mercredi 8 juillet 2026

"Fae": l'odyssée de Efthimios Moschopoulos

 


On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d 'Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito, le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophobe et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile.

Le hantent, des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacree païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquille comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percute notre appréhension immédiate. Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nostalgiques de légumes et fruits frais.Vegetarien carnassier du geste de survie, le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE", cette injonction à se nourrir coûte que coûte est telle un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à  Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d'un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté. 

Au  Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse 


"Wasco": peindre la danse,danser la peinture.


Lisbeth Gruwez,Maarten van Cauwenberghe  Hetpaleis et Voetvolk jouent et gagnent dans un opus original,singulier,unique.Prenez des enfants et laissez les peindre les couleurs de la vie sans les restreindre sans les brider en les conduisant sur leurs chemins de traverses.Il en résulte une audace,un punch,un culot débordant de générosité et de professionnalisme. Un chantier,des échafaudages comme terrain de jeu et voilà de jeunes pousses de la danse,tous Pareils,tous différents qui se mettent à construire,à colorer leur espace de vie en gribouillis à la Cy Trombly,en body painting,en gestes picturaux dignes de Pollock ou Mathieu.En fulgurances picturales à la Niki de Saint Phalle.Un pinceau peut y tracer le bonheur,le signe inscrit d'une énergie débordante incalculee .Ce sont des enfants et adolescents qui mènent ce bal Bullier digne d'une Sonia Delaunay ou d'un  Severini avec fougue,intensité,générosité sans limite.Incroyable fresque mouvante,les jeunes danseurs maîtrisent une gestuelle qui leur va à merveille,sans code ni contraintes.Chacun y trouve son style dans une grande liberté d'expression.Les couleurs ,les matières y sont maîtresses et les glissades,les jeux induits par l'expérimentation font mouche.Des pots de peintures comme matériaux de base,une toile au sol pour accueillir leur inventivité,leur inspiration en direct sous nos yeux ébahis devant tant de beautés. Au final un immense rideau de scène tel ceux des Ballets Russes à la Picasso se lève et suspend nos rêves aux cimaises.On souhaiterait le voir en étendard sur la façade de l'agora de Montpellier Danse pour illustrer l'esprit d'ouverture du lieu dédié à la Danse et à toute son actualité débordante d'audace. Cette "infanterie" est bel et bien le creuset de l'intelligence de la transmission d'une danse inventive,libre et fédérative.

L'œuvre collective,l'être ensemble comme direction,comme cap accessible,possible endroit de structuration,de sensibilisation à un engagement politique,poétique d 'exception.Ces petits "soldats" ambassadeurs d'une troupe soudée dans la cadence d'une unisson citoyenne, participative,physique,sensorielle à souhait.Une éducation artistique de rêve vécue,pensée en mouvement et toujours de l' avant.Et l'on palpite,on frissonne de plaisir à la vue d 'un tel engagement partagé. 

Au Théâtre Jean Vilar le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse. 

Mazelfreten: une meute electrisante et fascinante

 


C' est place de l 'Europe que les fameux et célèbres Mazelfreten se sont produits comme spectacle apothéose du festival Montpellier Danse.Pour un final public très émouvant, l'espace public bondé et impatient de les voir évoluer devant eux.Aptes un discours sobre et enthousiasme du Maire de la ville et des organisateurs ,lesdix danseurs s emp,arent du plateau immense et déjà l'énergie déferle rageuse,tranchante,aiguisée,comme un projectile lancé dans l'espace prêt à ricochet,rebondir,ensorceler. On y retrouve Brandon Miel Masele galvanisé par ses pairs,magistral danseur tonique,brûlant les planches avec conviction,engagement et fougue Il en va de même pour les autres interprètes galvanisés par ce style électronique et hip hop qui leur va si bien.

Une grande leçon de danse publique sur l'esplanade Charles de Gaulle la même matinée prouvait que la simplicité et la convivialité du chef de file Brandon est authentique,simple et respectueuse du public,de ses capacités et attentes.Danser face à face à ce démiurge devient naturel,simple et possible.Merci au festival et à ses initiateurs..

La gestuelle est angulaire,morcelée,en miettes et reconstruite à l'envi par une énergie qui se plie et se déplie toujours en fractures géologiques,en strates tectoniques de déluge autant de grâce que de brutalité fracassante simulée .L'aura Defretin et Brandon Masele au firmament de leur art de mettre en scène une danse fusionnelle avec des corps performants au delà d' une prestation virtuose ou athlétique.Un déferlement d 'énergie ponctué de poésie chorégraphique,duo ou solo qui  égrènent joyeusement ce show électrique. Del'adrenaline de choc pour éveiller les espritsen en  ondes de pulsations,de rythmes endiablés,de vibrations salvatrice et bienfaisantes.Un événement hors pair pour clore dans la cité un festival populaire de haute volée sous le signe du partage et de la convivialité.

  Il en allait de même avec le tout dernier spectacle dans l'amphithéâtre du Domained'0 "Hervé X Et Mazelfreten".Une rencontre du troisième type entre le chanteur et la troupe de danseurs.L'ambiance survoltée du concert fera date: jamais seul sur le plateau, la jeune star auteur-compositeur-interprete d'emblée électrise et séduit par sa silhouette solide et massive,sa voix et ses propos chaleureux. Inspiré autant par Bashung, Daho ou Daft Punk,le voilà jeté dans l'arène ,généreux,porté par l'amour de la scène et la découverte de la compagnie de danseurs tout proches.Ils font corps et graphie dans cet espace partagé,la danse fusionné avec la musique et trace et signe des évolutions fulgurantes autant que des instants solo de toute beauté et très émouvants.Loin d'être une machinerie lancée à fond dans le vide,cet opus est écrit,structuré et rythmé sans pareil laissant place à une virtuosité délectable. Les Mazelfreten décidément inscrits dans une mouvance stylée, inventive et surprenante.Chacun des interprètes y trouvant son tempérament,sa singularité,son identité.Un battle final fait figure de glossaire,catalogue irraisonné de ces chansons de gestes courtois de notre temps.

Au domaine d'0 le 4 juillet dans le cadre du festialMontpellier Danse.

mardi 7 juillet 2026

Sept larmes pour Élisabeth:la danse dans les plis

 


La vie dans les plis les replis les déplies  les origami de la chorégraphie telle serait en résumé le propos empreint de . plénitude de cette œuvre de main de maître signee Aurelien Bory.Au plateau le guitariste virtuose Thibaut Garçia accompagne sa complice Aure Wachter danseuse chanteuseAu sol un immense drapé noir étoffé de la nuit se répand en tissu froissé de lumière.Cette femme déjà familière s en empare pour la transformer la plisser s en emparer comme un habit de nuitée longue robe à la Fortuny ou Myake 

Alors que les mains agiles du guitariste egrenent des mélodies nostalgiques.La danse est raffinée baroque altière et distinguée.Le son de la voix de Aure Wachter se fait profond mélancolique et le fameux o solitude devient chanson de geste et d amour gracieux.Les apparitions de l un et de l autre sont résurgences de sons et de corps qui absorbent l espace ou se fondent en lui.La fraise, cette collerette costume du port de tête se fait ornement savant qui se porte et se déplie comme un leporello ou une crête dorsale d animal hipocampe archaïque.Vision de toute beauté plastique et onirique qui plonge dans une atmosphère méditative recueillie. Un immense pan de mur se dresse et fait résonance écho à ces plis dignes  de Deleuze ou Henri Michaud comme réflexion du scenographe Aurelien Bory magicien expérimenté de la lumière et d une narration rythmique de la danse.Elisabeth princesse attristée y devient initiatrice d un trio danse en compagnie de son guitariste et de son instrument.Un corps à corps fabuleux des virevoltes tourbillons de grâce lancés dans l espace à foison.On y perd pied et repérés ravis par une intelligence rare interprétation de l univers elisabethain de John Dowland et de son fameux Seaven Teares.Pavane précieuse inventée de toute pièce par la danseuse et le musicien démarche calculée écrite et façonnée par les replis les tréfonds d un palimpseste miraculeux.Cet opus création mondiale se fait joyaux de la reine perle rare baroque aux formes multiples qui se font et défont à l envi. Le glossaire de gestes et de musique comme une partition en direct déchiffrée sois nos yeux.La tendresse et l harmonie se fondent et se diluant.Le mur de plis en accordéon ou partie orgues basaltique fait écho en pierre polyphonique et phonolithique roche métamorphique en cassure séracs géologiques des ères revolues.Perchee sur cette frange périlleuse la danseuse funambule se fait ange figure fantomatique ou esprit des lieux en déséquilibre.  Le risque et le danger font frémir hérissent et galvanisént les deux interprètes au zénith à l apogée de leur savoir être ensemble dans une grande discrète empathie avec le public.Une ode à la mélancolie ici rehaussée de bonheur d accalmie de sérénité absolue

L'architecture phonique telle les rythmes chers à Porzamparc et la Cité de la musique à Paris ou celle de la philharmonie de Luxembourg.Attention chef d oeuvre à ouvrir precosioneusement comme un éventail chatoyant procurant mystère et secrets au firmament de la préciosité des arts croisés. Les larmes d une clepsydre goutte à goutte  élixir de jouvence aux fragrances d amour courtois.

Au Théâtre Jean Claude carrière le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse 

A

samedi 4 juillet 2026

How romantic katerina Andreou et Carte Blanche: danser pour survivre

 


Les marathons de danse inspirent la chorégraphe d' origine grecque avec passion et raison.Ce n' est pas sa vision ni une adaptation du film de Syndey Pollac "On acheve bien les chevaux", mais un opus fondé sur l"energie,son déploiement et la force de caractère de ces personnages engagés dans la lutte pour la survie sociale,économique.Les danseurs allongés sur une sorte de podium entament lentement une gestuelle sensible,chacun esquissant son impatience,sa peur,son attente quant à cet événement à surmonter jusqu au bout.Tout semble œuvrer en direction de la retenue puis peu à peu du basculement dans l effort,la dépense et la perte. Singulières visions débridées de corps qui expriment désarroi,ou peut être aussi joie de participer à cette cérémonie collective qui va fédérer les participants.Solo et duo engagent la Danse,la transfirme en meute déferlante sur une musique cinglante.Quelques pas de deux explorent le calme retrouvé après la tempête et apaise l'atmosphère Tendue,voire oppressante.Sur des bribes musicales duSacre du  Printemps ou micro en main,les danseurs s'adonnent à un rituel de partage plutôt que de concurrence ou lutte individuelle.La solidarité et l'entraide forme un être ensemble remarquable et l"ambiance reste à l'empathie et à la fièvre collective Les instants d'accalmie sont des havres de gestes ralentis,calmes,détectables.Savoureux et apaisant.Au final c'est à un feu d'artifice de bonds,de sauts d'obstacles que l"on  assisté à vous couper le souffle.A perdre haleine une fulgurance émerge et surgit des corps lancés dans l'espace,projetés comme des dévoreurs affolés d'univers qui s'ouvrent à l'envi.De remarquables interprètes de la compagnie de Danse de Norvège,Carte Blanche s'adonnent auj jeu de la Joie de danser qu"incarne en quintessence  la pensée communicative de Katerina Andreou.

Au Théâtre de l"Agora de la Danse le 3 juillet dans le cadre du Festival Montpellier Danse 

vendredi 3 juillet 2026

Chiara Bersani l'animale

 


Quand danse et sculpture révèle l'art d être au monde

Une forme étrange semble reposer sur un socle au cœur de la chapelle des chœurs de Montpellier :cette masse étrange se met à se mouvoir lentement comme un être vivant au creux d'une lumière douce et apaisante.On distingue à peine les contours d'un corps qui se meut lentement et dissimule vraisemblablement celui d'un être vivant.La sculpture oscille émet de petits cris et souffles de vie et laisse apparaître peu à peu les contours d'un bras d'une cuisse et le tissu d'un vêtement noir scintillant.Alors se fait plus évidente la présence d'une personne ,le travail d'un Rodin...On perçoit une main difforme comme sortie d'un univers étrange étranger: c'est bien la la danseuse qui se dévoile lentement et apparaît dans toute sa splendeur et sa singularité physique.C "est ainsi que prend vis l'interprète qui fascine inquiète intrigue et provoque un émoi une émotion intense .Le regard se focalise sur ces mouvements lents dévoilant son visage sa longue chevelure son corps entièrement.La a danseuse, créature quasi fantastique dans ce contexte spectaculaire'fait office de monstre sacré créature divine transfiguré comme sur un socle magnifiant ses formes au plus haut niveau de visibilité.La sensibilité au cœur du sujet sans complaisance ni déni. 

Dans le cadre du festival Montpellier Danse le 3 Juilllet 

La Horde ou la descente aux enfers après nous le déluge


Après moi le déluge

 La Horde ce collectif chorégraphique à la direction du Centre national de la danse de Marseille ose toujours surprend dérange trouble sème la zizanie dans les corps et les esprits pour causer désordre et chaos.S'inspirant de leur mentor philosophe écologiste servant et fervant militant de la résilience Alain Damasio. Leur style est celui du soulèvement plus que de la révolte car il n'y a pas de solution à leurs préoccupations dans un décor planté pour l'immense salle du Corum à Montpellier. Cette œuvre qui se déroule et se façonne devant nous est une fois de plus une création mondiale dédiée au festival Montpellier Danse :un parcours irréprochable sur les sentiers d'un questionnement sur notre vivre ensemble et nos résolutions à sortir d'une impasse, impasse ici incarnee  par une immense chappe de matiere grise sur le plateau.Toit du monde qui se transforme en béance,en trou noir qui accueille les corps des danseurs comme dans une fosse magnétique,happant les etres humains voués un triste  sort dans les entrailles de l enfer.Serions nous chez Jérôme Bosch, au sein et au seuil d une diabolique et irréversible immersion ? Sans nul doute que cette irrésistible meute va surnager de cette enfer et vivre au crochet de ce décor qui occupe toute la place du plateau mais il ne semble pas y avoir d'ici après ces quatre tableaux illustrant la fin du monde Apocalypse Now pour le collectif du nom de la Horde fétiche emblème du travail et de la réflexion du collectif hors norme

Dans le cadre du festival de Montpellier danse au corum le 1 juillet

Serge Aimé Coulibaly:le partage et la conviction


Back to Kidal

Serge Aime Coulibaly est le chorégraphe de la tonicité du partage et de la conviction: selon lui il ne faut pas convaincre mais séduire, aimer son public son prochain. Pétri d'humanité ce danseur-auteur est la preuve que l'expression chorégraphique est toujours une icône de la solidarité et de la convivialité Son engagement politique se révèle dans le choix de la thématique de sa nouvelle pièce la musique y trouve une place privilégiée expression d'une culture d'une sensibilité loin  de se complaire dans l'illustration ou la réplique de la tradition orale et musicale: le blues l'interpelle et active la danse dans une résurgence sonore gestuelle qui se répand dans l'espace et honore le plateau de la présence de deux musiciens qui accompagnent sans cesse les évolutions de si danseurs sur la scène e de l'Opéra de Montpellie. Deux chanteuses se joignent à cet hommage à l'histoire d'une partie de l'Afrique de leur voix chaude et impressionnante d'authenticité durant tout le spectacle .Elles enchantent l'oeuvre d'une sonorité inégalée en tant qu' émission vocale de toute beauté alors au centre de la scene une curieuse masse blanche intrigue et dévoilera bientôt sa nécessité plastique et scénographique.Tout se déroule dans la joie l'énergie et la beauté des gestes qui se cabrent s'accélèrent se répondent et proposent ainsi un glossaire chorégraphique riche en secousses et autres divagations splendides.La masse centrale lumineuse délivre son secret peu à peu, enveloppe protectrice,drap-etendar et berceau des corps qui s' y réfugient . Des spectres  tour oyants brouillent les pistes de lectures,fantômes des esprits bienveillants de ce soulèvement a la Didi Huberman.La posture politique du choregraphe et de ses interprètes est efficace,engagée,sans compromission.On y goûte avec respect et acquiessement à une prise de position à l'endroit de la scène qui pour lui demeure le lieu et l"endroit de visibilité et de passation.

Une ode,un manifeste danse,chante de grande amplitude et de toute générosité orchestrée par un chorégraphe dont la voix timbrée et chaleureuse résonne comme une incitation à l éveil et la vigilance. Le son du corps comme un instrument de musique à part entière également durant toute cette pièce inédite. 

Création mondiale dans le cadre du festival Montpellier Danse.

Jann Gallois où la fureur de vivre


 Dans le cadre du festival Montpellier Danse Jann Gallois présentait "in situ "une performance sur l'esplanade Charles de Gaulle : une jolie foule compacte l'attendait sur ce parvis avec impatience sous une douce chaleur. Quatre danseurs font irruption sur cette arène bordée de spectateurs à l'écoute de cette performance inédite très écrite pour ces quatre interprètes débordant d'énergie d'empathie. Une histoire simple de personnages qui s'attrapent s'atirent se repoussent ou s'ignorent dans un joyeux débordement d'énergie et d"humour.Solo,duo complices entre homme et femme qui s'abandonnent dans une danse éperdue de grâce,de fusion,de sororité.Sur un sol dur,en plein air,cet engagement physique est sincère,entier et résonne comme un don de soi au delà de la simple performance ludique estivale.  Rare et belle digression sur la place de chacun dans cet espace ouvert,offert à une lisibilité claire,limpide qui coule de source.Un acte chorégraphique volontaire et touchant qui se developpe en fin de partie en un bal partagé entre tous les spectateurs désireux de partager la fête. 

Dans le cadre du festival Montpellier danse le 2 juillet.

Nadj au pays des éphémères


 Des images d' insectes parcourent un écran comme autant d'éphémères, ces bestioles qui n'ont qu'un temps de vie réduit à quelques heures.Superbes envolées poétiques d'un monde fugace.Deux personnages font irruption sur le plateau,figures étranges masquées de blanc,pantins tels deux manipulateurs de marionnettes qui se rendraient mobiles automatiquement.Et tout l'univers onirique de Nadj fait irruption comme surgi d'un conte de fée réactivé des temps anciens.Résurrection d' un univers passé jamais éteint. L'espace se réduit à ces deux corps,à ce duo très proche quasi jumeaux ou siamois fantastiques.Le mutisme est de rigueur, le mime encore pétri d'une gestuelle bizarre,tétanique,morcelée à souhait.Les postures frontales génèrent un effet de miroir réfléchissant une singulière posture corporelle rehaussée par la présence d'objets rituels,magiques venus des fonds du temps.Un crâne rituel d' un bestiaire de chasse, du bois flotté battu par des eaux. ensorcelées.Et la magie opère, l'envoutement d'un espace inconnu,suspendu,arrêté. Nadj et son complice ne font qu'un dans ce grimoire fabuleux hors sol,en suspension.Les compères naviguent,se parent de cornes anguleuses,jouent et gagnent dans le burlesque raffiné,le grotesque suggéré,l'absurde avoué. Sortes de chimères,de Wildermann à la Charles Freger, ces hommes sauvages légendaires qui parcourent les vallées suisses ensorcelées par les frimas. La musique soutient cet univers étrange entre statique et boîte à miracles d'où surgissent des objets qui semblent avoir une âme.Manipulés de main de maître par un duo charmant qui ravit, subtilise notre raison et nous propulse dans une cosmogonie onirique sans pareil.Comment résister à se laisser capturer,captivé par ces icônes mouvantes enchanteresses.Nadj en pape,au mieux d'une expression et d'une écriture singulière qu'on lui connait.Une référence obligée d'un temps chorégraphique suspendu,dans la pénombre et le secret,dans des révélations magiques de prestidigitateur du geste: précis,découpé,en apnée ce des plongeurs à la recherche d'un trésor enfoui. Les strates de l'inconscient comme un palpseste païen d'empreintes,de signaux précurseurs de félicité. 

Dialogues dans le rêve au Kiasma à Castelnau-le-lez dans le cadre du festival Montpellier Danse

Création mondiale

jeudi 25 juin 2026

"Ballets russes" Dominique Brun / François Chaignaud / Tero Saarinen: un florilège de solo et duo inédit

 



Coréalisée avec La Filature, Scène nationale de Mulhouse, cette soirée apporte un nouveau regard sur trois titres légendaires associés aux artistes de la compagnie des Ballets russes de Diaghilev qui a bouleversé à jamais le monde de la danse au début du siècle dernier. À cette occasion, Tero Saarinen confie pour la première fois à de nouveaux interprètes son solo signature
HUNT dans lequel il revisite Le Sacre du printemps. De son côté, Dominique Brun réinvente la partition chorégraphique originale de L’Après-midi d’un faune créée par Nijinski et s’empare de la musique entêtante du Boléro de Ravel avec la complicité de François Chaignaud, artiste-invité du Ballet de l’OnR.

 


HUNT de Tero Saarinen. Créée en 2002 par la Tero Saarinen Company en collaboration avec la Biennale de Venise et le Festival Automne en Normandie. UNT — Tiraillé entre une traque extérieure et une quête intérieure, un être aux abois s’adonne à un sacrifice célébrant le cycle infini de la vie et la nature transitoire d’une enveloppe charnelle en constante métamorphose. 

Faire la lumière sur un tel joyau semble la règle d'or de ce solo, divinement interprété par Susie Buisson    ,auréolé pat un fabuleux et méticuleux ouvrage sur la lumière. Dans la pénombre, c'est un être hybride, androgyne qui se distingue peu à peu, esquissant des gestes onctueux, languissants et volubiles. La grâce s'empare de ce personnage alors que les notes du Sacre sous les doigts habiles, agiles du pianiste s'emballent, se diversifient en tension, relâche,suspens, et suspension.La version pianistique est forte, ample et souligne chaque phrasé chorégraphié, chaque geste au plus près des intentions dramatiques du sujet. Alors que tout semble se calmer, des cintres apparaissent des formes en spirales, kaléidoscope de lumières diffractées, morcelés comme sur un miroir brisé, inversé. Spirales en colimaçon qui viennent se fondent sur l'interprète et épouse ses formes. Pour finalement faire de son corps un écran total de couleurs et de lumières. Un costume étrange, longue jupe plissée transforme le corps dansant en éventail, en sorte de papier plié, flottant, selon toutes les vibrations de la danse. Art plastique mouvant, figure en mouvement sous la tension de ce vêtement de plus aérien. Comme sur un écran fragile et oscillant, habité par des fractions de rythmes, de divagations. Ce solo est une prouesse de précision, d'adéquation avec l'oeuvre fébrile, tectonique de Stravinsky. Que l'on croit connaitre et que l'on découvre à chacune des versions que nous en ont proposé tant de chorégraphes à la suite de Nijinsky. Tel le travail plastique de Tony Oursler, tout vibre ici en images déformées, déposées sur le support du corps.Ou du travail de Nikolais sur les poursuites lumineuses des sculptures corporelles. 

Chorégraphie Tero Saarinen Musique Igor Stravinski Costumes Erika Turunen Décor, lumières Mikki Kunttu Multimedia Marita Liulia Photographie en projections Mikki Kunttu Directeur des répétitions Henrikki Heikkilä Ballet de l'Opéra national du Rhin


L’Après-midi d’un faune de Dominique Brun. Créée en 2007 d’après la chorégraphie de Vaslav Nijinski en 1912. L’Après-midi d’un faune — À peine sorti d’un songe, un faune émoustillé par les jeux d’un groupe de nymphes perturbe leurs danses et s’empare d’un voile abandonné par l’une d’elles pour en faire l’objet fétiche d’une vénération passionnée.  

Un faune sur son estrade,Erwan Jeammot, se délecte de la vie, les gestes langoureux, séducteur en majesté, voluptueuse créature mouvante, exquis personnage à l’érotisme discret, plein de pudeur et de distinction. Lui parvient une compagne idyllique, sensuelle aux gestes tout droit issus d'une esthétique de reproduction de danse grecque sur des fresques et frises antiques. Droiture, brisure des membres aux directions multiples qui se divisent en poses nombreuses, ponctuées de silence, de retenue, de suspens. Le couple de danseurs au plus près d'un style épuré, tonique et ciselé.La précision des gestes de la reine des Nymphes,Julia Weiss, contraste avec la langueur du Faune. Du tissus, de l'écharpe portée par cette figure féminine délectable, il se fera l'objet d'un plaisir, d'une extase non dissimulée qui à l'époque de sa création, fit scandale. 

Conception, recréation chorégraphique Dominique Brun Chorégraphie, notation Vaslav Nijinski Traduction en système Laban Ann Hutchinson Guest, Claudia Jeschke Musique Claude Debussy Poème Stéphane Mallarmé Costumes Sylvie Skinazi Décors Léon Bakst Ballet de l'Opéra national du Rhin Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand


Un Boléro de Dominique Brun et François Chaignaud. Créée en 2020 par la compagnie Les porteurs d’ombre. Un Boléro — Oscillant entre grâce et rage, une silhouette vaporeuse et sensuelle se livre à un rituel incandescent, guidée par une mélodie lancinante en perpétuelle ascension, évoquant un lointain souvenir d’Espagne.

Toute la délicatesse et la fougue de François Chaignaud est condensée dans ce "Boléro" taillé sur mesure pour une créature de rêve, une figure emblématique pour incarner un symbole de séduction autant que de retenue. Sur l'estrade de bois qui vibre sous les frappements des pieds du Danseur, se raconte un récit de corps troublé par la tension magnétique engagée dans la furie, la folie de cette musique lancinante, hypnotique, un rythme oppressant, omniprésent, qui enfle, gonfle et monte aux nues. Telle une créature fantasmée, divine, le danseur fulgurant porte son costume plein de falbalas, de plis, de froufrous colorés, les cheveux défaits, l'allure sidérante d'une vision idéale de la beauté. On songe à Jorge Donn qui incarna le "Boléro", version Béjart, seul sur son podium. Plein de charme, de désir, de grâce et de fulgurance dans des élans , des bonds endiablés de toute beauté

Chorégraphie Dominique Brun, François Chaignaud Interprétation François Chaignaud Musique Maurice Ravel Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand Costumes Romain Brau Scénographie Odile Blanchard Association Les porteurs d'ombre

Cette soirée triptyque est un joyau, magnifiant autant un répertoire que des ré-écritures chorégraphiques sur des musiques "familières" ici déstructurées par la danse qui s’immisce dans chaque phrasé, chaque opus que l'on découvre comme des trésors. 

A l'Opéra du rhin jusqu'au 27 JUIN

mercredi 24 juin 2026

"Migratrice" La nouvelle création de Kaori Ito en répétition: les secrets de famille s'allègent et délivrent les corps pensants..

 


" Cette pièce, construite à partir d’un texte très personnel — celui de ma famille japonaise — interrogera la place des femmes dans les migrations.À travers cette histoire, elle parlera du poids que l’on emporte avec soi dans les déplacements — surtout en tant que femme — et de celui qu’on ramène quand on rentre." Kaori Ito

Pour sa nouvelle création, Kaori bouleverse ses habitudes et ajoute sur le plateau une importante scénographie : des portes de styles différents — celles d’un restaurant japonais, d’un barbecue coréen ou encore d’un PMU — suspendues dans l’espace.

4 interprètes évoluent dans ce décor : Catherine Germain, comédienne française ; Hyoungkwon Gil, percussionniste coréen ; Issue Park, danseur coréen avec qui elle collabore déjà sur ses créations Waré Mono et Dance Marathon Express ; et Nanoka Kato, danseuse japonaise.

ls et elles seront plusieurs fois appelé·es à la table d’un pays ou d’un autre par une même injonction : « Nous avons quelque chose à vous dire. »La scène se répète, les points de vue changent : tantôt parents, grands-parents, enfants, onclesou tantes, ils nous confrontent à l’intériorité de chacun·e, à la mémoire des acteur·ices du souvenir. Dans ce café du souvenir, on retrouve la mémoire — ou bien on la réinvente.Le secret sera révélé... ou bien gardé encore.À travers cette répétition, on observe la reproduction des schémas familiaux qui entretiennent le tabou et structurent parfois des familles entières à travers les générations.

Les secrets de famille sont tabou au Japon, l'invasion de la Mandchourie par les japonais se révèle et surgit de la grande histoire sur une cartographie parlante pour mieux nous laisser pénétrer par les portes et fenêtres dans les coulisses de l'âme d'une japonaise. Kaori Ito défie ici les lois du silence en offrant aux artistes un champ d'interprétation et  d'appropriation de sa culture: poreuse, éponge que deux danseurs Nonoka Kafo et Issue Park assimilent, digèrent, et dansent dans des fulgurances ou des moments de grâce inédits, improbables. Un personnage énigmatique, multiforme s'impose des le départ et raconte comme un fil conducteur les us et coutumes, les colères ou les aveux d'un père, les mystères d'une fratrie. C'est Catherine Germain qui irradie ces figures légendaires, costumes changeants, attitudes variées de femme pétrifiée autant que de géographe cartomancienne éperdue! Touchante évocation des fantômes qui peuplent un univers riche de mémoire, d’icônes, de sensations d'enfance ou d'adulte. Tout se rattache au souvenir dans un présent physique intense, une narration volubile des corps en mouvements. Le percussionniste à l'écoute des vibrations du monde en devient lui-même danseur, pantin dans cet univers , trésor de secrets dévoilés ou enfouis. Hyongkwon Gil, danseur fébrile et cathartique.Tout ceci augure du meilleur, canevas déjà bien faufilé, tissage de main de maitre par la chorégraphe rompue aux histoires de corps hantés par la trace et l'empreinte des faits et gestes imprimés, fondu dans les corps. Et l'esprit des lieux de surgir à nouveau dans une communion sincère avec le public, ici réuni dans le partage d'une aventure quasi aboutie.Le décor fait de pans de portes coulissantes comme une frontière ou un espace d’échappatoire selon l'ouverture ou la fermeture de son dispositif. Un espace de réflexion autant que de plaisir: celui de voir conter et danser les éruptions du monde. Migratrice sur des terrains à défricher, migrante, nomade, éclaireuse sans boussole mais avec un bâton de sourcier magnétique, Kaori Ito arpente les territoires inconnus d'une culture complexe, opaque et très enrichissante.

 

directrice du TJP CDN de Strasbourg Grand Est pour lequel elle développe un projet d’un lieu de théâtre transdisciplinaire, interculturel et intergénérationnel qui défend la transversalité de l’art, l’importance des questionnements des enfants et leur implication dans les processus de création. 

Après Waré Mono en 2023, Moé Moé Boum Boum et Dance Marathon Express en 2025, Kaori créera en octobre 2026, Migratrice.

 Du 15 juin au 1er juillet, le TJP accueille toute l'équipe artistique de Migratrice pour l'avant dernière résidence de travail avant la création le 7 octobre 2026 à la Grande Scène du TJP.

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samedi 20 juin 2026

"Danser Mozart au XXIᵉ siècle" Rubén Julliard / Marwik Schmitt: Mozart joue et danse, gagne en lisibilité musicale et chorégraphique



Ballet jeune public.
Amadé de Rubén Julliard.
Gangflow de Marwik Schmitt.
Reprises.


MO Z A R T. Derrière la légende du compositeur au génie quasi-divin se cache un homme disparu prématurément, épuisé par les excès d’une vie consacrée à la composition. Amadé évoque ainsi la brièveté d’une existence gouvernée par quatre muses singulières – le travail, la maladie, l’anxiété et la création – en mettant en perspective les trente années qui séparent l’enfant prodige exhibé comme une bête de foire du compositeur esseulé et moribond, sacrifiant ses dernières forces dans l’écriture d’un requiem prophétique laissé inachevé un soir d’hiver. Gangflow déconstruit le temps et l’espace de cette ultime nuit fiévreuse pour convoquer les spectres qui hantaient les dernières pensées du jeune maître : les trois sœurs aînées de la famille Weber, inextricablement liées à sa carrière et sa vie intime, ainsi que la Musique elle-même, ce sacerdoce aussi monstrueux que sublime. 
 

La série « Danser au XXIe siècle » invite la jeune garde de l’émergence chorégraphique à interroger l’héritage laissé par les grands compositeurs de l’histoire de la musique. Issus des rangs du Ballet de l’OnR, Rubén Julliard et Marwik Schmitt s’emparent ici de la figure et des œuvres de Mozart avec leurs pièces
Amadé et Gangflow, présentées en décembre 2020 devant un public virtuel. Au fil d’un spectacle pensé comme un tout, les deux jeunes chorégraphes confrontent leurs univers artistiques et leurs regards pour dévoiler ensemble les fragments d’une vie singulière, au cours de laquelle un certain Wolfgang Amadeus s’est consumé pour rendre le nom Mozart immortel.

  


"Amadé"

Un quatuor se dessine dans la pénombre, quatre femmes sur pointes oscillent, naviguent, tanguent dans un océan de musique chorale, ou de piano, toutes des oeuvres de Mozart, intactes ou remodelées pour l'occasion. Car Mozart, ce temple de génie abritant une musique tantôt sombre, tantôt d'une joie débordante, d'un enthousiasme  entrainant subit ici une réécriture chorégraphique singulière et audacieuse. Quatuor rapidement interpelé par un personnage étranger qui vient démanteler, disturber cet ensemble cohérent, compact, complice. Des pas de deux comme des adages classiques viennent ce fondre dans cet univers tournoyant, fébrile, animé de désir, de tâtonnements, de virevoltes jusqu'au sol. Un quintet se forme épousant toutes les musiques qui le bercent ou le détraquent. La virtuosité des cinq interprètes est à fleur de peau, toute de douceur et d'intimité, toute de virulence ou de tonicité. La griffe  de Ruben Julliard bien acérée pour transmettre sa vision musicale de l'oeuvre d'un démiurge musicien. Les costumes noirs, blanc, complices de cette sobriété ou sobre ébriété d'un compositeur hors norme, monstrueux, phénoménal.Le lyrisme, la liberté d"écriture de Mozart se glisse entre les pas, à l'unisson, en ricochets ou successions, passassions de gestes.

Chorégraphie, scénographie, costumes Rubén Julliard Musique Wolfgang Amadeus Mozart Lumières Marco Hollinger Ballet de l'Opéra national du Rhin

 "Gangflow"

La seconde oeuvre se fond dans la précédente comme un heureux tuilage de lumière et de mort. Des personnages sombres, noirs, bleus se fondent sur le plateau, émergent d'un rêve, d'une vision onirique étrange. On les suit du regard dans ces tribulations, divagations très orchestrées, à l'unisson ou en échappée belle. Quatre trublions électriques lancés pour mieux rebondir d'énergie, de fractures de gestes. Une musique inspirée de Mozart en "tube" de rawe party égrène des alleés et venue singulières. La danse s'y inscrit comme doublure, ourlet faufilé de pas, de portés, d'échappées belles , fugues audacieuses.

Chorégraphie, scénographie, costumes Marwik Schmitt Musique Para One, Gesaffelstein, Wolfgang Amadeus Mozart, Brian Eno Lumières Marco Hollinger Ballet de l'Opéra national du Rhin

 

A l'Opera du rhin juysqu'au 20 JUIN 

lundi 15 juin 2026

"Trois Soeurs" de Tchekhov: il n'y a pas d'amour heureux...

 

Yann Siptrott et Serge Lipszyc vous convient pour ce 8ème rdv annuel du Théâtre Forestier au Guensthal, après la folie de Molière 401 en 23 et après “Un songe, une nuit , l’été” de William Shakespeare en 24 et la mouette en 25L'évènement est coorganisé par la compagnie du matamore et le théâtre forestier du Guensthal Trois soeurs d' Anton Tchekhov , est précédée d'une lecture théâtralisée de la pièce de Valerie Durin " Quatre actes avec Olga" , Cet ouvrage est écrit à partir de la correspondance d'Anton Tchekhov et d'Olga Knipper, actrice qui deviendra sa femme. Un théâtre de partage et de convivialité au coeur du joyau de Guensthal. Chez les Siptrott’s. Tchekhov n’aurait pas rêvé mieux …Un théâtre de partage et de convivialité au coeur du joyau de Guensthal. Chez les Siptrott’s. Tchekhov n’aurait pas rêvé mieux …

Quatre actes avec Olga de Valérie Durin

L’histoire d’amour entre l’écrivain Anton Tchekhov et la comédienne Olga Knipper fut aussi intense que brève. Ils se rencontrent en avril 1898 à la lecture de La Mouette. Le dramaturge déjà célèbre et déjà malade, découvre la voix et la présence de l’interprète de son œuvre, une jeune femme fine et intelligente, gaie et spontanée, passionnée par son métier. Au fil des jours, marqués par les occupations de l’auteur dans sa maison de Yalta et par la progression du mal qui s’impose en lui, et les représentations de la comédienne à Moscou ou en tournée, la rencontre se fait idylle, amour puis mariage. Sans cesse séparés par la vie, ils ne se voyaient pas souvent, mais s’écrivaient régulièrement.

Lecture sous les arbres en apéritif éclairé pour entamer cette soirée sylvestre et forestière que nous propose la compagnie Matamore sur le territoire sacré du Guensthal. La correspondance entre Tchekhov et sa future compagne est un joli, prétexte à une introduction dans le monde tourmenté de l'auteur, malmené par la maladie chronique de l’asthme qui le ronge. Mais lui permet cependant de faire surfa    ce, de surnager magistralement pour écrire ici une oeuvre épistolaire de toute beauté. Rehaussée par la transposition de l'autrice Valérie Durin et le metteur en scène même, Serge Lipszyc. Quatre couples de comédiens vont tisser cette odyssée d'un amour naissant, huit comédiens pour incarner tantôt Tchekhov, tantôt Olga Knipper.Des dialogues s'instaurent, s'installent au gré des émotions naissantes de la rencontre inédite entre les deux personnages. Valentine Von Hörde donne le "la" de cette épopée amoureuse face à Sylvain Urban, charmeur à souhait et tout comme elle sous le charme de la complicité discrète d'une amour naissante. Le ton est donné: intimité partagée en dialogue délicieux, bordé par la langue altière, naturelle de Tchekhov.Plaisir de l'écoute et de la diversité des jeux des acteurs qui se distribuent les rôles en quatre actes relatifs aux créations de l'auteur. Quatre périodes de sa vie, des lettres fulgurantes sur les mots, la mise en scène, le contexte de ces créations audacieuses.Pour couronner le tout, de la musique live, guitare , flûte comme des réponses en résonance à l'action. Et le chant des oiseaux voisins comme des bruits dans le silence de cette prose rythmée à souhait. Un acteur de marque y dépose sa signature de l'époque. Stanislavski en personne qui prône le jeu expressionniste qu'on lui connait, mettant en avant les creux des pauses et silences d'un texte, ici lu et joué en toute liberté. La méthode Stanislavski aide l’acteur à bâtir un personnage cohérent, sans cliché ni effet plaqué. Le rôle n’est pas abordé comme une silhouette à imiter, mais comme une vie à comprendre.En contre plongée, sur des tréteaux, les comédiens alternent les couples et donnent envie de savoir la suite en continu. Tous excellents lecteurs-conteurs, les mots à la bouche, les gestes calculés pour maintenir suspens et surprise. Une mise en bouche apéritive et éclairante sur ce qui va suivre après une pause gastronomique de chez Anthon, la soupe bien relevée de cet autre Anton qui donne lui aussi le "la" à cette soirée inventive et audacieuse. Comme le Crédit Mut qui ici semble ne pas être au diapason de cette petite musique de nuit tombante alléchante.Les duos qui se succèdent dans une mise en scène rythmée en leitmotiv pour mieux pénétrer l'univers, l'atmosphère du génial Tchekhov de l'époque!Voici "une pédagogie" intelligente et digne de porter des éclairages fouillés et accessibles à toute une oeuvre, une vie, ici résumée par des échanges épistolaires fameux, gourmands, excitants quant à la suite.

Adaptation : Valérie Durin et Serge Lipszyc.
Par la Compagnie du Matamore et le théâtre Forestier du Guensthal

Trois Soeurs

Les Trois Sœurs, c’est un opéra. Rien ne manque, tout est en place, la partition parfaite. La musique de Tchekhov n’est pas mièvre, elle est violente, rugueuse, drôle, subtile et âpre. C’est la vie qui s’écoule, les rêves qui s’étiolent, les rires qui se figent, le temps qui dévore, la mort qu’on attend. Tchekhov nous donne à entendre et à voir le miroir à peine déformé de nos existences.


.Trois femmes sur le plateau comme une ode à la sororité, à l'amour et la filiation. Trois femmes, toutes différentes vont incarner une situation, un statut propre à l'époque, fin XIX ème siècle au pays de la Russie, pétrie de contrastes, de paradoxes. Elles s'enlacent et se donnent telles les sculptures des Siptrott,dans le don et l'offrande.Telles les poses et danses de Obadia/Bouvier Elles sont d'emblée attachantes, Irina, joviale, naïve, pleine d'espoir et de vie, la plus jeune: c'est Valentine von Hörde qui explose dans ce rôle vif, tendre et plein d'optimisme. A ses côtés, la belle Macha, rayonnante mais possédée par un pouvoir de séduction qui la dépasse et l'angoisse: Pauline Leurent en femme du monde, élégante, distinguée, inquiète et protectrice. Olga, elle, sage et maternelle compagne indéfectible de ce trio magnétique. Alors ça démarre par l'évocation de la mort du père, qui revient en fantôme bienveillant pour bercer ces orphelines soulagées: Serge Lipscyz, débonnaire et bonhomme plein de dévotion, d'amertume aussi, de désillusion parfois. Spectre, ectoplasme de charme,lien entre les générations. C'est jour de fête, l'anniversaire d'Irina avec un cadeau magique: un moment de théâtre à couper le souffle. On lui offre une toupie qui démontre en l'activant, qu'elle est ce silence bruyant peuplé de sons étranges si on la laisse s'exprimer jusqu'à son agonie musicale...Démonstration "stanislavski" de l'écoute des silences et des bruits du monde. Clin d'oeil malin et distancé du metteur en scène à la célèbre et mythique méthode de jeu théâtral révolutionnaire en son temps.

Le jeu et les intrigues animent la vaste scène du pré du Guensthal, lieu, endroit rêvé pour conter un récit peuplé de personnages fameux et attachants.Onze comédiens pour porter cette pièce moins connue du prolixe Tchekhov.On y décèle des militaires, fiers et imbus d'eux-même, classe sociale chérie et importante. L'un deux, Verchinine, incarné par Yann Siptroot, fait le paon, séducteur, beau parleur. Auprès de Macha, il rayonne et part à la conquête d'une femme mariée à Koulyguine, professeur émérite de lycée, fier et pas modeste pour un sou. Sur de lui et hors sol, Bruno Journée y est touchant, agaçant à souhait, malin et naif à la fois.Beau portrait du paraitre en société, proche d'une dérive qu'il cherche à masquer par une flamboyance feinte. Le Baron Touzenbach, Charles Leckler à leur côté fait figure de jeunot à éduquer dans ce monde familial complexe, soudé par une solidarité de classe. Entachée cependant par le mépris de certain au regard d'une servante inutile mais faisant partie des meubles, Anfissa, la nourrice tout juste tolérée jouée par Bruno Journée.Ainsi que Natacha, Sophie Thomann, hors norme dans ce milieu, pièce rapportée, méprisée et humiliée qui ne cesse de chérir sa progéniture et mal cadrée dans cette famille toxique en dérive, débâcle ou débandade.Geoffrey Goudeau, Soliony,personnage étrange, au jeu de mot prolixe, fait figure de critique, de décalage face à ce microcosme saturé de codes et de filiation. Un écart salvateur incarné avec détachement, recul et distanciation. Alors que Serge Lipszyc joue et gagne dans le rôle du médecin déconfit, incapable de décision, mais maitre de petites mélodies et leitmotivs récurrents du plus bel effet. Un homme ivre et désenchanté qui ne se mouille que pour arroser son visage et dessaouler de son vertige corporel très convaincant. Sans oublier Patrice Verdeil, l'employé du Conseil municipal ou le lieutenant Feraponte, imbu de lui-même à souhait.

Être ou ne pas être dans cette micro-société sans issue, voilà la question qui tarabuste chacun et les fait exister malgré eux dans un cloaque sentimental désopilant autant que dramatique. Car des moments humoristiques quasi vaudevillesques parsèment la pièce et lui donne un panache optimiste, gai et chamarré insoupçonné.Sans grotesque ni caricature, finement esquissé par le jeu des acteurs: engagés, plein de verve et de tonus dans ce bel espace bucolique à conquérir: les perspectives du paysage, comme écrin naturel à la mise en espace de ces "Trois Soeurs" réinventées pour l'occasion.

Une version qui n'occulte pas les embuches d'un récit, d'une narration ou les rebondissements se terminent en coup de feu fatal à une société pétrie de vie autant que d'instinct de mort et d'ennui: futilité de la vie qui engage chacun à redéfinir sa place parmi cette "sagrada familia" russe qui fait éclater les frontières de la bienséance malgré sa rigidité. Perméable aux événements, aux sentiments autant qu'aux  sensations fortes, charnelles, sensuelles. Et la danse de mener le bal de cette épopée sans fars mais aussi sans boussole ni phare directionnel pour se comporter au monde.


On se sépare autour d'un beau brasero convivial, chaleur bienvenue en ces nuits encore fraiches pleines de rosée du soir. Une jolie chenille lumineuse de voitures à travers la forêt magique pleine de lutins magnétiques pour regagner la civilisation: un rêve éveillé qui fera longue date et perdurera dans les esprits des spectateurs enchantés.

 Yann Siptrott est directeur artistique du théâtre forestier et coporteur du projet Et cette aventure est un compagnonnage entre le théâtre Forestier du Guensthal et la compagnie du Matamore

Sylvain Urban: Andreï Sergueïevitch Prozorov
Sophie Thomann: Natalia Ivanovna, (Natacha) sa fiancée puis son épouse
Isabelle Ruiz: Olga
Pauline Leurent: Macha
Valentina Von Horde: Irina
Bruno Journée: Fiodor Ilitch Kouliguine, professeur au lycée, mari de Macha & Anfissa, nourrice
Yann Siptrott: Alexandre Ignatievitch Verchinine, lieutenant-colonel commandant de division
Charles Leckler: Nikolaï Lvovitch Touzenbach, baron, lieutenant
Geoffrey Goudeau: Vassili Vassiliévitch Soliony, capitaine d’Etat Major
Serge Lipszyc: Ivan Romanovitch Tchéboutikine, médecin militaire
Patrice Verdeil: Alexei Pétrovitch Fédotik, sous lieutenant &
Féraponte, gardien dans l’administration rurale Mise en scène: Serge Lipszyc  Adaptation: Valérie Durin et Serge Lipszyc Scénographie / Accessoires: Sandrine Lamblin Lumières: Jean-Louis Martineau Costumes: Maya Thebault


Du 30 mai au 5 juillet 2026 au théâtre forestier du Guensthal.

19 et 20 septembre 2026 au théâtre forestier du Guensthal.

 

mercredi 10 juin 2026

Sylvain Riéjou, Association Cliché "Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ?": la Danse ! Y a pas "photo" ils sont extras!

 

"Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ?"

Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? est la nouvelle création de Sylvain Riéjou, artiste associé à POLE-SUD. Comme un écho à sa première pièce, Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver, également programmée en début de saison, il imagine cette fois une comédie musicale sur l’amour, en interrogeant nos clichés romantiques, à partir de la célèbre chanson de Daniel Balavoine. Il les déjoue en faisant incarner ce thème par des personnes de tous horizons : personnes âgées ou jeunes, timides ou extraverties, en situation de handicap ou valides ; et entrelace joyeusement leurs chansons de gestes illustrant des moments de leur vie amoureuse, réelle ou rêvée.


C'est la fête de fin de saison à Pole Sud et ce n'est pas tout à fait comme à l'accoutumée...Joelle Smadja profite de cette présentation de sa "dernière saison" pour saluer tout le travail entrepris pas l'équipe qui l'entoure, fidèle bras droit de toute une épopée consacrée, dédiée à la danse d'aujourd'hui: un parcours inégalé, insolite au service de la Danse. Saison "dense" et généreuse remplie de coups de coeur, d'interrogations sur des thèmes récurrents que l'on va suivre avec passion en compagnie du nouveau directeur Yvann Alexandre qui succède à cette odysée de la danse. Buffet convivial et en route pour la seconde présentation de la pièce, créée de toutes pièces durant toute la saison par quatre groupes de danseurs "amateurs" conduits, guidés, magnifiés par le talentueux directeur d'acteurs et de troupe : Sylvain Riéjou, artiste associé à Pole Sud. Ingénieux ingénieur de la danse comme "chanson de gestes", le voici embarqué avec 60 artistes en herbes, danseurs de toute leur conviction, de leur talent ou don pour bouger sans férir. Petit bougé en jeux de mots, calembours et vire-langue à la Prévert. Introduction burlesque et pleine d'humour pour cette prestation unique et originale, dédiée discrètement sous cape à une heroine Joelle-Joel aux prises amoureuses avec son Paul Sud tout droit sorti de l'imagination de notre conteur narrateur féru d'histoires comme de petites conférences gesticulées collectives et participatives. Visites dé-guidées, dé-glinguées au pays du geste, de l'expression, de la joie issue des corps de chacun.Quatre groupes se partagent le plateau successivement, chargé chacun de livrer sa propre interprétation de quatre chansons cultes du répertoire de la variété. Haute couture guidée par Sylvain Riéjou et Clara Bottlaender, tissée, brodée, ourlée et faufilée pour un show bien épicé, relevé de gestes inédits propres à chacun ou repris à l'unisson. Toujours au diapason avec le récit, les mots, le texte des chansons, qu'elle soit pour démarrer "L"Amour à la plage" de Niagara ou le désopilant "Onde sensuelle" de M ou en passant par "Besoin d'Amour" de France Gall. Sans oublier "Je veux" de Zaz. et la fameuse référence du titre "Sauver l'Amour" de Daniel Balavoine...Un florilège de chansons populaires, inscrites dans leur époque, nostalgique ou pas selon les générations qui les découvrent ou les chérissent. Les interprètes toujours au plus près de leur capacité, sans chichis ni faire du faux semblant de pieds au mur simulé! Chacun sa place, son endroit dans une belle et riche communauté portée par un "être ensemble" cher à la danse contemporaine et à l'esprit du lieu, Pole Sud, banquise rafraichissante, solidement ancrée dans le présent Jamais à la dérive ni à la débâcle de ce phénomène géologique climatique! Une scène vibrante de joie, d'expressions, de singularité et d'identité respectée dans une danse plurielle et chorale. Pleine d'humour, de fantaisie, de malice et de clins d'oeil à toutes les générations ici représentées: trois fillettes, huit garçons dans le vent et une myriade de femmes engagées, drôles ou discrètes, star d'un soir, vedettes de l'ombre dans la lumière des projecteurs.. Danses solides, simples, touchantes, émouvantes de corps en mouvements pour le plaisir et par désir de structurer un spectacle professionnel de grande qualité. Tous et toutes solidaires, groupés, collectif bien identifié, respectueux des identités et différences. Coup de chapeau pour l'intégration de personnes en situation de handicap mental et plus particulièrement à Nicolas Yazdi, jeune danseur aguéri à l'APEDI Schiltigheim, porté, transporté et bordé par l'énergie, le tonus et la fraternité de cette expérience de la scène, énorme, hors norme. On ne le dira pas assez, "l'union fait la force" et au final c'est le public qui est invité à se prêter au jeu de la "gesticulation intelligente" pour interpréter à son tour la chanson culte. Les saluts font l'objet d'une présentation en couple de tous, petits numéros subtils, signatures individuelles drôlatiques et fameuses. Un final , comédie musicale enjouée avec "Laissons entrer le soleil" de Julien Clerc fait objet de conclusion emballante, pleine de couleurs et de verve. Un tableau fameux, portrait de famille mouvant, vivant, loin des clichés de photos aménagées à l'occasion de réunion familiale obligée... C'est bien ça, "la danse", l'endroit où se cristallise la rencontre entre soi et les autres dans une ambiance décontractée autant que respectueuse du rythme, de la ligne mélodique, des intonations et ponctuations de la musique.Sous une direction ouverte et généreuse d'un as de la participation jamais démagogique ni feinte. Tous engagés dans un processus de création, guidés par Sylvain Riéjou, le maitre à danser, joueur, conteur, amoureux de la chanson à texte.Chanson de gestes médiévale d'actualité, terrain de jeu avec ses règles, contraintes et esprit de gagner les faveurs du public autant que celle de ses partenaires de groupe. Une aventure inédite très réussie . Un hommage chaleureux au travail de Joelle Smadja au regard de ce médium multiple si riche: la danse!Sauver l'amour de soi et des autres grâce au gout du contact, du dialogue et de la diversité!Une recette à méditer et pratiquer sans modération pour fédérer et éclairer la planète du "petit bougé" sans fanfare ni trompette en toute sincérité.Et si "amateur" signifie "aimer", alors c'est gagné, ils ont bien "sauvé l'amour", ces chérubins en herbe, jeunes pousses jamais en plan.

A Pole Sud le 9 JUIN