mercredi 12 décembre 2018

"Bacchantes" : droit au pupitre ! Voix au chat-pitre ! Satyricon, de retour !

Enivrez-vous !

À peine entré dans la salle, le public est convié à une joyeuse cérémonie pour fêter Dionysos. Qui sont ces Bacchantes, vaguement inspirées de la mythologie grecque ?
Bacchantes - Prélude pour une Purge© Laurent PhilippeBacchantes - Prélude pour une Purge
Entourée de douze interprètes et musiciens, la chorégraphe-performeuse Marlene Monteiro Freitas se lance avec une énergie inépuisable dans un bal rituel au rythme frénétique. Dans cette composition sonore et visuelle, elle donne à une anarchie dadaïste les couleurs du présent et nous offre un spectacle total, entre musique concrète, performance grimaçante et danse exaltée, avec, en point d’orgue, le Boléro de Ravel.
Corps et sons, danses et musiques semblent traversés par toutes sortes de délires, cultivant le mystère et la jubilation dans une sorte de combat entre ténèbres et lumières.


"Moustaches", mousse qui tache .....Bacchanales....On purge bébé, même en enfer !

Tapis jaunes, trompettes stridentes dans la salle en guise d'accueil tonitruant, des boules quies en poche, on pénètre dans l'antre de la chorégraphe, trublionne de la danse par effraction, par curiosité, par faim de loup de voir ou revoir un nouveau chapitre de ses pérégrinations vociférantes! Tout démarre dans des pastiches de morceaux musicaux de référence, chantés par un escogriffe, Maitre de cérémonie, Monsieur Loyal de la soirée, en blouse grise, chaussettes et baskets à l'appui.
Les autres, danseurs affublés de salopettes-shorts gris souris, de bermudas blancs mènent le bal, épaulés par cinq trompettistes. Un chanteur, métronome, chef d('orchestre, des stéthoscopes de pacotilles pour tater le pouls de la soirée, des vulves en plastiques au derrière, à l'arrière train pour simuler les flatulences, les pets de nonne de cette assemblée bigarrée, plutôt joyeuse de cabaret allumé, éclairé par la satire et de satyres aussi !
Le retour d'une comédie fellinienne à la Satyricon, ou d'un bon Pasolini, féroce et cruel !


Apollinien en diable!
Des courses à pieds assises pour nos anti-héros de pacotille sur un rythme d'enfer, et des pupitres, accessoires à tout faire, transformistes, des sirènes en leitmotiv et le tableau se remplit d'images, de sons de mouvements tectoniques: c'est Udnie de Picabia, qui renaît de ces cendres ! Une séquence fameuse où tous en sténodactylo en rangée, machines à écrire virtuelle en main est comme le clou de la farce: un concours drolatique et féroce où chacun frappe fort, les percussions doublées par les trompettistes!
Une société mécanisée, anonyme, désincarnée... Ici tout se transforme, les objets y sont détournés à l'envi, tout change de sens et fait sens: port d'armes, d'aspirateurs, de longues vues, papillons , rames, verres à cocktail surgissent des pupitres de fête, comme autant de sculptures, d'insectes: un monde imaginaire en bascule incessante à regarder sous tous les angles avec acuité!

Un grand souk, un joyeux bazar organisé et très ludique se profile deux heures durant, sans cesse animé de très bonnes intentions plastiques et esthétiques.
Danse du ventre en solo sur un Erik Satie en gymnopédie farceuse et le tour de passe-passe est joué.Pan pan sur le cu-cul, entonnoir péteur pour du "vent" salutaire distribué à foison!
Organique, sexuel, le spectacle va bon train, enfile les séquences à bout portant, singeries en tout genre, fanfare et ronde joyeux en contrepoint.
 On y bat sa coulpe, son sexe, on bande ensemble par objets phalliques dressés comme des armes de charme ou de combat, pour la vie, pour la mort. Eros et Thanatos au poste....
Une folle hallucinée tourne de l’œil, Pythie ou furie lâchée dans l'espace, Grimaçante, aguicheuse, resplendissante de santé sexuée!
Horlogerie infernale , mécanique, poétique, l'ensemble des corps palpitants de tension et d'audace, se déchaîne, se rompt, s'envenime, s'emballe!
 Un solo punk arabisant à la Nina Hagen, une référence classique de Concerto d'Aranjuez, un pastiche de Satie à la "Parade", saties'faction avoué et ça continue de plus belle: des gloussements en chorale comme des glou-glous d'ivrogne, des rots en pétarade, des miaulements de chats, de cochons.
Puis c'est un univers médical aseptisé qui est brossé, masques bleus et chaussons de cliniques aux pieds, sur La Mer de Debussy, puis sur le Boléro de Ravel, tarte à la crème musicale, référence dansée incontournable pour critiquer notre bonne société référée, Embouchures en bouche, les musiciens s'éclatent, assis en chorus: encore un solo de flamenco simulé, quelques allusions sexuelles dans les gestes et c'est le bouquet final..
La fête est finie et ce soir là le rideau ne tombera par sur les atrocités de ce monde déréglé, sans limite, frontières ni cadres à l'absurdité.
L'Art parviendra-t-il à sauver le monde?

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Gleyre: la danse des Bacchantes !


A u Maillon Waken, jusqu'au 13 Décembre
Présenté avec POLE-SUD


pour mémoire !!!

http://genevieve-charras.blogspot.com/2016/04/de-marfim-e-carne-marlene-monteiro.html

https://genevieve-charras.blogspot.com/2018/07/38-eme-festival-montpellier-danse-2018.html


mardi 11 décembre 2018

Delaunay, Chaignaud et Bel chez Mickael !!!


Raphaelle Delaunay, François Chaignaud et Jérôme Bel à l'expo Mickael Jackson !



Rodin: "dessiner, decouper" : une révélation picturale au Musée Rodin !


 Si Rodin reste aux yeux du public un sculpteur, ses dessins sont, dit-il, « la clé de mon œuvre ». L’exposition Rodin, Dessiner, Découper, révèle au public près de deux cent cinquante dessins au sein desquels quatre-vingt dix ont pour particularité le découpage et l’assemblage de figures. Jouant de la mise en espace de ces corps, ce procédé révèle des silhouettes découpées audacieuses et un dynamisme d’une grande modernité. Cette exposition annonce un des modes d’expression novateurs du XXe siècle.

« J’ai une grande faiblesse pour ces petites feuilles de papiers ». C’est ainsi que Rodin manifestait son attachement à son œuvre dessiné. Dès ses débuts, Rodin réalise – de façon indépendante de ses sculptures – des dessins qu’il exécute d’après le modèle vivant. Il présente ses dessins dans toutes les expositions qui lui sont consacrées, d’abord à Bruxelles, Amsterdam, Rotterdam, La Haye en 1899, puis Paris en 1900, Prague en 1902 ou encore Düsseldorf en 1904. Le musée conserve la majeure partie de cet œuvre dessiné, environ 7500 feuilles.

UN MODE OPÉRATOIRE INÉDIT : DESSINER, DÉCOUPER

Rodin soumet ses dessins faits d’un premier jet à diverses métamorphoses. Il décalque ses dessins, repère le trait qui lui convient, pose la couleur en utilisant l’aquarelle, découpe ses figures, les replace, les assemble à d’autres figures et construit progressivement un dispositif inattendu.
910, il découpe une centaine de dessins de nus aquarellés qui sont le cœur de cette exposition. En les découpant, Rodin aime à les manipuler, les situer dans l’espace de multiples façons, les découper de manière volontairement approximative.
Il joue avec les petites figures de papier qui sont l’équivalent de ses figures en plâtre. En mettant en relation ces découpages avec le caractère tridimensionnel de la sculpture, les figures découpées apparaissent comme un nouvel « objet » entre le dessin bidimensionnel et la sculpture.
Dans une autre série, Rodin exécute à partir de ses figures découpées de véritables assemblages qu’il fixe lui-même sur un nouveau support, entrelaçant les corps dans une nouvelle composition. Dessinés et découpés, ces dessins ne sont pas de simples accessoires techniques : ils ont conquis leur statut d’œuvres à part entière. Le dynamisme des silhouettes annonce la modernité de Matisse.

COMMISSARIAT

Sophie Biass-Fabiani, conservateur du patrimoine