vendredi 4 octobre 2024

"Rififi, la comédie musicale" : une revue sacrément "palpitante"!


 Paris dans les années 1930. C’est l’histoire d’un amour contrarié entre Vincent et Rose.
Lui est chorégraphe, apprécié dans les grands music-halls de la capitale. Elle est danseuse dans un petit cabaret louche.
Vincent veut engager Rose dans son prochain spectacle, mais elle est la fiancée de Gus, « l’Elégant », le chef d’une bande de malfrats. Quand Gus, jaloux et possessif, découvre leur amour naissant, il s’arrange pour faire accuser Vincent d’un crime qu’il n’a pas commis. Ce dernier est alors obligé de fuir la France et se réfugie à La Havane. Il se laisse aller au désespoir et devient bientôt une loque traînant de bars en bars. Il y fait la rencontre de Howard Smith, un riche homme d’affaires français ayant fait fortune aux Etats Unis, et grand amateur de music-hall. De leur rencontre va naître un nouveau projet à Broadway, mais aussi un nouvel espoir pour Vincent.
Ce nouveau départ va-t-il lui permettre de revenir à Paris pour prouver son innocence, laver sa réputation et retrouver son amour perdu ?

« Rififi, c’est offrir au public un moment hors du temps pendant lequel il va se sentir envahi d’un sentiment de joie et de plaisir. C’est rire, s’émerveiller, tomber amoureux des personnages, voyager et avoir envie de fredonner les chansons entendues en sortant du spectacle… Et pourquoi pas avoir envie d’esquisser quelques pas de danse ? » Jean-Luc Falbriard


Tout démarre en trombe dans un rythme éffréné qui ne cessera deux heures durant. On y brosse un tableau croustillant, préambule ou prologue aux chapitres suivants: c'est Paris, son coiffeur, son bistrot, son marchand de fleurs et le cabaret "Plum'art. C'est tout Pigalle réuni, son "aquarium" à maquereaux comme place principale. Beau tableau vivant où les personnages, protagonistes de l'histoire, se présentent à toute vitesse. Entrée en matière qui annonce la couleur et le rythme tambour battant mené par l'orchestre "de chambre" derrière son petit rideau noir.Le ton est coquin, malin, endiablé, de mise pour le sujet abordé/ Les "malfrats" de Panam ou Pantruche pour les intimes, trois voyous, braqueurs de charme qui jouent les méchants. Les imbattables habitants de cette plaque tournante désopilante. Trio de choc que celui formé par Francesco Gill, un Gus malin et fourbe, arriviste et jaloux, Seppi l'Alsacien , un Raphael Scheer en grande pompe et Alexandre Sigrist en Teigne au diapason.Des bandits de grand chemin au turbin pour effectuer leurs larcins. Serait-on dans la pègre, le pays des condés, ou le royaume des malins du système D des embrouilles?  Un bel homme charmeur se profile dans les coulisses du cabaret-lupanar de luxe.Dans un solo magnifique inspiré de "Chantons sous la pluie"Jean François Martin se la joue Jene Kelly. Le réverbère faisant le reste.


Solo d'un chorégraphe tombé subitement amoureux de Rose, danseuse et chanteuse, propriété artistique et affectueuse du taulier, Gus. Enjôleur, timide, réservé, le voici embarqué dans une folle aventure où la femme désirée, Rose, une Léa Guérin savoureuse et enchanteresse s'affole à l'idée de trahir son souteneur. Sa frangine de coeur et de scène, "La Toupie", Mathilde Melero comme confidente, conseillère et soutient indéfectible. On serait presque aux Folies Bergères ou au Moulin Rouge. Un rêve que caresse Vincent en compagnie de Rose. Mais les affaires se compliquent et au coeur du dressing multicolore, les secrets, aveux et intriques se délivrent à l'envi. C'est excitant, emballant et haletant. Les saynètes s'enchainent bordée par la musique toujours aux aguets de l'action et de la narration. Signée Romain Schmitt et menée par quatre musiciens aguerris, les mélodies, chants et texte sont bien roulés et étonnent. La verve, le tonus des interprètes faisant le reste! Les profils de chacun se précisent, leurs intentions, bonnes ou mauvaises aussi. Gus aux consoles de ce navire déboussolé, Francisco Gil parfait petit homme de paille qui se croit grand seigneur, voix et diction au top pour incarner ce pantin de pacotille...Du talent à revendre chez chacun sans omette René, un Jean Luc Falbriard qui endosse le r^le de l'arrangeur complice ainsi que le futur Fratelloni du second acte. Habile, agile et souple personnage qui hante le plateau qu'il met en scène avec le brio qu'on lui connait. L'art de faire se déplacer les foules, de focaliser l'intrigue sur les personnages qu'il façonne à l'envi de sa patte de directeur d'acteur sans faille, à l'écoute de chaque personnalité créative: les interprètes alors au mieux de leur forme.Sabrina Rauch, irrésistible femme de compagnie de ce grand bordel, bazar des intrigues et du charme pas discret de cette joyeuse assemblée. Un petit solo à la Liza Minnelli pour enrober les coeurs, faire chavirer ses hommes, gardienne de cette baraque, boutique fantasque des désirs et de la cupidité. Et le Clou, Dominique Grylla d'en remette une bonne couche d'humour, de malice débonnaire, de bonhommie décapante. Le "palpitant" -le coeur en argot titi parisien-vedette de ce show à l'étuvée, de ce panorama burlesque d'une micro-société sympathique malgré ses travers. Le ton monte, le meurtre arrive pour dénoncer et faire leurre pour chasser l'amour des deux pigeons, Vincent et Rose: c'est la vie!Chacun fait de l'autre son affaire et cela se complique énormément en fanfare et tambour battant.

Jusqu'à nous mener à l'exil du héros, à la Havane, on s'offre une nouvelle vie,histoire de disparaitre de ces intrigues.Changement de décor, au "Blue-rose"de lieu et d'action pour pénétrer un univers de fête et de nonchalance. Les personnages sont "masqués" derrière d'autres rôles et une jolie confusion s'installe. On y retrouve Vincent exilé, toujours amoureux, esseulé aux prises avec un bandit richissime Howard Smith. Les rêves semblent se réaliser: celui d'un cabaret "Le Paradis(latin)? Belle occasion pour la chorégraphe Pippa Simmons de s'atteler à des morceaux de bravoures, danses de cabaret bien relevées, unisson de gambettes proches du Cancan d'une "Goulue" ou "Grille d’Égout". Les quatre danseuses et deux danseurs au top dans des costumes tout rose, seyants signés de Florence Bohnert: un panel de brillant, de couleurs, et d'inspiration music-hall de toute beauté et inventivité. Les escaliers, rampes et autres supports pour mieux magnifier les corps chatoyants en mouvement. Les plumes au final, les ronds de lumière très Crazy Horse pour fignoler les aspect musi-hall de plumes et de paons.. Menottes au poing pour quatre taulards resplendissants, micmac et aventures en ressort!C'est drôle et réjouissant: mener la revue et corrigée de toutes pièces pour ce gala tonitruant, mis en scène sans faille. La trahison, l’amitié au chapitre des émotions et du récit qui passe comme une lettre à la poste. Rififi, c'est aussi une mélodie du bonheur, une comédie  musicale qui fera du bruit et des remous dans l'univers de ce registre pas si simple à mettre debout. Une réussite pour Jean Luc Falbriard toujours au poste, livret en main, clef de voute, fédérateur d'énergie et de complicité. Un bain de jouvence à recommander sans modération

Avec : Jean-Luc Falbriard, Francisco Gil, Dominique Grylla, Léa Guérin, Jean-François Martin, Mathilde Melero, Sarah Puydoyeux, Sabrina Rauch, Raphaël Scheer, Alexandre Sigrist (ou Sébastien Dubourg)

L’ensemble chorégraphique : Joris Conquet, Mickey De Marco, Lilou Larre, Hilla Levy Aslan, Manon Lorre, Daphné Schlosser (ou Charlotte Duez)

Les musiciens : Raymond Halbeisen, clarinette, saxophone ténor / Laurent Wolf, flûte, saxophones / Serge Haessler, trompette, cor d’harmonie / Sylvain Troesch, guitare, banjo / Jérôme Wolf, contrebasse / Michel Ott, piano, claviers / Romain Schmitt, batterie, percussions et direction d’orchestre

Assistante au metteur en scène : Christine Denis
Scénographie : Mathilde Melero
Costumes : Florence Bohnert, Magali Rauch et Julie Desmidt
Habilleuse : Emmanuelle Maribas
Maquilleuse : Hélène Durli
Régisseur lumières : Xavier Martayan
Régisseur son : Mathieu Pelletier (ou Mailys Trucat)

 A l'espace K jusqu'au 31 Octobre

jeudi 3 octobre 2024

"Sonic Temple vol. 6 La récupération"

 


PoulainJar

Inventif et artisanal, poétique et décapant, libre et indiscipliné, PoulainJar est un duo sonore qui expérimente des chansons de gestes pour la scène.

 


I N S T I T U T R I C E

La musique d’ I N S T I T U T R I C E évoque par moments les gongs horizontaux appelés kong vong thom de l’orchestre cambodgien, ou les fulgurances d’un ensemble de gongs kolintang de Mindanao, au sud des Philippines. On est ici dans le monde flottant d’un folklore imaginaire dont les sonorités évoquent ces musiques traditionnelles asiatiques, mais étrangement propulsé par un drive puissant, une mise en place au cordeau et troublé de sons électroniques discrets.

percussions, sons environnementaux, traitement sonore | Éric Bentz & Jean-Baptiste Geoffroy



Petr Válek, Jára Tarnovski, Ondřej Merta : Metal

Ce premier projet collaboratif entre Petr Válek, Ondřej Merta et Jara Tarnovski, est l’occasion de nous confronter à l’élasticité sonore du métal, utilisé de différentes manières sur de multiples supports, pour créer des titres à l’agitation incessante.
Les objets utilisés glissent, se frottent, se cognent à des surfaces toutes plus différentes les unes que les autres, cuir, plastique, métal, bois… donnant naissance à un espace en émulation, entonnoir rythmique d’une nature invisible amplifiée.



ladr ache

Avec un instrumentarium composite où percussions, objets du quotidien, cordophones et oscillateurs électroniques tissent un tapis sonore où poser leurs voix, les six musiciennes de ladr ache créent un improbable pont entre polyphonies aux échos baroques et signal en dents de scie saturé. Textes, musiques et chansons de récup glanés dans toutes les traditions du futur… Elles font puissamment scintiller le présent et invitent le public à encercler le cercle qu’elles forment sur scène ou dans la salle. Des cérémonies à vivre ensemble où le collectif l’emporte à chaque fois.

A l'église ST Paul le 3 Octobre dans le cadre du festival MUSICA

"White dog" : du chien, de la rage, du mordant et de l'empathie!


 

Adapté de Chien blanc, récit autobiographique de Romain Gary (Éditions Gallimard, 1970), cette pièce prend la forme d’un thriller social en pleine Amérique ségrégationniste. Le romancier, installé avec son épouse Jean Seberg à Hollywood, recueille un berger allemand abandonné. Découvrant qu’il attaque systématiquement les afro-américain·es, il met en parallèle la monstruosité humaine et la sauvagerie qui fait rage dans le pays, en pleine lutte pour les Droits civiques. Au rythme d’une batterie jazz, deux marionnettistes blanc et noir se partagent tous les rôles de cette histoire d’une manipulation très politique. Humaniste forcené, l’écrivain d’ascendance juive et polonaise, qui fut aussi deux fois lauréat du prix Goncourt, interroge la fabrique de la haine et la possibilité de la désapprendre. Le chien, pantin de papier manipulé par les hommes, suscite l’empathie du public qui voit sa part sombre naître grâce au théâtre d’ombre. Au milieu de grandes feuilles vierges dont les métamorphoses en direct viennent donner vie aux chapitres du livre, les pages se noircissent de mots, d’images d’archives et de pop-up révélant, pas-à-pas, les trous et les non-dits de l’histoire.

 


Une petite estrade, un sol carrelé, des ombres chinoises en prologue tracées sur des pendrillons blancs. Cela a déjà du "mordant" dans la diction, les paroles et gestes du comédien qui se profile. Percussions et traduction en langage des signes comme accompagnement fidèle tout le long de ce spectacle-manifeste poétique et politiquement très correct. Belle relecture de l'oeuvre et du destin de Romain Garry auprès de l'actrice Jean Seberg, personnages incarnés par deux marionnettes de taille humaines, manipulées et enfilées par les comédiens.C'est tout à fait réussi et probant, mobile, agile et les mouvements des personnages sont parfaitement adaptés à cette singulière motricité. Le chien , personnage principal de cette histoire revisitée est exceptionnel de véracité et authenticité Marionnette, enfilée, long corps animal souple, flexible. Le tout bordé d'une scénographie savante et sophistiquée. De la blancheur pour cette scène tournante qui devient manège peuplé de polis petits chiens politiciens. Les crocs attaquent, le chien est menaçant métaphoriquement: croc blanc qui dévore les noirs. Dressé pour et pourtant très attachant. Ses attitudes, posture pleines d'attention et d'observation sur les us et coutumes d' un canin! 

C'est le milieu du cinéma qui est interrogé: un cascadeur désacralise le métier dans son carré 4/3 de poste de télévision. Reconverti en dresseur de chien, il est chargé de déconstruire l'éducation du chien d'attaque, chasseur de noirs.Ce sont aussi les médias et les images d'archive qui interrogent l'actualité des USA durant les émeutes raciales de 1968. Une belle leçon d'histoire que ce "white dog" mené bon train dans un rythme palpitant au son des percussions omniprésentes. Le chien dans son enclos de bois, comme prisonnier de ses maitres. La scène tournante est de bon aloi, de petits pas de danse jazzy pour l'ambiance country font le reste de la mise en scène. Ce décor de papier blanc, de la race blanche qui est puissante, devient symbole d'occupation de territoire. On rêve d'une nation noire, sur fond blanc... Désapprendre le dressage, qu'il soit du chien ou de la propagande raciste serait le leitmotiv: tous au final portent ce masque canin. Bas les masques...



 

Formée à l’art de la marionnette à Glasgow, Camille Trouvé co-fonde la Compagnie Les Chiffonnières. Jusqu’en 2006, elle mène avec ces plasticiennes et musiciennes une recherche sur le rapport entre image et musique. Elle se forme auprès de grand·es metteur·euses en scène et auteur·rices de théâtre tels que Wajdi Mouawad, François Cervantes et Catherine Germain, avant de suivre la formation continue de l’École nationale supérieure des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières. Constructrice, bricoleuse d’objets articulés et insolites, marionnettiste et comédienne, elle poursuit ses expérimentations, traçant au fil des créations un univers visuel, original et décalé. Circassien de formation, Brice Berthoud a débuté comme fil-de-fériste et jongleur dans la compagnie Le Colimaçon, créant des spectacles mêlant les arts du cirque et la comédie. En 1994, il intègre la compagnie strasbourgeoise Flash Marionnettes. Sa technique de manipulation emprunte d’une certaine manière au jonglage par la dextérité et la virtuosité avec laquelle il change de marionnettes. En 2000, Camille Trouvé et Brice Berthoud co-fondent Les Anges au Plafond, projet pluridisciplinaire à la croisée des arts : théâtre, arts plastiques, art du mouvement, magie nouvelle et musique dans le domaine théâtral. En octobre 2021, le duo devient co-directeur·ices du Centre Dramatique National de Normandie Rouen. Iels ont présenté au TJP Le Bal marionnettique.

 
  Au TJP Grande scène jusqu'au 5 octobre