mercredi 14 février 2024

"Simple" comme du Parolin.Ca frappe et ça pulse.La grande récré....


 

À partir d’un vocabulaire chorégraphique volontairement restreint, économe, Ayelen Parolin lance trois interprètes dans un étonnant jeu de rythme et de construction, à la fois répétitif et toujours mouvant, sans cesse redistribué, restructuré, ré-envisagé.Un jeu dont l’inachevé et le recommencement seraient les règles de base. Un jeu-labyrinthe.Un jeu musical… sans musique.Car dans SIMPLE, la chorégraphe s’est privée d’un de ses principaux partenaires de jeu. Et comme la musique n’est pas au rendez-vous, c’est aux corps qu’elle embarque sur scène de l’inventer, de l’imaginer, de la jouer. À la recherche d’une pulsation vitale. À trois, en complicité, en connivence. Avec la puissance et la sincérité profondément humaine de l’idiot, du naïf, de l’enfant – là où tout est (encore) possible, de l’insensé à l’onirique.

Comme un règlement de compte à Merce Cunningham, le trio affiche une danse très technique, pleine d'humour, de mimiques drolatiques, pleine de distanciation. Les couleurs du fond de scène, des justaucorps pourraient être de Rauschenberg, peu importe d'ailleurs, l'humour joue et gagne, les apparitions-disparitions se succèdent haut la main, le rythme est tenu alors que peu de matière est en jeu. C'est la magie des interprètes, excellents danseurs-comédiens dirigés par Ayelen Parolin qui fait le reste. L'un est effarouché, tremblant d'anxiété, l'autre sérieux et pince sans rire, le troisième est orgueilleux et cabotin. Trois caractères bien trempés. Des cavalcades chevaleresques comme leitmotiv, comme "dada" à chevaucher en canon, en décalé, à répétition.C'est un travail d'orfèvre qui se déroule à l'envi sans tambour ni trompette mais dans un ravissement-divertissement plein de musicalité, de percussions corporelles des pieds, entêtantes et redondantes, obsédantes. Un brin de trio classique comme s'il manquait une pièce au célèbre quatuor du Lac asséché, une citation musicale pour se familiariser avec ces Pieds Nickelés de la danse. Ils font des gaffes, se trompent ou simulent l'attente, l'erreur dans des poses ou changements de caps radicaux. De quoi bénéficier de tonalités, vibrations et mesures rythmiques, cadence et métronomie infernale. On y casse des planches fluo sur le dos de l'autre comme jeu de cette grande récré burlesque.Au final la batterie se fait jour de fête en orchestre de choc. Et le divertissement se termine sous les applaudissement du public, charmé par tant de drôlerie feinte, de "pince sans rire" que l'on aimerait serrer plus souvent.

A Pole Sud les 13 et 14 Février

 

"Trois jour trois nuits" et de l'encre de schiste...

 


TRAVAUX PUBLICS Louise Vanneste – 3 jours, 3 nuits

POLE-SUD est aussi un lieu de fabrique et de création grâce au dispositif des Accueils studio. Ces résidences artistiques se renouvellent chaque saison et permettent à une douzaine d’équipes de la scène locale et internationale de se consacrer à la recherche et à la création. Ces étapes de travail sont ponctuées par des rendez-vous, les Travaux Publics, favorisant la rencontre entre les artistes en création et les publics. Sous formes variées et conviviales. Ils sont aussi l’occasion de « Soirée 2 en 1 », offrant à tous, la possibilité de découvrir deux démarches artistiques différentes : à 19:00 au studio un processus de travail en cours et à 20:30 un spectacle d’une autre compagnie sur le plateau.

Chorégraphe belge, Louise Vanneste vient pour la première fois à POLE-SUD. 3 jours, 3 nuits explore la relation d’un être à son environnement humain et non-humain par le prisme de la géologie, de la transformation de la Nature. Cette relation étroite entre l’individu et les phénomènes atmosphériques, prendra ici la forme d’une performance en solo profondément ancrée dans le « Ici et maintenant », en lien avec une communauté fictive.

C'est de la tectonique des plaques, des roches métamorphiques que s'inspire par tous les pores de la peau, la danseuse face à nous, de noir vêtue comme la roche volcanique dont elle s'inspire.Roche qui hante ce solo très perméable, très pore comme de la lave, qui crisse comme le schiste qui sous la pression, le temps et la chaleur se transforme, mute comme son corps qui se dissout dans le mouvement. Sa chevelure longue, noire masque les traits de son visage et le corps exprime tout dans le moindre détail, la moindre faille de l'ardoise, de ces lauzes qui évoquent tout un paysage minéral. Sans interruption les mouvements s'enchainent comme une hypnose, une transe magnétique et elle ne cesse de se mouvoir, les bras volubiles, les mains doigtées à l'extrême dans des frissons magiques. Sa danse a quelque chose de caché, de dissimulé, de secret. Elle contient des matières en éruption, en coulée en cristallisation lente comme ces roches évoquées dans un très beau texte qui borde la musique et la pièce quasi tout du long. Une pulsation cardiaque mène la danse, sempiternelle, envoutante. Ce solo, "tout nu tout cru" est d'une grande force: il sera bordé d'une scénographie lumière outre-noir scintillant comme les toile de Soulage et leurs matériaux si palpables. Cette chorégraphie si "géologique" est le fruit d'observation, d'immersion très personnelle dans la nature pour cette femme qui évoque aussi la maternité dans ce berceau chaotique en fusion. La vie agitée des eaux dormantes, le paysage comme un corps .en transformation constante. Et le son d'évoquer la phonolite, cette roche qui émet du son dans le vent entre ses strates empilées. Feuilletage et bruissement du corps dans l'éther et sur terre dans une grâce naturelle qui augure d'un oiseau volatile éphémère de toute beauté. A suivre en compagnie de cette chorégraphe riche de passion comme les chercheurs scientifiques qui se donnent à fond et trouvent à force de creuser leur sujet: une archéologue du minéral , une danse futile et féconde, versatile et très construite au gré des avancées savantes de l'esprit qui la conduit.

Résidence : LU 12 > VE 16 FÉV

Travaux publics du 14 Février à Pole Sud

"La beauté du geste" : Rodin inspire Xavier de Lauzanne pour la félicité de Terpsichore

 



LA BEAUTE DU GESTE - Danse et Eternité de Xavier de Lauzanne - (FR) - 2023 - VOST - 1h26
 

 
En 1906, Auguste Rodin découvre les danseuses cambodgiennes lors d'une représentation du Ballet royal à Paris. Bouleversé par cette expérience et par leur gestuelle, il produit en quelques jours une œuvre magistrale de 150 aquarelles. Depuis cette date, jusqu'à la création d'un nouveau spectacle pour une tournée en France et en Suisse un siècle plus tard, le Ballet royal cambodgien survit aux épreuves de l'Histoire et nous transporte, entre Orient et Occident, dans un univers de splendeur et de mystère.



À partir des années 1890, des expériences nouvelles transforment l’art de la danse, loin du divertissement codifié et mondain qu’elle pouvait être jusque-là. Sensible aux innovations menées, Rodin s’intéresse à des personnalités exceptionnelles, parmi lesquelles Loïe Fuller et Hanako. L’un des points d’orgue de ces rencontres s’établit avec les danseuses cambodgiennes en représentation à Paris pour l’Exposition universelle. À leur départ, Rodin dira qu’ « elles emportèrent la beauté du monde avec elles ». La complicité partagée avec les artisans de cette révolution amène Rodin à lier danse et sculpture dans leur commune exploration des possibilités du corps humain. Rodin s’intéresse à la danse sous toutes ses formes, qu’il s’agisse des danses folkloriques régionales ou orientales, des prestations de danseuses de cabaret, des principales personnalités de la danse contemporaine ou encore, intérêt qu’il partage avec Isadora Duncan, des pratiques de la danse dans l’Antiquité.  

Un événement ce soir à Strasbourg après une présentation au Musée Guimet la veille à Paris: noblesse oblige pour ce documentaire de création riche en images d'archives exceptionnelles, fruit de recherche, de rencontres et d'analyse de La Danse cambodgienne: rien de "danse sacrée" ni danse "rituelle", celle-ci se niche au creux de l'histoire géopolitique du pays. Au sein du royaume, le "Ballet Royal khmer" voici la danse protégée évoluant au gré des changements sociétaux, économiques. Mais l'esthétique de fondement perdure et demeure: les doigts extensibles, courbés comme nuls autres en des positions, attitudes quasi extraordinaires, les corps entre ciel et terre, paradis et ancrage. Les corps se plient, s'inclinent comme dans ces images d'archives où les codes et postures se réitèrent, s'enchainent pour un mouvement fluide et prolongé. Histoires de gestes qui illustrent fleurs, parfums dans des mimétismes proches du langage "signé". Pas de coupure, de hachures mais un glissement progressif de l'énergie de la tête aux pieds. Les costumes genrés masculin et féminin sont des chefs d'oeuvre de fabrication: du sur mesuree pour les couturières qui s'affairent 4 heures durant pour costumer les danseuses...El les maquiller de blanc pour concentrer les regards, effacer les singularités. Le film raconte, montre et fait apparaitre à l'écran les personnalités du monde le la danse: interprètes, chorégraphes, répétitrices et autres chevilles ouvrières. Des légendes encore vivantes ou disparues qui crèvent l'écran par leur récit, leur témoignage. Car la danse est aussi ambassadrice et fille du prince, menacée par la guerre, les khmers rouges, les facéties de l'histoire. Dans un camp de réfugiées, une danseuse étoile de ballet vaque à sa survie! Un travail de titan, des recherches, des éclaircissements pour nous faire découvrir une gestuelle pétrie de beauté, de grâce. La musique originale du film s’inspirant de l'époque musicale début de siècle, quelques Satie, Ravel ou Debussy comme références.Les danseuses se calquent sur les esquisses incroyables de Rodin, fasciné par les nouvelles formes de corps des interprètes. Ombres portées, transparences et autres dessins fabuleux restituant les ondes et mouvances des bras, des doigts. A l'issue de la projection surgissent sur une estrade deux danseuses cambodgiennes qui accompagnent la tournée d'un mois en avant-premières dans toute la France. C'est hallucinant et charmant de voir si proches des égéries d'une danse ancestrale portée aux nues par le film, là devant nous. Un présent rare d'une valeur inestimable. Musique et chant traditionnel à l'appui.  Terpsichore en costume d'apparat n'a rien à envier à notre Terpsichore en baskets de notre temps!



Mardi 13 février à 20h au Star Saint-Exupéry (rue du 22 Novembre)
 
En présence du réalisateur Xavier de Lauzanne qui ,partagea sa passion, son enthousiasme et son ravissement et de deux danseuses venues spécialement du Cambodge
 
Sortie nationale le 13 MARS 
 
Saviez-vous que feue la princesse Norodom Buppha Devi avait été décorée de la médaille de 'Commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres', par la France ?
Si la fille ainée du roi Norodom Sihanouk et demi-sœur de l’actuel roi du Cambodge, Norodom Sihamoni, a dansé dans les plus grandes salles, se faisant ainsi l'ambassadrice de son art partout dans le monde, elle a noué avec la France des liens particuliers. Avant même de se produire devant le général de Gaulle à l'Opéra Garnier, à Paris, en 1964, elle avait déjà tenu le rôle d'une danseuse apsara dans le film "L'Oiseau de Paradis" du cinéaste Marcel Camus (célèbre réalisateur français qui avait obtenu la palme d'or à Cannes, ainsi que l'Oscar du meilleur film étranger, pour son précédent film Orfeu Negro).
A l'époque, la proposition artistique originale de Marcel Camus - faire porter aux danseuses du Ballet royal une tenue imitant l'apparence des apsaras des bas-reliefs angkoriens - était une nouveauté et la reine Kossamak (mère du prince Sihanouk) s'en inspira pour créer sa fameuse "Danse des apsaras". Peu de temps après, le prince Sihanouk donna le titre "Apsara" à son premier film de fiction, dans lequel il fit jouer sa fille, la Princesse Buppha Devi.
C'est ainsi que le personnage de "l'apsara" s'est imposé et a intégré le répertoire du Ballet royal, devenant, au fil des ans, le symbole de la danse classique khmère.