vendredi 15 janvier 2016
Emma Dante, craquante, al'dente avec " Le Sorelle Macaluso"
Après Le Pulle et Vita mia, Emma Dante revient au Maillon avec sa dernière création.
Plateau noir: une femme déboule, danse éperdument, rejointe par une petite troupe compacte, de noir vêtu qui arpente le sol, frappant, rythmant de ses pieds allègrement puis s'éparpillant, hors de la grappe, comme happée par l'extérieur.Chutes vertigineuses.Musique! Tonitruante et enjouée pour découvrir les pérégrinations d'une famille singulière....
Elles sont sept et deux hommes pour nous conter leur histoire: de leurs mots; , de leurs corps.Une histoire de famille, de secrets révélés haut et fort où chacun s'accuse d'avoir fait le malheur des autres. Katia, la grosse est le bouc émissaire, la brebis galeuse, la grosse qu'on a mis au pensionnat parce qu'elle mangeait trop!
La seule qui en fin de compte mangera à sa faim
Car personne n'assure ici, pas même le père qui travaille dans la "merde" et en met partout autour de lui!
Les sœurs "sourire", c'est quand même un bloc, une tribu, une façon d'être au monde ensemble: tout en noir d'abord, puis tout en couleurs très vintage, robes à fleur, petits slips, et grandes gueules.
Souvenirs, souvenirs: les "nanas" de Emma Dante ressemblent à celles de Niki de Saint Phalle: grassouillettes, pas "canon", riantes, joyeuses et ça jubile, ç a rigole, ça éclate bruyamment de bonheur, malgré la dure réalité.Retour à la plage, enfance insouciante, chevelure au vent, en bande bien rassemblée pour mieux se tenir compagnie: cum panis: on partage le pain et le reste, les jeux et la misère bien "vécue"! La figure du père apparaît, rejointe par la mère et un superbe duo uni nos fantômes de blanc vêtu Porté en spirale, bonheur de l'envol, de la fusion encore amoureuse.
Les filles se crêpent encore le chignon, pleine de verve et de fiel, le verbe de Palerme prend le dessus des corps, défaits, "moches" mais si réalistes et près des nôtres.
Pas "canon" les sœurs Macaluso" ? Bien sur que si car pour rire , hurler et pleurer elles sont la vie, la vraie sans artifice ni grimaces esthétiques féminines
Alors l'empathie prend le dessus et quand tout se calme au final, un tutu, en oripeau de travesti, vient mettre du rêve la dedans, l'émotion nous tient ferme! Elle danse une enfance dorée rêvée, enfile ce costume de scène fantasmé et disparaît dans le noir.
"Palerme", on se souvient du film du titre éponyme d'Emma Dante, ce huit-clos dans deux véhicules qui tourne au vinaigre !!!
http://genevieve-charras.blogspot.fr/2014/07/palerme-un-film-al-dante.html
le propos:
" Sept sœurs en robe à fleurs réunies le temps d’un enterrement, le temps d’entrouvrir la boîte à souvenirs. Ceux d’une famille nombreuse de Palerme dont le destin ne cesse d’osciller entre tragédie antique, fable épique et comédie.
Gouailleuses dans leur dialecte palermitain, face au public, elles racontent : la première fois qu’elles ont vu la mer, scintillante, invitante, où tout a basculé. La course vers le soleil interrompue du frère, la mort prématurée de la mère, la lutte du père pour nourrir ces sept bouches restées avec lui. Elles sont là, bien vivantes, et soudain, rejointes par les disparus, elles dansent. Passé et présent se confondent, vie, fête et mort vont main dans la main."
"Pas d’effets, presque pas de décors, mais des corps dans la lumière, et l’émotion. Celle du souvenir qui ne nous quitte jamais : le souvenir des voix chères qui se sont tues."
jeudi 14 janvier 2016
"O Sensei" , "Dentro" : Catherine Diverrès se rassemble, se retrouve! MA danse!
Sa gestuelle douce et tranchante à la fois la conduit à quitter son écrin de noir et blanc pour se fondre dans un univers où la lumière sculpte son corps mouvant
Elle est aussi sculptrice d'espace, les doigts caressant l'éther pour en faire un partenaire à part entière
Puis elle disparaît laissant place à un spectre virtuel sur l'écran, comme une incarnation de Mary Wigman dans "Totenmal", son image, vêtue de plissés savants se love, se plie et se replie de toute sa respiration factice: c'est impressionnant, stupéfiant, hypnotique et saisissant de beauté
Fantôme ou ectoplasme, revenant d'autres contrées, Kazuo Ohno ou Hijikata se rencontrent dans son icone floutée gris De feu aussi, sa seconde apparition, son corps moulé dans une robe fourreau rouge pailleté, comme gainé de souvenir d'atours spectaculaires.Des gants ourlés d'ailes pour allonger ses bras, dénuder ses épaules. La lumière savamment en dessine les contours et son visage, à peine expressif reflète des émotions surgies de strates d' esquisses picturales ancestrales
Si le souvenir est présent, si une ode au Butô est vivante ici, la danse demeure seule et incarnée, présente et comme une offrande, cérémonie de deuil, petite messe où la musique, le silence se rejoignent pour commémorer dans l'instant, l'art de l'éphémère
Terpsichore veille, guette et traque la beauté des gestes qui se fondent et réaniment l'espace. Ré-création du corps de la danseuse,architecturée, colossale et fragile à la fois dans une interprétation sobre et forte de personnages de légende.
Emilio Urbina et Harris Gkekas offrent deux gestuelles pétries de cultures singulières, de lignes divergentes et complémentaires!
les bords des corps dansants. Ils s'ignorent, chacun dans leur écriture singulière, tracent dans l'espace vide autant de lignes ,points et suspensions. Des rémanences optiques s'affichent dans cette fulgurante vélocité à la Pina Bausch, danse d'expression, de flux et reflux incessants.
Puis les deux hommes se confondent dans une course folle contre le temps, la musique et la lumière en poursuite obsédante, traquante! Qui l'emportera dans cette joute ouverte, cette rixe des corps qui s'enlacent, se séparent, se refusent, s'ignorent?La musique s'emballe, les dépasse, les attend et patiente le temps de récupérer leur espace qui se fait et se défait sempiternellement
Ils disparaîtront dans la lumière descendante comme ils sont apparus, sans leurs ombres portées, dans une absence concertée.Sur le plateau de Pôle Sud, les tracés demeurent et le public, recueilli, exprime son empathie dans des applaudissements mesurés, en phase avec ce très bel hommage à la danse des ténèbres si clairement offerte aux regards contemporains! Antonin Artaud et son "Théâtre de la cruauté" en serait tout retourné, tant l'objectivité de Catherine Diverres est au service d'un art incarné, offert et donné à voir dans sa plus belle crudité!
Inscription à :
Commentaires (Atom)







