les voilà, mis à nu, manipulés par le phrasé du texte d'un auteur qui danse, qui respire ou noue met en apnée. Suspension, déferlement des mots, jouissance de la diction qui sourd des lèvres gourmandes d'Emmanuelle, des épaules de Stan, des yeux Denis, de la chevelure d'Audrey.
Ils questionnent, retourne le terreau, laboure la pensée en mouvement!
Ils travaillent à vue, on les regarde se dépenser, réfléchir, fléchir, ployer ou se redresser dans des érections salvatrices des corps qui doutent, se replient ou se déploient!
Ils se revoient parfois la balle, s'interrompent, se rattrapent comme au basket mais quel est le "but" recherché de cette curieuse formation qui ne semble pas faire "équipe" ?


Et comme pour la danse, la lumière sculpte l'espace et les corps: dans ce gymnase tout bleu et de tendance orange profond. Le panier de basket au centre, les découpages et tracés au sol, déterminent un espace de travail "sportif", de labeur, de souffrance, alors que celui de l'art et du théâtre ne sont pas le lieu du "martyr" mais de l'implosion, de l'explosion du verbe, des corps, de ce verbe incarné que nous donnent à voir nos quatre feuilles de ce trèfle porte bonheur
De jubilation, de suspens, de voix qui comme dans "Clôture de l'amour" tonifient les situations, guident et conduisent à une lecture visuelle d'un texte fait sur mesure pour des comédiens si différents, si singuliers!
Au final, une gymnaste fend l'espace de son ruban serpentin, danse gracile de la virtuosité, évocation d'une musicalité corporelle, contrainte, disciplinée, domptée
Les quatre protagonistes de la liberté d'aller et venir n'ont qu'à bien se tenir!

lire "Rambert en temps réel" de laurent goumarre aux "solitaires intempestifs" 2005

au TNS jusqu'au 7 Novembre


mercredi 21 octobre 2015

"Mérédith Monk, une voix mystique" de J.L. Tallon


Meredith Monk est ailleurs. Née à Lima ou à New York, la nature profonde de cette artiste atypique, tout à la fois compositrice, chanteuse, mime, dramaturge, metteuse en scène, danseuse, comédienne, toujours à l’avant-garde d’elle-même, procède à la fois du feu terrestre et du cosmos, des passions humaines et des secrets du monde, dont elle se fait la messagère. Très tôt, le chant, lui ouvre des horizons qu’elle devine, autant de territoires inexplorés, où l’imaginaire et le mythe, l’espace du dedans et du dehors, le passé et le présent, se rencontrent, se déploient. Guy Scarpetta parlait d’une « femme cent-voix », Daniel Caux d’« une voix qui danse », Babeth M. Van- Loo de « voix intérieure ». Qu’elle soit associée, à un instrument – piano, violon, accordéon, kazoo et tant d’autres – à un quatuor, à l’orchestre, à son ensemble, qu’elle soit démultipliée par la scénographie, le mouvement, l’image, chez Meredith Monk, la voix prime, reste le vecteur principal de son art, cherchant à établir, souvent sans un mot – pas de texte, juste le son de la voix, mélopée, borborygme, animale ou primitive - un lien intime entre deux mondes, des vérités transcendantes au spectateur/auditeur. Protéiforme, la voix de Meredith Monk, comme catalyseur de son art, se fait alors mystique.

Ce livre d’entretien avec Meredith Monk, Une voix mystique – premier livre en français sur la compositrice américaine – montre ainsi, comment ses oeuvres et son esthétique, sans doute parmi les plus intenses et les plus puissantes de notre temps, loin du minimalisme auquel on l’associe, à tort, sont le lieu d’une expérience éminemment spirituelle.
Jean-Louis Tallon écrit, vit, travaille à Orléans. Il a réalisé de très nombreux entretiens d’écrivains et d’artistes. Il est l’auteur d’un récit intitulé Composition de l’atmosphère (Le Grand Souffle, 2007) et d’un entretien avec Pierre Bergounioux : Un écho lacunaire (Fata Morgana, 2014).

Zvardon à Trafalgar ! Graffalgar !

photo robert becker

Chambre d'hotel Graffalgar à Strasbourg