jeudi 19 janvier 2017

"El Perro (De) Andaluz++++ Accroche Note: portrait croisé: Georges Aperghis, Helmut Oehring


Après un premier concert à Strasbourg en novembre 2013 de l'Ensemble El Perro Andaluz, et une invitation d'Accroche Note à Dresde dans le cadre du festival Impulse der Musique Spectrale en janvier 2014, ces deux Ensembles décident de se fédérer dans un projet commun consacré à la musique de Georges Aperghis (France), et Helmut Oehring (Allemagne), avec la participation des étudiants de la HEAR. 

Georges Aperghis Il Gigante golia pour soprano, clarinette, piano, percussions (1975) 
Georges Aperghis Les lauriers sont coupés pour soprano, mezzo, flûte, hautbois/cor anglais, basson, trombone, alto (1975)
Helmut Oehring Wrong pour chanteuse sourde, hautbois, clarinette basse, alto, guitare électrique, percussions, électronique (1993-1995)
Helmut Oehring Angelus Novus I pour flûte basse, trompette, clarinette basse, quintette à cordes, guitare électrique, piano préparé, percussions (2014)

Accroche Note
Françoise Kubler, soprano / Donatienne Michel-Dansac, mezzo / Ruth Pereira, flûte / Armand Angster, clarinette / Aurélien Laizé, hautbois-cor anglais / Luca Di Lazzaro, basson / Sébastien Curutchet, trombone / Amélie Valdes, alto / Sylvie Reynaert, percussions / Nina Maghsoodloo, piano

El Perro Andaluz
Christina Schönfeld, chanteuse sourde / Arnfried Falk, hautbois / Albrecht Scharnweber, clarinette basse / Marie-Florentine Schilling, trompette / Robin Soudière et Alexandre Cottin, violons / Emily Yabe, alto / Iida Hirvola, violoncelle / François Iltis, contrebasse /Johannes Oellinger, guitare électrique / Sabrina Ma, percussions / Martin Baumgärtel, électronique / Lennart Dohms, direction

De l'audace, toujours de l'audace!

Un concert hors pair qui allie deux écritures singulières pour deux ensembles que l'audace n'effraie pas: celle de surprendre et de livrer au public des oeuvres inédites, d'offrir des territoires de découverte infinie.
Aperghis avec son "Il Gigante golia" donne l'occasion aux artistes d'exprimer à travers son écriture, les facettes de leurs talents d'interprètes : Françoise Kubler, étonnante, toujours par la pertinence de ses intonations, la justesse de son jeu, délicat et discret, la précision de sa voix, alliée à la complicité des autres interprètes, Armand Angster, chantonnant, percutant aussi lors de la prestation. 
Avec "Les lauriers sont coupés", inspiré de la chanson polyphonique de la Renaissance française, les dissonances inondent l'espace musical, les voix des deux chanteuses, complices et complémentaires, s'allient, se marient pour mieux se confondre; Donatienne Michel-Dansac, remplaçant "au pied levé" le rôle de duetiste, étonnante par sa façon de ponctuer, respirer et prendre des appuis pour défier toutes les difficultés de la partition. Atmosphère ludique, légère, empreinte de soleil et de couleurs chatoyantes.....

Helmut Oehring, en contrepoint, parait sérieux et grave avec "Wrong", une oeuvre servie par l'ensemble "El Perro Andaluz et son chef Lennart Dohms: singulière présence d'une chanteuse "sourde" qui chorégraphie littéralement la musique par son langage des signes et la portée très précise dans l'espace de notes visibles, comme dessinées et calligraphiées. Belle gestuelle, pesée, mesurée, précise et fort gracieuse à regarder se répandre dans l'espace.Christina Schonfeld s'y adonne avec passion, mesure et compose des images fortes et retentissantes, malgré l'absence de sonorités audibles! 
"Angelus Novus" pour clore le concert, en hommage au titre éponyme d'une oeuvre de Paul Klee, surprend par son acoustique amplifiée, sa guitare électrique et l'ensemble des musiciens, renforcé par la présence d'étudiants de la HEAR;
Que de rencontres et d'échanges fertiles entre ces artistes et compositeurs qui n'hésitent pas à confronter leurs univers, leurs pratiques et les confier à des interprètes à l’affût du risque, du danger et aussi du plaisir d’interpréter! Des qualités qui caractérisent fort bien la nature de l'engagement artistique de l'Accroche note!

Au conservatoire de Strasbourg le 19 Janvier 2017

mercredi 18 janvier 2017

"Prévert pour vivre": Christophe Feltz et Catherine Javaloyès ,félins pour l'autre....



Un trio pour évoquer Prévert et tout son univers...Le bonheur est bien dans ce Prévert, ce soir là au Café Brant de Strasbourg, une brasserie conviviale de bon ton. La salle est pleine de convives réunis pour partager le boire et le manger, puis l'écoute attentive de ces trois mousquetaires du franc parlé poétique de l'homme discret que fut Prévert. Attention embarquement pour une heure de spectacle truculent, magique et poétique où s’enchaînent, maille par maille le tricot de 52 textes récoltés , réunis, classés ou en joyeux désordre. Depuis 10 ans déjà les comédiens sillonnent le territoire avec ce morceau de bravoure de référence, avec succès, passion, conviction, habités par les mots, le texte ... Tout près de l'homme, vers son humour noir, sa poésie, son sens du vire langue, des calembours et jeux de mots dans une chanson de gestes fort bien orchestrés et mis en scène."Pressons, pressons", l'heure est grave et joyeuse, comme un ballet musical, ponctué par des bribes enfantines et ludiques de percussions live de Francesco Rees. Du franglais, du verbe pour le meilleur corps d'une mise en bouche subtile des plus fameux ou des plus inédits des vers ou rimes de Jacques....Dans le métro, on rêve, à l'école on tente d'être, on passe son temps titanesque à saute mouton , au dessus des nuages dans l'univers surréaliste de Prévert, parfois durassien ou à la Devos, toutes les filiations se dessinent et l'on jubile, tant il y a à voir et à entendre dans ce "Prévert pour vivre"! Un véritable suspens cinématographique rappelle l'amour de l'auteur pour le cinéma, ses dialogues, ses rebondissements, ses meurtres ...Son cynisme aussi quand Adrien perd la tête et que son corps court encore en corps!
C'est bien construit, joué dans la subtilité, le contraste, l'apnée ou le silence, la fougue ou la discrétion. Étonnez nous encore chers comédiens avec la fuite du roi des cons, le gavage par entonnoir d'un homme sans tête qui la fait mauvaise.Prévert en couleurs ou en noir et blanc comme sur la pellicule !

Plaisir de redécouvrir un parolier, un homme de plumes et de distanciation, un écrivain "populaire" dans un lieu tout aussi convivial
Belle prestation de Catherine Javaloyès, gouailleuse comme Arletty, joyeuse ou paumée, toujours dans la finesse et la bonne dose d'un jeu très physique, chorégraphié dans l'espace tracé par des gestes mesurés, sentis, Christophe Feltz, tout de nuance, de tendresse, pétri d'amour, de douceur et candeur ou de naïveté. De colère aussi, de fureur de désolation: la vie en quelque sorte !
Ce soir là, l'ambiance est aux retrouvailles avec la comédie de la vie, de la justesse sans nostalgie de l'évocation libre de droit d'un magicien du verbe incarné !

Play mobil dance !