samedi 3 février 2024

"Tout est dada", alors à hue et à dada ! Et que ça saute!

 

« Tout est Dada ! »

d’après l’œuvre de Tristan Tzara & Django Reinhardt Création de théâtre musical avec Christophe Feltz (jeu)Marcel Lœffler (accordéon) & Cédric Lœffler (guitare)


Nouvelle création de poésie musicale « Tout est Dada ! » d'après Tristan Tzara & les musiques du célèbre guitariste manouche Django Reinhardt, avec Christophe Feltz au jeu et le grand Marcel Loeffler à l'accordéon accompagné de son fils Cédric à la guitare, 

Ces deux artistes majeurs du XXe siècle se sont côtoyés humainement et artistiquement dans le cadre du salon artistique R26 à Paris Montmartre créé en 1930. R pour Robert Perrier (éditeur de textile haute couture) et 26 pour le numéro de la rue de Norvins dans le 18e arrondissement (devenu ensuite le 2, Place Marcel Aymé).
Ce salon était composé d’écrivains, de poètes, d’architectes, de peintres et de musiciens parmi lesquels Stéphane Grappelli (qui a composé avec Django le morceau de musique emblème du R26), Le Corbusier, Marcel Aymé, Yves Klein, Joséphine Baker ou encore Henri Salvador.
 
 Nouveau champs de découvertes pour Christophe Feltz qui n'a de cesse de chercher, fouiller et trouver des perles rares pour en faire des colliers de surprises théâtrales, musicales. Pour toujours mieux faire entendre des auteurs compositeurs et leurs textes. C'est son "dada", son créneau, sa confession de foi théâtrale. Interprète, auteur et metteur en scène de choix pour ces morceaux d’anthologie qu'on lui connait savoir porter sur un plateau! Alors en avant avec ce fameux Tzara "farceur, idiot,fumiste, laid et petit": ainsi se définissait-il. Pour l'abolition de tout, pour célébrer la Vie , pour "casser vos instruments aveugles sur la scène" ! Et de "trac" en "zigzags" voici venir Christophe Feltz au pupitre, lisant, contant, psalmodiant les poèmes du dadaiste survolté, inconséquent, invertébré, iconoclaste en diable. Un choix de textes judicieux, fouillé qui alterne avec la musique vivante de l'accordéon et de la guitare, Cedric et Marcel Loeffler, compagnons de route du comédien sur cette départementale "R 26", l'air de rien, l'aire de tout. Des éléphants, des capitaines pour "laver votre cerveau" une chanson du dadaiste, "dada" de coeur , bicycliste, bordée de musique en fond, superposée en surimpression. Voici des fleurs, de l'Amour, thème récurent de la soirée bigarrée de mots savoureux, de "peau de fleurs" en fleurs, de vagues. L'accordéon respire à plein poumon, à plein soufflet. Puis c'est la pluie gutturale qui débarque, l'eau qui se sèche les mains et bien d'autres perspectives absurdes, rocambolesques, surprenantes. Encore de beaux entremets musicaux pour ponctuer le jeu du comédien pour enchainer sur des princes et des princesses, des amours incomprises. Ecriture automatique, collage, poème simultané: du beau linge à essoere lentement ou à toute vitesse. Du coq à l'âme.Le temps pleut en cadence, il pleut il fait nuit: un texte qui donne l'occasion à Christophe Feltz de savourer une musique lente, douce. Il rejoint alors le duo de musicien pour une sainte trinité de circonstance. Ils font coeur et corps tous les trois sur le plateau. Et tout s'enchaine joyeusement dans un bon rythme jamais de "croisière" pour ce voyage au long cours. Encore un "polichinelle à musique", un bien-aimé de pacotille pour accentuer la mélancolie, la nostalgie des textes et de la musique. Poésie manifeste, sonore, absurde et incongrue. Place à nouveau au bonimenteur, alpagueur de foule, arrangeur,bateleur, de mots qui s'adresse au public, le secoue, le dérange, le décale et pour clore le spectacle un "rappel" pour les deux musiciens hors pair de cette soirée.Agilité, célérité, rapidité, vélocité des doigts de Marcel Loeffler, génie de la virevolte, du velouté ou de la stridence de son piano à bretelle. Qui comme un éventail déploie son soufflet . Variations,modulations des mélodies surprennent: suspension comme une respiration en apnée de l'instrument sous les doigts de son virtuose interprète. Quelle performance sauvage et virulente que cette valse musette à vous couper le souffle. Tels trois dadaistes férus et savants, nos trois compères nous quittent sur ces notes magnétiques. On aura reconnu durant le show, "Clair de lune", "Nuage" "Minor Swing " et d'autres perles comme "Les yeux noirs". Une soirée sous le signe d'une grande intelligence du texte, joué, conté comme des litanies fabuleuses, emplies de farces et attrapes où il fait bon se laisser piéger.
 
"Vous voyez qu'ici bas sur la terreTout va bien quand on est à dada
à dada, à dada, à dada, à dada, da, da". comme disait Bourvil !

Le samedi 03 février 2024 à 20h Centre Culturel du Fossé des Treize, 6 rue Finkmatt à Strasbourg

« Pour faire un poème dadaïste » 1916 - Tristan Tzara
Prenez un journal
Prenez des ciseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre
poème.
Découpez l'article
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-le dans un
sac.
Agitez doucement
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà "un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore
qu'incomprise du vulgaire"

 

vendredi 2 février 2024

"Ma créature": dés-obeissance et dé-règlementation: les 400 coups!

 


Aujourd’hui, pour les bienfaits d’une expérimentation peu commune, nous inaugurons une nouvelle salle de classe au décor beau comme une estampe. La maîtresse, Miss Olassido, s’apprête à y donner un cours de vivre ensemble où il est question d’obéissance et de respect des règles. Et ça tombe bien parce qu’aujourd’hui, une nouvelle élève, mademoiselle Chissa Kobé, arrive tout droit du Japon, pays connu pour sa droiture et son organisation sans faille. Mais par excès de zèle, l’élève modèle trouble la maîtresse et sème le désordre. Un pas de côté vers l’anormal et c’est l’expérience du chaos et de la transformation. Il suffit de peu pour que les rôles s’inversent, que les identités se révèlent et que tout, littéralement, se mette à désobéir. Et si désobéir, c’était s’obéir à soi-même ? Et si désobéir, c’était donner de l’espace au « ma », ce vide qui, dans la philosophie japonaise, laisse place aux possibles ? Si c’était créer ma créature ? Nous emmenant sur les rives d’une mer imaginaire, le tandem formé par Delphine Lanson, comédienne et Chiharu Mamiya, danseuse, composent une ode à la liberté et à la créativité. 

 

Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école?
L'école, au centre de ce joyeux spectacle, iconoclaste en herbe, en diable. Car ici l'inauguration d'une nouvelle classe donne lieu à une expérimentation singulière: apprendre à désobéir en toute légitimité. Certes, la maitresse est frondeuse, drôle, décapante et hors norme. Les élèves, ce sont des "vrais" engagés pour l'occasion à faire une belle "figuration libre" intelligente et bien orchestrée, préparée d'avance. Parmi les élèves, une "nouvelle", jeune japonaise pleine d'allant qui sème peu à peu la zizanie dans ce petit monde encore trop obéissant. Elle y va de son expression spontanée, de son franc parlé, de sa verve pour initier au désordre, au chaos salvateur. Hors de ses gonds et pour le bien de soi-même et des autres. La transgression est bonne, méthode Piaget ou Dolto clame la maitresse debout sur son bureau en alpaguant l'inspecteur d'académie: pour le convaincre du bien de cette démarche: un zéro de conduite pointé pour tous dans ce joli chaos de mise en scène où nos deux anti-héroines se la joue plein pot et plein de malice et d'humour. L'élève danse pour chaque jour, profiter de la vie et avec sa petite jupe rouge, défie les lois de la bienséance. Alors que l'institutrice s'ingénie encore à rester dans les rangs: debout, assis, les enfants exécutent encore les ordres. On inverse les rôles et c'est "l 'inversion climatique" comme pour le carnaval.On ficelle la maitresse à une chaise.Puis arrive la tempête dans cette classe où règne l'indiscipline. Chacun y jette son bout de papier, se met dans la poubelle, renverse la donne et gagne du terrain. La vie est belle comme ce décor mouvant fait d'images, d'illustrations originales, comme un film d'animation japonais, un manga ou autres icônes traditionnelles. Indisciplinaire à souhait, ce spectacle participatif et collectif rayonne de punch, de joie, de bonne santé morale et l'on s'y retrouve, rêvant de liberté sans les règles de bonne conduite sacro-saintes.Une bouffée d'air frais pour tous, une joyeuses assemblée qui partage des interrogations fortes sur notre comportement, sur l'éducation et ses sources d'empêchement d'expression, de développement hors des sentiers battus. Une révolution de palais pour le plaisir de tous. Se laisser aller, changer pour devenir sirène ou petit bateau navigant au gré de nos envies. Qui suis-je, qui veux-tu être vraiment sans le carcan, le cadre qui unifie, standardise tout. Là est la question: que chacun puisse y répondre dans le respect des lois du savoir vivre et être ensemble. Ce "ma" japonais: une leçon d'émancipation salvatrice pour créatures en devenir! Les deux comédienne et danseuse jouant le jeu à fond parmi les enfants enchantés de ce grand désordre organisé: quel bazar!

Depuis sa création en 1995, Anomalie joue avec les genres et explore de nouveaux territoires aux frontières du cirque contemporain, au gré de collaborations artistiques renouvelées à chaque création. Depuis 2015, le chemin de la compagnie se dessine au travers des choix engagés par ses co-directeur·rices, à la fois artistes de cirque, comédien·nes, metteur·es en scène et cinéastes. Bousculant volontiers les codes et les références de la création contemporaine, iels inventent un théâtre physique et fantastique avec une recherche esthétique en partie inspirée par le cinéma. Dans un univers à cheval entre réel et imaginaire, Anomalie invente des histoires dans lesquelles il est souvent question de la transformation. Co-directrice artistique, Delphine Lanson est metteure en scène, comédienne et réalisatrice. Elle travaille en étroite collaboration à l’écriture, à la mise en scène et au plateau, avec des artistes de cirque et de danse dont Kaori Ito. Danseuse et chorégraphe, Chiharu Mamiya est une collaboratrice régulière d’Anomalie. Interprète pour de nombreuses compagnies de danse, dont Kubilai Khan Investigations, elle fonde en 2014 la compagnie Elbissop.
A u TJP jusqu'au 4 Février


"Dark Horse" : genèse de ce que l'on ne verra pas. Un dos tourné, un torse, buste dissimulé au regard des autres.

 


TRAVAUX PUBLICS
Meytal Blanaru – Dark Horse

POLE-SUD est aussi un lieu de fabrique et de création grâce au dispositif des Accueils studio. Ces résidences artistiques se renouvellent chaque saison et permettent à une douzaine d’équipes de la scène locale et internationale de se consacrer à la recherche et à la création. Ces étapes de travail sont ponctuées par des rendez-vous, les Travaux Publics, favorisant la rencontre entre les artistes en création et les publics. Sous formes variées et conviviales. Ils sont aussi l’occasion de « Soirée 2 en 1 », offrant à tous, la possibilité de découvrir deux démarches artistiques différentes : à 19:00 au studio un processus de travail en cours et à 20:30 un spectacle d’une autre compagnie sur le plateau.


Dark Horse est une réflexion sur les prismes à travers lesquels nous regardons les autres et nous nous regardons nous-mêmes. L’objectif de la pièce est de questionner notre regard sur les autres corps, nos idées de la beauté et les restrictions que ces idées imposent à notre capacité à être avec les autres, ainsi qu’à être avec nous-mêmes.
Le public est invité à se débarrasser, à entrer dans un espace où la variation des personnes et des corps n’est pas un signe de faiblesse ou de menace, mais plutôt de diversité et de force. 


Elle ne dansera pas ce soir mais sera bien présente parmi nous, "spectateurs" de ses paroles, de ses aveux sur son processus de création. Ce seront des images filmées de son solo en chantier presque abouti, qu'elle nous livre ses impressions, ses sources d'inspiration et de travail: ses questions, ses angoisse sur son propos corps qu'elle accepte à peine, la maladie pouvant surgie à tout instant pour le modifier, l'empêcher, l'amputer de ses membres ou atours. 


Car il s'agit ici de préoccupations loin d'être futiles. Comment vivre, regarder son corps, celui de l'autre quand il est affecté, modifié, transformé par la chirurgie: en l’occurrence celle de l'ablation du sein ou sa reconstruction lors de cancer. Son entourage l'inspirer, ses rencontres avec des femmes, sa soeur la taraude au point de mettre en scène l'obscur, la vision de dos d'un corps qui danse au rythme d'un métronome qui pousse le temps dans ses retranchements. Le public, sur le film, en position bi frontale l'observe, la jauge, regarde aussi plein feu les autres spectateurs d'en face. On se met en scène aussi, interactivité et participation induite de concert. De dos elle nous fait "face", nous invite à regarder l'invisible, les petits riens d'une posture, attitude révélatrice du secret. Quand elle se retourne, livrant son busque peint, c'est la surprise: on l'imaginait torse nu.


La générosité, la franchise des paroles bien accentuées d'une musicalité étrangère, font mouche et touchent les "auditeurs" de cette soirée work in progress. Regarder l'autre de dois, être frustré de ce qu'il offre aux autres: le côté obscène", derrière le rideau comme traversée d'un miroir magique. Les images dévoilent ce pile ou face, de recto verso insolite qui dévoile un buste nu, peint de noir esquisses sur les seins. Une danse faussement exotique, qui tangue, se structure en segments entrecoupés sur un tempo qui s'accélère. Les gestes ondulants aussi autour de ce bassin méditerranéen. Les frontières des pays en guerre du moyen orient comme obstacle, mur et barricade à franchir. De quel côté regarder, quel parti prendre quand on est "voyeur" et complice du regard de ce très beau travail, porté par l'enthousiasme de l'artiste, interprète, chorégraphe. Un très bon temps d'échange, une étape partagée dans l'histoire de ce solo et de sa créatrice. En toute franchise, en toute simplicité. Le tout introduit et conduit par Joëlle Smadja, l’hôtesse de ce projet en "accueil studio" d'une plus grande importante pour les créateurs.

Résidence : LU 29 JAN > VE 02 FÉV

travaux publics du 2 Février 


Il y a 2 ans, j'ai découvert que je pourrais avoir besoin de subir une double mastectomie à l'avenir.
Pour différentes raisons, la reconstruction mammaire ne semble pas être une option pour moi, donc si j'y arrive, je serai probablement à plat.
Bien que rien ne soit certain, la simple perspective de perdre mes seins a soulevé beaucoup de questions pour moi liées à ma définition de ma propre féminité.
Ma sœur a eu un cancer du sein ces dernières années et a choisi de se mettre à plat. Grâce à son expérience, j'ai découvert une communauté grandissante de femmes qui se retrouvent à plat après le cancer du sein, qui sont fières de leur nouveau corps et l'embrassent.
Souvent, j'ai même eu l'impression qu'ils semblent plus libres que jamais dans leur corps. Non pas qu'il y ait quelque chose de mal dans la reconstruction mammaire, c'est un choix si personnel et chaque femme devrait être libre de choisir ce qui lui convient le plus sans se sentir sous pression dans une direction.
Dark Horse, ma nouvelle pièce solo est née de cet endroit. De cette motivation. J'ai commencé à faire cette pièce comme mon propre voyage vers embrasser le corps que j'ai aujourd'hui. Quoi qu'il arrive.
Au cours des deux dernières années, quand j'enseigne, je parle souvent à mes élèves du « corps d'aujourd'hui » comme le seul corps que nous avons ; le seul corps dans lequel nous pouvons être en vie et pour.
Avant, je détestais toujours une partie de mon corps ou une autre. Avant, j'aurais aimé avoir l'air différent. Mais aujourd'hui, je sens que si j'arrive à garder toutes mes parties de mon corps pendant toute ma vie, je m'engagerai à les aimer et à les chérir peu importe à quoi ils ressemblent. Parce qu'ils font partie de moi.
Ce soir, je vais monter sur scène avec Dark Horse pour la première fois, et penser au fait que nous ne sommes pas venus dans cette vie pour détester le vaisseau dans lequel nous sommes nés, le vaisseau avec lequel nous traversons ce monde. La vie est trop courte pour ça.