lundi 24 février 2014

"Le muret":pas infranchissable!




Le Muret
AuteursPierre Bailly, Céline Fraipont  
 
Par deux auteurs nouveaux venus chez Casterman, un portrait d’adolescence sensible et touchant, aux accents mélancoliques et universels.
À treize ans, Rosie vit une situation peu commune : ses deux parents durablement éloignés à l’étranger et ne s’occupant d’elle qu’épisodiquement, elle doit se débrouiller au quotidien presque entièrement seule. Son seul point d’ancrage est son amie d’enfance Nath, avec qui elle entretient une relation presque fusionnelle. Mais les amitiés sont aléatoires et fluctuantes à cet âge. Progressivement mise à distance par Nath, Rosie, de plus en plus isolée, se réfugie dans l’alcool et l’absentéisme scolaire. C’est dans ces circonstances, à la dérive, que l’adolescente fait la connaissance de Jo, un garçon à peine plus âgé qu’elle, qui comme elle habite seul, vivant d’expédients et de petits trafics. Jo, sensible à son côté rebelle, initie Rosie à la musique, à la débrouille et à l’esprit d’indépendance. Éclopés d’une existence qui commence à peine, les deux jeunes gens vont peu à peu laisser s’épanouir l’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Une belle histoire d'amour qui se terminera sous une pluie glaciale et bouleversante...
À coup de presque riens, de petites touches impressionnistes tirées du quotidien en apparence le plus ordinaire, Fraipont et Bailly brossent un très touchant portrait d’adolescente. Le portrait d’une solitude aussi, pleine d’hésitations, de fêlures et d’incertitudes, qui résonnera comme une musique familière et mélancolique pour bien des lecteurs d’aujourd’hui.

Et bien sur,elle danse:séquence pages 69/ 70où elle retrouve sa tenue de danse d'enfant!
 En boom aussi page 133, en gymnaste, pages 110/111

"Pelote dans la fumée":quel mouvement!




Une BD exceptionnelle,pétrie de mouvement....
 C'est une sensation forte, instantanée : cet univers apparemment réaliste, foisonnant de détails comme captés sur le vif, n'existe pourtant que dans le regard d'un dessinateur à la palette particulièrement fertile. Il faut imaginer une ville de Croatie non identifiée où la plage, bondée, est surplombée par des cheminées d'usines, et un peu plus loin, en marge, un monde rejeté de baraques en planches d'où l'on peut apercevoir la mer, mais où finissent de sombrer des existences brisées par la misère, l'alcool, le « pas-de-chance » de naissance, la loi du plus fort, ou celle de la guerre, pas si lointaine.
Quand Miroslav Sekulic-Struja accompagne un trio de garçons placés en foyer et décrit par le menu leurs échappées en ville, chaotiques mais pas tristes, ponctuées de vols à la tire et de bastons rituelles avec une bande rivale, on ne doute pas qu'il sache de quoi il parle. Et quand ses (anti)héros croisent un père à la dérive ou vont se faire plaisir entre les énormes seins de Nina la Rousse, on imagine encore ce qui se trame de vécu dans le tableau. Mais au-delà de ce que ce jeune dessinateur croate autodidacte a voulu glisser ou non de sa propre expérience dans son premier livre, il y a l'impact d'une esthétique virulente, proche de la caricature, qui, pourtant, capture la vérité profonde d'une humanité disloquée, affrontée à une société qui la rejette. Au fil d'un expressionnisme rien moins que misérabiliste, le récit penche vers la fable (faussement) naïve, s'exacerbe en parade carnavalesque ou « s'hyperbolise » en noir mélodrame quand le réel se dissout en mauvais rêve. Dé­lesté de toute morale explicite, il atteint ainsi, quand rien ne l'annonçait, à une forme de poésie brute de l'instant : la signature d'un tempérament artistique hors norme.

"Moderne Olympia":Orsay en danse!

MODERNE-OLYMPIA_150px
À l’instar de celle qui existe avec le Louvre, une nouvelle collection est initiée avec le musée d’Orsay, et c’est Catherine Meurisse qui l’inaugure de la manière la moins conventionnelle et la plus réjouissante qui soit. L’album le plus drôle jamais publié par Futuro !
Il faut tout le talent et l’humour de Catherine Meurisse pour mettre en scène en bande dessinée, au musée d’Orsay, la peinture, le cinéma et la danse : West Side Story ou encore Singing In The Rain se mêlent aux oeuvres de Manet, Toulouse Lautrec, Monet, Degas, Courbet… Ce n’est plus un album, c’est un bouillon de culture !