De la petite formation, à trois petits génies de la percussion et de l'accordéon, à la gigantesque formation de l'orchestre symphonique de Bamberg, il n'y a qu'un saut!
Le festival Musica le fait allègrement, renversant les frontières de l'intime, vers l'extime exubérant d'une formation éléphantesque et pachidermique: l'orchestre bavarois dirigé par Jonathan Nott.
Commençons par l'intimité du concert de 18H 30 Salle de la Bourse, pleine à craquer comme il se doit (ne dite pas qu'il n'y a pas de public pour la musique contemporaine) !
Une formation simple, trois musiciens très décontractés, agréables à fréquenter du regard et de l'oreille tant leur discrétion et présence semble aller de soi.
Un trio idéal pour les compositeurs soucieux de rendre hommage et place légitime au "piano à bretelle du pauvre", l'accordéon, ici joué par Anthony Millet
Du souffle, de la détente, de l'étirement pour cet instrument hybride, à touche à vent qui semble pulser et respirer comme un corps accroché à celui de l'interprète Accordéons nous pour avouer que la présence de cet instrument connoté populaire tonifie, rapproche et exhausse la musique à un caractère de simplicité autant que de sophistication.
Gérard Grisey avec "Stèle" et Luis Rizo-Salom avec "Rhizomes"échappent à la règle dans ce programme avec leur oeuvre pour percussions seules, en confrontation, en face à face ou regards croisés.
Le dispositif est fascinant déjà a observer: bric à brac d'instruments percussifs qui donneront naissances à des sons inouis, découvertes simultanée de l'objet et de sa résonnance
La musique est art visuel et chorégraphique: le son est mouvement et prolongation de la musicalité des corps!
La pièce de Clara Ianotta "3 sur 5 " en est bien le manifeste éclairé et revendiqué: "éxpérience existencielle et physique" elle doit être autant vue qu'entendue, la musique!
"Chorégraphie des sons" plutôt que "orchestration", nous voilà au corps, au coeur du sujet!
François Narboni avec "The mosellan psycho" de 2009 dédie lui aussi une pièce pour le trio virtuose K/D/M: associer l'accordéon à deux percussions: clavier, marimba et vibraphones se lovent, s’alignent, se doublent s'entremêlent pour des accord, désaccords parfaits entre eux!
Quant à Martin Matalon, il ajoute un soupçon délectronique à cette cuisine savante des chefs qui se libère ainsi des recettes pour rejoindre le registre des mets gastronomique et de la bonne nouvelle cuisine de bistrot!
C'est savoureux et jouissif à l'oreille, au regard et l'on respire les sons, comme autant de rémanences lointaines qui se démultiplient dans l'espace, sonore, physique.
Un trio "modeste" en dimension, très grand en interprétation et pertinence! En corps, encore!
Suite de la soirée au PMC Salle Erasme, l'écrin idéal pour recevoir l'orchestre de Bamberg!
Ondrej Adamek avec "Endless Steps" de 2006/2008 révisée pour l'occasion fait mouche et touche, tectonique des montées et descentes vertigineuses, envolées vers des contrées vastes et turbulentes, cette pièce pour orchestre (8 contrebasses entre autre) est forte et puissante.Le compositeur, alerte et jeune, très bien mis, en couleurs salue avec modestie devant cet ensemble gigantesque, gargantua de la musique à dévorer sans modération. L'oeuvre est mouvante, changeante, énivrante.
Les percussions plongées dans l'eau nous immerge dans une atmosphère aqueuse, et feutrée. On plonge sans retenue dans l'inconnu, l'oeil toujours aux aguets tant le spectacle est intéressant: qui est à la source de quoi?
Du côté de Jarell avec "Spuren" c'est le retour au calme apparent après la tempête.
Mais le silence des eaux dormantes est de courte durée et résonnent grâce à la présence magique du quatuor Arditti Les "empreintes" se dessinent pour mieux imprimer dans l'espace des figures musicales qui tendent à une calligraphie sonore.
Enfin retrouvailles avec une grosse pointure légendaire, figure de repère dans le parcours de la musique contemporaine: le très attendu" Lulu suite" de 1934 de Alban Berg. Un monument, un gigantisme quelque peu diluvien et pachydermique, un moment de grâce comme de félicité
Puissance, masses sonores, poids des appuis musicaux, voix profonde de la soprano: nous voici embarqués pour un voyage nostalgique au pays des modernes.On y goute les références, citations multiples et l'on fait la liaison avec les créateurs d'aujourd'hui.Lulu version courte, c'est inédit et donne envie d'y retourner!Du tonal, à l'atonal,des formes anciennes à la modernité, voici un bain de jouvence où il fait bon se plonger!
Comme une archéologie du futur de la musique!
Au loin ce soir là, les hélicoptères (du rally automobile) vrombissent...Stockhausen n'est pas loin!!!
samedi 4 octobre 2014
"The tribe": fais moi un signe!
Un film ukrainien de Myroslav Slaboshpytskiy joué par des comédiens sourds et muets, sans sous titre ni traduction: résultat: un film d'animation corporelle où tout fait signe.
Seul le son direct, sans musique,matérialise et rythme les plans et contribue à musicaliser le film.
Batailles, discussions, scène de viol ou d'avortement deviennent des sources d'images violentes où les langages se multiplient ou additionnent, se chevauchent
Gestes des signes, ou gestes de combat? Les deux en même temps, ce qui multiplie les effets de mouvement et d'où nait le langage: celui du corps et celui plus scientifique, des signes.
Mais la violence sans la parole, n'est-elle pas encore plus insupportable, tant ce n'est que le corps qui est en question!
Pina Bausch n'aurait pas renié quelques scènes de groupe où les gestes à l'unisson sont pourtant tous différents!
Seul le son direct, sans musique,matérialise et rythme les plans et contribue à musicaliser le film.
En
Ukraine, Sergei est un adolescent sourd et muet, qui entre dans un
internat spécialisé et doit subir le bizutage d’une bande qui organise
trafics et prostitution, à l’intérieur et à l’extérieur de l’école. Le
jeune homme fait le dos rond et prend les coups sans rien dire.
Charismatique et intelligent ,
Sergei prend du galon mais tombe amoureux de la jeune Anna, membre de
cette tribu et prostituée.
Celle-ci vend son corps pour survivre et quitter le pays. Celle-ci tombe enceinte et décide d'avorter. Une opération qui ne se fait pas dans les meilleures conditions. Par amour, Sergei se rebelle et veut faire exploser cette mafia au sein de l'école.
Celle-ci vend son corps pour survivre et quitter le pays. Celle-ci tombe enceinte et décide d'avorter. Une opération qui ne se fait pas dans les meilleures conditions. Par amour, Sergei se rebelle et veut faire exploser cette mafia au sein de l'école.
Batailles, discussions, scène de viol ou d'avortement deviennent des sources d'images violentes où les langages se multiplient ou additionnent, se chevauchent
Gestes des signes, ou gestes de combat? Les deux en même temps, ce qui multiplie les effets de mouvement et d'où nait le langage: celui du corps et celui plus scientifique, des signes.
Mais la violence sans la parole, n'est-elle pas encore plus insupportable, tant ce n'est que le corps qui est en question!
Pina Bausch n'aurait pas renié quelques scènes de groupe où les gestes à l'unisson sont pourtant tous différents!
vendredi 3 octobre 2014
"Buffet froid" et ensemble intercontemporain à Musica
L'orgue, magistral de Saint Pierre Le Jeune a résonné comme jamais hier soir au festival Musica.
Contempler une heure durant ce magnifique buffet d'orgue: "arrêt buffet" et pas froid car la scénographie lumineuse du moment sculptait ses flutes et tuyaux et révélait ce gigantisme, ce côtier altier d'une sculpture pour éléments musicaux: entre vent et percussions, en forme de navire en surplomb, d'aplomb, lumineux!
C'est Vincent Dubois qui s'y attèle, le directeur du conservatoire de Strasbourg, éminent interprète: il se révèle ici magicien d'un monstre qu'il ,ne terrasse ni n'agresse: au contraire tout semble glisser sous ses doigts, celui que l'on ne voit pas mais que l'on devienne à danser devant le buffet!
"Prélude en fugue et si mineur" de Bach pour débuter ce festin: arabesques imitées et développées en une polyphonie dense qui fait montre de toute la maitrise et du raffinement d'écriture du compositeur!
Succèdent en cascade, "Eudes I et II " de Ligeti: scintillement des notes, surprises et rebondissement pour ce clavier, en "harmonies" et "coulée", déferlement de timbres, de couleurs nouvelles, doigté extrême pour l’interprète qui brouille ainsi les pistes de l'écriture! C'est vibrant, résonnant et ascensionnel, libérant la gravité en toutes sortes de gravitations annexes. On déambule, on se fraye un chemin de traverse au delà de l’exécution des notes....Jean Guillou nous offrait une "Toccata opus 9" de 1963,solidement organisée, pleines de faux incidents dramatiques qui gonflent et enflent, contribuant à une atmosphère singulière pour cette "sonata" d'aujourd'hui!
Au tour d'Olivier Messian avec "Les corps glorieux" de 1939: pas une ride à ces corps animés par sept mouvements évoquant la seconde guerre mondiale: "l'ange aux parfums", force et agilité", joie et clarté" y sont évoqués avec grace, épaisseur des textures et gravité de la forme.
Le buffet d'orgue vibre, vit, s'agite et résonne de tout son grand corps, pas malade!
Enfin pour clore ce bain de jouvence musical, l'oeuvre de Thierry Escaich, "Poèmes" de 2002.
Inspiré des "le pays perdu" d'Alain Suied:univers foisonnant et lumineux, empli de résonances d'ailleurs, d'autres temps. Un régal à la source de la composition contemporaine pour orgue, fondée sur l'improvisation.
Ensemble intercontemporain
A l'auditorium de France 3 c'est place à l'ensemble intercontemporain sous la direction de Mathias Pintscher que démarre un feu d'artifice de vents, cordes et percussions: le dispositif scénique est impressionnant dans le volume du plateau-cyclo et "Le réseau des reprises" de Dieter Ammann y trouvait, un écrin à sa mesure.
Une création mondiale de l'ensemble pour le festival, s'il vous plait!
Et pari tenu et gagné pour créer une atmosphère survoltée, vibrante, mutante.La répétition en est l'axe fondamental, le moteur: variations à l'appui, déroulés non linéaires avec des sauts en arrière, en avant: une véritable chorégraphie de la partition pour instruments multiples: "la verticalité consonante se met en retrait au bénéfice d'un mouvement horizontal": que de la kinésiologie au programme: inventeur du saut à la verticale, Wim Van Dekeybus aurait beaucoup aimé la transposition corps-musique-espace-écriture!
"Noise" de Ondrej Adamek de 2009 affiche ses "masques", "marionnettes" et "mantra" pour évoquer un univers gestuel et théâtral remarquable. Le traité de la marionnette de Kleist semble veiller ur la composition et ses notes d'intention, très convaincantes. Y sourd un univers bigarré, joyeux, alerte, jovial: la vocalité des musiciens y est même convoquée pour incarner et donner souffle et vie aux sutras bouddhistes.
Un joyaux de couleurs venues d'ailleurs avec une fin toute en suspens, silence et brillance étonnante!
""bereshit" de Matthias Pinster lui-même terminait cette prestation prestigieuse et périlleuse de l'ensemble.Un "commencement" de la torah et non commandement pour évoquer un grand flux, un démarrage vers la continuité des sons qui se transforment en mutation pour engendrer un être hybride, multiforme, polymorphe: perle baroque, non identifiée, objet musical à dévorer des yeux aussi tant le jeu de scène, le phrasé physique des interprètes y est à se délecter!
Les corps des interprètes comme instruments eux aussi de la création musicale "en temps réel" et "in situ"!
Contempler une heure durant ce magnifique buffet d'orgue: "arrêt buffet" et pas froid car la scénographie lumineuse du moment sculptait ses flutes et tuyaux et révélait ce gigantisme, ce côtier altier d'une sculpture pour éléments musicaux: entre vent et percussions, en forme de navire en surplomb, d'aplomb, lumineux!
C'est Vincent Dubois qui s'y attèle, le directeur du conservatoire de Strasbourg, éminent interprète: il se révèle ici magicien d'un monstre qu'il ,ne terrasse ni n'agresse: au contraire tout semble glisser sous ses doigts, celui que l'on ne voit pas mais que l'on devienne à danser devant le buffet!
"Prélude en fugue et si mineur" de Bach pour débuter ce festin: arabesques imitées et développées en une polyphonie dense qui fait montre de toute la maitrise et du raffinement d'écriture du compositeur!
Succèdent en cascade, "Eudes I et II " de Ligeti: scintillement des notes, surprises et rebondissement pour ce clavier, en "harmonies" et "coulée", déferlement de timbres, de couleurs nouvelles, doigté extrême pour l’interprète qui brouille ainsi les pistes de l'écriture! C'est vibrant, résonnant et ascensionnel, libérant la gravité en toutes sortes de gravitations annexes. On déambule, on se fraye un chemin de traverse au delà de l’exécution des notes....Jean Guillou nous offrait une "Toccata opus 9" de 1963,solidement organisée, pleines de faux incidents dramatiques qui gonflent et enflent, contribuant à une atmosphère singulière pour cette "sonata" d'aujourd'hui!
Au tour d'Olivier Messian avec "Les corps glorieux" de 1939: pas une ride à ces corps animés par sept mouvements évoquant la seconde guerre mondiale: "l'ange aux parfums", force et agilité", joie et clarté" y sont évoqués avec grace, épaisseur des textures et gravité de la forme.
Le buffet d'orgue vibre, vit, s'agite et résonne de tout son grand corps, pas malade!
Enfin pour clore ce bain de jouvence musical, l'oeuvre de Thierry Escaich, "Poèmes" de 2002.
Inspiré des "le pays perdu" d'Alain Suied:univers foisonnant et lumineux, empli de résonances d'ailleurs, d'autres temps. Un régal à la source de la composition contemporaine pour orgue, fondée sur l'improvisation.
Ensemble intercontemporain
A l'auditorium de France 3 c'est place à l'ensemble intercontemporain sous la direction de Mathias Pintscher que démarre un feu d'artifice de vents, cordes et percussions: le dispositif scénique est impressionnant dans le volume du plateau-cyclo et "Le réseau des reprises" de Dieter Ammann y trouvait, un écrin à sa mesure.
Une création mondiale de l'ensemble pour le festival, s'il vous plait!
Et pari tenu et gagné pour créer une atmosphère survoltée, vibrante, mutante.La répétition en est l'axe fondamental, le moteur: variations à l'appui, déroulés non linéaires avec des sauts en arrière, en avant: une véritable chorégraphie de la partition pour instruments multiples: "la verticalité consonante se met en retrait au bénéfice d'un mouvement horizontal": que de la kinésiologie au programme: inventeur du saut à la verticale, Wim Van Dekeybus aurait beaucoup aimé la transposition corps-musique-espace-écriture!
"Noise" de Ondrej Adamek de 2009 affiche ses "masques", "marionnettes" et "mantra" pour évoquer un univers gestuel et théâtral remarquable. Le traité de la marionnette de Kleist semble veiller ur la composition et ses notes d'intention, très convaincantes. Y sourd un univers bigarré, joyeux, alerte, jovial: la vocalité des musiciens y est même convoquée pour incarner et donner souffle et vie aux sutras bouddhistes.
Un joyaux de couleurs venues d'ailleurs avec une fin toute en suspens, silence et brillance étonnante!
""bereshit" de Matthias Pinster lui-même terminait cette prestation prestigieuse et périlleuse de l'ensemble.Un "commencement" de la torah et non commandement pour évoquer un grand flux, un démarrage vers la continuité des sons qui se transforment en mutation pour engendrer un être hybride, multiforme, polymorphe: perle baroque, non identifiée, objet musical à dévorer des yeux aussi tant le jeu de scène, le phrasé physique des interprètes y est à se délecter!
Les corps des interprètes comme instruments eux aussi de la création musicale "en temps réel" et "in situ"!
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