mercredi 19 juillet 2017

Avignon festial IN : la Danse e-motion. Les sujets à vif. En plein dans le mille!

Que se soit dans "le sujet à vif" où à l'occasion des spectacles venus d'Afrique ou d'autres contrées, la danse est pour cette édition sacrément politique, réactive, intuitive aussi
Voici quelques unes des pièces vues et choisies durant cette période riche d'échanges et de partages

"Le Sujet à vif" A et B
LE A
A potron minet toujours dans le "jardin de la vierge" voici une matinée "à vif" !

"Ezéchiel et les bruits de l'ombre" de Koffi Kwahulé et Michel Risse


Tel père, tel fils !

Il entre harmonica aux lèvres, de blanc vêtu, quasi dandy,au loin une voix lointaine résonne au son de "Ezéchiel", il fait résonner l'espace de tout un petit tas d'accessoires dont il se sert autant pour créer du son que pour se détruire. L'autre aparait faisant craquer de ses doigts l'emballage plastique à bulles qu'il détient. Les deux compères se révèlent vite, l'un fil indigne de son père, l'autre père de ce trublion de fils, Ezéchiel: un amour filial plein de saveurs, de remontrances, de reproches mais de tendresse aussi. Ils échangent sur l'air d'une petite cuisine musicale de fortune. L'air de rien, on se pardonne ou l'on joue à l'offensive ouverte?Enfant gâté, chéri, puéril, boite à musique et gâteries sucrées en résonance, Ezéchiel fait tourner les serviettes, fait la girouette, le lance-pierre ou fait simplement du vent. Son père voudrait bien le menacer de sa matraque, de son archet ou fouet, le mettre au four à micro-ondes! Amour filial au poing, les deux protagonistes sont cruels et tendres à la fois, jouent et gagnent pour une ode à la filiation; c'est drôle et bien mené par Michel Risse, savoureux et futil dandy, Koffi Kwahulé naif et pardonnant à sa créature les pires marques d’irrespect!

"Incidence 1327" de Gaelles Bourges et Gwendoline Robin


Chuter sans s'autodétruire
Le Mont Ventoux, personnage principal de cet opus est tout d'abord décrit en voix off où sont révélées de bien curieuses informations passionnantes sur le mistral noir, le blanc, sur le Mont, sur le voyage de Françoise Pétrarque qui écrivit "L'ascension du Mont Ventoux"
Deux femmes prennent le plateau et commencent un rituel aquatique: de l'eau, de la vapeur sous toutes ses formes: issue de bouilloires bouillonnantes, d'un long bâton troué: le chant de tous ces objets réunis évoque le cliquetis de l'eau, sa présence persistante dans ce désert minéral qu'est la montage magique tant redoutée.Plastiquement, la mise en scène évolutive où sans cesse Françoise et Laure évoluent d'une échelle du ciel, d'une installation de verre à l'autre. C'est magnifique, poétique et inouï, tant brouillard, fumerolles dissimulent les actions, les auréolent pour en faire un dispositif onirique étonnant.Les références à la région, Avignon, Fontaines de Vaucluse rendent le texte proche et familier, le récit haletant : elles aiment l'eau, la chérisse, la transforme dans ce laboratoire buanderie de poésie, floutée, évanescente.Dans un rituel majestueux, l'eau est versée du haut de l'échelle, symbolisant la montagne: son ascension, anorak rouge oblige est superbe!
L'eau brûle sur la glace en nuages de vapeur, inonde la scène: nuages d'un amour impossible entre les deux femmes enlacées qui se bercent, souffrances d'un amour qui se consume dans les feux de la glace. "On est bien, enfin ensemble" dans l'au delà dans kl'eau de la fontaine..Retour en boucle du texte en off, brumes, neige, vent , tout se recouvre, se dissimule , disparaît. Immobilité des deux corps éperdus.

LE B
Au crépuscule du soir....
"La même chose" de Joachim Latarjet et Nikolaus


Un tandem précaire
Deux faux soldats déboulent armés de poteaux bizarres: bazooka ou mats chinois Ils émergent d'un camp de fortune, arborant une poussette vieillotte et déglinguée, fauteuil roulant ,empli d'un singulier bric à brac de fortune.Tout va chavirer, osciller dans cet univers déséquilibré, rencontre entre un clown à bascule et un être plus stable, cet opus est un petit bijou, un exercice de style à la Nikolaus, ce géant jongleur, équilibriste. Radieux portraits et scènes haletantes de cirque alternent, l'absurdité des situations pour trame et chaîne narratives Une lampe, une table, des chaises défoncées seront le socle bancale de cette histoire burlesque et tragique à la fois. Joachim Latarjet en partenaire musical, épaule et soutient notre croquignol de service avec moultes instruments résonnants, soufflants!
Le monde est en ruines, fait de malheurs et de mensonges comme chez Robert Waltzer, cité en référence.Dans sa chambre défoncée tout chavire, se renverse, lui tient par magie dans des positions en plongées fort décalées. Equilibriste de la précarité, fragile et agile trublion des codes circassiens Nikolaus enchante et touche droit au but: l'effondrement du monde, de ses acquis bancals, de ses assises flottantes: planche de salut pour chaussure esseulée, tout concourt à une certaine vision d'un monde lâche, en ruines Alors on hisse ensemble le mats chinois de la solidarité et tout peut recommencer, pas vraiment pareil, pas vraiment "la même chose": on s'est transformé en Ubu roi entre temps!Un joli chantier pour fin de spectacle, casse gueule où tout fou le camp !

"Le rire par-balles" de Julien Mabiala Bissila et Adèle Nodé Langlois


A votre bon cœur ! Salut !
Deux doux et tendres fous pour cet opus, une clown, femme coquette et coquine, musicienne, lui musicien du Congo démocratique épris de l'image de son grand père au village! Interactif et participatif, chacun milite pour de bonnes actions, sauver un centre de formation, sauver l'Afrique!
Ce sera rock et pédale wah wah,concert charismatique, ambiance endiablée pour insuffler du souffle, du vent à une société aigrie, égoïste, essoufflée. Eux, ils ont la pêche, lunettes noires, perruque et autres atours mode pour aguicher les foules, convaincre que rien n'est perdu du sort des leurs amis voisins africains C'est politiquement incorrect, plein de sous-entendus et de saveurs exotiques.
Un bon fil conducteur qui déraille dérape en rap, de la danse africaine en pastiche, du faux cul et des masques pour démasqué les supercheries du colonialisme.De Gaulle en mire pour cette parade comique, désopilante, irrespectueuse en diable!
Et Adell Nodé Langlois en clownesque héroïne de pacotille, l’œil mutin, adorable clown de dieu en quête de bonheur utopique. C'est gai, c'est vif, ça pirouette et ça rime avec girouette.

En prime cette année 2017 pour les 20 ans du "Sujet à vif" un contrepoint tous les soirs au jardin

"Le Sujet des Sujets" animé par Frédéric Ferrer et ce soir là partagé par Phia Ménard


Un sujet gonflé à bloc
Le défi: conter en 45 minutes l'histoire rocambolesque de "sujets à vif"depuis leur initiation à l'initiative d'un petit comité très sérieux de doux dingues, convoquant des artistes qui ne se connaissent pas, sur un sujet de leur choix: d'abord un danseur convoque un chorégraphe pour lui tailler une pièce sur mesure, puis le projet s'élargit aux autres domaines pour enrichir encore propos, esthétiques et expériences inédites.
C'est l'affaire de Frédéric Ferrer de lancer cette machine infernale, marathon des images et des références, Léon Zitrone de l'occasion commentant le plus beau match du monde Un conférencier jamais à bout de souffle, train d'enfer mené tambour battant, truffé d'anecdotes -celle du lion et la gazelle_ métaphore du chorégraphe et de l'interprète restant en mémorable vérité!
Sur la sellette, il conte , course contre la montre, plein de ressort pour remonter les pendules à l'heure du souvenir: pourquoi le "vif", pourquoi le jardin de la vierge, alors qu'elle n'y séjourne que par intermittence: un vrai thriller que cette histoire d’apparition-disparition de Marie, du jardin; et les plantes qui disparaissent du lieu au fur et à mesure...Alors intervient en fin de parcours de ce one man show un jésuite encapuchonné (Phia Ménard) qui aura le dernier mot: ensevelir la cour de matelas pneumatiques jetés des portes-fenêtres au renfort de grand bruit. Tous deux pour sauver le monde sur un radeau de fortune dont ils émergent, bouées autour du ventre, accouchant de petits matelas verts: c'est extrêmement beau et touchant, cinglé, visionnaire et en hommage à tous les "vifs" une ode à ce lieu de création ,terreau de recherche, de joie et de rêves: l'instabilité d'une désormais "institution" dans le IN, les vifs sont le lieu d'avenir, le creuset à ne jamais supprimer: c'est ici, là et nulle part ailleurs que se concoctent les plus vives propositions, vif argent toujours au vif du sujet.
Et ce n'est pas fini, loin de là: longue vie aux "vifs".Phia Ménard et son génie de la situation démontrant une fois de plus qu'une performance, c'est unique, inspiré et à ne pas rater!
Je vous salue, Marie, pleine de naufrages et de résurrections!

La Belle Scène Saint Denis à Avignon le Off 2017: pépites en couveuse !

La Belle scène Saint Denis éclaire nos matinées à potron minet par la richesse des propositions en chantier pour la plupart. Animées avec pugnacité, amour et dévotion par La Parenthèse, réunion des deux théâtre de Tremblay et Saint Denis, cette aire chorégraphique est devenu le territoire le plus couru ou disputé d'Avignon en matière de présentation de recherche et de laboratoire.Une couveuse pour jeunes pousses de la danse d'aujourd'hui.

SECOND PROGRAMME

"mA" de Sachie Noro et Yumi Rigout

Complicités

Un tapi blanc, une roue à carreaux noir et blanc, deux danseuses, mère et fille vêtues de noir, une guitare en direct, celle de Diego Aguirre pour bercer bascules, solo en canon, cheveux au vent des deux femmes complices.Elles s'attrapent, s'étreignent, se repoussent et dévoilent de leur atours, des couleurs qui feront partie de l'assemblage visuel de l'architecture de leurs corps rassemblés.Entrelacs, enchevêtrement des silhouettes, mouvements très animal, alors que la guitare frotte des sons crissants.Fusion hybride des reptations au sol, formes inédites pour métamorphose et manipulations subtiles, les cheveux longs toujours inclus dans la plasticité des images créées.
De beaux portés en équilibristes circassiennes, quelques entraves aussi dans les gestes.Lentement, à la Mondrian, les couleurs de leurs vêtements s'organisent, la roue se déconstruit comme un jeu de dames qui se démonte. C'est déjà fini et la guitare sèche se tait devant une telle grâce.

"Icones" de Sandrine Lescourant


Brut de coffrage
Deux hommes, deux femmes pour exprimer face au monde les humeurs et états de corps quotidiens des êtres furieux, parfois muets, interrogeant le public du regard, se présentant en toute simplicité pour de "vrai" sans chichi ni complaisance. C'est du brut, du dur, parfois haineux, rancunier, aigri par les accidents de la vie, les frottements à un monde aride, celui de la chorégraphe qui ne mâche pas ses gestes!Sans mentir, des mouvements tétaniques au corps,de petits dialogues, des arrêts sur image, une certaine impatience se dégage de cette agitation fébrile. Quelques selfies acrobatiques, féroces, pas toujours de la tendresse dans cette danse robotique, technologique de groupe branché hip hop . Des rouages syncopés, très mécaniques pour une photo de famille caricaturale, électrocutée par l'énergie débordante de la tétanisation.
 Un beau solo vient apaiser cette machinerie organique aux cent mille volts dont la douleur et la souffrance exprimés fait mouche et dérange. Inquiétude et intranquilité au poing, Sandrine Lescourant fait sourdre les histoires de corps, les fait avouer ou parler par la force simulée d'un micro scrutant une colonne vertébrale secouée à vif par la danse. On en ressort ébranlé, violé par ces épreuves non dissimulée et évoquées d'une vie difficile que le corps traverse et déverse.Panique à bord, contagion de la douleur, "icônes" est un coup de poing dans la gueule et ça fait mal, ç a touche et émeut au delà des maux.

"Ruines" de Sylvère Lamotte


Lenteur extatique
Deux hommes vont devant nous évoquer des univers tranquilles, nostalgiques, quasi romantiques, mélancoliques à souhait. Ce serait cet univers de ruines, de restes qui nous hantent les mémoires .
Un porté pour prologue, des vêtements décontractés qui lissent les contacts entre eux: c'est de cet abandon, manipulation gracieuse de l'un par l'autre qui ferme les yeux de quiétude et de confiance.
Un amour tranqille les traverse dans une danse contact,lascive, docile, endormie ou soumise.Presque christique tant des images de piéta ou de tableaux, toile du Greco ou De Vinci apparaissent furtivement. Enchevêtrement des corps , nichés l'un dans l'autre, au creu des espaces, des vides et des pleins des corps relâchés. Puis le face à face s'inscrit dans l'espace, ils se lâchent, se libèrent, se séparent, s'autonomisent pour mieux se re- enlacer Images de chimères criardes, miserere religieux fascinant, on entre en religion dans la saveur de la lenteur et la beauté, puissance divine qui domine les hommes. Ce duo , art du porté,cueille et recueille la méditation dans des déroulés assoupis au final, gisants libérés des contraintes du vivant, de la pesanteur, du poids de la vie. Le mouvement s'éteint, la guitare se tait, les transports bibliques s'épuisent dans une tendre mélancolie Le Louvre devrait  s'enrichir de cette oeuvre picturale émouvante jusqu'aux cimaises de nos pensées dansantes.

 PREMIER PROGRAMME de la belle scène saint denis

"Care" de Mélanie Perrier
Invulnérables
Deux couples d'hommes et de femmes de blanc vêtus vont évoluer sur un tapis blanc, comme endormis debout. La beauté et fragilité du site de la Parenthèse opère à merveille dans le bruissement du mistral.Le lent affaissement des corps en contact vers le sol,en appuis, délicat travail sensoriel, sensitif, intuitif berce l'atmosphère paisible.La fusion, osmose, participe de ses retrouvailles des corps enlacés, décontractés à souhait mais maintenus par une tension , une concentration exemplaire.
De légers portés, infimes écritures dans l'espace changeant, basculent dans des attractions, une attirance fébrile, comme des aimants retenus par une énergie contenue puis libérée.Un tonnerre de bruits de bombardement ne suffit pas à déranger la quiétude de cet ordre des choses.La masse des corps expérimente des surfaces, des emboîtements d'espaces très privés qui se révèlent.Chuter, céder, se relâcher, s'abandonner à l'autre , puissants couples ou individus partageant un savoir être ensemble, à deux qui n'a pas d'égal
La vision de ce manège de couple, sans lasser, est une véritable cure de jouvence et un bain de volupté inégalé.

"Juste Heddy" de Mickael Phelippeau


Heddy Salem à vif
Il est "la vedette" anti star de ce solo en chantier, aveu d'une personnalité fragile qui se raconte; ce "rôle" confié à ce jeune autodidacte par notre trublion chorégraphe s'avère succulent, drôle, attachant, émouvant. Il est bien seul, face à nous avec son corps pour instrument, son histoire en partage.
Il se meut de son bassin "méditerranéen", naif, timide, ce sportif déballant de son sac ses oripeaux, souvenirs ou son histoire de dealer engagé pour un casting dans un film louche...Il est attendrissant et vulnérable, presque trop confiant mais sincère.Il mime son existence par des gestes appropriés: légionnaire stupide aux gestes mécaniques et autres affres de la vie.Une ode à la femme de sa vie dans un tendre" allo maman bobo" et le voici en hip hopeur qui ne dé rap jamais sincère, confiant. Et pourtant il semble capituler, ne s'en relève plus de ce destin à rebondissements pas toujours heureux! Heddy Salem campe un beau personnage et en prime un petit rappel, cadeau de la maison, où il livre l'état de travail de son solo.Son cœur pulse, il se livre et délivre son vécu avec conviction.
Affaire à suivre sous l’œil bienveillant de son parrain chorégraphe à l’œil aigu et attentif!
Son visage à la Tahar Rahim émeut et trouble.

Avignon le Off 2017 Danse aux Hivernales du singulier au pluriel, la danse s'expose.

Un lieu incontournable pour la Danse en Avignon: un cru 2017 excellent, des salles combles et le trottoir qui déborde devant le théâtre: on fait la queue bien avant l'heure pour être bien placé !
En avant pour le bal !

"La mécanique des ombres" de Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne, Lucien Reynès




Bien huilée !
Une pièce singulière fondée sur l'anonymat: celui de trois silhouettes masculines, jean, sweat shirt à capuchons, pieds nus, sobres, banals, urbains en diable! Sur le plateau nu, tapis noir,lumières tamisées, après un vrombissement étranges, ils vont évoluer, à terre, au sol dans une synchronisation hallucinante, faite de ricochet, de passation de tempo.  Dans une précision extrême, les mouvements tétaniques construisent et déconstruisent les corps conducteurs d'énergie.Mouvements hachés, désarticulés, décomposés, en petites touches saccadées. Ils se manipulent avec dextérité, chacun pour soi, contorsionniste à souhait Une unisson s'installe entre eux, ils se jouent d'un espace restreint, réduit à leur trio, qui peu à peu opère son érection vers la verticalité.Les visages impassibles, masqués de voile noir, plaqué sur la peau, tendus comme des faussaires ou braqueurs de banque Jeu de mains, de jambes, électriques, stratifiés et décomposés à l'extrême, c'est un savant mélange de virtuosité, de prouesse au service d'une montée en puissance de la dramaturgie. Trois corps complices dans une ambiance étrange, mannequins sans visage, ni regard, comme les sculptures de Daniel Firman ou les hip-hoper de Denis Darzacq Mécanique, machinerie à chutes, engrenages bien graissés.
On est en apnée, en empathie durant tout le temps de leurs évolutions quasi circassiennes qui donnent à la mouvance hip-hop, dans la musicalité des silences, une profondeur magnétique et palpitante qui tient en haleine et méduse sans concession
Un trio qui au final danse du "trad", comme une pause, un prolongement de leur langage urbain, comme un retour au source à l’enchaînement, au lien, à la solidarité: comme une mécanique bien huilée, celle des "temps modernes" aux rouages tous tracés.


Denis Darzacq


Daniel Firman
"Le récital des postures" de Yasmine Hugonnet


Sculpture en mouvement
Elle est seule sur le plateau, tout en lenteur, elle déploie des trésors de postures, attitudes et pauses, dans le silence recueilli d'une salle hypnotisée par sa présence magnétique. La lumière est son révélateur, son sculpteur qui tel Rodin ou Camille Claudel, transforment la masse organique en formes étranges, inachevées, en devenir constant. Les métamorphoses opèrent comme autant d'actions de sempiternelle évolution de la transformation du corps de la danseuse, bientôt nue, cheveux partie intégrante de la plasticité des images qui se font et se défont à l'envie. La beauté des icônes ainsi engendrée n'a de cesse que sa disparition définitive qui ouvre encore des champs de vision infinis, rémanence de lumière mobile, de fusion des matériaux nécessaires à la modélisation d'une créature hors norme.Corps, instrument privilégié d'une partition silencieuse, exécutée en virtuose par Yasmine Hugonnet.

"Nativos" de Ayelen Parotin


Chaos chamanique
Quand le théâtre de Liège s'accoquine avec les interprètes  de la Koréa National Contemporary Dance Company, ça fait des étincelles que Ayelen Parotin sait très bien provoquer, allumer, pour décaper l'image d'une Corée chamanique passée à la moulinette de son humour décapant. On l'a quittée à Montpellier Danse avec "Autoctonos" pour la retrouver ici avec quatre danseurs, forts en corporéité, une femme travestie les aguiche , le tout sous la coupe des percussions d'un piano préparé où résonnent les notes sempiternelles de Léa Pétra fidèle pianiste aux commandes.Tonitruante prestation décapante où chacun s'ingénie à performer, chanter, créer le chaos sur scène, déplacer sans cesse les regards des spectateurs gavés d'informations visuelles tumultueuses! On apprécie ce vaste chantier mobile pour sa verve, sa plasticité et l'incroyable performance de la pianiste, imperturbable percussionniste pianistique irremplaçable.

"My (petit) pogo" de Fabrice Ramalingom de R.A.M.


Cour de récréation
Un petit bijou précieux pour explorer le processus de création chorégraphique d'une petite compagnie de quatre danseurs qui se présentent comme tels, faisant de nous des témoins bienveillants d'une pièce qui s'invente, se trouve et se construit selon l'inspiration de chacun et l'organisation de toutes des découvertes gestuelles convoquées lors de cette démonstration en temps réeL. C'est gai et ludique, intelligent et rafraîchissant. On sent combien l'inventivité, la responsabilité et l'écoute sont les moteurs d'un travail partagé, vécu comme un vaste terrain de jeu où chacun trouve sa place et considère celle de l'autre. Comme un match performant , singulier, où il n'y a rien à gagner sinon la joie de danser.

"D'oeil et d'oubli" de  Nans Martin des "Laboratoires animés"


Architectonique
Quand la danse se construit comme un cantique, du noir total de la salle à la découverte d'une cathédrale de bois dressée, savamment empilée à la Dépéro et son futurisme italien, elle oscille et crépite en mutation constante. Silence et lenteur des gestes qui s'imbriquent et simulent la construction déconstruction de l'édifice central, cheville ouvrière de la pièce montée devant nous: fragile assemblage qui va subir une métamorphose selon les directives de la manipulation des danseurs, de ses éléments fondamentaux. Chantier en évolution, on déconstruit, déplace les plaques de bois, en même temps que se fabriquent les espaces entre les corps détendus, complices. Au final, c'est un plateau, puzzle de bois qui trace les fondations d'un sol fait pour la danse, alors que la musique en live accompagne tout du long, la pièce à conviction. Un chant choral fédère le tout pour cette agora versatile, plateau de la danse foulé de la verticale à l'horizontale.

"People what people" de Bruno Pradet


Ré-pulsions
Sur la même pulsion, en ouverture sept danseurs tiennent le plateau, nu,infatigables arpenteurs: un travail formidable sur la dépense, la perte, l'unisson avec lequel on entre en empathie de façon irrésistible. Coureurs de fond, les danseurs se donnent, regards et directions en mire,sur une musique binaire répétitive.Le calme fait irruption après cette performance ébouriffante pour tracer quelques belles diagonales animées d’enchaînements inspirés. Un cercle chamanique pour clore ces courses folle en spirales de lumière comme une scène tournante hypnotisante où la lumière court aussi pour rattraper les pas des danseurs La focale se rétrécie, les souffles, rires et jeux cessent et cette communauté engagée corps et âme retourne au calme: on achève bien les chevaux mais pas les danseurs portant exténués par cette représentation physiquement éprouvante pour la beauté empathique que l'on ressent à vivre tout près d'eux.

"The Hole" de Hsiao-Tzu Tien


Feux follets
Des visions spectrales, fantomatique hantent l'univers du chorégraphe de Taiwan: inspiré de ses rêves ou cauchemars, ces spectres ectoplasme en petit groupe serré, naviguent sur la scène comme des images spectrales subliminales. Une femme gigantesque dressée sur un tabouret fait une icône sculpturale de toute beauté et confère une atmosphère étrange, inquiétante à la pièce. Les costumes des cinq interprètes femmes, plissés, designés très contemporain, donnent à ces willis des temps modernes, un aspect onirique, transparent, invisible d'un monde fantasmé, grouillant de petits êtres vivants d'un autre monde.De très beaux éclairages soignés, une musique inventive et tendue vers le suspens, en mouvement perpétuel. Un opus singulier qui transporte vers d'autres cieux, d'autres lieux les vision rêvées de l'inconnu, de l'indicible.