jeudi 23 juillet 2015

"Thinging with the body": un "ouvrage sur Simone Forti.

Elle est venue régulièrement en Alsace, invitée de Louis Ziegler ou par Yannick Chabeau Kergreis
Danseuse, chorégraphe, artiste et écrivain née à Florence et basée à Los Angeles, Simone Forti commence à danser en 1955 avec la pionnière de l'improvisation Anna Halprin. Arrivée à New York en 1959, Simone Forti étudie la composition et notamment le travail de John Cage au Merce Cunningham Studio avec le musicologue Robert Dunn et se familiarise aux pratiques aléatoires. Elle y rencontre Trisha Brown, Lucinda Childs, Yvonne Rainer et Steve Paxton. Elle collabore activement aux premiers happenings, notamment avec Robert Whitman, Jim Dine, Claes Oldenburg et Allan Kaprow tout en concevant ses premières constructions de danses conceptuelles d’esprit minimaliste. En 1961, elle présente ses Five Dance Constructions and Some Other Things, qui, dissolvant toute différence entre l’espace vécu et l’espace de la performance,  crée les conditions permettant aux performeurs-ses de réaliser directement des actions de la vie quotidienne, non stylisées. Elles impriment à la danse ce tournant « vers l’idée qu’une construction  génère le mouvement ou une situation » (Yvonne Rainer).
Au cours de sa prolifique carrière, Simone Forti s'est intéressée à l'étude des mouvements des animaux et à la dynamique du tournoiement ainsi qu'aux “portraits” naturels, géographiques ou historiques de lieux spécifiques qu'elle crée avec le Simone Forti & Troupe, groupe qu'elle fonde en 1986. Elle collabore avec des musiciens compositeurs parmi lesquels Charlemagne Palestine et Peter Van Riper. Depuis le début des années 1980, Simone Forti interprète des News Animations mêlant mouvements et paroles se référant à l'actualité mondiale. Lauréate de nombreux prix dont le Guggenheim Fellowship en 2005 et le Yoko Ono Lennon Award for Courage in the Arts en 2011, Simone Forti continue aujourd’hui à enseigner et à performer dans le monde entier tout en inventant des modules originaux d’exploration du mouvement. Ses créations ont été présentées au Hammer Museum à Los Angeles, au MOMA à New York, au Musée Reina Sofia à Madrid et au Louvre à Paris notamment. Une  rétrospective « en mouvement », Simone Forti. Thinking with the Body a eu lieu au Museum der Moderne Salzburg, entre juin et octobre 2014.
A lire : Simone Forti, Thinking with the Body, Ed. Breitweiser, Museum der Moderne Salzburg Mönchsberg/ Munich, Hirmer Verlag GmbH, 2014.

"Panpan sur le "Tutu" à Avinon le off !

    Au collège de la salle


Panpan sur le "TUTU" à Avignon! Tarlatane en feu!

Haro sur le tutu, feu la tarlatane avec Philippe Lafeuille pour les Chicos Mambo!
Un spectacle désopilant et fort intelligent sur les déboires du "tutu", ce costume emblématique de la danse romantique, classique par excellence!

"Le costume le plus pornographique" selon Maurice Béjart!
Eh bien ici pas de vulgarité, pas de travestissement outrageux pour évoquer avec six danseurs très performants, des univers fort variés, qui se rapprocheraient de l'utilisation de ce prestigieux costume.
Des références et citations multiples, du quatuor du "Lac des cygnes" à l'univers de Pina Bausch, tout y passe au crible et au peigne fin dans un langage chorégraphique jubilatoire, précis et très cohérent.
De l'humour, de l'audace, du toupet aussi pour faire vibrer tout un chacun, du premier au troisième degré de lecture.

Tutu couche culotte, tutu classique pour un pas de deux où par magie la danseuse soliste ou le porteur sont manipulés par des marionnettistes en noir, dissimulés pour le simulacre de figures improbables et irréalisables, décalées!Défi à la pesanteur!

Tutus robes à la Pina, tutu canards: quelle régalade, quel déferlement d'imagination!
On se régale en croyant y croiser "les bourgeois de calais" en posture, la danse de l'opéra garnier de Carpeaux et bien d'autres images qui surgissent!

Les costumes sont fringants, drôles et très avantageux: dans la séquence de la danse des canards, quatuor déboussolant, dans l'évocation des robes de Pina, avec nos danseurs emperruqués de longues chevelures aux allures flottantes...Bravo pour ce divertissement qui enchante petits et grands, intellos ou néophites avec justesse, délicatesse et doigtée!

Chic on y retournerait bien !


L'HOMME QUI PLANTAIT DES ARBRES : lecture en "temps réel", du fait "maison" !

D'après l'œuvre de Jean Giono (éditions Gallimard), par la Cie Le Bruit qu’ça coûte avec Luc Schillinger (comédien). Dessin Laurent Kohler, conception et musique Philippe Aubry.
Une adaptation atypique de la nouvelle L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono. Un comédien, un dessinateur et un musicien plongent les spectateurs au cœur de cette œuvre majeure et parlent de cet humble berger qui va modifier son environnement pour en augmenter les bienfaits.

Une bien belle adaptation qui rayonne à la fois d'inventivité, de sobriété
Tout se fabrique en direct, en temps réel sur le plateau: c'est du fait maison, du théâtre du marché, selon les humeurs des protagonistes, de la cuisine inventive, moléculaire, fusion. 
 Ils sont trois à se partager la scène 50 minutes durant: un graphiste, dessinateur, "croqueur" de texte, un comédien, conteur, récitant et un musicien "bidouilleur" de bruits, de sons, de musique
Ensemble, ils vont créer un univers, une atmosphère alors que Luc Schillinger, déroule le texte, comédien inspiré, sobre, sans manière pour servir un texte lumineux, très d'actualité, équitable, écologique avant l'heure
On songe au film de Werner Herzog sur le photographe Sébastiao Salgado qui fit revivre sa forêt équatoriale en "plantant" des arbres, à Beuys aussi et ses "mille chênes"!

Un son végétal

Un dispositif, comme un établi pour Philippe Aubry, alchimiste du son qui se joue de petits accessoires vibrants, volants pour créer des sons voisins des craquements de bois, des envols et souffles de feuilles: tout un environnement sonore évocateur, fertile qui produit une atmosphère végétale inouïe. Musiques de "table", artisan du son, fabricant d'instruments de bric et broc forts savants!

Un graphisme en direct, à croquer




Et sous les doigts de Laurent Kohler, se dessinent des paysages du midi, de Provence, des arbres, un arbre, de noir et blanc, de couleurs bleue comme le ciel
C'est beau, en "live", il dessine et les icones sont projetées en direct sur un écran
On a envie de les revoir à la fin du spectacle, comme des témoins d'une histoire vécue
C'est le texte de Giono qui est le modèle et le peintre entretient une belle complicité dans ses "poses" vivantes, végétales comme un herbier, un arboretum vivant!

Un homme qui songe et conte ses "racines"

Luc Schillinger apparaît d'abord en ombre chinoise derrière l'écran, puis se délivre au regard, texte "en bouche" pour une mise en appétit de belle littérature provençale
Il révèle les mots, fait sourdre leurs couleurs et sonorités et rejoint alors ses compères pour un joli métissage des genres
Un genre théâtral hybride pour cette lecture foissonnante, résonnante et calligraphiée comme une partition, une chorégraphie textuelle et plastique, sonore en diable
La danse des mots ne cessera au final que par la belle échappée de Philippe Aubry au saxophone: comme une voie, comme une étincelle mélodique, comme un souffle de léger mistral sur ces beaux paysages livresques et picturaux!

Au TAPS Scala le mardi 21 Juillet 20H 30 dans le cadre de l'Eté culturel de Strasbourg

"Un grand merci pour ce que vous écrivez de notre spectacle. C'était une belle aventure sensible en trio . Nous aimerions bien sûr beaucoup le reprendre, mais c'est si difficile parfois... Votre sentiment , écrit noir sur blanc, nous aidera sans doute!...

A titre personnel, en tant qu’interprète du spectacle, j'ai la conviction que le très fin travail d'adaptation du texte par Philippe Aubry apporte une belle  nécessité à l'ensemble:

Il a créé de petites ellipses, n'a pas retenu certaines redites ....le texte, du coup, est  actif de bout en bout,dans une belle urgence, sans les notes un peu trop "familières" parfois, ou comme" explicatives".(j'ai relu le texte complet hier soir, pas fait depuis des lustres!)

Cette fine adaptation, au bénéfice de l'acteur, structure toutes les" formes" du spectacle, je trouve..."

de Luc Schillinger le 22 JUILLET 2015