Le Grenier à Sel, fief des Pays de Loire affiche une dense programmation "danse"
"Traces Antigone 2 " Solo pour un corps et un mythe. Terrien !
La compagnie Sans Titre interpelle le mythe d'Antigone et en fait un temps le fondement de sa recherche; dans ce solo interprété et chorégraphié par Julie Coutant, Anne Morel conçoit et met en corps son propos à partir de l'idée de corps en confrontation avec la matière terre, celle qu'Antigone malaxe, remue, triture pour déterrer corps et âme à son défendant, dans l'interdit, le secret de famille, le mystère. Belle scénographie où le dos est maître, la colonne vertébrale, le fondement de la danse, de la torsion, de la révolte contenue; Axe de recherche plastique et kinesthésique, ce solo intrigue, convoque les fantasmes liés à la mort, au blasphème, à la contrariété, à l'interdit transgressé .La danse est sinueuse, lumineuse, sobre, brève et fascinante comme une trace de rémanence de lumière. Le dos de l'interprète nous parle de chair, de sang, de muscles et de beauté.
"Suite": corps à corps, dos à dos.
Julie Coutant et Eric Fessenmeyer, binôme, gémellité ou embryon de jumeaux sont un couple sur scène qui défie les lois de l'intériorité. Deux corps confondus, partagés, siamois ou déchirés? Deux corps plastiques séparables ou inséparables, miroir ou reflet l'un de l'autre: va savoir, c'est la question esthétique qui surgit des visions de matière corporelle triturée par la lumière, révélée par la musique. Courte pièce qui vaut le jeu et envahit la mémoire visuelle bien après l'instant de l'apparition de ces deux astres de la compagnie La Cavale.Du modelé de dos et d'échine, de vertèbres, de tensions-détente; des dos torse nus qui révèlent un langage des traces et signes d'énergie parcourus par les corps en mouvement. Sculptures vivantes, visions éphémères de bestiaire hybride et fantastique. Le dos raconte ce que le visage ne peut évoquer: la charpente et les fondamentaux de la verticalité, de l'érection, mais aussi de ce qui peut plier, céder, s'incliner.
"(F)aune solo": faire l'ours et sa métamorphose.
Un ours géant se balade sur scène, des bribes de musique de Debussy....Où sommes-nous sinon dans la référence, la citation incongrue!Chorégraphique, mythologique, plastique, David Drouard s'attelle à la tache et revisite un mythe: celui d'un pan de l'histoire de la danse. Mais en toute liberté, avec détachement, aisance et malice. Postures faunesques de références ou pas, peu importe, la danse l'emporte et le travail sur l'hybridation, la métamorphose opère simplement, naturellement. Faire l'ange ou la bête, se parer de l'un ou de l'autre, en prendre un organe, un membre et en jouer de sa contrainte. Voilà un travail à saluer pour la recherche sur le pastiche, la mythologie, l'histoire qui nous traverse et interpelle la danse d'aujourd'hui.
lundi 18 juillet 2016
La danse au Théâtre Golovine dans le off Avignon: édifiant et varié!
Le théâtre Golivine resserre sa programmation vers plus de rigueur et de style avec félicité! Terpsichore s'en réjouit!
"Duo 1, Résonnance(s)": Emmanuel Grivet, inspiré.
Voici un duo, fort bien dansé, poétique, mélodique, signé d'Emmanuel Grivet: une griffe assurée, stylée, fluide et convaincante.Les deux interprètes, inspirés, habités par des sentiments à fleur de peau, semblent planer dans l'espace, partagé ou en rupture.Simple et comme les costumes, sobres, robe bleue flottante ou tenue sportive pour lui, la danse évolue, se cabre ou se dissout dans l'éther à foison. Le regard y prend plaisir, le temps s'y écoule serein. La grâce apparaît simplement dans son plus simple appareil: la beauté du geste. Le solo, "Résonnance(s)", dansé par le chorégraphe lui-même et taillé sur mesure, convoque un personnage touchant, mais moins convaincant dans l'illustration ou la narration du "simple".Du bel ouvrage venu de Tournefeuille, un toponyme singulier pour écrire la danse!
"Les silences obligés": haletant!
La danse hip-hop prend ses quartier mais ne fait pas de quartier à la banalité ni à l'écriture galvaudée d'un hip-hop conditionné. Nabil Hemaizia de la compagnie "2 3 Mouvements" et Da Storm y évoque l'exil, la contrainte d'une tragédie vécue à travers le prisme du corps et de ses émotions. Sensible, haletante, essoufflante, l'atmosphère tendue de la pièce transporte notre imaginaire sur des terres étrangères, musicales et chorégraphiées au bonheur du geste mesuré. Conte universel, sans besoin de traduction, mais doté d'une interprétation sobre et sincère.
"Double": quitte ou double?
La compagnie de Nono Battesti danse et chante le swing, le soul en live avec douceur et frénésie, bonheur, tendresse et cruauté. Dyna B y incarne voix et corps dansant, chant vibrant avec un charme fou: elle berce par sa présence le danseur et chorégraphe qui jubile, Nono Battesti et qui se joue des sentiments forts et prégnants de sa partenaire passionnée et dévorante, Juliette Colmant; sue scène, le guitariste et percussionniste Quentin Halloy ajoute à ce trio, un soupçon d'humour et d'exotisme, de complicité partagée. Ambiance garantie pour ce spectacle où la scénographie, comme une prison de bambous légers, résonne et libère les éclats de lumière et de corps dansants, galvanisés par le chant émouvant de Dyna B.
"Duo 1, Résonnance(s)": Emmanuel Grivet, inspiré.
Voici un duo, fort bien dansé, poétique, mélodique, signé d'Emmanuel Grivet: une griffe assurée, stylée, fluide et convaincante.Les deux interprètes, inspirés, habités par des sentiments à fleur de peau, semblent planer dans l'espace, partagé ou en rupture.Simple et comme les costumes, sobres, robe bleue flottante ou tenue sportive pour lui, la danse évolue, se cabre ou se dissout dans l'éther à foison. Le regard y prend plaisir, le temps s'y écoule serein. La grâce apparaît simplement dans son plus simple appareil: la beauté du geste. Le solo, "Résonnance(s)", dansé par le chorégraphe lui-même et taillé sur mesure, convoque un personnage touchant, mais moins convaincant dans l'illustration ou la narration du "simple".Du bel ouvrage venu de Tournefeuille, un toponyme singulier pour écrire la danse!
"Les silences obligés": haletant!
La danse hip-hop prend ses quartier mais ne fait pas de quartier à la banalité ni à l'écriture galvaudée d'un hip-hop conditionné. Nabil Hemaizia de la compagnie "2 3 Mouvements" et Da Storm y évoque l'exil, la contrainte d'une tragédie vécue à travers le prisme du corps et de ses émotions. Sensible, haletante, essoufflante, l'atmosphère tendue de la pièce transporte notre imaginaire sur des terres étrangères, musicales et chorégraphiées au bonheur du geste mesuré. Conte universel, sans besoin de traduction, mais doté d'une interprétation sobre et sincère.
"Double": quitte ou double?
La compagnie de Nono Battesti danse et chante le swing, le soul en live avec douceur et frénésie, bonheur, tendresse et cruauté. Dyna B y incarne voix et corps dansant, chant vibrant avec un charme fou: elle berce par sa présence le danseur et chorégraphe qui jubile, Nono Battesti et qui se joue des sentiments forts et prégnants de sa partenaire passionnée et dévorante, Juliette Colmant; sue scène, le guitariste et percussionniste Quentin Halloy ajoute à ce trio, un soupçon d'humour et d'exotisme, de complicité partagée. Ambiance garantie pour ce spectacle où la scénographie, comme une prison de bambous légers, résonne et libère les éclats de lumière et de corps dansants, galvanisés par le chant émouvant de Dyna B.
La danse dans le festival "Avignon, le off": 50 ans! Curiosités!
La danse se taille toujours la part belle dans le festival "Avignon, le off", langage international, art visuel, ludique, politique, inter-disciplinaire ou indisciplinaires!
Quelques perles baroques glanées dans les théâtres voués ou non, à sa discipline.
"Un petit pas de deux, sur ses pas": Bourvil bien vivant!
Pourquoi pas faire resurgir la mémoire de Bourvil, le chanteur et danseur populaire de nos grands parents, pas mort du tout pour nos danseurs contemporains, la compagnie De Fakto, dirigée par Aurélien Kairo.
Ringard, Raimbourg, alias Bourvil?
Pas du tout! On se souvient d'ailleurs du très beau clip vidéo de Decouflé, "Le petit bal perdu" en 1985 avec le chorégraphe lui-même et Pascale Houbin. Une perle!
Ici le patrimoine musette et musical nous fait des clins d’œil malins: Karla Pollux et Aurélien Kairo s'en donnent à cœur joie pour ressusciter la mémoire musicale, swinguante et rafraîchissante de notre comique maladroit de cinéma ou de cabaret.
Un duo d'enfer où sont livrées les astuces du comique de répétitions, de la magie ou du cinéma muet, la verve du bal baloche et la cruauté aussi de l'amour, de la vie qui valse, tangue et chavire.
Après une audition sévère, nos deux protagonistes vêtus à la légère ou à la canotière, se voient la lourde tache d'exécuter danses endiablées, suaves ou comiques sur "Tu me fais pouette pouette", "C'était bien" ou d'autres trouvailles du répertoire populaire de Bourvil
Surgie d'un théâtre de trouvailles jubilatoires, de sourires malins, de corps complices, voici une tranche de vie à goûter absolument avec joie et enthousiasme, empathie avec nos deux héros de pacotilles, maladroits, tendres, hip-hopers ou dandy, carmensita ou diva pour la truculente et rayonnante Karla Pollux!Un hommage tendre , poétique et dansé à Bourvil.
"PS: Montage": le drame chinois.
Quand la compagnie chinoise The Physical Guerrillars de Li Ning se met à l'oeuvre, c'est pour dénoncer politiquement avec courage et sincérité la condition encore bien actuelle de l'ouvrier ou du travailleur chinois.
Ils sont six danseurs amateurs, pour bâtir cette ode, cet hommage au labeur, à la souffrance du corps dans ses taches répétitives et lourdes de sens esclavagiste.Fort bien scénographiée, cette pièce met en scène les objets du quotidien du travailleur: bol, chaudron, gamelle et les magnifie en instruments de musique de percussion, en objets de torture ou de révolte.Les sons répétitifs du quotidien, la musique amplifiée grondent et la révolte sonne après l'humiliation et la soumission des corps au labeur, au martyr. Le travail c'est ici l'aliénation de la liberté de mouvement et de circulation, la mort lente de l'âme et de la pensée. Mao, pas mort? En tout cas, ce message mouvant est dense, riche et courageux: l'engagement de chacun y est touchant et respectable. Du bel ouvrage à découvrir.
"We love Arabs" et l'houmos!
Jamais le bouche à oreille ou téléphone arabe n'a autant fonctionné dans le festival d'Avignon off: et pour cause, la pièce décapante signée du chorégraphe israélien Hillel Kogan, est une gentille grenade, une "bombe" houmos-ristique à hurler de bonheur.
Enfin des paroles sont dites, verbalisées sur le sort des juifs, arabes ou chrétiens d'Israel ou de nulle part, par deux compères, complices dans une dramaturgie sur le fil, à la frontière de la bascule dans l'urgence, le mensonge, l’hypocrisie, au bénéfice du franc et carré, dansé!
Dansé par un théoricien, un chorégraphe, calligraphe, penseur, initiateur de sa méthode, proche de la danse contact et de toute autre forme d'abécédaire, dictionnaire du langage des praticien de la danse contemporaine
Pas de jargon ici, mais l'histoire vraie des mots et maux de la danse en territoire ennemi, prodiguée par un bienfaiteur qui tente de convaincre un danseur "chrétien" à la danse du senti, du poids, de l'émotion et non du copié-collé de la formation formatante.
Adi Boutros joue son rôle, Hillel Kogan ne ment pas, cause et danse et nous fait sourire dans la dérision, le sarcasme, la jubilation du verbe, du texte, corps-texte de la danse. Politique, poétique, militante en douceur avec saveur: celle de l'houmos, le met emblématique de la culture du chorégraphe, dont il se masque, se badigeonne et nous offre au final une dégustation surprise, en communion et partages solennels comme à la messe. Rompez le pain, goûtez l'houmous humoristique et le kébab à pleines dents dans ce petit chef d'oeuvre gastronomique décapant, déroutant, décoiffant.
Les territoires de la danse, l'espace, toute une leçon sur la fragilité des murs, les limites du mouvement, de la proximité, de la mixité: plages, surfaces, espaces, promiscuité, invasion, frontière, barrières s'écroulent de rires et livrent leur barbelés défiant les idées reçues.
Yes, we love arabs and c° ! En bonne "compagnie" cum panis en latin: partager le pain et l'houmos!
"LMO": vous avez-dit classique?
Eh bien oui, un peu de danse classique, de chausson, d'exotisme, ça fait pas de mal, surtout quand c'est un peu distancé et actualisé, métissé et humoristique! La compagnie "Piège de Lumière" de Isabelle Menut nous fait son show en mémoire de Rosella Hightower? Certes, éclectisme, métissage des genres, ouverture et clins d’œil aux autres cultures chorégraphiques, voilà du bel ouvrage, sur pointes ou pieds nus avec ou sans accents exotiques, de belle facture et de bonne tenue! La culture africaine spécialement bien traduite et galvanisée par deux très bons danseurs!
Quelques perles baroques glanées dans les théâtres voués ou non, à sa discipline.
"Un petit pas de deux, sur ses pas": Bourvil bien vivant!
Ringard, Raimbourg, alias Bourvil?
Pas du tout! On se souvient d'ailleurs du très beau clip vidéo de Decouflé, "Le petit bal perdu" en 1985 avec le chorégraphe lui-même et Pascale Houbin. Une perle!
Ici le patrimoine musette et musical nous fait des clins d’œil malins: Karla Pollux et Aurélien Kairo s'en donnent à cœur joie pour ressusciter la mémoire musicale, swinguante et rafraîchissante de notre comique maladroit de cinéma ou de cabaret.
Un duo d'enfer où sont livrées les astuces du comique de répétitions, de la magie ou du cinéma muet, la verve du bal baloche et la cruauté aussi de l'amour, de la vie qui valse, tangue et chavire.
Après une audition sévère, nos deux protagonistes vêtus à la légère ou à la canotière, se voient la lourde tache d'exécuter danses endiablées, suaves ou comiques sur "Tu me fais pouette pouette", "C'était bien" ou d'autres trouvailles du répertoire populaire de Bourvil
Surgie d'un théâtre de trouvailles jubilatoires, de sourires malins, de corps complices, voici une tranche de vie à goûter absolument avec joie et enthousiasme, empathie avec nos deux héros de pacotilles, maladroits, tendres, hip-hopers ou dandy, carmensita ou diva pour la truculente et rayonnante Karla Pollux!Un hommage tendre , poétique et dansé à Bourvil.
"PS: Montage": le drame chinois.
Ils sont six danseurs amateurs, pour bâtir cette ode, cet hommage au labeur, à la souffrance du corps dans ses taches répétitives et lourdes de sens esclavagiste.Fort bien scénographiée, cette pièce met en scène les objets du quotidien du travailleur: bol, chaudron, gamelle et les magnifie en instruments de musique de percussion, en objets de torture ou de révolte.Les sons répétitifs du quotidien, la musique amplifiée grondent et la révolte sonne après l'humiliation et la soumission des corps au labeur, au martyr. Le travail c'est ici l'aliénation de la liberté de mouvement et de circulation, la mort lente de l'âme et de la pensée. Mao, pas mort? En tout cas, ce message mouvant est dense, riche et courageux: l'engagement de chacun y est touchant et respectable. Du bel ouvrage à découvrir.
"We love Arabs" et l'houmos!
Jamais le bouche à oreille ou téléphone arabe n'a autant fonctionné dans le festival d'Avignon off: et pour cause, la pièce décapante signée du chorégraphe israélien Hillel Kogan, est une gentille grenade, une "bombe" houmos-ristique à hurler de bonheur.
Enfin des paroles sont dites, verbalisées sur le sort des juifs, arabes ou chrétiens d'Israel ou de nulle part, par deux compères, complices dans une dramaturgie sur le fil, à la frontière de la bascule dans l'urgence, le mensonge, l’hypocrisie, au bénéfice du franc et carré, dansé!
Dansé par un théoricien, un chorégraphe, calligraphe, penseur, initiateur de sa méthode, proche de la danse contact et de toute autre forme d'abécédaire, dictionnaire du langage des praticien de la danse contemporaine
Pas de jargon ici, mais l'histoire vraie des mots et maux de la danse en territoire ennemi, prodiguée par un bienfaiteur qui tente de convaincre un danseur "chrétien" à la danse du senti, du poids, de l'émotion et non du copié-collé de la formation formatante.
Adi Boutros joue son rôle, Hillel Kogan ne ment pas, cause et danse et nous fait sourire dans la dérision, le sarcasme, la jubilation du verbe, du texte, corps-texte de la danse. Politique, poétique, militante en douceur avec saveur: celle de l'houmos, le met emblématique de la culture du chorégraphe, dont il se masque, se badigeonne et nous offre au final une dégustation surprise, en communion et partages solennels comme à la messe. Rompez le pain, goûtez l'houmous humoristique et le kébab à pleines dents dans ce petit chef d'oeuvre gastronomique décapant, déroutant, décoiffant.
Les territoires de la danse, l'espace, toute une leçon sur la fragilité des murs, les limites du mouvement, de la proximité, de la mixité: plages, surfaces, espaces, promiscuité, invasion, frontière, barrières s'écroulent de rires et livrent leur barbelés défiant les idées reçues.
Yes, we love arabs and c° ! En bonne "compagnie" cum panis en latin: partager le pain et l'houmos!
"LMO": vous avez-dit classique?
Eh bien oui, un peu de danse classique, de chausson, d'exotisme, ça fait pas de mal, surtout quand c'est un peu distancé et actualisé, métissé et humoristique! La compagnie "Piège de Lumière" de Isabelle Menut nous fait son show en mémoire de Rosella Hightower? Certes, éclectisme, métissage des genres, ouverture et clins d’œil aux autres cultures chorégraphiques, voilà du bel ouvrage, sur pointes ou pieds nus avec ou sans accents exotiques, de belle facture et de bonne tenue! La culture africaine spécialement bien traduite et galvanisée par deux très bons danseurs!
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