samedi 8 novembre 2014

"A girl at my door": quand la danse délivre les corps.

Mutée de Séoul dans un village côtier, la jeune commissaire Young-nam doit apprendre à s’insérer dans un petit monde qui ne tarde pas à révéler son insatiable violence. En effet, son attention est attirée par une fille tout juste adolescente, Dohee, qui est régulièrement battue par sa grand-mère et son père, deux personnalités vociférantes qui ont élu la gamine au rang de souffre-douleur. La solitude de Young-nam se révèle bientôt remplie par la seule consolation des litres d’alcool (du soju) qu’elle verse dans des bouteilles d’eau minérale, qui laisse le spectateur penser dans un premier temps qu’elle a un fort besoin de s’hydrater.
Tuteurs. Dohee vient une nuit chercher refuge chez la commissaire, le dos couvert de traces de coups. Passant outre les considérations légales, la policière décide alors d’héberger la victime pour la protéger de ces tuteurs fous furieux. Mais la grand-mère est bientôt retrouvée morte dans un accident de la route, et l’agressivité largement alcoolisée du père redouble d’intensité.
Ce premier film de la réalisatrice July Jung, avec un casting de premiers rôles féminins et présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard, décrit, avec un grand sens du détail et un savoir-faire très sûr dans la montée des émotions, le complexe jeu d’emprise entre des personnages déboussolés. Le sort des femmes dans une société dominée par des hommes rustres se prolonge par la description du traitement réservé, en Corée du Sud, aux travailleurs étrangers dépossédés de leurs droits. L’immigration illégale pour le compte de compagnies maritimes est un phénomène social important, notamment en provenance des Philippines, d’Indonésie et du Pakistan.
Grimaçants. Enfermé dans un mouchoir de poche territorial où tout le monde se connaît, s’observe et se juge avec malveillance, le récit est constamment captivant, porté par un jeu de contraste entre des personnages dissimulant leur douleur derrière le masque de l’impassibilité et d’autres constamment explosifs, rouges et grimaçants. Bien que toujours d’une grande douceur et élégance, le film est chargé à mort de tous les maux qu’il entend agglomérer selon une certaine aptitude des productions coréennes à l’exagération.
Le même scénario dans un contexte américain, on tirerait probablement la sonnette d’alarme et pourtant A Girl at My Door, même dans ses derniers coups de théâtre frappadingues (la flic lesbienne, accusée d’avoir abusé de sa protégée et d’autres transgressions encore en rab) tient le choc.
Le rôle de Young-nam est tenu par la star sud-coréenne Doona Bae, qu’on a pu voir dans Air Doll, du Japonais Hirokazu Kore-Eda, et dans Cloud Atlas, des frères Washowski. Le père monstrueux est interprété avec une incroyable virulence angoissante par l’excellent Song Sae-byeok, vu dans Mother, de Bong Joon-ho. Le film est produit par Lee Chang-dong, qui n’a plus rien tourné depuis Poetry en 2010, déjà une histoire d’abus sexuel et de relations humaines bien tordues.

Giselle de Toa Fraser: un film chorégraphique!

Giselle danse pour Albrecht dont elle tombe éperdument amoureuse. Quand elle découvre que son soupirant est déjà fiancé, Giselle perd la raison et s'effondre, inanimée. Bientôt, elle réapparaît sous la forme d'une wili, jeune fille transformée en fantôme. Leur amour sauvera-t-il Albrecht et Giselle d'une danse éternelle ? Le ballet romantique d'Adolphe Adam délicatement entremêlé d’une autre romance, cette fois en coulisses entre les deux danseurs étoiles.
  • Gillian Murphy ,Qi Huan y dansent merveilleusement!Avec le  New Zealand Royal Ballet'


vendredi 7 novembre 2014

"Chevaux de souffrance": danse marathonnienne!

Chevaux de souffrance
Chevaux de souffrance
Les marathons de danse en Europe (1931-1960)

Tout le monde se souvient du film de Sydney Pollack On achève bien les chevaux, adapté, en 1969, du roman éponyme de Horace Mac Coy (They Shoot Horses, Don’t They ?) paru en 1935, et de l’interprétation remarquable de Jane Fonda et Michael Sarrazin.
Le livre et le film ont fortement gravé dans les esprits la représentation d’une société, celle des États-Unis, et d’une époque, la Grande dépression des années 1930. Au point qu’on a continué de penser que les marathons de danse n’avaient eu lieu qu’aux États-Unis et seulement à cette époque. Personne n’avait donc pensé à chercher si ce phénomène s’était propagé ni de quelle manière.


Après dix ans d’une recherche qui les a menés aux quatre coins de l’Europe, Josseline et Serge Bertin donnent aujourd’hui un livre, Chevaux de souffrance, qui retrace et met à jour de façon totalement inédite l’histoire des marathons sur le Vieux Continent. Et il y en eut des centaines ! En France, à Paris d’abord, où le premier se déroule en 1931 au Cirque Médrano, à l’initiative de l’organisateur états-unien Harold J. Ross, puis pratiquement et jusqu’en 1960, dans toutes les grandes villes de France ; mais aussi en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Suisse et même en Algérie et au Maroc…
La presse, en particulier la presse régionale, constitue l’une des principales sources. Suivant au jour le jour l’événement que constituait le déroulement d’un marathon, elle traduisait aussi les réactions, enthousiastes ou révoltées. À la rigueur de la recherche historique les auteurs ont donc su associer tous les aspects humains, voire romanesques, d’une histoire vivante.

Mais il y a plus encore : un photographe de grand talent, Arax, injustement oublié aujourd’hui, a réalisé des centaines de clichés de ces marathons. Josseline et Serge Bertin ont retrouvé ces clichés, identifié les lieux, les dates, les participants. Le livre se double donc d’une iconographie exceptionnelle, à la fois artistique et historique.
Ce livre, le premier à retracer l’histoire des marathons de danse en Europe, constitue aussi une incitation à poursuivre les recherches ; car sans nul doute, il reste beaucoup à trouver dans nombre de pays pour qui voudra s’atteler à cette tâche…