vendredi 5 juin 2026

"Dub" Amala Dianor fait son melting potes...

 

Les compositions inspirées de musiques underground actuelles – jouées en direct par Awir Leon – détournent le reggae acoustique pour créer un paysage sonore mouvant, comme lorsqu’on frôle la périphérie d’une fête urbaine. Voix lointaines, basses profondes, éclats rythmiques. Dans cet espace vibrant, Amala Dianor réunit onze danseur·euse·s venus d’Afrique, d’Inde, d’Europe, tous issus des danses urbaines (pantsula, krump, waacking…). Virtuoses et singuliers, ils se défient, se répondent, se relaient, portés par une énergie vivante et contagieuse. Dans un esprit d’écoute et d’émulation, chacun affirme sa signature en lien avec le groupe. La scénographie de Grégoire Korganow ouvre plusieurs niveaux de lecture : la place publique où le mouvement se partage, mais aussi les recoins plus intimes, chambres imaginaires ou seuils d’immeubles. Une danse se compose alors dans la tension entre l’élan collectif et l’introspection, entre puissance et fragilité. Une communauté éphémère se construit, vibrante, complice, en constante transformation.

Le dub est un genre musical issu du reggae jamaïcain, un remixage réalisé en temps réel à partir de bandes magnétiques par des ingénieurs du son. Il est, à l'origine, un remixage radical qui met en avant le couple rythmique basse et batterie et des effets de son. Melting pot: il s'agit d'une métaphore décrivant la manière selon laquelle des sociétés, à la base hétérogènes, se développèrent et apprirent à vivre ensemble en dépit de leurs différences culturelles et religieuses.Alors après ce petit glossaire, on fonce dans le vif du sujet: Babel joyeuse pour cette communauté de fortune, reliée par la passion de la danse collective et du partage. Une tribu bigarrée, métissée sur un plateau nu ou presque: une porte auréolée de néons de couleurs sera le vestibule, le couloir d'entrée et de sorties des premiers protagonistes de spectacle.C'est au tour d'une danse indienne métamorphosée de paraitre à laquelle s'adonne un personnage distingué, plein d'harmonie de mudra savants transformés à l'occasion par des successions incongrues de gestes codés renversés, de pauses et figures révolutionnées. Entre tradition et modernité chacun des danseurs va modifier l'esthétique conventionnelle des catégories de vocabulaire pour un remix savant d'ingéniosité chorégraphique. La danse est poreuse, comme une éponge, chacun s'approprie lentement la discipline de l'autre et en fait une nouveauté contagieuse qui se répand joyeusement. Tribu, meute ou assemblée démocratique, les onze danseurs inondent la scène de divagations virtuoses, hip-hop détourné de façon extravagante, glissades et virevoltes spatiales dantesques, rassemblement par style ou éclatement des genres en mille morceaux majestueux. Beaucoup de "classe" dans ce grimoire, ce manifeste joyeux d'une "Babel heureuse"à la façon Montalvo/Hervieu des temps bénis du dépassement des frontières genrées de la danse. Un style en capte un autre, qui se modifie, se modèle selon ce que l'on s'approprie, ce qui infuse d'une technique à l'autre. Pétris d'identité autant que de métissage, la petite bande exulte au son du DJ qui opère en direct pour un magma musical ambiant des plus tonique et tonitruant. Les costumes relax au diapason de cette simplicité d'écriture complexe en diable et incarnée dans le vif par les interprètes galvanisés par le partage.Une fausse rixe, des conflits sublimes, des complicités malines s'enchainent. Dans le silence aussi, la grandeur des gestes s'impose plus lente et retenue. Permettant d'apprécier chacun et chacune dans ce melting pot chamarré.Une découpe d'immeuble en case carrées sur deux niveaux s'invente, structure sophistiquée où les danseurs inventent de petites histoires privées sans rapport les une aux autres. Tranches de vie, de cake comme "Les petites pièces montées" de Philippe Decouflé, où l'on observait la pluralité des styles, des personnages dans leur intimité. Façon Frédéric Flamand et son « Body/Work/Leisure », où la structure de Jean Nouvel déterminait la gestuelle, la circulation des corps dans un espace architectural majeur. Amala Dianor magnifie les interprètes, les expose au risque de transfigurer, transformer les codes pour une contamination joyeuse et indisciplinée des styles. Patchwork coloré des costumes quasi voguing qui défilent sur un podium central et sur une estrade voisine.Le DJ se mêle à la fête, agile, virevoltant avec sa tunique évasée comme dans un envol capricieux parmi ses collègues danseurs de toute leur peau. Le décor intègre des niveaux de perception pour nous introduire dans l'intimité ainsi dévoilée au grand jour d'une communauté soudée, performante. quelque peu cernant de trop les évolutions de chacun, réduisant les espaces en cases qui ne s'interpénètrent pas.Un lourd protocole scénique qui joue des perspectives et engage chacun à une diversité maline des situations. La collectivité aussi en danse chorale, à l'unisson pour ne faire qu'une.

 

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