vendredi 20 novembre 2015

"Je serai le roi soleil" : le ballet royal de la nuit !


Un très bel ouvrage sur Louis XIV, le roi danseur, illustré par Nathalie Novi
De la vraie peinture pour des tableaux vivants forts dansants!

jeudi 19 novembre 2015

Lisbeth Gruwez : les gestes du politique: "It's going to get worse and worse and worse, my friend"


Elle est seule en scène, 50 minutes durant, cette femme qui danse, égérie de Jan Fabre, seule avec comme bagage la gestuelle du politique.Et son corps, sa rage! Dans un carré de lumière, au centre.
Gestes observés, dosés, et repassés au crible d'une assimilation puis d'une dégoulinade de segments, attitudes, postures réfléchissants les comportements des personnalités politiques, du pouvoir en images, en communication médiatique.


A l'aube, des gestes sobres, pacifistes: elle est en chemise blanche, pantalon noir, masculine, droite. Les gestes sont doux, caresse un espace plan: c'est le monde, l'univers sous ses mains.
Puis la tension monte, les gestes se précipitent. Le pouvoir enfle, se gonfle, prend toute la place. Elle ajuste ses mis bas comme des bottes, se corsète pour gainer son buste et se métamorphose en quelque monstre fascisant, chapelinesque.
Au dessus d'elle, la bande son gronde, des mots épars se répètent comme sur un disque rayé, raturé, raté. Composition hachée, paroles interrompues, coupées, arrêtées comme censurées.Du sample !
Et c'est au final, un corps tétanisé, tremblant frénétiquement,galvanisé par un discours incompréhensible, qui saute hérissé, grisé, affolé, embrigadé jusqu'au saut irraisonné qui la ramène à un calme destructeur.Musique d'Arvo Part pour stigmatiser l'effroi, la terreur, l'obscurantisme : à vous couper le souffle!
Jusqu'à la chute emblématique, l’effondrement du corps politique.
Corps d'un ballet diplomatique en débandade.
Et les mots, les discours de sourdre de l 'obscurité , ces paroles déversées à flux continu à travers ce corps qui véhicule et filtre le sens.
Ce soir là Lisbeth Gruwez est ovationnée par le public, façon de rendre hommage à la liberté contre le terrorisme, contre la dictature des mots et des corps devenus pantins manipulés par le pouvoir occulte de l'extrémisme!


A Pôle Sud, en coréalisation avec le Maillon
les 18/ 19/ 20 Novembre
En coréalisation avec le  Maillon

"En attendant Godot" : silence on tourne !


Une mise en scène de Jean -Pierre Vincent, c'est comme un joli coup de vent sur un texte que l'on croyait "connaitre", une découverte du rythme des phrases, des silences aussi, surtout.
La force du jeu des acteurs pour ce "En attendant Godot3, émeut et cadre d'emblée le terrain de jeu: une sorte de désert, un arbre mort au centre, le sol recouvert de grains de sable, quelques touffes d'herbes, des petits cailloux et en toile de fond, un soleil dans un grand ciel bleu, sombre.......
Décor campé, unique pour ce premier acte, chapitre un des péripéties dans ce lieu unique, cette "unité" de lieu et de temps, une heure durant
Ils sont deux, dont le premier à se manifester tente en vain de retirer sa chaussure qui blesse son pied
Chapeau melon, costume de ville, petit, assis sur un gros caillou, rocher hiératique, immobile comme ce temps qui va être une belle unité durant la pièce.


Son compère , lui, ne l'aidera pas, simulant d'autres soucis, d'autres interrogations
Lui aussi, chapeau melon, tenue citadine: pourquoi ces deux Laurel et Hardy, vite assimilables à des héros de pacotille dignes des plus belles comédies burlesques du genre, sont-il ici, si bavards, si prolixes?Ils attendent Godot, Vladimir et Estragon, incarnés par Charlie Nelson et Abbes Zahmani, Alors de cette "attente" naîtra un dialogue décapant, absurde, qui caractérise la langue de Beckett: situation étrange, inédite, incongrue qui tout à coup accueille un duo irréaliste: un homme grandiloquent, tenant en laisse un autre homme fardé, cadavérique, deux ou trois valises à la main;
Passage étonnant, traversée de ce désert, comme "naturelle", absurde oblige. Lucky etPozzo, incarnés par Alain Rimoux et Frédéric Leidgens
On ne s'étonne quasiment plus de leurs attitudes, commentaires désobligeants, humiliants, caricaturaux. L'intrigue va bon train, car il n'y a pas d'histoire et la narration est celle des corps qui claudiquent, chancellent, dansent aussi par force, en laisse, domptés et prisonniers d'une situation renversante. Apparaît un jeune homme, Gael Kamilindi,comme une respiration, une ponctuation salvatrice dans ce petit monde, réglé comme une horlogerie


A deux, à quatre, la vie va, rien ne bouge ! "Rien à faire" alors "allons-y" ! Où ?
Il dénote, innocent, tendre et inquiet devant tant de cruauté, de crudité.
Malgré tout découle de cet univers singulier et implacable, la tendresse d'une amitié indéfectible entre nos deux protagonistes.Etude des postures burlesques, poses et gesticulations tétaniques comme au cinéma muet en noir et blanc et le tour est joué
Ces pantins du destin vont faire silences aussi, ces respirations qui nous positionnent comme les poumons de la pièce: ponctuer de silences, de places libres, de pages blanches, une situation de genre inouïe: pour mieux nous re-poser au sol, pour mieux nous suspendre en apnée dans ce monde obscur où la lune à rendez-vous avec le soleil, où les arbres morts font des feuilles, où les cordes ne servent pas à se pendre!
Et en attendant , Godot ne viendra toujours pas !


Au TNS jusqu'au 28 Novembre.