Coréalisée avec La Filature, Scène nationale de Mulhouse, cette soirée apporte un nouveau regard sur trois titres légendaires associés aux artistes de la compagnie des Ballets russes de Diaghilev qui a bouleversé à jamais le monde de la danse au début du siècle dernier. À cette occasion, Tero Saarinen confie pour la première fois à de nouveaux interprètes son solo signature HUNT dans lequel il revisite Le Sacre du printemps. De son côté, Dominique Brun réinvente la partition chorégraphique originale de L’Après-midi d’un faune créée par Nijinski et s’empare de la musique entêtante du Boléro de Ravel avec la complicité de François Chaignaud, artiste-invité du Ballet de l’OnR.
HUNT de Tero Saarinen. Créée en 2002 par la Tero Saarinen Company en collaboration avec la Biennale de Venise et le Festival Automne en Normandie. UNT — Tiraillé entre une traque extérieure et une quête intérieure, un être aux abois s’adonne à un sacrifice célébrant le cycle infini de la vie et la nature transitoire d’une enveloppe charnelle en constante métamorphose.
Faire la lumière sur un tel joyau semble la règle d'or de ce solo, divinement interprété par ,auréolé pat un fabuleux et méticuleux ouvrage sur la lumière. Dans la pénombre, c'est un être hybride, androgyne qui se distingue peu à peu, esquissant des gestes onctueux, languissants et volubiles. La grâce s'empare de ce personnage alors que les notes du Sacre sous les doigts habiles, agiles du pianiste s'emballent, se diversifient en tension, relâche,suspens, et suspension.La version pianistique est forte, ample et souligne chaque phrasé chorégraphié, chaque geste au plus près des intentions dramatiques du sujet. Alors que tout semble se calmer, des cintres apparaissent des formes en spirales, kaléidoscope de lumières diffractées, morcelés comme sur un miroir brisé, inversé. Spirales en colimaçon qui viennent se fondent sur l'interprète et épouse ses formes. Pour finalement faire de son corps un écran total de couleurs et de lumières. Un costume étrange, longue jupe plissée transforme le corps dansant en éventail, en sorte de papier plié, flottant, selon toutes les vibrations de la danse. Art plastique mouvant, figure en mouvement sous la tension de ce vêtement de plus aérien. Comme sur un écran fragile et oscillant, habité par des fractions de rythmes, de divagations. Ce solo est une prouesse de précision, d'adéquation avec l'oeuvre fébrile, tectonique de Stravinsky. Que l'on croit connaitre et que l'on découvre à chacune des versions que nous en ont proposé tant de chorégraphes à la suite de Nijinsky. Tel le travail plastique de Tony Oursler, tout vibre ici en images déformées, déposées sur le support du corps.Ou du travail de Nikolais sur les poursuites lumineuses des sculptures corporelles.
Chorégraphie Tero Saarinen Musique Igor Stravinski Costumes Erika Turunen Décor, lumières Mikki Kunttu Multimedia Marita Liulia Photographie en projections Mikki Kunttu Directeur des répétitions Henrikki Heikkilä Ballet de l'Opéra national du Rhin
L’Après-midi d’un faune de Dominique Brun. Créée en 2007 d’après la chorégraphie de Vaslav Nijinski en 1912. L’Après-midi d’un faune — À peine sorti d’un songe, un faune
émoustillé par les jeux d’un groupe de nymphes perturbe leurs danses et
s’empare d’un voile abandonné par l’une d’elles pour en faire l’objet
fétiche d’une vénération passionnée.
Un faune sur son estrade se délecte de la vie, les gestes langoureux, séducteur en majesté, voluptueuse créature mouvante, exquis personnage à l’érotisme discret, plein de pudeur et de distinction. Lui parvient une compagne idyllique, sensuelle aux gestes tout droit issus d'une esthétique de reproduction de danse grecque sur des fresques et frises antiques. Droiture, brisure des membres aux directions multiples qui se divisent en poses nombreuses, ponctuées de silence, de retenue, de suspens. Le couple de danseurs au plus près d'un style épuré, tonique et ciselé.La précision des gestes de la reine des Nymphes contraste avec la langueur du Faune. Du tissus, de l'écharpe portée par cette figure féminine délectable, il se fera l'objet d'un plaisir, d'une extase non dissimulée qui à l'époque de sa création, fit scandale.
Conception, recréation chorégraphique Dominique Brun Chorégraphie, notation Vaslav Nijinski Traduction en système Laban Ann Hutchinson Guest, Claudia Jeschke Musique Claude Debussy Poème Stéphane Mallarmé Costumes Sylvie Skinazi Décors Léon Bakst Ballet de l'Opéra national du Rhin Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand
Un Boléro de Dominique Brun et François Chaignaud. Créée en 2020 par la compagnie Les porteurs d’ombre. Un Boléro — Oscillant entre grâce et rage, une silhouette vaporeuse et sensuelle se livre à un rituel incandescent, guidée par une mélodie lancinante en perpétuelle ascension, évoquant un lointain souvenir d’Espagne.
Toute la délicatesse et la fougue de François Chaignaud est condensée dans ce "Boléro" taillé sur mesure pour une créature de rêve, une figure emblématique pour incarner un symbole de séduction autant que de retenue. Sur l'estrade de bois qui vibre sous les frappements des pieds du Danseur, se raconte un récit de corps troublé par , magnétique engagée dans la furie, la folie de cette musique lancinante, hypnotique, un rythme lancinant, omniprésent, qui enfle, gonfle et monte aux nues. Telle une créature fantasmée, divine, le danseur fulgurant porte son costume plein de falbalas, de plis, de froufrous colorés, les cheveux défaits, l'allure sidérante d'une vision idéale de la beauté. On songe à Jorge Donn qui incarna le "Boléro", version Béjart, seul sur son podium. Plein de charme, de désir, de grâce et de fulgurance dans des élans , des bonds endiablés de toute beautél
Chorégraphie Dominique Brun, François Chaignaud Interprétation François Chaignaud Musique Maurice Ravel Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand Costumes Romain Brau Scénographie Odile Blanchard Association Les porteurs d'ombre
Cette soirée triptyque est un joyau, magnifiant autant un répertoire que des ré-écritures chorégraphiques sur des musiques "familières" ici déstructurée par la danse qui s’immisce dans chaque phrasé, chaque opus que l'on découvre comme des trésors.
A l'Opéra du rhin jusqu'au 27 JUIN





0 commentaires:
Enregistrer un commentaire