vendredi 10 octobre 2014

"La haine de la musique": Quignard musicien, philosophe inspire!

"Les oreilles n'ont pas de paupière": tout pourrait démarrer ainsi dans la découverte des textes de Pascal Quignard sur les origines d'un art étrange et énigmatique qui n'échapperait à personne tant l’ouïe "obéit" à tout ce qu'elle capte et constitue un "totalitarisme" de la musique dressée par les humains pour mettre de l'ordre!
Les deux œuvres inspirées de ce manifeste, présentées à Musica, sont aux antipodes l'une de l'autre: un spectacle musical et vidéographique, mis en scène par Christian Gagneron, joué par Lionel Monier et interprété par l'ensemble TM, dirigé par Laurent Cugniot prolonge les essais de Guignard en une lecture éclairée et musicale de ses propos.
Univers blanc, comédien vêtu de blanc, assis sur un fauteuil pour y déverser un texte qui ne semble pas être révélé par la musique, plaquée et redondante de Daniel D'Adamo...On s'y ennuie presque tant rien ne se passe de plus que l'addition des phrases dont le sens portant est passionnant, à la musique très lointaine des propos fusants de l'écrivain philosophe et poète Quignard!

La musique a toujours occupé une place essentielle dans l’œuvre de Pascal Quignard et c’est à n’en pas douter la raison pour laquelle La haine de la musique, qui démêle méthodiquement les relations entre la musique et le pouvoir, a bénéficié d’un accueil aussi attentif et passionné.
Qu’y écrit-il en substance ? « Tous les liens que la musique entretient avec la souffrance et la mort » sont interrogés, des origines des instruments (carapace de tortue, boyaux de moutons et peau de vache pour la « khitara » qui n’est autre que l’arc tueur d’Ulysse), jusqu’à son utilisation dans les camps de la mort du IIIe Reich. Comment la musique est obéissance, comment trop de musique finit par détourner d’elle jusqu’au mélomane le plus averti ? Comment on ne peut échapper au son, contrairement aux autres sens, comment le haut-parleur omniprésent a privé le monde de son silence nécessaire ?
Le texte est fort, aphoristique, pessimiste et érudit. L’acteur à qui il est confié crée un « parcours de l’écoute », un « cheminement du récit, des premiers hommes représentant le son dans les peintures rupestres, jusqu’à notre civilisation sonore amplifiée. »
Les dix instruments retenus par Daniel D’Adamo (né à Buenos Aires en 1966, il est installé en France depuis le début des années 90) interviennent en ensemble de chambre aussi bien qu’en solistes et sont prolongés d’un dispositif électro-acoustique immergeant l’auditeur dans l’espace spécifique du spectacle.

Bien plus édifiante la version "concert sous casques" du groupe étonnant "Décor sonore", coproduite par La muse en circuit,dirigé par le compositeur Michel Risse Et pas que du "décor" pour cette interprétation des mêmes textes de Quignard qui tout à coup se révèlent dans toute leur intelligence et pertinence!
On oublie tout, assis ou allongé confortablement, à terre dans une salle du Conservatoire: communion collective d'une petite cérémonie rituelle, messe à partager, tard le soir alors que les corps et les esprits sont lourds de leurs activités journalières.
Tout commence avant le démarrage officiel de la prestation: un homme vous murmure des propos très cagiens à propos des bruits de la rue, du son: un camion qui passe fait-il de la musique?
Puis le rituel démarre: noir et petites lumières tamisées pour écrin.
Un homme attablé conte "la haine de la musique" et tout s'éclaire tandis que l'électronique fait en live son travail d'écho, de rémanence des sons.Un bric à brac étonnant fait office d'instrument de musique: rappe à pomme de terre, fouet et batteur à blanc d'oeuf, archer pour faire grincer les pupitres et griffements des murs lacérés par l'officiant, déchainé devant tant de trouvailles!
Tout fait sens et le texte est ainsi rehaussé, magnifié sans être illustré pour autant: prolongé par la muse "écho" et l'écoute médiatisée au creux des casques que chacun porte pour s'isoler, se concentrer.
Belle performance où le verbe "inter liguérer" fait mouche et nous rend plus vifs et intelligents à l'issue du concert. Jamais inactif, on collabore à l'édifice et la musique devient "aimable" plus qu' "haïssable"!
Une "N" à la Preljocaj ou Kassovitz à chérir et développer pour sa propre réflexion sur ce monde sonore auquel on n'échappe pas!
A quant une version de "De l'origine de la danse" du même Quignard pour espaces musicaux et corporels?

jeudi 9 octobre 2014

"Papa was not a rolling stone": danse salvatrice!


Un film inspiré du livre autobiographique de la réalisatrice Sylvie Ohayon avec Doria Achour et Aure Atika!



Dans les années 80, Stéphanie grandit à La Courneuve auprès d’une mère absente et d’un beau-père brutal. Très vite, elle décide de se sortir de son quotidien morose. Grâce à l’amour de sa grand-mère, à ses lectures, sa passion pour la danse et pour Jean-Jacques Goldman, elle se débat dans cette cité colorée où l’amitié est primordiale. Un jour, elle le sait, Stéphanie quittera la cité pour mener la vie dont elle a toujours rêvé. Le film raconte l'histoire de cet envol.
Distributeur
Pathé Distribution
Secrets de tournage
8 anecdotes
Année de production
2013
Box Office France
-
Date de sortie VOD
-
Budget
-
 La danse pour passion fait tenir le coup à l’héroïne et les scènes de répétitions coriaces sous la direction de Sylvie Testu en maitre de ballet sont fort bien filmées!
La Courneuve, les années 1980. Stéphanie, élève modèle, est bien décidée à ne pas passer sa vie à la Cité des 4000. Or ni sa proviseure, ni sa mère juive tunisienne, ne comprennent son ambition et ses envies d'ailleurs. Elle étouffe auprès de sa mère peu cultivée et dominée par son mari Christian, qu'elle a épousé quand le père de la jeune filles les a quittées. Stéphanie peut compter sur le soutien de sa grand-mère et de sa grande amie Fatima. Cette fan de Jean-Jacques Goldman patiente avant de prendre son envol grâce à sa passion pour la danse et les livres. En attendant, elle vit ses premiers émois amoureux en prenant soin de garder sa réputation intacte... 

"Pulcinella": Stravinsky: de belles rencontres avec Le TNS, L'OnR et L'OPS

De belles rencontres, un métissage et maillage généreux autour du projet de Julie Brochen: lier comédie, musique en live pour évoquer le très riche univers de l'inconscient collectif qui plane autour du singulier personnage de Polichinelle!Et faire ainsi appel aux forces vives créatrices et artistiques du cru: de la proximité équitable culturelle en quelque sorte!Du "local" au plus haut niveau de conception et collaboration.

Autour de la musique de Stravinsky, ce spectacle réunit le chef Marko Letonja et l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, Julie Brochen et les comédiens de la troupe du TNS, trois chanteurs, ainsi que Michele Monetta, grand maître de la Commedia dell’arte. 
Pulcinella est une invitation à entendre autrement, en s’approchant du trouble des origines, pour donner à « voir » ce qui, dans la musique, nous bouleverse.

Les décors et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS.




Pulcinella est remonté des enfers, du tréfonds de notre mémoire originelle. Inquiétant, insaisissable, capable de se transformer et se démultiplier… il est la matière brute dont naissent tous les personnages possibles.
Création du TNS en coproduction avec l'OPS et l'ONR
Avec des comédiens de la troupe du TNS,, de chanteurs de l'Opéra Studio de l'OnR, et de l'Orchestre Philarmonique de Strasbourg, direction Marko Letonja
du 11 au 18 Octobre 20H au TNS