samedi 16 septembre 2023

"Nightmare" j'ai fait un rêve....Lovemusic et la new discipline à Musica

 


Nightmare

CONCERT

Le collectif lovemusic orchestre un cauchemar diurne duquel jaillissent quelques-uns des plus jolis monstres musicaux composés ces dernières années. Comme dans tout bon film d’horreur, Ted Hearne commence par instaurer un sentiment de douce nostalgie… pour mieux nous faire glisser dans les atmosphères inquiétantes de Bára Gísladóttir et Christopher Cerrone, avant d’assister au dédoublement de personnalité selon Natacha Diels et à l’irruption des voix dans la partition d’Andreas Eduardo Frank. Le pieu du concert est planté par Helmut Oehring qui nous conduit en langue des signes et en cris d’effroi dans les méandres de l’enfer de Dante et Botticelli en compagnie des charmants Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov.

Dans l'enceinte du Temple Neuf, le collectif Lovemusic a trouvé refuge et va surprendre à sa bonne habitude. Déjà metteur en espace et graphistes de la musique d'aujourd'hui qu'ils chérissent, les voici plongés au coeur d"une tendance qu'ils cultivaient déjà; la musique qui se regarde autant qu'elle s"écoute, la mise en espace des musiciens, frontale délibérément. Et les costumes; des "bleus" de travail violets, couleur ecclésiastique, baskets blanches: des musiciens au travail....Un violon esseulé en prologue du haut de la tribune, puis un quatuor se forme, guitare électrique, violoncelle, violon, clarinette . Les sons fusent, dissonants, décalés, les corps des musiciens impliqués dans des postures singulières.Les créations s'enchainent à l'envi dans une ambiance, un univers bousculé, meurtri; cauchemar ou musique décapante, à vous de choisir. Le clou du concert résidant dans un morceau de Helmut Oehring ou les quatre musiciens simulent des gestes chorégraphiés au cordeau, sorte de signalétique du buste, des bras et mains avoisinant le langage des signes à la Philippe Decouflé. Un régal visuel,rythmique où les percussions corporelles font écho à cette gestuelle ponctuée de cris divers et épatants.Précision des postures qui s'enchainent rapidement, attitudes de recueil ou d'explosion corporelle. Un jeu saisissant pour cette oeuvre phare, infernale écriture musicale, vocale et physique où le quatuor excelle. Un concert édifiant où chaque interprète se prête au jeu instrumental, théâtral et vocale avec une aisance et un talent fou.


Ted Hearne Nobody’s (2010), création française
Bára Gísladóttir Rage against reply guy (2021), création française
Natacha Diels Second nightmare for KIKU (2013)
Christopher Cerrone The Night Mare (2011), création française
Andreas Eduardo Frank m0nster (2022)
Helmut Oehring (iɱˈfɛrno) (from MAPPA) Contrapasso I–V (to: Wladimir Putin : Sergej Lawrow) (2022)


collectif lovemusic
flûte | Emiliano Gavito
clarinette | Adam Starkie
violon | Emily Yabe
alto | Léa Legros Pontal
violoncelle | Lola Malique
guitare | Christian Lozano Sedano
piano | Nina Maghsoodloo
percussions | Marin Lambert
électronique | Finbar Hosie

Véronique con carnet : une exposition de Véronique Boyer; "les yeus fermés" à Musica.

 


Véronique Boyer a fréquenté Musica depuis ses débuts et y a développé une pratique singulière. À partir de 1984, elle s’est mise à dessiner les concerts sur des feuilles volantes, puis dans de minuscules agendas. Dans le noir des salles, à main levée, elle a ainsi fixé une mémoire musicale. Près d’un millier de dessins, passés à l’aquarelle une fois de retour dans son atelier, composent cette extraordinaire collection. Un témoignage artistique rare et intime qui traverse la grande histoire de la musique contemporaine et ses figures — de John Cage à Georges Aperghis, en passant par Cathy Berberian, Meredith Monk ou le Quatuor Arditti — en laissant courir une main aveugle seulement guidée par l’écoute.


C'est une véritable mine d'or que le travail assidu et acharné de cette plasticienne, témoin des trente premières années du festival MUSICA à Strasbourg Une croqueuse de concerts à main levée dans le noir, esquissant ses notes graphiques sur de petits carnets de croquis, agendas non utilisés de sa grand-mère. Un "support-surface" original, chargé d'histoire, deviendra ainsi la petite toile, la feuille, le réceptacle de ses envies, transfiguration, métamorphoses graphiques de la musique live, in situ. Et non des moindres puisque s'y sont présentés les pointures de la musique contemporaine. Dessins pétris de mouvements, très chorégraphiques saisis dans l'instant de l"émotion. Dessins évoquant attitudes, poses, positions dans l'espace, de musiciens, d'orchestres, d'ensembles connus. Tels des croquis de Kandinsky pour Greta Palucca ou Mary Wigman, de Colin pour Joséphine Baker, les traits sont fulgurants, justes et racontent des histoires de corps musiciens, danseurs, Les couleurs rehaussent des atmosphères, des couleurs rythmiques et musicales, des voyelles à la Rimbaud. Et le coté quasi exhaustif de l'accrochage est joyeux, astucieux, en phase avec le travail rythmique de l'artiste. Enjouée et accueillante au sein de cette galerie nichée au sein du QG du festival. Ces carnets secrets aujourd'hui dévoilés sont comme des pages conservées pour un public qui aurait vécu ces instants de création musicale contemporaine, hors nostalgie, autant que pour des curieux du geste musical à jamais gravé, esquissé avec des "moyens du bord" si charmant et précieux.



du mar 5 au sam 30 sept
QG du festival - Ancienne Poste - place de la cathédrale

Exposition accessible du 5 sept au 30 sept aux horaires d’ouverture de la billetterie, du mardi au samedi de 13h à 18h.


"Nuits occitanes": Celadon en balade: l 'amour courtois à son apogée!

 


Céladon

Vendredi 15 septembre | 20hen balade
Strasbourg | chapelle Saint-Étienne


Nuits Occitanes

Lyrique amoureuse des troubadours

Au 11e siècle, ou peut-être au 12e siècle, dans le secret d’un château, dans la chambre d’une ferme ou sur les collines brûlées par le souffle du Levant, un homme et une femme réinventent, chaque soir, l’amour. Leur passion, leurs étreintes se lisent dans les manuscrits enluminés de poèmes et de chants. Les Troubadours y célèbrent la beauté des femmes, louent le courage des hommes, chantent les angoisses de l’aube. Les poètes portent sur la nuit un regard rempli de contradictions, mêlant craintes et plaisirs : au Moyen-Âge, la nuit représente l’inconnu, l’inexplicable, mais elle cache aussi aux yeux du monde les amours interdites. Une soirée hypnotique aux évocations charnelles, divisée en trois parties (avant, pendant et après la nuit), qui transporte l’auditoire dans un ailleurs chevaleresque et courtois.

Dans la chapelle Saint Etienne, si chère au président du festival "Voix et Route romane"François Geissler les voix et les instruments de l'Ensemble Celadon vont résonner de toute leur énergie, ampleur et nuances. Dans un répertoire "haute couture" sur mesure voici les six interprètes au défit de nous faire partager une musique médiévale peu connue du XI et XII siècle. L a thématique en est l'amour chevaleresque et courtois des troubadours de la haute société de l'époque: discrétion, pudeur, séduction dans une atmosphère recueillie et passionnée à la fois. Il faut entendre se croiser les voix de Paulin Bündgen, chaude et sensuelle à celle de Clara Coutouly pour se laisser enchanter, hypnotiser littéralement durant les morceaux de choix proposés. Un jeu dramatique et très éloquent de la soprano nous transporte dans des univers secrets, discrets, amoureux, tendres et très humains. L'empathie grandit au fur et à mesure de la découverte des talents de chacun: aux percussions, Ludwin Bernaténé, au doigté agile, semblant faire planer son instrument à peau tendue ou sa cloche bien timbrée, C'est spectaculaire comme le jeu de chacun: Nolwenn le Guern habile et complice interprète au rebab et vièle à archet souligne les niveaux de voix de la soprano dans un magnifique duo.Aux flûtes, Gwenael Bihan , enchanteur, prestidigitateur d"une poésie du souffle discret et résonant dans le choeur de la chapelle.Florent Marie au luth médiéval pour enjouer le tout et faire danser la musique, chavire les corps et enjôler le public, séduit et médusé par ce temps musical qui passe lentement pour charmer, enrober un thème : l'amour mais aussi la nuit tant inquiétante en ces temps là, source de mystère, d'inconnu, sujet tabou de l"époque. Mais aujourd'hui une telle soirée résonne dans l'intelligence de faire surgir des états d'âme et des corps ressuscités par l"interprétation hors pair d'un ensemble chaleureux dont la théâtralité et la présence en font un véritable spectacle, habité, vécu du plus profond des tremblements et vibrations des voix et des intruments de toute beauté.

Céladon

Empruntant son nom au héros de L’Astrée d’Honoré d’Urfé, Céladon explore avec charme et fantaisie le patrimoine de la musique ancienne, cherchant à chacune de ses manifestations à réinventer la forme de ses concerts. Mené par le chanteur Paulin Bündgen, l’ensemble se plaît à arpenter le répertoire lié à au timbre de contre-ténor de son chef et cherche à s’échapper des sentiers battus. Il  s’intéresse aussi bien à la recréation d’œuvres tombées dans l’oubli qu’à la réalisation de spectacles mis en scène. Depuis sa formation en 1999, Céladon crée des programmes de concert à l’identité forte et originale. Dix disques composent à ce jour sa discographie et il se produit dans de nombreux festivals français et européens.