mardi 31 mars 2026

David Séchaud Cie Placement Libre "La Technique du poisson doré": bonne pêche dans la passe à poisson infernale.

 

France 5 interprètes 2026

Venant de la scénographie, David Séchaud livre avec La Technique du poisson doré, un spectacle ludique entre cirque et musique. Au départ une envie simple et originale : un acrobate joue sur une partition qu’un musicien interprète. Ainsi, sur une scène transformée en tapis roulant, faisant office de portée, des structures, symbolisant des blocs de son, sont poussées par une équipe de machinistes et traversent la scène. Mais des incidents arrivent et les formes se bloquent, basculent, se heurtent, glissent les unes sur les autres, faisant apparaître d’étranges constructions. Un machiniste consciencieux s’aventure sur cet agrégat instable et y devient acrobate. Il est accompagné par deux facétieux musiciens, équipés d’un instrumentarium conséquent. À eux de jouer cette partition en interprétant l’évolution des objets. De ce divertissement découle une musique en harmonie vocale et pop amusée, qui rythmera le bonheur de tous, complices de ces machineries malicieuses.


 

Le titre est énigmatique .Alors laissons nous aller au vertige,au déséquilibre, à la surprise.Un poisson d'avril sans queue ni tête...Un poisson de conte de fée qui parle en tout cas.Le dispositif scénique est celui d un tapis roulant sur lequel  apparaissent toutes sortes de structures qui semblent passer au rayon laser musical en direct.Deux musiciens,violon,contrebasse guitare vont épouser,déclencher  bruits et sons, animer ces architectures dignes d un musée futuriste.Mondrian ou Théo Van Doesburg et son "Aubette" ne les renieraient point...Carrés, rectangles,formes de bateaux,de voiliers,tout concoure à faire rêver.Un acrobate arachnéen en anime les  mouvements, les bascules avec brio.Il vogue et suit le flux de cette bande roulante magique qui le précède,le suit l'accompagne sans relâche sans repos.Sans répit les formes géométriques se meuvent et construisent un univers plein de risques et de danger.Inscrit dans des lignes tel un Léonard de Vinci christique ou un danseur de Laban dans  son icosaèdre, l acrobate s' y love et reste en suspension.Comme les sons qui lui dictent son rythme,sa vélocité.On est en apnée,dans ce suspense permanent et l' on retient son souffle.Plus tard un des musiciens s’immisce dans cet espace,pousse les éléments mobiles, les magnifie. Et cette architecture monumentale se dresse comme un édifice remarquable. Le poisson d'Or délivrant son mystère, son énigme dans cette passe à poisson, partition originale au final. Le jeu du déchiffrage comme une règle de vie et d'existence de la musique d'aujourd'hui. Un spectacle intriguant, humoristique où les situations physiques périlleuses d'un cascadeur circassien troublent et déplacent les lois de la pesanteur. Un défi absurde plein de résonances et de perspectives imaginaires. David Séchaud, hors cadre pour un opus hors norme fort séduisant!Sortir de ses gongs pour structurer une machine infernale, défilé très "voguing" de plus performantes partitions, cubes, triangles et autres formes d'écriture musicale de notre temps. A vos pupitres pour vous exercer au déchiffrage et à interprétation libre de cette création sonore, physique, à toute épreuve! Lucas Hercberg  compositeur aléatoire en temps réel joue et gagne en compagnie de Alice Perret et Maelle Payonne aux commandes d'une infernale machinerie déroulante. Tommy Entresangle fait dans les angles, courbes et figures acrobatiques pour un ballet, solo mécanique où la danse se fait farce et attrape d'une filet de pêche magique. Sans appâts ni piège dans cette boite à musique extraordinaire et gigantesque.Un maillon de la chaine d'un hangar industriel ou la technique est reine et dévore ceux qui s'y introduisent et s'y frottent.Coup de filet dans cette marée de flux de notes et mesures démesurée qui séduit, intrigue et laisse l'imagination libre et légère.Dans une Ruée vers l'or, en déséquilibre permanent au bord de la falaise, dans un engrenage diabolique de forces extérieures des Temps Modernes....

Scénographie et composition : David Séchaud
Composition musicale : Lucas Hercberg
Avec : Tommy Entresangle (acrobate), Lucas Hercberg et Alice Perret (musicien·nes), David Séchaud et Maëlle Payonne (machinistes)
Collaboration chorégraphique : Damien Briançon  


A Pole Sud jusqu"au 30 Mars dans le cadre du festival Mini Musica

 

jeudi 26 mars 2026

"Segnali di Risonanza": aux quatre coins de la piste de jeu.- Cie EZ3_Ezio Schiavulli- Valse à trois temps

 



En résidence depuis six ans sur le territoire des Scènes du Nord Alsace, la compagnie EZ3_Ezio Schiavulli présente sa nouvelle création : Segnali di risonanza (Signaux de résonance).


Ce spectacle de danse en trois temps — un solo, un duo et un trio — explore la manière dont les individus et les groupes humains réagissent à l’inattendu ou au choc. À travers une gestuelle sensible et une scénographie en perpétuel mouvement, les danseurs interrogent les liens, les identités et les résonances émotionnelles. Portée par une musique envoûtante, la pièce met en scène des objets pilotés par intelligence artificielle, qui interagissent en temps réel avec les corps des danseurs. Une expérience sensorielle et captivante, où la technologie amplifie l’impact poétique du geste et redessine sans cesse l’espace.
Danse et IA..

Il nous attend déjà sur le tapis de danse alors que l 'on s'installe dans une configuration quadri frontale découvrant tous les autres spectateurs de la grande salle de la MAC de Bischwiller.Ezio Schiavulli travaille à trouver "l'endroit", la place des projecteurs robots qui vont impulser les mouvements des danseurs. Lentement il démarre un discours inspiré de propos scientifiques édifiants puis esquisse sa danse,signature lente et enrobée, faite de gestes fluides,engagés puissants dans une énergie à peine perceptible.En costume noir,sobrement dépouillé,il évolue dans l'espace à l'envi. Alors que la musique accompagne ses envolées,du sol vers des niveaux diversifiés. Les jambes fléchies,le torse offert,les pieds ancrés solidement.Les lumières aux quatre coins se jouent des astuces multidirectionnelles de sa danse,dans différents coloris. Succède à ce solo très libre et fluide, un duo masculin sobre,lumineux,inspiré par des gestes amples, des attitudes énigmatiques de deux personnages neutres évoluant sur le terrain lisse de la complicité qui se complète naturellement.Les danseurs se frôlent,s'agitent,se cherchent et se rapprochent par des contacts récurrents et attractifs. L'énergie les conduit à exécuter toujours dans une fluidité permanente,des gestes simples.Le rapport au sol comme un aimant charmeur. Au tour d'un trio pour clore ce triptyque singulier.Les deux même danseurs accompagnés d'une nouvelle partenaire.Trio mouvant,attelé parfaitement dans une mouvance permanente qui hypnotise et captive le regard.On les suit en jouissant  de cette belle unité de corps performants. En apnée devant toutes ces directions prises dans l'urgence,dans la perte d'un repère unique. Trio en osmose,en symbiose avec l'atmosphère musicale prenante.Sans cesse happés par la lumière comme des coléoptères foudroyés par les rayons de lumière. Sans pour autant se heurter à des obstacles imaginaires. 

Et le rythme s'emballe,la tension croit dans ce jeu de diagonales interrompues jusqu'au final dans la pénombre.le noir. Quatre danseurs rompus à l'attraction,le tiré-poussé,la notion de poids et la vélocité. Les regards aiguisés pour épouser cette folle course poursuite, cette course contre la montre,engagée le temps de la danse.Dans des cycles,des boucles,des figures évanescentes et fugaces,fruits d' une interprétation solide et inspirée. Se cherchant,se poursuivant,s' attrapant comme des joueurs de balles dans le vent.Belle pièce chorégraphiée pour un espace,arène carrée qui ne dissimule rien,ne pardonne pas les écarts ni les errances sans boussole. Ezio Schiavulli en pleine possession de son imaginaire débordant.


crédit photos Damien Dausch

Conception générale et chorégraphique : Ezio Schiavulli.
Assistant à la chorégraphie : Gabriele Montaruli.
Interprètes : Ezio Schiavulli, Gabriele Montaruli, Alizée Leman et Davide Lafabiana.
Composition musicale : Antonello Arciuli.
 Création et programmation lumières : Malou Hacques 



 

A la MAC Bischwiller le 26 Mars

Les 9 et 15 Avril au PréO à Oberhausbergen 

PRODUCTION : Association Expresso Forma — Cie Ez3_Ezio Schiavulli (Strasbourg, France)
Associazione RIcerca E Sviluppo COreografico (Bari, Italie)



CO-PRODUCTION : L’Association des Scènes du Nord Alsace (la M.A.C. de Bischwiller, la Saline de
Soultz-sous-Forêt, la Castine de Reichshoffen, la Nef de Wissembourg, l’Espace
Rohan de Saverne, le Relais Culturel de Haguenau), Centre de Production
National de la danse Porta d’Oriente (Bari, Italie), l’association RIESCO (Bari, Italie)
et l’AGORA DE LA DANSE, Montréal - Canada.


SOUTIENS : Ministère la culture française (DRAC Grand Est), Région Grand Est (Fr), Ministère
de la culture italienne (MiC), Région des Pouilles, Institut culturel italien de
Strasbourg et Montréal
 

"Caravage ou le silence de nos battements de cœur" Bruno Bouché: la célébration des corps sublimés

 


Enfant terrible du baroque et artiste de génie, Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Caravage (1571-1610), a révolutionné l’histoire de la peinture. Son style unique, caractérisé par un naturalisme anticonformiste et une maîtrise absolue du ténébrisme, a fait école et rayonné dans toute l’Europe. La puissance et le mystère de son œuvre sont néanmoins souvent assombris par une lecture pseudo-biographique de ses tableaux, nourrie par la légende sulfureuse que nombre de romanciers et quelques historiens enflammés ont tissée. Or, en ciselant la chair de ses sujets par le contraste des ombres et de la lumière, Caravage donne avant tout à voir une profondeur humaine sans égale, à la fois immanente et spirituelle. Une profondeur qui impose un silence à même de nous faire entendre nos battements de cœur.


Bruno Bouché aime manipuler des images archétypales dans ses pièces chorégraphiques pour les mettre en mouvement par le dessin des corps dans l’espace. À l’invitation du Ballet du Théâtre de Chemnitz, ville jumelée à Mulhouse où réside le Ballet de l’OnR, il investit cette fois l’univers d’un grand maître de la peinture au fil d’un programme musical composé par Julien Lepreux. Loin de toute intention biographique, sa nouvelle création cherche à rendre compte des forces qui émanent des tableaux du Caravage – la sensualité, la violence, la tendresse, la cruauté, la passion – ainsi que du silence et de la solitude auxquels amène leur contemplation.