samedi 28 septembre 2024

"La Prédiction des oscillations"  Benjamin Dupé  | Daniele Schön: chats et souris de laboratoire musical !

 


CONCERT-EXPÉRIENCE

 « Derrière l’oreille se cache le cerveau. » Transposés du laboratoire à la salle de concert avec la complicité du compositeur Benjamin Dupé, les hypothèses et protocoles du chercheur en neurosciences Daniele Schön prennent la forme d’un récital scientifique.

Quel est l’équivalent sonore des illusions visuelles du lapin/canard ou de la vieille femme et la jeune femme qui font étrangement osciller notre perception ? Comment notre écoute prédit-elle autant qu’elle ressent la musique et contribue ainsi à la créer dans nos esprits ? À travers ce concert-expérience, c’est le processus de création artistique lui-même qui s’envisage comme possible reset de nos codages perceptifs et prédictifs.

La salle de la Pokop est emplie d'un silence religieux: on y chuchote et murmure avant l'arrivée tant attendue de deux grands savants.En prologue, des cartons-vidéo nous informe de l"événement et nous compte ce qu'il va advenir. Placent aux artisans de cette conférence étrange et décalée.  En quatre chapitres voici "l'histoire de métaphores cérébrales" et autres sujets sur les neurones et la perception de la musique. Il est aussi violoncelliste notre conférencier ce qui peut arranger les choses, face à son partenaire, aux consoles informatiques. Que le cerveau aime la matière liquide, la reproduction mimétique des sons et attitudes, le savions-nous déjà? Pas encore car cette "histoire" de la perception, de la "mécanique" de l' électrique au "calcul en réseau","ce n'est pas comme ça que ça marche", "désolé", en leitmotiv récurent. 


Des expériences tangibles, on en fait, nous le public, en compagnie de nos deux professeurs Tournesol ou Boris Vian dans "la java des bombes atomiques". Expérience sur le rythme, les couleurs, les sons et frappements de mains, gérés par des métronomes et autres accessoires de circonstance. Sur la paillasse sonore de ce laboratoire expérimental, c'est la décontraction, la bonhommie et le sérieux qui règnent. Le violoncelle s'est tu devant cette démo sur la transmission générationnelle, sorte de jeu de mémoire rythmique bien convaincant. Nous sommes un public déjà "éclairé" et fort "doué"! C'est "la tache de stroop" qui va faire mouche et épater et conclure avec la théorie très imagée des avalanches (prenez du sucre, faites une pyramide et regardez où cela s'effondre..).Belle entrée en matière dans la science musicale pour néophytes désireux d'en savoir plus et surtout d'être souris de laboratoire si inventif. On savait déjà que "les oreilles n'ont pas de paupière", on peur aujourd'hui ne pas avoir "la haine de la musique" mais le culot de l'expérimentation neurologique.

conception, musique, dramaturgie et mise en scène | Benjamin Dupé
chercheur associé à la création et performance | Daniele Schön
son et direction technique | Julien Frénois
lumières | N.N. 

A la Pokop le 28 Septembre dans le cadre du festival MUSICA

"All right. Good night". Helgard Haug & Rimini Protokoll | Barbara Morgenstern: sur le tarmac, ça ne décolle pas...

 


THÉÂTRE MUSICAL

 Une pièce sur la disparition et la perte.
« All right. Good night. » Tels auraient été les derniers mots du pilote du vol MH370 de la Malaysia Airlines avant que l’avion ne disparaisse des radars, le 8 mars 2014.


Au même moment, Helgard Haug, metteuse en scène du collectif Rimini Protokoll, voyait son propre père gagné progressivement par la sénilité. De cette coïncidence entre l’un des plus grands mystères de l’aviation civile, désormais devenu un fait d’histoire mondiale, et son expérience personnelle, elle bâtit la dramaturgie d’une pièce sur la perte et la disparition dans laquelle la musique — portée par l’ensemble berlinois Zafraan — s’avère être le meilleur moyen de rendre sensible l’envol définitif des mémoires.
 
 

En prologue sept personnages sur le plateau semblent attendre l'embarquement de leur avion dans un aéroport virtuel. Attente de ce qui sera la fatalité: en vol, l'avion va se scratcher...Les cinq musiciens s'emparent alors de l'action, instants mémoire de l'accident fatal et irrémédiable.  En saynètes et tableaux changeant, voici une trajectoire singulière, du hall, au tarmac, en passant par la plage ensablée des souvenirs heureux. Entre inquiétude, indifférence, désenchantement et fatalité, la pièce oscille et la mise en scène linéaire flotte lentement dans une nostalgie fataliste. Le xylophone tente d'entayer kla monotonie du souvenir et de dépasser l'angoisse de la perte. Le sable, délivré par deux brouettes laborieuses recouvre à paine la tristesse et le repentir de tout accident dont on se sent quelque part coupable. Des personnages, instrumentistes se profilent alors que deux comédiens ravivent l'esprit narratif des bandes qui défilent et plombent un texte banal et peu impliquant. Les images de la mer tranquille, insouciantes pour se refaire une virginité dans cette terrible épopée . La carcasse du boeing comme une baleine échouée pour scénographie d'arte povera.Carlingue, débris et bribes de musiques à l'appui. C'est un peu catastrophiste sans toucher ni remuer profondément. Pourtant, la mort, le deuil sont d'actualité...Rimini Protokoll peut mieux faire...Barbara Morgenstern et Helgard Haug ne parviennent pas à ébranler les interprètes qui restent en demi-teinte.

 Au Maillon dans le cadre du festival MUSICAle 267 Septembte

"The Source" Ted Hearne | Daniel Fish: une OPA qui fuite et fugue énormément.

 


ORATORIO CONTEMPORAIN
 Après Place en 2023, Musica invite à nouveau Ted Hearne pour la première française d’un autre oratorio : The Source.


La pièce répond de la même écriture musicale inclusive, additionnant voix singulières, récitatifs auto-tunés, balades néo-soul, section rythmique pop et cordes contemporaines, le tout mis en scène par Daniel Fish dans un dispositif vidéo quadri-frontal. 


Son sujet est Chelsea Manning qui, en 2010, fit fuiter plusieurs centaines de milliers de rapports classifiés de l’armée américaine sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan et contribua ainsi à révéler la conduite militaire des États-Unis et les exactions commises envers les populations.
 
 

Entouré de quatre écrans géants, le public est au coeur de l'action. Dans le bain, d'emblée comme ces visages qui semblent scruter l'espace, s'interrogeant ou surveillant des allées et venues. Visages surdimensionnés qui vont peu à peu s'additionner par double. Face à face, ils nous toisent, voient au delà de notre pré carré. Histoire de nous impliquer aussi dans cette narration singulière. De façon frontale se dissimule "l'orchestre" caché derrière un rideau semi opaque. Les corps et instruments se révèlent selon la lumière, surimpression ou dissimulation. Superposition qui occulte une vision nette. La situation est tendue tout du long, la musique, présente et fébrile opère côté fracas, destruction, déflagration. Le spectacle est total: immergé dans les quatre coins de l'image, au coeur du processus de fabrication on est concerné, impacté, visé. Comme ces balles qui tuent en film témoin et acteur en  direct des horreurs des snipers et autres assassins de circonstance guerrières. Les affrontements font rage, alors que les visages surdimensionnés sont à peine touchés. Ils observent, impuissants la terreur du monde belligérant et impulsif, déraisonné et assassin.Une ode, un oratorio pour la paix, la grande, la belle odalisque déboulonnée de son socle... Les voix en proximité comme des chants de sirène désabusés.On retrouve Eliza Bagg, derrière soi, avec émotion. 

« Quelle musique n’est pas politique ? » Découvrez le parcours de Ted Hearne, compositeur, chanteur et chef d’orchestre américain, retracé par le philosophe Lambert Dousson. Sous l’angle de l’hybridation des genres et des langages musicaux, il éclaire les liens entre écriture musicale et pensée politique chez le compositeur étasunien.

 Au Maillon le 26 Septembre dans le cadre du festival MUSICA