dimanche 25 juillet 2021

La Belle Scène Saint Denis en Avignon le Off 2021: programme 2 : un panel éclairant sur la "dansité du geste !

 C'est toujours un immense plaisir que de retrouver ce plateau de plein air à la Parenthèse, une cour privée, ouverte à l'accueil de la Danse à potron-minet!


"Les Baigneurs": Art Doudou !

Cette édition là démarre à l'extérieur des murs avec, parmi le public, les deux silhouettes burlesques en diable de Clédat et Petitpierre: telles deux figures quasi grotesques mais très attendrissantes, ces baigneurs, ours de peluche bariolés de rayures balnéaires , entrainent dans un univers tendre et diuillet. En dépliant nonchalamment leur tapis de bain, parmi nous, ils interrogent leur place dans cet espace ouvert à tous. Gestes ralentis pour mieux s'installer, prendre des pauses édifiantes de paresse, de relâchement, d'innocence. Pris en flagrant délit de délicatesse, de respect l'un de l'autre, ils nous convoquent "gentiment" sur l'autre scène pour y déguster cette matinée de sensations douces.


"Le fil" de et par Sylvain Prunenec: "j'ai la mémoire qui flanche....."

Travailler sur "la mémoire de la matière", sur les sensations qui jaillissent et convoquent la mémoire corporelle, ainsi va le propos du chorégraphe qui plonge dans les strates du vécu, de son histoire pour "penser" le corps et panser les résurgences du ressenti inscrit sous la peau, dans les muscles profonds Et si les "souvenirs" s'entremêlaient de façon à leurrer celui qui cherche à les raviver? Telle serait l'objet de cette belle et subtile prise de corps et de parole du danseur, irradiant de malice, de considération pour la danse, pour sa danse: d'un "incident" de parcours en scène, il fait et construit un cheminement kinésiologique qui aboutit à sa propre vérité; Qu'il sait si bien partager, laisser voir, entendre et filtrer.Se raconter aussi au travers des gestes précieux de Bagouet, Trisha Brown ou Odile Duboc Traces et dépôts, le corps s'imbibe, s'imprègne et resurgit la danse de Sylvain Prunenec, fluide, habitée, féline!Détachement et distanciation par le récit de la parole aussi: cela fait un bien fou et l'on chemine avec sa pensée brillante par delà les époques!


"Abdomen":de et par Clémentine Maubon et Bastien Lefèvre: ceci n'est pas du sport!

Un duo qui démarre sur les chapeaux de roues, très sportif, emporté par les tenues vestimentaires adéquates et le tempo : deux gymnastes rodés qui se cantonnent à leur savoir courir sur place et autres défis physiques. Danse duo à l'unisson des efforts pour mieux basculer dans un autre langage, fluide et complice dans l'énergie partagée. De quoi faire surgir le sentiment, l'union, l'amour; le heurt des corps une fois encore confrontés à leur gestuelle inscrite: force, tonicité, rudesse ; l'abandon se fait timide et discret: encore un beau chemin à parcourir avant d'accéder à une respiration poreuse et salutaire....


"Mal compris" de Mael Minkala : message bien reçu!

Il est interprète de son propre solo, taillé sur mesure et dans le vif de son sujet: lui-même face à sa destinée, complexe enchevêtrement de circonstances, de cultures et d'appartenance Frêle silhouette exilée de son sol, de sa terre, à travers son corps, torse nu, il clame avec énergie la fragilité de la vie. Musclé, statuaire ambrée qui dévoile sa chaine musculaire comme autant de réseau de circulation, il dévoile son identité de danseur, d'auteur avec audace et authenticité. Visa pour franchir les frontières du contact, sa danse muselle aussi son corps, le confine dans la douleur C'est émouvant et juste sans fioriture, à fleur de peau.

Et l'on se quitte pour l’angélus, ravi d'avoir assister à l'éclosion d'autres mondes....

La Danse au Festival Avignon Le Off 2021 à la Manufacture :les narrations des corps...


"No Man's land" de la compagnie Daruma, Milène Duhameau : du large !

Cest au Chateau de ST Chamand à potron-minet sur un plateau extérieur: trois danseurs, tenue banalisée citadine, urbaine: ils vont tenter la rencontre par de multiples passages, frôlements, inter-actions. Volubiles, dans l'espace vaste et ouvert, ils tissent une histoire simple et convaincante: une relation d'apprivoisement, de rejet, de doute ou in fine d'adhésion entre eux. De beaux arrêts sur image pour lester la tension, affermir l'attention et rendre crédible l'évolution des relations Les gestes issus du hip-hop sont vifs et les évolutions possibles dans ce vaste terrain de jeu, aspirent à tracer un chemin, des circonvolutions tracées très graphiques.La proximité avec les interprètes rend possible un jeu interactif et le silence qui se fait ce jour là, incident technique, pose et repose le regard sur le mouvement, simplement habité.


Palmyra" de Bert and Nasi :corps dominé, dominant.

Autant danseurs, comédiens, que clowns, deux compères vont esquisser les relations de soumission, de domination: politique du corps qui se tait pour celui qui serait le "réfugié", qui verbalise, pour celui qui défend sa cause de dominateur Nasi est tapi dans son coin, muet, ficelé par son ignorance. Détruire, disent-ils: d'une assiette brisée vient le malheur, le doute et la suspicion. Les premières démarches pourtant entre ces deux larrons furent une très belle scène introductive: sur un skateboard, chacun évolue, glisse, traverse l'espace le temps d'une romance baroque ch'io pianga" de Haendel.Temps fort qui augure d'une belle exploration de l'espace.Les assiettes retombent, l'incompréhension persiste, la domination est bien ce mutisme que le corps recroquevillé de Nasi, exprime.


"Bataille" de la compagnie Dernière Minute Pierre Rigal: jeter son corps dans la bataille!

Un duo performant où deux individualités confrontent leur langage, leurs codes, leurs façons d'exprimer colère, haine, désir, tendresse...Violence des gestes, percussions corporelles pour mieux battre le rappel de la lutte à mains nues, corps en jeu. Les esquives, certes, mais aussi les claques et rentre -dedans pour simuler qu'il faut "jeter son corps dans la bataille" !Duo de choc où le jeu se fait masochisme, répétitions et parfois absurdités des comportements belliqueux!On s'y manipule à l'envi,on s'y confronte dans la chair, à coups de poings, à coup de gueule.


"Iskanderiah Leh ?" par la compagnie Ex Nihilo: l'atelier bien établi!

Anne Le Batard et Jean Antoine Bigot s'adonnent à la joie d'étaler les établis du travail en cour pour toutes les investigations visibles du "labeur" du processus de création.Tout est circulation d'un point à un autre dans ce laboratoire de recherches, à vue, dévoilé.Alexandrie pourquoi? en sera le leitmotiv: recherche et déboires en interrogeant les corps qui parlent, qui se souviennent de Marseille, de l'Egypte, autant de zones d'exil, de départ ou d'arrivées périlleuses. Cinq manipulateurs d'objets, d'images qui jonchent le sol et qu'il ne faut pas oublier, négliger pour vivre ensemble.Une écriture singulière pour ce plateau ouvert au public: la langue gestuelle n'a pas de frontière!


"Plubel" de Clémentine Vanlerberghe: les femmes silhouettes..

Quatre esquisses de corps à peine éclairées dans une mouvance douce, sensuelle, fluide. C'est beau et intime, à fleur de traces fugaces, de rémanence dans l'espace qui s'invente, se dessine. La clarté se fait peut à peu sur ce quatuor changeant, figurant moultes situations physiques d'investigations du corps dans l'espace.En legging noir, torse nu, poitrine dévoilée en figure de proue, elles défilent aussi, talons hauts en bottines comme des pieds de chèvre surhaussés. C'est quel peu satanique et diabolique, fortb et suggestif.Groupe ou individualité, la danse révèle chacune par une présence intense qui touche et remue.Ligne, autorité, beauté de la scénographie font de cette pièce un réceptacle de "plus belle tu meurs" incontestablement indisciplinaire! 


"Le sale discours" de David Wahl et Pierre Guillois: ce que "le sot l'y laisse"....

Un "bijou" pour raconter l'histoire du "sale", c'est du propre! David Wahl, d'emblée entraine par les mots, les gestes dans son univers décalé, féroce, documenté, fouillé, qu'il faut croire ou fantasmer. Causeries plus que conférences ou allocution, ses élucubrations historiques viennent tordre le cou à la raison, au dogmatisme. Récit, petite géographie linguistique et corporelle, sa pièce avance, distinguée, précise, séduisante. Le déchet, le tri de tout rebut, ce que "le sot l'y laisse" à recycler, font office de matière première à moudre. A pétrir et à méditer à l'envi. C'est un alchimiste, prédicateur, prophète de pacotille qui tricote des récits passionnants et la matière plastique dans laquelle son corps-conteur évolue se fait entrave, pollution, charge ou bain de jouvence. En tout cas des images performatives et plasticiennes s'y rejoignent pour jubiler plus que ternir la vision d'un monde fataliste. Du très bel ouvrage qui tient en haleine et interroge l'auditoire, ébranlé, déplacé, comme un danseur qui chemine dans la pensée en mouvement.


samedi 24 juillet 2021

Pour les enfants à Avignon le off 2021: regarder le monde au carré !



 "La puce, le chameau et les autres"par la compagnie Comme sur des roulettes d'Annette Banneville et la compagnie LEA: on s'y plie sans s'aider !

Des animaux de papier pour partenaires, des chameaux à deux bosses pour cette arche de Noe bien singulière....Un duo de femmes, conteuse et musicienne, danseuse et clown, c'est au petit matin bien revigorant, ravigotant ! De tout petits animaux partout qui en disent long sur la vie de l'homme en leur compagnie.A la pêche à la baleine qui se cache à l'eau, à la recherche de l'éléphant ou du plus petit animal, mouche ou autre, les deux actrices s'inspirent de textes courts de référence sur les bestioles et l'on navigue dans ce beau vaisseau plein de musiques et de malice, avec joie et délectation.On y chante, y danse sobrement mais justement, en comptine, en saynètes brèves et opérantes et la fraicheur, la diversité des propositions enchante le public à foison!Une mappemonde comme terrain de jeu et d'amusement, pleine de vie et de couleur pour faire "son cirque" et découvrir la palette des diversités qui nous entourent.

A la Présence Pasteur 


"Les petites géométries" par la compagnie Juscomama:tout s'efface, même les traces !

Deux silhouettes, personnages à la tête bien construite au carré, comme un cube pensant vont devant nous, assises procéder à une romance joyeuse, amoureuse et ludique: se barbouiller le faciès carré de craie, de couleurs, de toute matière possibles.Jeu masqué, théâtre d'objets animés, ça roule d’emblée sans cesse rythmé par les corps vivant cette métamorphose constante. On y rêve, on plonge dans l'esthétique de l'Art, de l'outre-noir au pointillisme, de Arp à Picasso, des arts premiers au surréalisme....Quelle belle et touchante traversée dans l'univers de l'enfance de l'Art !Justine Macadoux et Coralie Maniez pour piloter à l'aveugle cet exercice de style périlleux !

A la Manufacture