samedi 7 février 2026

"Strasbourg Burlesque Festival": poupoupidou !! Revue et incorrigible! Limelight for ever! Je vous salue, Mesdames!


L’art de l’effeuillage Burlesque, qu’il soit engagé, drôle, sexy, fou ou acrobatique, pratiqué par des femmes, des hommes ou des créatures, habillé.e.s de plumes, de strass ou de latex, a pour but de vous en mettre plein les yeux.
La 8 e édition s’annonce haute en paillettes, réjouissances et diversités.
Champagne Mademoiselle, notre diva strasbourgeoise, vous invite à vous habiller chic & choc pour vous fondre dans le décor. Les spectacles, les numéros et les artistes seront différents chaque soir. Un entracte vous permettra de profiter d’une animation musicale et des stands, tout en rencontrant les artistes, de vous retrouver autour du bar à Crémant et pourquoi pas de vous inscrire à un atelier d’initiation… 

Il s’apprête une nouvelle fois à réveiller la scène du Point d’Eau, à Ostwald, pour un mois de février plus show que jamais ! Qui ? Le Strasbourg Burlesque Festival, pardi. Avec une 8e édition qui promet de l’humour, du glamour et des paillettes, pour un rendez-vous aussi extravagant que galant, du 5 au 7 février.

Il n’est de l’apanage ni des hommes, ni des femmes. Derrière le large éventail de l’effeuillage burlesque, se cache un art : celui de se déshabiller « de manière chic, glamour ou acrobatique », nous glisse-t-on.New burlesque, classique burlesque, boylesque, cirque, drag queen, queer… Les artistes qu’on y croise jonglent avec les pratiques, et « revendique[nt] l’expression d’une sensualité, d’un humour décalé, ou d’un engagement militant ».Et à Strasbourg, celui à qui cette diversité va comme un gant, c’est le Strasbourg Burlesque Festival.Créé et porté depuis 2019 par la « diva strasbourgeoise » Champagne Mademoiselle, son acolyte Pearly Poppet, et l’association De Strass en Strass, le festival le plus show de l’année revient attiser notre curiosité.

Un casting international

Menée par la maîtresse de cérémonie Petula Goldfever, qui « manie la rythmique du comique, l’art du suspense et de la séduction avec un brin d’espièglerie », la 8e édition s’y dévoilera avec une affiche différente chaque soir.Sur scène ? « Des femmes, des hommes ou des créatures, habillé(e)s de plumes, de strass ou de latex » qui nous donnent rendez-vous du jeudi 5 au samedi 7 février, au Point d’Eau à OstwaldAvec pour tête d’affiche une pointure venue d’Australie : Miss Maple Rose, qui arrive dans « un tourbillon de plumes, de paillettes et de plaisir coupable ». Danseuse, clown burlesque, elle a plus d’un atout dans sa manche : elle enseigne également l’art de la danse avec éventails à l’international (jusqu’aux danseuses du Moulin Rouge elles-mêmes, nous dit-on).


C'est devant une salle comble que Petula Goldfever fait son entrée, meneuse de revue, Madame Loyale, pétillante, pétulante figure du show burlesque et elle enflamme la salle, pomponnée de paillettes, cheveux blonds lissés. Sa verve, son énergie, son dynamisme en feront l'égérie de la revue tout au long de son déroulement, ponctuant chaque numéro par une introduction, une entrée en matière documentée comme celle d'une "prof", enseignante de la beauté! Présente chaque soir, elle est rejointe tout au long du festival par une trentaine d’artistes venu(e)s du monde entier : États-Unis, Irlande, Grande-Bretagne, Espagne, Allemagne, Corée, Italie, Belgique, Suisse, France. Et qui répondront aux doux et fous noms de Tuna Tartare, Daria Décolleté, Lola Itsy, Fou Fou Kaboom, Enveloppe Timbrée, Coco Charnelle… Un casting exceptionnel. Et ce deuxième soir là ce sont dix figures très diversifiées qui vont tenir le haut du pavé. Inspirées de figures légendaires du cinéma, par exemple la prestation singulière nourrie du film de Fritz Lang "Métropolis", la femme robot emblématique se meut devant nous, féerique reproduction de l'héroine, métallique, impassible créature rêvée. La danse y est magnétique, voluptueuse, inquiétante et hypnotique reproduction des images du film expressionniste. Autre évocation de danseuse-performeuse, celle de Loie Fuller dans sa danse serpentine, danse du lys avec ses voiles qui prolongent les mouvements de ses bras en autant de volutes très plasticiennes. Le spectacle bat son plein, mené de main de maitre de ballet par notre fidèle et indéfectible Pétula, insatiable animatrice, artiste géniale, présente, vivante et belle comme sa logorrhée insatiable. Les numéros s'enchainent, celui d'une louve bariolée pleine de couleurs et d'humour, le regard malin et complice dans un effeuillage drôlatique et plein de charisme. Une autre figure saisissante, celle d'un homme, meneur de cabaret, masculine, en frac et pantalon noir: une présence à la Liza Minneli dans le célèbre "Cabaret" de Bob Fosse. Regard inquisiteur, poses aguichantes et provocantes d'un personnage semant le trouble dans la perception du genre. Car toutes sont femmes ici et affichent leurs formes et audaces féminines dans des effeuillages dévoilant des corps joyeux, généreux, loin des canons du Crazy Horse ou du Paradis Latin ou autre revues parisiennes style Lido ou Moulin Rouge. Ici pas de srip tease ni de dévergondage banalisé, c'est là de se placer face au regard émerveillé et bienveillant d'un public qui lui même est pailleté, gai et volubile. Un air de famille avec ses vedettes, stars de la scène le temps du show qui se fait toujours surprenant. Des personnages prennent la scène comme autant de figures identitaires, singulières et très personnelles.  Je vous salue, Mesdames!


Lola Itzy en femme lumières avec chapeau de lampe lumineux et verve ébouriffante. Bain de jouvence avec une furie de la scène qui éclabousse tout sur son passage... Et une platine disque costumée féroce en mange-disques d'époque, magnifique costume désopilant! Pas de modèles ni de copies conformes mais des artistes libres, audacieuses et affranchies des codes de la bienséance C'est dans cette ambiance libertaire plus que libertine que ces spectacles de ce fabuleux et inédit "Burlesque Festival"l se succèdent orchestrés par Champagne Madame et sa fidèle acolyte, toutes de bleu et de plumes vêtues que ce clôt la revue. Un beau tableau de famille au final pour marquer la sororité, la solidarité de ces artistes engagées de tout corps. Les plumes et le strass aussi en hommage à Zizi Jeanmaire, Roland Petit et YSL avec des trucs en plume rutilants, plein de grâce et d'effervescence. Ca pétille au Point d'Eau où ce soir le champagne coule à flot en bulles de musique, de chorégraphie, d’effeuillage diabolique digne des plus grandes scènes du genre! Un festival international où même une tombola tombe à pic pour enchanter, décaler et distancer un art majeur reconnu désormais par le Ministère de la Culture.....Le "burlesque" n'est pas le grotesque ni le clownesque, c'est bien une icône scénique ébouriffante et salutaire! A consommer sans modération...Avec:


À noter aussi, le marché des exposant(e)s à retrouver sur place, pour faire le plein de fleurs, de plumes et de strass. On y attend des associations et quelques boutiques comme Tchungle (la jardinerie urbaine), Lady Mistigris & Mister Graouw (pour de la lingerie et des accessoires), les dildos Krapulle et autres curiosités qui réchaufferont vos soirées.

Quant à prolonger la nuit, direction le Hey Mama Gare pour les after-shows au plus près des artistes. L’occasion de sortir ses paillettes, et d’oser sur le festival, le dress code suggéré : « Chic et choc »

Au Point d'Eau à Ostwald jusqu'au 7 Février

 

 

vendredi 6 février 2026

« LE CABARET DISCREPANT » : en verve et avec tous ! Du balais, le ballet!

 


« LE CABARET DISCREPANT » : en verve et avec tous !
Avec son Cabaret Discrépant, qu’elle réactive quinze ans après sa création, Olivia Grandville, nous fait découvrir une page méconnue de l’histoire de la danse. Cinq interprètes l’accompagnent, dans une forme de conférence échevelée, où l’on discute du lettrisme, courant créé en 1945 par Isidore Isou, cherchant à dynamiter les formes traditionnelles de l’art. Elle réactive ainsi dix-neuf courts scénarios de danse, rédigés par Maurice Lemaître, ardemment critiques sur l’esthétique du ballet. Sans jamais se départir de son sérieux un peu emprunté, ce groupe engagé fait danser lèvres, bave, et perruque. La chorégraphe fait percevoir le caractère aussi potache que subversif de ce mouvement, les préoccupations datées, qui se révèlent finalement toutes d’actualité. Car, tout en riant de ces bouffonneries, nous nous interrogeons sur les formes qui fondent nos habitudes spectatrices et nos désirs esthétiques. C’est donc par un humour fin qu’on nous amène à aiguiser notre regard. 
 

Alors, allons du côté d’Olivia Grandville, ex interprète de la compagnie « Bagouet » qui depuis mène, indépendante,son chemin parsemé de fantaisie, de rigueur et de désir de faire découvrir, textes, personnages issus ou non du milieu de la danse. Après sa visite du côté de Kurt Schwitters pour « Le K de E », la voici se penchant sur les fameux textes de Maurice Lemaitre « La danse et le mime ciselants » : un must de manifeste sur le corps de la danse dans les années 1960, ainsi que les textes d’Isidore Isou, auteur et inventeur du « Lettrisme ». Ce mouvement fait alors son entrée dans les arts du geste et après son passage ni les chorégraphes ou danseurs ne peuvent ignorer que le bouleversement qu’il a apporté à leur art est aussi profond et contraignant qu’en leur temps, ceux de Noverre ou Petipa. Des problèmes toujours neufs s’y posent et l’on remercie Olivia Grandville de ressusciter cette prose délicieuse et pertinente, décapante, très proche du mouvement réflexif actuel qui ébranle la danse contemporaine de façon si salutaire !En compagnie de Sylvain Prunenec, Vincent Dupont, Catherine Legrand, Pascal Quéneau et Manuel Vallade, la voici qui décortique le texte, en fait un vivant manifeste animé par les corps vociférant les mots, les mettant en « geste » en verve ! Cabaret disjoncté, électrique, éclectique, le spectacle est jubilatoire et commence en déambulation pour se clore en salle. On y chemine à travers les textes comme lors d’un tapage nocturne, en liesse, en état de déraison moqueuse, pince sans rire, un peu choqué, un peu rassuré sur l’avenir de l’art et des artistes !Subversif, potache, dissonant, discordant, voici l’état des lieux de la danse d’aujourd’hui aussi. Et le parallèle de se constituer sans heurt avec joie et gaité, intelligence et sagacité, malice et complicité. Du bel ouvrage de « dame » et de « damoiseaux » pour mieux appréhender la mémoire de la danse et de la littérature.
 

Conception : Olivia Grandville, d’après Isidore Isou
Collaboration artistique et création lumière : Yves Godin
Interprétation : Olivia Grandville, Catherine Legrand, Olivier Normand, Laurent Pichaud, Pascal Quéneau
Régie générale et lumière : Bertrand Perez
Textes extraits de La marche des jongleurs d’Isidore Isou (Œuvres de spectacles – © Éditions Gallimard) / La créatique ou la novatique d’Isidore Isou (Éditions Al Dante) / La danse et le mime ciselants et Fugue mimique de Maurice Lemaître (Jean Grassin éditeur) / Roxana et Hymne à Xôchipilli de Maurice Lemaître (Œuvres poétiques et musicales – Éditions le point couleur) / Piètre Pitre de François Dufrêne (Archi-Made – École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, coll. Écrits d’artistes) / Visages de L’Avant-Garde : 1953 de l’Internationale lettriste (Éditions Jean-Paul Rocher) / Manifeste de la danse ciselante d’Isidore Isou / Partition de la danseuse de Maurice Lemaître (extrait du premier Sonnet Gesticulaire – la danse et le mime ciselants – Jean Grassin éditeur)
 
A  Pole Sud les 10 et 11 Février

jeudi 5 février 2026

TRAVAUX PUBLICS CHANDRA GRANGEAN & LISE MESSINA / LES IDOLES "STRIP": des mues et des chrysalides en voie de développement prometteur


Performance physique, plastique et sonore, STRIP invite le public dans un espace sans coulisses, un laboratoire vivant où les gestes s’exposent, les visages se transforment, les corps se modèlent à vue.
Les Idoles poursuivent leurs recherches autour des métamorphoses permanentes et invisibles amorcées au cours de leur première création REFACE. Cette nouvelle création ouvre un nouvel espace d’exploration : celle d’identités collectives en mouvement, de corps en interactions qui se construisent et se défont en continu. Les corps s’assemblent, s’articulent et se confondent entre eux grâce à des matières artificielles ou à des gestes de manipulation. Ces corps deviennent les membres d’une seule et même matière organique en mutation. 
Les relations entre les performeur·euses sont au cœur de la recherche. Elles se nouent, se transforment, s’altèrent, révélant des jeux de pouvoirs, d’entraide, de conflits, un rhizome d’interdépendances instables.
Cette nouvelle création propose une immersion au plus près des gestes et des matières, un laboratoire entre l’humain et le non-humain, entre l’illusion et le trucage, entre le détail infiniment petit ou le groupe dans son ensemble. 
 
Ils semblent comme des mannequins dans une vitrine, le regard vide et lointain, grimés, lisses quasi masqués, des perruques blondes et brunes couvrant leurs chefs.  Ils oscillent sur place, lentement sous la pression d'une musique vibratile diffusée par des petits hauts parleurs rivés au sol. Deux consoles électroacoustiques soutiennent cette parade curieuse, costumée de gris, amples vestes et pantalons designés Une lente mutation s'opère pour ces cyborgs étranges, impassibles monstres discrets à peine effrayants.La mue s'opère pour des matières plastiques, du film alimentaire pour transformer les visages, envelopper la chevelure, casquer les cranes.des six danseurs. La tension monte, les gestes se font plus larges, le groupe soudé dans une ambiance inquiétant se ramasse sur lui-même. Les perruques loin d'être des accessoires se font trophée ou parure, seconde peau de couvre-chef pour prolonger le mouvement. On y mâche du matériau comme une pâture animale et la mutation opère sidérante. Les deux autrices-chorégraphes orchestrent le tout et dispensent aux interprètes leur vision de l'humain, animale en diable. En mutants,en monstres évoluant vers une certaine humanité collective, les danseurs se prêtent au jeu et ce laboratoire devient opérationnel et convainquant: un opus va naitre de ce chantier ouvert très prometteur. Au final on songe à une sculpture de Rodin se fabricant puis se figeant en groupe: celle des "Bourgeois de Calais" en proie à des poses raisonnées et très esthétiques. Peut-être aussi des effigies de Gisèle Vienne, des mannequins poupées de Kantor...Des "idoles"à observer plus qu'à vénérer dans le champ de la création chorégraphique de ce collectif fort inventif. Strip-tease ou effeuillage très contemporain à la manière d'une plate forme sans piédestal ni vitrine aguicheuse.
 
A Pole Sud le 5 Février dans le cadre  des" travaux publics"