vendredi 27 septembre 2024

Rencontre avec Christian Marclay: les partitions graphiques...aux sons "trouvés".Un instigateur des sons incongus.

 


Conférence

Un temps d’échange avec le musicien, compositeur et artiste plasticien Christian Marclay qui crée notamment, depuis les années 1990, des « partitions graphiques » défiant les conventions de la composition musicale traditionnelle. Rencontre d'exception avec un "instigateur" et non un "compositeur. Marclay se réclame modestement d'être un expert en trouvailles sonores, fruits de recherches, de découvertes et de rencontres avec les objets. Ne sachant ni lire ni écrire la musique, le voici libre de composer à son gré de l'impromptu, du burlesque, de l'humour des notes. La musique possède un statu d'objet d'où l'on peut transformer, transposer les sonorités. Avec du "rien", sur place, in situ! La musique reste "concrète" physique et instrumentale. Sans amplification, tactile, perceptible, banale, triviale. Transformer des sons en notes, voici le pari réussi mais pas gagné pour les musiciens interprètes de sa dernière oeuvre jouée à MUSICA. Du plaisir avant tout dans l’exécution de cette pièce sans pièges. Le triangle chef, auteur et interprète reste essentiel dans le bonheur du compagnonnage. Les coutures, les superpositions de "Constellation" sont proches de ses collages, assemblages fortuits, spontanés avec pour une fois une partition "écrite". Toujours "en mouvement" ce créateur iconoclaste est en quête de métaphysique. La Physicalité brève et éphémère des objets le hante, le préoccupe et l'inspire toujours.Les disques, sillons et autres modes de reproduction figent le son, l'informatique sur ordinateur est sans présence tangible. Une pochette de disque est manipulable: l'image et le son le deviennent, palpables, concrets. On commercialise la musique trop souvent! La musique est sociale, éphémère, vivante.Et ça fait "crac, boom, hu"!


Le souvenir unique d'une représentation comme celle à ST Paul est remarquable, singulière. Un souvenir différent pour chaque auditeur à l'écoute du présent. Pas de reprise ni de répétition possible dans une performance. Le "live" est aléatoire et riche de tension: c'est un événement qui va vers la désacralisation de l'instrument qu'on ne saurait pas jouer par ignorance. Son oeuvre est inclassable et les onomatopées de ses partitions faites de bulles de BD font figure de légende. Entre images et mots, la narration devient rythme et musique selon celui qui s'en empare. Le "Grand Verre" de Marcel Duchamp comme emblème de sa créativité, archéologie du futur musical accessible à tous ceux qui voudraient bien s'avouer et se reconnaitre à travers sa démarche généreuse, ouverte à tous les possibles.Une belle conversation entre l'artiste, Stéphane Roth introduite par l'enthousiasme de Anna Millers complice de l'exposition "mode d'emploi". Suivez les guides!

 


Dans le cadre du festival Musica. à l'auditorium de MAMCS

Le 27 septembre 2024 : 14h30

 

Some notes on martian sonic aesthetics vols. I & II (2034-2051): jennifer walshe cosmique!


 PERFORMANCE

Coloniser l’espace, une utopie délirante ? Jennifer Walshe expose les archives futuristes d’une politique extraplanétaire martienne.


Quand Stockhausen disait avoir été formé sur Sirius et qu’il y retournerait à sa mort, tout le monde le pensait devenu fou. Aujourd’hui, à entendre les propos d’un Elon Musk, peut-être faudrait-il y croire. Les contrées extra-planétaires seront-elles notre dernier refuge lorsque la planète et ses ressources naturelles auront été anéanties ? D’où viennent et où nous mènent ces politiques et ces esthétiques visionnaires ? Jennifer Walshe a décidé de mener l’enquête. En parcourant les témoignages et la documentation scientifique, et au moyen de l’intelligence artificielle et de diverses prémonitions musicales, elle nous guide sur la planète rouge. « Le futur n’est plus ce qu’il était. »



conception, musique, performance | Jennifer Walshe
saxophone | Nick Roth
percussions | Vanessa Porter
électronique | Lee Patterson

A la salle de la bourse dans le cadre du festival MUSICA

Christian Marclay + Genevieve Murphy et Onceim : sculpter l'espace sonore de respirations marines.

 


La rétrospective que lui consacrait le Centre Pompidou à Paris en 2022-2023 montrait à quel point Christian Marclay avait « sculpté » de nombreux aspects de la vie musicale : phonographie détournée, partition ready-made, performance orchestrée, lutherie excentrique.


Pour la première fois, dans la continuité de sa série Found in, il transpose la tactique de l’objet trouvé à l’orchestre avec l’Onceim. C’est également sur cette collectivité hétéroclite de musicien·nes issu·es de tous les horizons musicaux que s’appuie Genevieve Murphy dans sa recherche poétique sur la perception individuelle au sein du collectif, ici incarnée par la relation entre l’ensemble et sa cornemuse des Highlands.



Christian Marclay
, Constellation (2024 - création française)

Dans l'Eglise ST Paul c'est l"effervescence d'un grand soir: Christian Marclay va poser son opus dans le choeur, éclairé de ses ogives pour inonder de sons tout l'ensemble de l'espace. Cela débute par de longues mélopées des archets frottant à l'unisson les cordes comme un son de toile froissée, une profonde respiration collective. Tous les instruments se mobilisent après ce prologue touchant: les vents menacent, s'ébranlent, graves et le piano se distingue parmi cette masse sonore ascendante. L'ambiance est au suspens comme une musique de film foisonnante, une chevauchée, des paysages défilant, très cinématographiques. Petite symphonique englobant un accordéon discret, une fusion des sons délicate et opérationnelle.


Différents registres, festifs, entrainant nous propulse dans un western curieux où la dramaturgie grondante et montante délivre un solo de saxophone radieux. Brillant, hors de la masse sonore comme un bouchon flottant à la surface du son. Grondements inquiétants, menaçants de décollage d'avion ou de guerre déclarée ouverte. Avalanche envahissante, remous, danger à l'horizon se profilent. Le déraillement du saxophone comme un appel s'emballant, vibrant, fébrile, affolé. L'accalmie s'impose après la bataille, l'insurrection volubile de l'ensemble. La reprise des soupirs comme flux et reflux maritime. Sirènes d'un port lointain? Des jaillissements prolixes comme des images cinématographiques déferlent à vive allure comme des personnages, instruments d'un synopsis sonore édifiant. Ils défilent sur l'écran virtuel de notre imaginaire. Péplum panoramique, diorama fantasque de l'imagination fertile du compositeur iconoclaste. Très décomposée, en miettes, en touches pointillistes et fractures tectoniques diverses, l'opus se déroule sans faille de toutes pièces. Fractures, éparpillements en éclaboussures des sons, disséminés. Au loin, la mer murmure, se retire à marée basse démontée. Silences. Derniers souffles d'écume, apnée, expiration: dernière respiration collective infime, souffle final de cette oeuvre cathartique de toute beauté: dans une dynamique et une énergie portée par l'ensemble qui baigne dans ce vaste océan tumultueux.



Genevieve Murphy
, Together We Feel and Alone We Experience (2024 - création française)

En prologue, introduction, une cornemuse s'amuse à donner le ton: souffle et retenue pour inaugurer une pièce magistrale. Une guitare réverbère le son, isolée et donne la réplique pour un duo inattendu.Sonorités spatiales épurées, conjuguées. Les frottements des archets sur les cordes comme bordure similaires à celles de Marclay! Des respirations fortes et rapides, très organiques sourdent des corps des instruments à cordes.Corps à corps, accords et raccords singuliers. Les poumons de l'accordéon, cage thoracique pour l'occasion de cette musique clinique. Respires! Des caresses sur  les violons par des archets amoureux. Le micro-souffle des vents faisant le reste pour instaurer une sensualité divine. De longues tenues dans la durée pour les vents, pause discrète qui s'étire et allonge le son. Un grand calme le long d'une côte marine. Un solo de guitare insolite vient ébranler l'architecture de la composition, insolite.


Des clarinettes élèvent leurs squelettes pour mieux expirer, aux cieux. Tous contribuent à cette atmosphère curieuse, crissante, aiguë, stridente. Un solo de violon immerge, quasi médiéval après cette belle cacophonie déstructurée. Générale et chaotique en diable. 


Une mélodie contraste, agréable surprise, bordée d'accordéon magnifique, nostalgique, à part. L'ensemble revêt. un caractère merveilleux, princier, noble et respectable. L'amplitude et le gonflement du son en tempête assourdissant fait le reste de tectonique tonitruante.Et la respiration fondamentale de vie ressurgit comme une lecture anatomique de la musique vivante.Organique et pulsatrice. Menaces d'avalanches ou d'orage à nouveaux se profilent: la météo musicale est bonne! Encore un décollage symptomatique du tarmac, un cyclone, raz de marée, un océan intranquille:dans les remous et vibrations.Vols de nuit en guerre aérienne. 


La cornemuse fétiche et la batterie seront les notes d'épilogue de cette traversée maritime de grande envergure.

A l'église ST Paul le 25 Septembre dans le cadre du festival MUSICA


Onceim
direction musicale et artistique | Frédéric Blondy