vendredi 9 décembre 2011

"A louer" des Peeping Tom: de la cave au grenier, la maisonnée s'agitte

Avec "A louer", c'est tout l'univers onirique et sarcastique de "Peeping Tom" qui s'ouvre à nous.
Après leurs fameuses pièces "Le Jardin", "Le Salon", " Le Sous-sol", les voilà en quête d'une folle vérité qui se révèle à eux tous: tout serait à "louer", tout est dans l'indifférence, le provisoire, rien ne nous appartient, sinon "nous-même" et heureusement. Car si toute la troupe dénonce le flouté de la vie, le vague à l'âme, c'est avec une telle subtilité, une telle force que seule leur identité collective ressort de cette performance hors norme, grandie et assurée. Un décor conséquent: un intérieur colossal, avec salon, montée d'escalier, balustrade, balcon et mezzanine sera le théâtre des pérégrinations multiples de ce petit monde agité. Autour de "Madame", une grande asperge distinguées, gravite un virtuose de la torsade, de la torsion et de la vélocité. Ce danseur qui d'emblée ouvre le bal et fascine par sa gestuelle incongrue, inouïe, acrobatique et contorsionniste à l'envi. Cela effraie et emballe comme tout le reste de cette pièce. On se retrouve chez Kafka, tant l'absurdité jaillit de tous les recoins. Ces petits personnages qui filent à quatre pattes et se nichent, invisibles derrière les sofas pour mieux resurgir à l"improviste. Cette bande de "touristes" aussi, conviés à la fête qui errent dans cette univers burlesque autant que désespérant.Tous contribuent par leur talent de chanteur, danseur, comédien, pianiste à séduire et convaincre le spectateur de la justesse de leur propos. Avec un tel langage affuté, maitrisé, un tel espace qui se construit au fur et à mesure, que l'on maintient une attention physique à leurs déboires, assez "sportive".
Entrées et sorties, apparitions multiples ponctuent et rythment dans un tempo d'enfer, un spectacle original, accessible et jubilatoire en diable.
Bienvenue dans cet espace incongru "à louer", le temps de s'accoutumer à cette folle cavalcade burlesque et effarante de justesse.

"Birds with skymirrors": Lemi Ponifasio en quête du bonheur

Le chorégraphe samoan installé en Nouvelle Zélande,nous revient après une prestation très politique, pour sa création récente "Birds with skymirrors".Une façon très personnelle de revendiquer une position écologique et équitable sur la thématique de l'écosystème. Mais tout ceci dans une esthétique loin des discours lénifiant sur le sujet.
Il s'inspire du comportement des oiseaux de l'Atoll Tarawa, qui malgré eux portent un bec scintillant au soleil à cause des reflets des bandes magnétiques toxiques qu'ils collectent au large du Pacifique. Ironie du sort car cela donne lieu à un spectacle splendide, une scénographie très plasticienne.Ambiguïté donc pour cette évocation sans concession du monde qui bascule dans l'absurde,dans le paradoxe. Montrer, dénoncer cet état de fait avec la danse, le chant, les mots et la simplicité d'une mouvance quasi mystique et spirituelle, telle un rituel sacré, est une belle gageure qui réussit à Lémi Ponifacio par sa maitrise du propos. Sans glissade démagogique, sans excès mais dans une vérité qui touche et qui bouleverse celui à qui s'adresse ce spectacle très abouti. Regarder autrement l'univers, dévoiler l'impact grossier des interventions de l'homme sur l'environnement, ainsi se décline le credo du chorégraphe servi par sa compagnie dans une complicité fidèle et opérante.Que ces oiseaux ne soient pas de mauvaise augure, mais plutôt des phœnix renaissants de leurs cendres!!!

"Loredreamsong" de Latifa Laâbissi: quand des ectoplasmes dévoilent une certaine matérialité de l'hypocritie...

La compagnie "Figure Project" dirigée par Latifa Laâbissi est "hantée" par une préoccupation récurrente: dénoncer les ostracismes, dévoiler toutes les figures de la manifestation de l'intolérance, du racisme: toutes "les différences" qui subissent injures, humiliations, qui sont bafouées et meurtries.Avec "Loredreamsong", cette petite musique de nuit qui se niche en chacun, signal d'alarme ou de détresse, elle signe en compagnie de sa fidèle comparse, Sophiatou Kossoko, une pièce riche en rebondissements humoristiques et sarcastiques.
Deux jolis fantômes sautillent et virevoltent à l'envi, à l'image d'autant de figures de rhétorique sur le sujet brûlant qui les tarabuste: le racisme. On découvrira par la suite quand nos deux ectoplasmes se dévoilent, qu'elle est "blanche" que l'autre est "noire" et que chacune s'exprime dans son langage qui peu à peu devient le même.
La "femme arabe" et la "femme noire" revêtent les atours du singulier-pluriel, dans la joie, le respect, l'humour et la distanciation.Belle prestation de ses deux danseuses dont l'une est passée par les chemins de traverse d'un Boris Charmatz et d'une Robyn Orlin.
C'est peu dire sur la rigueur et l'authenticité de leur propos et de leur jeu , jamais gratuit, jamais fortuit; toujours juste et impertinent.Nadia Lauro signe ici la conception scénographique, sobre et efficace, Olivier Renouf au son affute son compagnonnage et sa complicité avec nos deux protagonistes.Un ouvrage de "dames" très osé, très indiscipliné pour énoncer parfois l'indicible, pour montere l'invisible de nos pulsions pas toujours avouables.
La différence a droit de cité dans l'agora de la danse!