samedi 14 mars 2015

"Sous ma peau" : le monde ! Alice Laloy aux pays des merveilles.


Qui l'a peint? (lapin)cette toile tendue comme un tableau-piège, une combine jubilatoire?
Dépecer le lapin, la toile, le tableau.
Dévoiler ce qui ne se montre pas, ravir, capturer nos rêves, s'en emparer pour mieux leur donner corps, cœur, chaleur, sensation.montrer sans trahir, les strates d'un monde qui n'a pas de chair mais que des sens! Alice Laloy, magicienne d'un "genre" inouï, inconnu, remet sur le lutrin, ses partitions visuelles et corporelles pour inventer un spectacle du monde, à sa façon!


Tout débute pour le spectateur par une découverte: celle de l’œil aveugle, cette expérience sensorielle sans égale. Et le voici embarqué pour un périple à travers le temps, au delà du miroir pour pénétrer des univers rayonnants de mystère.
Une scène tournante pour mieux essaimer à tout vent des images d'objets détournés, vivants qui ont l'âme de ses rêves hallucinants, stupéfiants!
Il y a un côté narcotique dans ces évocations très sensibles de la matière: fumées, vapeur d'eau, lumières miroitantes qui se reflètent dans des décors mouvants. On songe à Cocteau et son approche d'un surréalisme à inventer encore et toujours, à un langage iconique, proche du rébus, qui comme des épreuve est à déchiffrer pour avancer dans la quête d'un paradis, d'un enfer aussi peut-être doux comme une peau de lapin!Haut les mains, hauts les corps!
Animalité, humanité peuplent ce monde à fleur de peau, hérissés, de tous poils ,titillés par une stimulation des sens du spectateur.

Onirisme, poésie s'en dégagent à l'envie pour le plaisir d'un temps partagé où l'on oublierait, hypnotisé, le poids du monde
La musique de Eric Recordier, solidaire de ces atmosphères phénoménales, s'égraine à travers les touches subtiles d'un petit piano qui se souviendrait des jeux de notre enfance.


A fleur de peau comme ce tableau de la Joconde, discrètement dévoilé, dénudé, couche par couche, strates par lambeaux: découvrir l'inconnu, caché, dissimulé, sonder le sens de nos rêves et des images qui se révèlent dans l'inconscient. Déshabillez moi, révélez moi, ôtez les couches superflues, l'enveloppe qui protège et masque une vérité parmi tant d'autres! Comme une chirurgie, d'une autopsie du monde qui se déflore devant nous. Indécense, incandescente d'un voyeurisme délicieux.,
Lèvres lumineuses qui nous parlent, écrans mobiles comme autant de miroirs qui "réfléchissent" nos visions folles et absurdes; les objets s'animent, puis se taise, apparaissent, disparaissent dans un jeu virtuel de cache-cache.
Tout est artefact sensible et horripilant: on y chatouille notre désir de savoir, nos envies de pénétrer un autre monde hallucinogène, tremblant Troublant, émouvant des sensations incertaines
Au final les personnages apparus se confondent, les femmes incarnent un savoir de sorcellerie, de magie, les manipulateurs de ce théâtre d'objets de rêves disparaissent en fumée et tout rentre dans l'ordre
Mais dans quel ordre, désordre indisciplinaire de notre imaginaire?
Archéologue de ces fantasmes Alice Laloy fouille au cœur d'une archéologie du futur qui excite la vie et la rend palpitante.

Mieux qu'un voyage, une expérience initiatique où se laisser aller à l'aveugle sans modération serait le fil d'Ariane, conducteur d'une narration collective.

Au tjp petite scène jusqu'au 15 Mars
www.tjp-strasbourg.com

vendredi 13 mars 2015

"Crosswind": au début était le geste.......


Le 14 juin 1941, les familles estoniennes ont été envoyées dans des camps sur ordre de Staline. Erna et sa petite fille ont ainsi été déportées en Sibérie. Pendant 15 ans, la jeune femme a écrit à son mari, Heldur, des lettres qu'elle n'a jamais envoyées, avec l'unique espoir de le retrouver un jour.


Tourné avec 700 figurants composant une série de tableaux vivants décrivant chacun une situation - le quai de gare, les travaux forcés, la vie du camp... - ce film invente de manière assez fascinante une nouvelle écriture de cinéma, puisque ce ne sont pas les acteurs qui bougent, mais la caméra qui évolue parmi eux. Suffisamment courte pour ne pas être ennuyeuse, on salue la beauté et l'audace d'une telle entreprise.
Le geste prime, le silence y est d'or et fort édifiant!
Chorégraphie des déplacements, noir et blanc scintillant: émotion et recueillement garantis! 
«Crosswind - La Croisée des vents», drame historique estonien de Martti Helde en noir et blanc, avec Laura Peterson, Tarmo Song... Durée: 1h20 (Deux coeurs)

Amigo, gaffeur, danse !