vendredi 23 juillet 2021

"Toute l'histoire de la peinture en zigzags" par Hector Obalk: des mignardises à dévorer !

 


Sa voix ne nous est pas inconnue: elle raisonne à nos oreilles curieuses et voyeuses,du temps d'émissions télévisuelles sur ARTE: celle d'un regard sur l'art, hors pair sans démagogie, ni vulgarisation: l'art d'aiguiser la curiosité, l'art de rendre évidents des détails passés inaperçus sur une toile.....Alors, c'est parti pour un voyage, embarquement pour Cythère, plus d'une heure durant: un solo virtuose où le conférencier, auteur, comédien, critique d'art, commissaire d'exposition,conteur s'en donne à cœur joie pour nous dire "on n'y voit rien"comme Arasse....Seul sur scène le voilà investit de l'espace truffé d'une toile regroupant une infinité de reproductions de peintures de maitres. Une œuvre d'art en soi, comme un damier surchargé, rythmé de touches, de tâches multicolores.Il va brièvement nous conter le pourquoi de sa présence, la légitimité de ses propos, son axe d'attaque, son ambition de nous immerger, nous néophytes dans les antres de l'analyse picturale. Avec passion, détermination, humour et un soupçon d'ironie, de recul aussi, de fausse modestie assumée. De la distance pour mieux nous rapprocher de ce qu'on voit sur et dans une toile. C'est une formule ambitieuse, honnête et quasi pédagogique; voir en sa compagnie un Chardin, c'est découvrir la beauté, la fragilité d'une touche virtuose qui ne nous serait jamais apparue si il n'y avait pas mis le cap, le zoom sur un détail, une atmosphère...En sa compagnie on s'aperçoit peut-être que Van Gogh fait de l'illustration d'affichiste et que Cézanne fait des fourrés magnétiques, flous, secrets, énigmatiques Le maniérisme se comprend mieux, et le regard s'affute, incisif, critique. Performance doublée de l'intervention chantée d'une cantatrice qui fait ses armes.Hector Obalk fait mouche, ni critique, ni clown dévastateur, le voici guide déjanté d'un musée redécouvert où chaque artiste retrouverait sa raison de nous intriguer, de nous interroger sur son époque.Un spectacle réjouissant, édifiant qui vous donne envie de retourner dans les salles "obscures" du musée....Dans le brillant doré sans perspective de plus d'un peintre inconnu !

La danse au théâtre Golovine: Avignon le off 2021


 "The hidden garden"de Jill Crovisier: une pelouse irascible ! 

C'est la chorégraphe elle même qui interprète ce solo très probant, engagé et virulent: elle est  masquée par un bouquet de fleurs en plastique sur sol de pelouse artificielle d'un vert cru frappant: carré d'as pour une soliste au corps puissant qui conte les affres d'une femme en lutte aux prises avec un environnement hostile et insécurisant. La danse est rude, le corps ferme et définitif, les visions s'enchainent alors que le bouquet vole en friche: musiques au diapason de cet éclatement qui se dénoue dans un cocooning, sous le tapis, image d'un effet mouvant et saisissant de science fiction!


"Duos" de Aurélien Kairo: le couple leur va si bien !

Il paraitra obsolète de présenter deux duos bien et conformément "genrés", mais la tentation, le désir, l'attirance de ces deux là fait mouche et autant dans "C'est la vie" que dans "Quelque chose de Mélody" s'exprime le vivant, l'audace et l'humour des relations amoureuses, débridée, fantasmées ou ludiques Un couple réuni autour du "parapluie-paradis" de Brassens enchante par ses mimiques, son agilité et les prouesses humoristiques des interprètes, alors que le spectre de Gainsbourg hante encore après 50 ans les âmes troublées de deux danseurs piqués au vif par un "hommage" décalé au couple légendaire!Beaucoup de charme déclaré pour ces duos des lendemains qui danseront encore longtemps dans les pores de nos peaux!


"Allegro molto barbaro" de Dusan Hégli: un désa-corps politique "incorrect" !

Quand la danse sait incarner l'enfermement, la dictature perverse sur des corps soumis à l'ordre et à la tradition, le geste devient politique et vecteur d'information sur un "régime" contesté, fuit et désapprouvé. Ça sonne juste malgré des grincements stridents sur les cordes des violons de Bartok et ce corps de ballet folklorique jeune et servile véhicule un message profond et révélateur sur des contrées hélas multiples de résignation ou d’exil !Une pièce unique taillée dans le vif du sujet, hurlée par la voix d'un meneur diabolique dictant la démesure de l’obéissance, de la soumission....A vous hérisser la sensibilité !


"Masonn (Murs)" de Max Diakok: briser les parois de l'indicible

Quatre danseurs à la forte identité se rejoignent dans une verve et tonicité remarquable: les murs évoqués ne réussissent pas à les séparer: la lumière qui jaillit de leurs doigts, leurs ombres portées ou leur alter égo se jouent des différences et cherchent à briser la distanciation....Du bel ouvrage , du hip-hop au Gwoka, un hymne à l'humanité.

 
"Logos-Abysses"  de El shafey Adel et Maelle Deral:
 
Un solo fluide d'un homme habité par la grâce d'un mouvement inné, un duo où il est rejoint par une voluptueuse mante religieuse attirante et sensuelle: une écriture sobre et convaincante de la compagnie "Le Scribe" qui partage ici l'espace temps d'une danse libre et au diapason des corps constructeurs de visions fugaces fertiles et séduisantes.La silhouette déployée de Maelle Déral, déployée, telle une Guillem réactivée par la présence et la plasticité inouïe.


La danse dans le festival "off" d'Avignon 2021 (partie une) "Au gré des écritures"


 "Soeurcières" par la compagnie Pluméa: le tribu de la chasse aux sorcières !

Commençons par la vision d'une affiche: comme deux coquelicots, virevoltent deux danseuses en longue robe rouge: puissante image de ce qui va se révéler être un spectacle intimiste dans son petit écrin, au théâtre des "Lilas's". Lieu de mémoire de la danse dédié à sa fondatrice, Lilla Nett.

Un duo plein de charme où la dose de pure poésie du geste se mêle à une once de malice, d'expressivité des deux interprètes, pour ce conte de fée plutôt issu d'un grimoire alchimiste fort attirant. Car y résister à ces onguents mêlés de couleurs et de fumées, serait injure.La plus "sorcière" de ces deux sourcières est au buffet d'une boutique fantasque où les bestioles donnent le meilleur de leurs sécrétions pour alimenter fantaisie, rêves et dure réalité.


La danse y est fluide, sensuelle, chatoyante comme les costumes et les couronnes de fleurs qui évoqueraient un folklore inventé, incarnat, roux et vivace, aux couleurs chaleureuses d'un feu follet. Surtout ne brûler pas ces deux comparses de mas de la saint jean: le bûcher pour fioles magiques, continent noir des femmes différentes. Adèle Duportal et Charlotte Arnould pour défendre aussi la condition de la femme, condition de soi et de la joie lumineuse du partage Un conte atypique, effervescent, tonique et merveilleux. La sororité , gémellité secrète et discrète sur fond de choix musicaux délicieux. 


"Landing" compagnie X-PRESS: atterrissages sur le tarmac!

Un duo circassien aux qualités de rebond, de sauts et pirouettes aériennes de toute beauté: deux danseurs virtuoses s'adonnent à l'exercice périlleux de chutes et rechutes sur un sol préparé, dojo recouvert de paillettes de polystyrène blanc. Des figures dynamiques virevoltantes auréolées de lumières éparpillée. Autant de voltige sur trampoline pour les renvoyer dans les airs, absorbant les corps pour mieux les catapulter, les projeter dans l'espace. Les sauts sont capoeira, spirales ou pivots entre poids, légèreté, appuis et départ pour s l'espace-lumières.Un voyage cosmique signé Abderzak Houmi à la FABRIK'THEATRE.


"Slide" compagnie Chute Libre: calligraphie hip-hop !

Quatre danseurs en noir et blanc sur "carré noir sur fond blanc" et voici traces et signes sur un sol quadrillé de lino-carrelage figures récurrentes où les corps glissent, se rodent sur un support improbable, dangereux.C'est impressionnant, rigoureux et plein d'énergie; les chorégraphes Annabelle Loiseau et Pierre Bol s'en donnent à cœur joie pour libérer les flux sur une musique originale détonante.On lâche prise en leur compagnie se jouant des espaces aériens, de la pesanteur: le temps se dérobe, on patine comme des oiseaux agiles sur la banquise et l'expérience sensorielle est contagieuse et salutaire!

Au Nouveau Grenier


"Rage the flower thrower" et "Versus" compagnie S'Poart danse

Le chorégraphe Michael Le Mer en compagnie de Lise Dusuel met en scène dans "Rage" l'icône de Banksy, florilège d'un art graphique street-art de légende.Un homme, un bouquet de fleurs et la révolte du corps gronde, puissante, comme un projectile lancé à la figure du monde.Poésie et geste politique, engagé, ce solo, masqué par un foulard, désigne l'anonymat, refoule les pulsions pour mieux faire jaillir force et résistance, soulèvement et et indiscipline.Pour "Versus" c'est l'exercice d'un duo plus sage sur la dualité, la différence des styles, des démarches pour tenter d'allier force et grâce qui séduit d’amblé.La dramaturgie pour fer de lance d'une narration des corps, histoires d'hommes, de territoire.

Au Nouveau Grenier Pays de Loire


"Chto interdit aux moins de quinze ans" de Sonia Chambretto mise en scène Fanny Avram

Une comédienne danseuse fort originale très bien valorisée par une chorégraphie signée  Thierry Escarmant se joue de son sort: émigrée tchétchène à Marseille, son corps, sa voix racontent son sort d'exilée physique, de déplacée; bordée par un comédien-musicien phoniant admirablement cette situa    tion chaotique, Fanny Avram, longue dame en noir, désarticulée, forge un personnage étrange, manipulé, comme le micro qui la double en verticalité brisée par des articulations rigides et implacables.La pertinence de l'incarnation des sons, du texte et les bruitages font de cette performance un objet insolite et radical.

Au Théâtre du Train Bleu


"Acte I et Acte II de la Compagnie Robert et Roberte

Sandrine Frétault et Lorenzo Dallai entreprennent une longue course marathon, presque sur place, en legging colorés pour satisfaire à l'esprit de performance physique, d'endurance: vont-ils quitter ces corps canoniques pour aller vers le simple geste qui impacte plus l'émotion que l'admiration? Que nenni!Les portés du duo simulé sont autant acrobatiques que désuets: vont-ils vers la satire, l'aveu qu'un corps éduqué, dressé, ne se libère pas si vite de son éducation corporelle gymnique? Du "pousser" et de l"abandon" autant de trucs qui collent à la peau sans l'habiter et les deux compères de se perdre dans une démonstration vaine mais peut-être un semblant comique ou burlesque, frôlé seulement.Désopilant parfois !En habit de cosmonautes les deux athlètes baudruches tentent de faire de chenilles des papillons mais le cocon déroule plus que du fil à retordre!

A la Scierie