Ce sont trois Vivantes, chacune a traversé une guerre : enfant, adolescente ou adulte. En Bosnie, en Syrie, en Ukraine. Chacune a résisté et résiste encore. Oksana, Hala et Ines sont parties ensemble à Sarajevo, questionner la société d'après-guerre. Il y a des filles et des mères résistantes, à Kyiv, Lattaquié et Mostar. Elles portent des engagements forts : partir sur le front ukrainien avec les journalistes, créer un lieu d'accueil de réfugiés, travailler la fiction pour mieux parler du réel. Comment raconte-t-on l'expérience de la guerre à ceux et celles qui ne la vivent pas ?
Comment parler à celles et ceux qui ne nous ressemblent pas ? Depuis une dizaine d’années, le projet Radio Live creuse cette question. Aurélie Charon, productrice et journaliste, qui a toujours cru aux amitiés imprévues, revient au TnS, après un premier épisode présenté en novembre 2023, avec une nouvelle création, déclinée en trois chapitres. Elle tend son micro à huit personnes provenant de zones de conflits en Syrie, à Gaza, en Bosnie, en Ukraine, au Liban, au Rwanda… L’enquête journalistique se réinvente à chaque représentation, amplifiant des paroles nécessaires qui se déploient à travers des sons, des images, des archives, de la musique live et des échanges vivants. Moins qu’un « sujet », la réconciliation apparait comme une nécessité vitale pour les personnes qui viennent témoigner sur scène.
C'est un instant inoubliable dans ce plateau radio désormais légendaire signé Aurélie Charon que d'entendre avouer de la part d'une femme en pays de guerre que son corps est aujourd'hui criblé à l'intérieur d'éclats d'obus: 56 impacts soudés dans sa chair à demeure. Car il est bien ici question de destinées "extra-ordianaires" malgré le contexte désormais "ordinaire" d'états en situation de conflit armés.Elles sont trois 'invitées" à témoigner de ce qu'elles ont vécu tout au long de parcours différents, dans trois pays affectés par la folie et les coups de la guerre: Syrie, Ukraine, Bosnie. Trois territoires qui génèrent ici des récits de corps, des histoires de relations humaines, d'entraide, de solidarité, de sororité inégalés. Six femmes en permanence sur le plateau de "radio live"s'affairent à restituer aux spectateurs les pérégrinations de vies balancées au gré de décisions, de sort qu'aucun choix n'a déterminé hormis celui de résister, se soulever, comprendre et tenter de rentrer en dialogue avec leurs familles, les membres affectés par un autre passé et des responsabilités politiques fortes, engagées. On est à vif, concerné et investi par la force des propos, la crudité des descriptions de ces vies fracturées comme des corps démantelés, soumis aux lois de détracteurs de liberté, d'altérité. Trois femmes qui ne jouent pas "la comédie" devant nous et attestent de situations invraisemblables aux yeux des tranquilles Européens, non encore impactés par les faits guerres. Que rajouter à cette authenticité bouleversante sur scène, orchestrée de main de maitre par Aurélie Charon, experte journaliste radio, créatrice et autrice de ce fameux projet "radio live" qui résonne désormais comme une forme nouvelle d'information, fouillée, poussée jusqu'au bout du vraisemblable dans une sorte de sérénité de calme étrange bordé d'émotion, d'engagement et quelque part de folie éditoriale. Les longues boittes de l'animatrice comme les jambes-fondements, fondamentaux d'une attitude droite, verticale, responsable. A ces côtés trois complices qui deviennent rapidement familières et grisent notre attention presque trois heures durant. Les images, films vidéo de leurs parcours respectifs étayent les récits parlés comme des fausses confidences qui deviennent rapidement vraies et vraisemblables... On suit chacune avec un intérêt constant sans fatras ni chichis d'artifice ni de faits divers. Le trouble, l'empathie se nouent pour nous transporter aussi dans une forme d'humour et de détachement sidérant face à la réalité. Alors courez voir "Vivantes" et la suite de cette "saga" intelligente, hors du temps, suspendus aux aléas du direct comme sur un plateau radio ou tv où chacune se livre et délivre les affres de destins trop attachants. On relativise notre position géographique et politique en sortant du théâtre de notre quotidien bien tranquille sans pouvoir comparer notre existence à celle de ces témoins agissantes de la bêtise du monde.
Au TNS jusqu'au15 JANVIER
[Conception et écriture scénique] Aurélie Charon
[En complicité avec] Amélie Bonnin et Gala Vanson
[Avec] Oksana Leuta, Hala Rajab, Ines Tanović
[Création musicale] Emma Prat
[Création visuelle live] Gala Vanson
[Musique live] Emma Prat
[Identité graphique] Amélie Bonnin
[Images filmées] Thibault de Chateauvieux, Aurélie Charon, Hala Aljaber
[Montage vidéo] Céline Ducreux, Mohamed Mouaki
[Régie son] Vincent Dupuy
[Mixage audio] Benoît Laur
[Espace scénique] Pia de Compiègne
[Création lumière] Thomas Cottereau


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