samedi 8 octobre 2016

"Drum-Machines": percutant échantillon d’icônes acoustiques!


"Entrances" en apéritif pour ce concert final du festival Musica.Prologue sonore électroacoustique dans le hall de l'auditorium de la Cité de la Musique de Strasbourg, par les étudiants de la HEAR: sérieux, concentrés dans ce contexte difficile où l'auditoire papote, devise à l'envi de ses aventures "Musica"; ils ne se laissent pas démonter, sous l'oeil bienveillant du professeur, tuteur, Pigmalion de leurs talents, Tom Mays!
Puis place aux Percussions de Strasbourg et eRikm pour "Drum-Machines" de 2015/ 2016 en création mondiale, s'il vous plait.
Rencontre entre le fameux ensemble des Percussions de Strasbourg, tout neuf, et le trublion eRikm... Ca va le faire!Scène encombrée de multiples objets et instruments de percussions pour le "décor" scénographique et tout démarre avec un solo discret de plumeau, pinceau effleurant les objets, chasse-mouche désopilant, évoquant la douce et tendre Dame Nature.Paysages de montage avec cloches de vaches, éclairs et tonnerre qui se rapprochent, le visuel est fort et les images visionnaires se dessinent à l'horizon musical.Tandis que eRikm visse et dévisse le son sur sa table de mixage, les cinq musiciens des Percussions s'agitent, s'animent d'un instrument à l'autre générant peu à peu une ambiance singulière: rituel d'un grand bivouac au sein d'une oasis de perles de pluie, campement éphémère d'où, assis en tailleur, les musiciens émettent jusqu'à leur perte, des martèlement de baguettes, amplifiés jusqu'à leur paroxysme.Tout se déchaîne, s'accélère, euphorisant, magnétique, hypnotique.Des images sont projetées simultanément, captées en direct: elles signalent en gros plans, la source des sons, délivrent les secrets de fabrication de bruits singuliers, venus d'une vielle triturée ou d'une surface de tambour ou grosse caisse. Saisissants vermisseaux qui sautillent , en chenilles, en vermicelles sur la peau de la grosse caisse, transformée en gazomètre ou forge incandescente.Plaque métallique en folie, scie musicale étrange, c'est une usine emballée par les sons qui délivre son brouhaha, tohu-bohu de figures rythmiques de percussions: un univers de labeur torride à la Fernand Léger, une broyeuse destructrice, emballée, un enfer métallurgique que ce "Drum-machines" tonitruant, tectonique.Les Temps Modernes en référence, le corps de Charlot dans les engrenages, fatalisme du conditionnement de l'être humain par la machine
 Un bout de bras tournoie sur la peau du monde d'une caisse de résonance: image filmée, projetée pour mettre dans l'ambiance de la déshumanisation du monde industriel, du corps en morceaux, désagrégé, débité, découpé/ L'enfer? Compulsif, plein de circonvolutions sonores, de chaos, de bouleversements, de tsunami sonore, tempétueux, ravageur, ébouriffant!
Des pots de fleurs, à fleur de peau, effleurés pour attendrir l'atmosphère hystérique du spectacle déchirant de fureur, de bruits de cataclysme annoncé
Spectacle tendu, volcan plein de scories d'un cratère éruptif incessant, crachant sons et frissons: la géologie est aussi électroacoustique et eRikm de démontrer en compagnie de Stéphane Cousot pour le dispositif vidéo, Olivier Pfeiffer pour le son que la création est vivante, bouleversante et jaillissante

En conclusion "afters sonores3 avec les étudiants de Tom Mays et d'Emmanuel Séjourné de l'Académie supérieure de musique de Strasbourg/ HEAR: interventions dansées, percutées parmi le public, tout excité par le précédent concert.Du bel ouvrage, sur le fil, au gré des interstices spatiaux, des circulations ambulatoires du public, des intentions des interprètes, tranchant la foule, captivant l’intérêt de cette dernière soirée "Musica": on se quitte sur l'aléatoire, le hasard, l'électroacoustique, la musique en temps réel, incarnée, jouée par les générations montantes, émergentes: une bonne étoile pour la Musique, star céleste du firmament sonore.



"Klang4" : complètement "timbrés" les sonneurs de cloches!


Musiciens live, sampler et platines, en création mondiale, voici "Klang 4" qui va résonner encore longtemps aux oreilles à Musica.
Au tour de Françoise Kubler et Armand Angster de se frotter à la musique électronique de Yérri -Gaspar Hummel et au DJ Pablo Valentino.Sans le "label" Accroche Note, Françoise et Armand de font la belle, décrochent pour une bonne note ou un zéro de conduite?
Ecole buissonnière en compagnie de deux énergumènes de l'électroacoustique!
Ça va dépoter, comme il vous stamplaira, blondes platines!
Salle de la Bourse, dernière étape dans ce lieu fertile en surprises et inventions, creuset et berceau de bien des aventures sonores!
Ton, son, bruit: klang! Alors tous bien "timbrés" ces protagonistes d'un spectacle de bruits, de récits et de platines?
Françoise Kubler s'installe au micro, assise en habit pantalon noir à pattes d'éléphant. Le quatuor se forme, trèfle à quatre feuilles, les deux instrumentistes au centre, pour cadre les ingénieux ingénieurs du son! Yérri Gaspar Hummel au clavier, Pablo Valentino au sampler et platines: à table donc pour ce festin constitué 'une dizaine de "mouvements", séquences ou saynètes musicales sans dramaturgie mais avec des brins de fantaisie, d'évasion, de texte ou de récits, de chants empruntés ça et là.
Alors que Françoise souffle, émet, un solo de saxo la borde; Yérri fait sa cuisine, ratatouille bien réussie (rate ta touille exclu). Un harmonica rajoute sa touche de la bouche de Françoise, comme un sifflet de train insistant, persistant, mourant puis déraillant à toute blinde. Voix éraillée de rasoir...
C'est une ambiance hawaïenne qui succède, vent des îles, plage du Brésil: tous à la "vamos à la playa"!Un bras allongé bouge chez la chanteuse, voluptueuse, sensuelle, maline, charmeuse, enjôleuse avec sa voix de cabaret!Elle cause avec la clarinette, ils se racontent des histoires, de la cave au grenier, du grave à l'aigu. Fin de soirée suave et reposée. On ferme? Pas du tout, on continue en cassures tectoniques du saxo, sons scotchés, arrachés, sons voisins des percussions. Tandis que DJ et bidouilleur aux consoles, travaillent d'arrache pied à mettre de l'ambiance, à "consoler" à fond les esprits encore chagrins de la veille.
Des sons de jouet, de guimbarde, de rituel, Yérri en proies aux fantaisies de bol résonants Un texte naît, sur la musique et la danse: "un son ne peut tenir debout", alors ce récital le fera à sa place, bien vertical et horizontal!Temps, espace, origine y sont convoqués et prennent sens.
Tambourin à l'appui, la voix et le saxo enchaînent, inspiré de l'Orient, du désert, du soleil levant sur les grands espaces.
Une recherche sur "klang", une voix animale de gamine, un "kostenlos" décrypté, ja, nein, tralala et le tour est joué pour une saynète humoristique, pleine de charme. De l'eau, des cailloux, la marée en songe virtuel électroacoustiques, cliquetis des vagues, ressac, la mer se retire, la voix se mêle à la langue anglaise, caverneuse, déglutissant, râlant jusqu'à l’asphyxie...Très organique cet anglais remâché, rabâché et cette chanson folklorique irlandaise, ce country que Françoise s'approprie en se riant d'elle-même. La voix" samplere" elle aussi, mimétisme avec l'environnement sonore singulier qui la transporte vers d'autres cieux mélodiques: fusion, complicité, mélange et métissages s' imposent naturellement.Canards, sons radiophoniques, melting-pot, bouillabaisse et joyeuse cataplana pour suivre, paella polychrome de sons joyeux, alertes, relevés par les épices et condiments, herbes fines de cette cuisine inventive, inspirée, intuitive. Hip hop en frange, en marge, pouding protéiforme, polymorphe de sons de ces "salles gosses"rieurs, gais et prêts à tout, surtout à ne pas se prendre au sérieux, même quand ils font de "la recherche" savante sur laquelle ils s'interrogent! Françoise danse sur les accents du midi, des banlieues, de slam, de break dance: ils s'amusent, ils nous amusent.
"Ça baigne", en italien aussi, chant des montagnes, populaire à l'appui, elle picore, en piqués interrompus, en pointé et staccato, en écho et résonances répétitives.Ambiance délurée des percussions, joyeuses, libres, free Guimbardes et petits rien au final: on simplifie les sources d'émission du son et des sources sonores; la lune se lève, le soleil ne saurait tarder: nos joyeux lurons s'éclipsent de lune, félin pour l'autre Mis à nus, dans leur plus simple appareil, sans les machines, sans fil à la patte, à l'état naturel
Jolie conclusion, épilogue plein de malice, de recul et de distanciation.
Jolie échappée belle pour ses férus de virtuosité, technique et autres artefacts!
Drôle d'endroit pour de belles rencontres que ce festival de musique "savante" qui sait jouer sur tous les registres de programmation , en verve, en fantaisie et surprises diverses.
Quel culot, quelle audace bien servie par nos quatre trublions réunis pour la bonne cause: l'humour dans la musique, c'est quoi, c'est où? C'est ici et maintenant!



vendredi 7 octobre 2016

"Jeunes talents, compositeurs": une génération prometteuse!


Avec les étudiants des classes de composition de Philippe Manoury et Daniel D'Adamo, d'électroacoustique de Tom Mays, Etudiants du conservatoire de Strasbourg et de l'Académie de musique de Strasbourg/ HEAR
Sous la direction de Armand Angster et Emmanuel Séjourné, voici du beau et bon monde réuni, pour "cultiver la différence", faire émerger de nouveaux talents de compositeurs et interprètes.... autour des œuvres de Jean David Mehri par exemple"Prolongements", en création mondiale:
une musique mixte, pour saxo soprano, électronique en temps réel et virtuosité!
Adam Campbell et Jean David Mehri, à l'oeuvre, c'est un duo inattendu, sons brefs et insistant du saxo, amplifié en écho, comme un cor de chasse, strident, au Lointain.Très contrastée, la musique est enjouée, en volutes et spirales, le son lancinant tenu en fond sonore.Sensuel, caverneux, le son sourd, affolé à la Garbarek parfois, en salves déchirantes, cinglantes.Fracas, débris de sons, fureur pour entamer au final une accalmie, contraste frappant, désorientant.

Etienne Haan pour "Eclipse" va prouver qu'un chef d'orchestre peut se doubler, s'oublier, se dédoubler: parti des sons de neuf gestes de danse, voici une musique interprétée par un danseur, alors que derrière lui les musiciens et un "vrai" chef d'orchestre bat la mesure.
Idée originale qui donne à voir la musique par le truchement d'une danse magnétique: celle du jeune et longiligne Clément Debras :Face au public, il réinterprète les gestes du dirigeant, sans jamais les mimer, sans pathos: jeu de mains, tremblements, postures complexes, acrobatiques, genoux souples se dérobant, doigts en position de cou et bec de cygnes, lac des signes cabalistiques d'une danse de chef de tribu qui jamais ne regarde les musiciens, sauf exception pour s'assurer qu'ils sont bien encore là! Un chef à l'envers, très narcissique, relax, désinvolte, primesautier, poignets hyper mobiles sans baguette ajoutée. Stature fière et attitude nonchalante se conjuguent pour ce chef qui n'est pas dans l'ombre comme son compère à qui il tourne le dos: Armand Angter, au travail, dans le noir face aux jeunes interprètes
Il lui prend la vedette et ne s'en lasse pas!Étiré sur les pointes, toréador, aux gestes brossés, tétaniques, on regarde la musique danser, incarnée, jamais caricaturée ou redondante.Noble, fier, se caressant le long du corps, il borde sa danse de ses bras, enveloppe son corps, en courant marin possédé par les vagues: des ondes le parcourent par les hanches: son corps est aussi instrument et métaphore. Sous son plus beau profil à la Israel Galvan, ce jeune homme qui danse fait songer à Angelin Preljocaj, précis, précieux, versatile, futile en diable. Alors, la musique est bonne qui inspire cet univers burlesque, humoristique aussi, décalé, distancé. Ombre, double ou doublure du chef, dos à dos en dialigue d'aveugles mais pas de sourds, le danseur danse (dixit Baschung) Le regard vers nous, interrogateur ou séducteur, conducteur de grâce et d'enchantement.La scénographie originale de la pièce lui doit beaucoup, se joue de la plasticité de son corps, des étirements des vêtements: il se renverse, se plie mais ne cède pas, penché, courbé, en vrille ou spirale; il s'affole, s’agite déborde de son mètre carré de surface dansable, en tours, glissades, envolées, gestes enrobés
Dans le noir final, l'obscurité dévoilera le vrai chef, bras tendu dans l'ombre, petites mains discrètes et efficaces: qui est le vrai chef: celui qui guide le son, ou celui qui implique le regard et donne à la musique un espace éphémère de vie, unique!Oeuvre qui fera date dans ce "laboratoire" expérimental de scénographie, composition et interprétation. Andréa Baglione à la conception originale de ce projet.
Et un artiste complet à suivre: Clément Debras, à Millepied,  à Petipa !

Pour terminer ce concert éclairé,Benoit Soldaise pour "Vingt sept";
Sous la direction d'Emmanuel Séjourné, place aux percussions: des gamelles et des bidons qui se bidonnent, c'est pas du bidon: alors en marche pour cette opus martial, où l'on frotte, on gratte du polystyrène en poly sons, on tape sur des cymbales Des cloches, des sifflets pour un joyeux tohu-bohu ludique plein d'humeurs et d'humour; six percussionnistes enjoués inventent des sons égrainés, ensablés, des chants de coq ou de grillon, comme dans une volière en folie, une basse cour perturbée par l'apparition d'instruments distrayants le banal quotidien: "panique à la cour"dans les brigades et batterie de cuisine pétrolières: marche militaire solennelle burlesque et décalée, montée en puissance assourdissante, quelques contrastes mystérieux et les ambiances sont campées. Froissement de toile de survie, verre à eau résonant, quelques gestes frappant de musique avortée, stoppée en cour de geste: le chef autoritaire, arbitre de ce match désordonné et indisciplinaire, semble bien s'en remettre.
Concert réussi, chatoyant et attestant de l'originalité, de la liberté donnée aux jeunes créateurs de tout poil pour inventer la musique d'aujourd'hui: du "fait maison" en direct avec les produits du marché, cuisine intuitive, raffinée, déstructurée ou sage-pasage: comme il vous pklaira! Le charme opère, la voie est libre!