jeudi 2 septembre 2021

Chamalières bas rock !

 


LE SPECTACLE BAS-ROCK DE GENEVIEVE CHARRAS, CHARIVAREUSE !
 
Le vendredi 14 août, après avoir fait vibrer le transept de l’église romane, Geneviève Charras a entraîné son public via le jardin médiéval et la « traboule » du bâtiment conventuel, en direction de la rue basse, où elle nous a partagé son univers onirique en détournant le sens premier des lieux et des objets pour une vision drolatique, cocasse, voire philosophique… 
 

Son habileté à jouer avec les mots, sa fantaisie insatiable, ses pas de danse et ses chansons, ont permis à son public de passer un délicieux moment. Retenons également son petit clin d’œil facétieux à destination des jeunes générations, qu’elle engage à se poser et à prendre le temps d’écouter les sons de la cité… ou de la nature… (Photos : Jean Tempère)
 

 

mardi 3 août 2021

"Murs" de Mehdi Meddaci : un récit chorégraphié sur la chute des corps.

 Cette œuvre restitue un voyage sans issue : Murs (2015), de Mehdi Meddaci, est une installation filmique qui s’étale sur cinq écrans géants. Le récit, sans pathos, met en scène un aller-retour du père de l’artiste entre Marseille et Alger. Une simple histoire familiale ? Pas seulement : une manière aussi de croiser souvenirs et histoire. Sans prétendre que l’eau conserve la mémoire, écoutons Borges : « Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau / Et penser que le temps à son tour est un fleuve / Puisque nous nous perdons comme se perd le fleuve / Et que passe un visage autant que passe l’eau. »

Sur les cinq écrans, les corps chutent lentement, se dirigent vers le sol comme autant de corps mourants qui se laissent choir sans espoir de rebond.Le fondu de la matière charnelle se dilue, se décompose , fluide comme un liquide qui se transforme: le corps est eau, liquide, revendiquait Jan Fabre dans son œuvre scénique et chorégraphique. Les corps voyagent sans se déplacer, sur des sols qui se meuvent, bougent: le bateau est prétextes à une traversée et géographique, et spatiale dans les espaces séquencés par les cinq écrans.Tantôt les images sont distinctes, tantôt elles se répètent et rythment la narration pour une clarté, une limpidité aqueuse. Sur les bancs de l'embarcation, sur le pont, vide, déserté, un seul corps chute, se ploie,et se répand au sol. Comme déroulant ses membres, décontracté, laxe, désinvolte mouvement récurent tout le long du film de 45 mn qui sait tenir en haleine sans fléchir.On y reconnait la voix puis les attitudes de Reda Kateb et les autres "acteurs" danseurs, figurants ont la part belle lors de séquences de chutes individuelles, aériennes de toute beauté: une immersion dans l'éther, proche de l'eau aussi, fluide: comme dans "Tombe avec les chaises" de Robert Cahen...Ou une immersion à l'inverse chez Garry Hill.

Pour la partie citadine, proche du 104 lieu de résidence de l'artiste, la chorégraphie de groupe est signée Rachid Ouramdane: "Dans cette production Rachid Oumradane vous a aidé ?On n’a pas travaillé ensemble, il m’a aidé pour des plans qui soient libres comme des performances éphémères. Le geste chorégraphié des gens qui tombent sur le pont bleu pour 30, 40 personnes ce n’est pas si simple à réaliser, on a fait des plans spécifiques avec les conseils de Rachid pour que personne ne se blesse et que les mouvements soient harmonieux."


« Murs » est une installation vidéo à dimensions variables, la vidéo représente la trajectoire inversée de l’immigration, de l’Europe à l’Afrique. A rebours, les migrants traversent la méditerranée, de Paris à Alger, en passant par Marseille. Le ralenti sur les gestes évoque la contemplation, la mémoire et le questionnement du migrant permettant au spectateur de s’immerger dans les pensées des personnages face à l’exil et à la solitude. Dans l’installation, une forêt de lampadaires recrée la verticalité de l’espace urbain qui s’oppose à l’horizontalité de la mer, dernier bastion avant le retour au pays.

Sur les cinq écrans, les scènes sont juxtaposées, induisant un montage dans lequel les séquences se détachent, se complètent et s’accentuent les unes par rapport aux autres, créant ainsi un rapport à l’espace et au temps bien spécifique. La vidéo, traversée par différentes temporalités et différents espaces permet d’accélérer ou de ralentir le rythme de la narration. Cette trajectoire inversée nous questionne ainsi sur le principe de l’immigration, ses attentes, des désillusions et ses échecs.

"Mon travail plastique demeure distancié, de l’ordre du poétique, témoignant d’un attachement profond à l’espace méditerranéen. Il se construit par strates sous forme de dispositifs ou de modules autonomes comme Corps traversés (2007), Lancer une pierre, (2008) ou Sans-titre, Alger la blanche (2009) qui mettent en résonance photographie, vidéo et cinéma. À l’image d’une « mer au milieu des terres », tout réside dans le déplacement, entre son et image, document et artifice, vacillement des corps et prégnance des paysages. Le montage entretient chez le spectateur un certain désir de déconstruire pour reconstruire, donnant de l’importance à la présence de mondes possibles. Le visible est porté par l’étrange sensation d’un manque, celui d’une Histoire, peut-être. En altérant les signes d’apparitions de cette Histoire, je tente de réaffirmer une continuité menacée, aux limites de la disparition. Mes images montrent de manière littérale ou métaphorique un motif, un corps immergé entre deux rivages. Des personnes cadrées frontalement mais absentes, ancrées dans un décor et un contexte socio-politique fort, mais en errance profonde. Paradoxalement, c’est dans l’attente, contre le mur, que le besoin de traversée, de retour, est le plus perceptible. Murs apparaît comme un paysage, un territoire. Les situations et les gestes, saisis dans ce qu’ils ont de plus ordinaire, à la limite du document, forment le contexte nécessaire à une histoire : à un défilement du temps. Il s’agit d’une installation vidéo sonore de cinq écrans pensée en simultané avec le film Tenir les murs, destiné à la salle de cinéma. Murs comprend l’intégralité des prises de vues du tournage. Tentant de montrer obsessionnellement l’écroulement de la fiction, l’installation élargit la vision et propose des ellipses de certaines séquences : un possible suicide, l’intervalle d’un pont bleu et le retour par la mer. Toutes ces situations forment le contexte nécessaire à la création d’un « mur de signes ». L’éclatement de la durée se propose alors comme un flux, érigeant la fragilité d’un événement réel : la trajectoire inversée d’un exil sur l’image d’Alger."

Il est diplômé de l’ENSP et du Fresnoy. Il vit à Paris, explorant la vidéo, l’installation et la photographie. Ses oeuvres sont entrées dans les collections du CNAP et de Neuflize. Prenant racine dans la vie des populations issues de l’immigration dont il partage l’histoire, Mehdi Meddaci ancre son travail dans l’espace méditerranéen.


Le travail plastique de Mehdi Meddaci se construit par strates successives sous forme de dispositifs ou de modules autonomes qui mettent en résonance photographie, vidéo et cinéma. Tout dans ses œuvres réside dans le déplacement, l’intervalle, l’espace « entre », entre le son et l’image, entre le document et l’artifice, entre une rive et l’autre, entre mémoire et utopie, entre le vacillement des corps et la prégnance des paysages.

À l’image de Murs, qui montre un corps regardant défiler le Temps. Mais surtout un geste d’une violence sourde et muette qui garde en lui les tensions inhérentes du seuil pour ne pas oublier l’exil. Paradoxalement, c’est dans l’attente, contre le mur, que le besoin de traversée, de route et de retour est le plus perceptible. Murs apparaît alors à travers un paysage, une terre, un territoire, mais les situations, les dialogues et les gestes, saisis dans leur vérité, à la limite d’un document, forment le contexte nécessaire à une histoire : à un défilement du temps.


Les territoires de l’eau.
jusqu’au 26 septembre, Fondation François Schneider, 27, rue de la Première-Armée, 68700 Wattwiller.

mardi 27 juillet 2021

"Je suis lent" de et par Loïc Touzé : une lec-dem pour rendre le geste dansé "s'abordable" !

 


"JE SUIS LENT
" création de  2015 conférence performée


 

"c'est là quand je m'y attends le moins que  parfois la danse surgit" 

"Le parcours d’un danseur est une longue quête, le cheminement d’un corps traversé de figures, d’images et de gestes. Dans cette conférence dansée, Loïc Touzé raconte l’histoire de la danse contemporaine à l’aune d’un récit intime, de sa formation à l’Opéra de Paris à la création de son propre langage chorégraphique, en passant par la nouvelle danse qu’il rejoint au milieu des années quatre-vingt. Délaissant la virtuosité du ballet, en chemin il apprend la paresse et le goût de l’égarement, l’humour et la délicatesse."Victor Roussel

Dans le cadre de "la traversée de l'été" le TNS invitait Loic Touzé, enseignant entre autre à l'école du TNS pour nous laisser voir et entrevoir sa conférence performance  "je suis lent". Une initiative pertinente pour découvrir ce danseur chorégraphe, seul sur le plateau qui nous expose tout l'art de se défaire d'une formation corporelle formatée aux mesures de l'excellence de la danse classique.Alors il taille dans le vif du sujet et se présente dans une tenue sobre et simple: autobiographie promise à bien des rebondissements.A le voir on ne l'imagine pas dévorer l'espace dans un ballet classique en collant moulant!Félin, malin, le verbe prolixe, la paroles et le verbe posé, ancré, il conte ses déboires, ses aventures qui l'amènent par étapes successives à se questionner sur les capacités de son corps à peu à peu se "détacher" de ses marques et traces d'apprentissages et de fixation des codes classiques dans sa chair, ses muscles profonds, sa pensée.Ça touche, ça fait mouche tant la modestie et la sobriété de ses propos sont clairs, efficaces, abordables, compréhensible par tout un chacun Et pourtant sa formation de haute voltige pourrait impressionner et décontenancer, exclure ou écarter. Nenni, sa convivialité, la sympathie que la chaleur de sa voix induit, font passerelle et le lien étroit s'établit entre lui et le public Sa danse est lisible, abordable, comique ou lyrique, "maitrisée" dans la décontraction, le lâché prise qu'il convoite et parvient à "atteindre" au fil des expériences de groupe, des chorégraphies, des situations insolites qu'il crée pour éprouver un parcours du combattant. A l'envers, à l'endroit pour se défaire du tissus de sa chair imprimé de figures imposées. A l'opposé, à l'envers du décor, à l'endroit où il faut être pour y être bien, juste à point nommé: ici et maintenant, centré, présent à sa danse. Devant nous c'est chose faite et le "discours" est limpide tant le corps exprime en gestes, mimiques, poses ou sourires ce qui sourd de ses lèvres, ce qui s'ouvre à nous à travers son regard, sa longue silhouette à la Jacques Tati : un joli "petit trafic" d'armes naturelles pour gagner les faveurs de la danse et de son éternel déplacement des conventions. Comme message, mets-sage , entremets d'un banquet platonicien. "Je suis lent" et je le sais semble-t-il nous faire passer comme idéal !Un ours géant en peluche comme mascotte idéale de lâché prise!

Au TNS LE 22 JUIN 20H