Avec Agwuas, Marcela Santander Corvalán poursuit sa trilogie des éléments. Après la terre avec Bocas de Oro, c’est l’eau qui affleure : océans, glaciers, larmes, sueur… autant de flux naturels et corporels qui irriguent une danse organique, ancrée dans le souffle et la voix. Aux côtés de Gérald Kurdian – musicien·ne, performeur·euse et DJ – elle tisse un dialogue entre gestes et chants, traversé par les résonances d’instruments à eau conçus par Vica Pacheco, inspirés de formes précolombiennes. L’espace scénique, imaginé par Leticia Skrycky, s’ouvre au public : sans gradins, fluide, baigné de lumière, il accueille les déplacements, les écoutes, les immersions sensibles. Dans ce rituel partagé, les danses réinventent les gestes d’Amérique du Sud, les voix convoquent des mythes marins, et les corps cherchent dans les eaux passées les formes d’un soin collectif à venir. Un courant à traverser ensemble, entre écoute, vibration et transformation.
Elle est pleine de charme , de tonus et de verve et prend son public à bras le corps avec passion et détermination. Son corps robuste, gracile tangue vers une gestuelle abrupte, faite de rythmes incarnés, de douceur aussi, de mouvements qu'elle puise comme un puisatier du tréfonds des terres. La voici, animal, organique baignée d'éléments liquides salvateurs et protecteurs. Marcela Santander Corvalan plonge, se mouille et retrousse ses manches d'oiseaux ailé pour nous entrainer dans une mémoire autant que dans un passé humide, et gorgé d'eau comme notre corps fait de sueur, de sang et de tout ce qui est à même de soulager nos maux corporels. Avec son complice, elle joue de toutes les facettes de l'élément liquide avec volupté et sensualité. Elle incarne la fluidité avec ravissement et une magie quelque peu magnétique qui la transformerait volonté en porteuse d'eau, en puisatière en personnage de conte et légendes de son pays d'origine. Cette ode à l'eau est largement partagée dans un dispositif scénique où le public est impliqué par une proximité qui favorise notre empathie. L'eau coule et revient toujours comme en Arménie, ce pays des fontaines, des cours d'eau qui jalonnent les vies et les destins de chacun. Elément incontournable de survie et de plaisir aussi, de soins, l'eau à fleur de peau glisse et parvient à nous bercer dans son univers unique de petite cérémonie insufflée à coeur et à cri par deux interprètes engagés, sincères et authentiques acteurs d'un manifeste vivant, corporel et inédit sur ce qui fait le fondement de notre organiste. Cela coule de source, à flot et le pêcheur aux filets fluorescents de faire pêche miraculeuse de gestes amples et sonores évoquant un univers familier et indispensable à la vie: l'eau bienfaisante, transparente, toujours en mouvement, source et bain de jouvence pour un plongeon salvateur dans les eaux profondes de l'existence.
A Pole Sud les 15 et 16 Janvier
dans le cadre de "l'année commence avec elles"



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