Après nous avoir ravis avec des spectacles où la qualité
technique est au service d’univers poétiques enchanteurs, Rocío Molina,
cheffe de file de la nouvelle génération flamenca, propose une soirée
performance. Pendant trois heures, elle expérimente de nouvelles voies
avec des artistes invités et le public.
Bien que très codé, le flamenco a toujours su se régénérer grâce à la
liberté d'interprétation de ses artistes et à leur inventivité. Rocío
Molina fait partie des têtes pensantes et chercheuses qui explorent de
nouvelles voies pour un flamenco vivant, à partager avec les nouvelles
générations. Impulso n'est pas un spectacle mais un event,
une performance en direct. Sorte de laboratoire où le public serait
convié, c'est une étape dans le processus de création d'un spectacle qui
aura lieu en mai 2020 en Espagne. La chorégraphe invite des musiciens
et danseurs de flamenco, mais aussi des artistes d'autres disciplines
qui échangent avec elle pendant trois heures. Impulso est pour
elle une impulsion vers l'inconnu, où la part d'improvisation est
importante. L'artiste y met aussi à l'épreuve des investigations
chorégraphiques et musicales. Une soirée à vivre, au plus proche des
interprètes et du processus de création. Marie-Christine Vernay
mercredi 29 janvier 2020
mardi 28 janvier 2020
"Muyte maker": panique distinguée au poulaillier !
Flora Détraz / Cie PLI
Muyte Maker : "cages à oiseaux", "faiseur de troubles" , "soulèvement"
France, Portugal / 4 interprètes / 50'
Tableaux grotesques, chansons triviales, rien n’arrête le défilé des métamorphoses dans Muyte Maker.
La pièce de Flora Détraz fait exulter les corps. Inextricablement liés,
chants et danses s’y accordent et désaccordent au gré d’une sidérante
bacchanale. De quoi est faite notre joie et quelles sont ses
manifestations ? s’est demandé Flora Détraz en abordant la création de Muyte Maker.
Chanter à pleine voix, éclater de rire à plusieurs, danser à l’aveugle,
papoter avec volubilité, la joie serait-elle faite d’excès, de corps
désobéissants et irrationnels comme en témoignent ses illustrations ? Au
cœur de ce spectacle interprété par un quatuor d’interprètes féminines,
danseuses et musiciennes, la joie est aussi force de résistance et de
création. A la suite de ses précédentes pièces, Peuplements, Gesächt et Tutuguri,
Flora Détraz explore la relation entre la voix et le mouvement, la
danse et la musique, en immergeant sa recherche dans l’imaginaire
médiéval et ses polyphonies, mais aussi « en abordant les corps dans une
logique d’hybridation où sacré et profane se mêlent de manière
incohérente et déroutante ». Véritable machine célibataire, cette pièce
qui emprunte son titre à une ancienne expression flamande signifiant «
mutinerie », questionne aussi la représentation de la féminité et la
place du corps dans nos sociétés.
Quatre paires de gambettes bien éclairées nous attendent sur scène, comme des personnages sans tronc dans des positions diverses.. Une chorale de "coucous", koukou's klang , horloges suisse démarre une joyeuse ligne mélodique, en canon, comme un jeu de pendules anciennes coiffées d'ornements décoratifs kitschs et désuets.
Sur un fond de rideau bien vert, les quatre personnages énigmatiques sont attachés au bout de leurs nattes aux cimaises par des crochets de boucher. Tel un "méli-mélo" ou des figures de jeu de cartes, elles -puisqu'il s'agit de femmes- entonnent un chant choral, à cappella, poétique: un "cucu!" du XV ème siécle, trouvaille musicologique fort belle !
Des mimiques très fouillées évoquent sorcières et chimères, volatiles ou poulettes suspendues aux cintres du volailler...Basse-cour pour basse danse contemporaine, jeu théâtralisé, une once.L'air mutin et malin, espiègle et bon-enfant de ces quatre poules dans le vent de la dispute augure d'une prochaine panique au poulailler.
Musique de doigts sur table, ce long étal qui accueille leurs ébats devient la scène supérieure d'une "cène" biblique, quasi christique quand l'une d'elle semble planer en piéta ou vierge Marie au dessus des autres. Icône frappante, esthétique très travaillée, picturale, peinture de référence d'une époque courtoise et chevaleresque.
La gestuelle dérape, se perturbe, poulettes ou cocottes gloussant de joie. Des "elles" aux épaules, volatiles ailées, zélées: comme des corps de poulets ou chapons suspendus aux crochets de la boutique: "gibier, volailles, etc..." Prêts à être sacrifiés sur l'autel: des galops de bras, des caquètements sourdent des superbes mélodies médiévales référencées dans un choix judicieux et inédit.
Débandade vocale, rigolade et autres émissions de voix, orchestrées, ficelées au cordeau Comme des figures immobiles de cathédrale,elles posent impassibles, pour l'éternité et nous regardent, nous contemplent.Les jambes ourlées d'éclairage rougissant, flamboyant. Ca glousse en toutes langues, comme des sirènes digne d'une composition musicale contemporaine....Qui divague, défaille, s'évanouit dans l'espace -temps.
A distance, elles s'interrogent: un superbe jeu de jambes les réunit à nouveau et focalise l'attention; au cabaret des volatiles, l'ambiance est bonne et ludique Des rires fous, voisins des "Ha Ha" de Maguy Marin, trahissent les affinités avec la danse-théâtre et régalent nos appétits de burlesque tragique ou absurde.Qui sont-elles ces créatures fantasmées sorties tout droit d'une BD ou d'un conte fantastique?
Et c'est au finale, la grande inversion, tête en bas, jambes en l'air dans une partie surprise de tête bêche, de jeu de carte. Bestiaire fantastique résonnant de ces chants de Janequin et d'autres auteurs-compositeurs du XVI ème siècle renaissant.
Hors du temps et des frontières, voici un spectacle qui balance et suspens ses proies aux cimaises d'une volière pleine de charme, de courtoisie amoureuse, de clémence et de réjouissances très sensitives. A l'écoute, ce concert choral a cappella sur les voies et routes romanes frise le gothique et le jeu très corporel de ces cantatrices hors normes: danseuses de toutes leurs voix , sur la bonne voie des sentiers de l'âne où il fait bon brouter le sauvage, le décalé, l'incertain de la découverte.
Ce quatuor à corps, à cordes vocales est d'une grande distinction et préciosité, déjantée, décalée!
L'année a vraiment bien commencé avec "elles", femmes, danseuses, engagées, choisies pour leur incongruité, leur insolente démarche au regard de la danse.
A Pole Sud le 28 Janvier .
Quatre paires de gambettes bien éclairées nous attendent sur scène, comme des personnages sans tronc dans des positions diverses.. Une chorale de "coucous", koukou's klang , horloges suisse démarre une joyeuse ligne mélodique, en canon, comme un jeu de pendules anciennes coiffées d'ornements décoratifs kitschs et désuets.
Sur un fond de rideau bien vert, les quatre personnages énigmatiques sont attachés au bout de leurs nattes aux cimaises par des crochets de boucher. Tel un "méli-mélo" ou des figures de jeu de cartes, elles -puisqu'il s'agit de femmes- entonnent un chant choral, à cappella, poétique: un "cucu!" du XV ème siécle, trouvaille musicologique fort belle !
Des mimiques très fouillées évoquent sorcières et chimères, volatiles ou poulettes suspendues aux cintres du volailler...Basse-cour pour basse danse contemporaine, jeu théâtralisé, une once.L'air mutin et malin, espiègle et bon-enfant de ces quatre poules dans le vent de la dispute augure d'une prochaine panique au poulailler.
Musique de doigts sur table, ce long étal qui accueille leurs ébats devient la scène supérieure d'une "cène" biblique, quasi christique quand l'une d'elle semble planer en piéta ou vierge Marie au dessus des autres. Icône frappante, esthétique très travaillée, picturale, peinture de référence d'une époque courtoise et chevaleresque.
La gestuelle dérape, se perturbe, poulettes ou cocottes gloussant de joie. Des "elles" aux épaules, volatiles ailées, zélées: comme des corps de poulets ou chapons suspendus aux crochets de la boutique: "gibier, volailles, etc..." Prêts à être sacrifiés sur l'autel: des galops de bras, des caquètements sourdent des superbes mélodies médiévales référencées dans un choix judicieux et inédit.
Débandade vocale, rigolade et autres émissions de voix, orchestrées, ficelées au cordeau Comme des figures immobiles de cathédrale,elles posent impassibles, pour l'éternité et nous regardent, nous contemplent.Les jambes ourlées d'éclairage rougissant, flamboyant. Ca glousse en toutes langues, comme des sirènes digne d'une composition musicale contemporaine....Qui divague, défaille, s'évanouit dans l'espace -temps.
A distance, elles s'interrogent: un superbe jeu de jambes les réunit à nouveau et focalise l'attention; au cabaret des volatiles, l'ambiance est bonne et ludique Des rires fous, voisins des "Ha Ha" de Maguy Marin, trahissent les affinités avec la danse-théâtre et régalent nos appétits de burlesque tragique ou absurde.Qui sont-elles ces créatures fantasmées sorties tout droit d'une BD ou d'un conte fantastique?
Et c'est au finale, la grande inversion, tête en bas, jambes en l'air dans une partie surprise de tête bêche, de jeu de carte. Bestiaire fantastique résonnant de ces chants de Janequin et d'autres auteurs-compositeurs du XVI ème siècle renaissant.
Hors du temps et des frontières, voici un spectacle qui balance et suspens ses proies aux cimaises d'une volière pleine de charme, de courtoisie amoureuse, de clémence et de réjouissances très sensitives. A l'écoute, ce concert choral a cappella sur les voies et routes romanes frise le gothique et le jeu très corporel de ces cantatrices hors normes: danseuses de toutes leurs voix , sur la bonne voie des sentiers de l'âne où il fait bon brouter le sauvage, le décalé, l'incertain de la découverte.
Ce quatuor à corps, à cordes vocales est d'une grande distinction et préciosité, déjantée, décalée!
L'année a vraiment bien commencé avec "elles", femmes, danseuses, engagées, choisies pour leur incongruité, leur insolente démarche au regard de la danse.
A Pole Sud le 28 Janvier .
lundi 27 janvier 2020
"Vers Mathilde":deux guerrières qui s'étreignent.
Ce film c'est une histoire de confiance. La confiance de Mathilde. Et le film a essayé d’attraper le travail en train de se faire, le mouvement de la pensée de Mathilde, la pensée de la danse, du corps, du groupe, c'est-à-dire de la mise en scène."
(Claire Denis)
La silhouette de Mathilde se profile, elle marche les pieds dans l'eau, dans le sable...
Beau travail que cette rencontre entre deux femmes de mouvement, ce "retrouvons-nous" pour faire l'expérience d'un film, quasi sans écriture préexistante, si ce n'est celle du désir qui pousse à oser franchir les lois de l'ordre pour instaurer le désordre.Que les choses ne soient pas "claires", surtout.
Ce film c'est "pour Mathilde" pour filmer son travail en toute confiance, respect et considération des situations qui s'inventent avec la caméra. Pas "en espion, ni caméra de surveillance", mais plutôt dans un coin pour ne pas gêner... Dépasser le stade de l'intervention, pour aller au coeur des choses dans le vif du sujet ou les sujets à vif: les danseurs pris dans les mailles du tournage, jamais prisonniers et même parfois bousculés, dérangés par l'intrusion ou la seule présence de la caméra: la séquence où cette danseuse excédée par une gêne épidermique contre la caméra intrusive,révèle cette colère physique pour produire gestes et résistances extra-ordinaires. Au delà d'un travail de recherche ou de répétition.
Claire Denis filme"quelqu'un" ,filme son corps, celui de Mathilde au travail, comme un souffle, un désir vers l'autre. Quand elle filme Mathilde dans l'intimité de son échauffement, c'est à vif mais sereinement, engagé jusqu'au bout comme l'énergie d'un geste dansé.
"Rayer l'espace" ou la pellicule, en faire un "brouillon" pas toujours propre, raturé, sur lequel on revient, griffonnant autre chose...
La découverte de l'autre anime Claire Denis, au delà du portrait ou du biopic. Mathilde avoue avoir été déstabilisée en étant filmée dans la fragilité des créations ici mises à nue: "Déroute" "Allitération"...L'expérience extrême de ces moments uniques met en situation de doute les deux femmes, les anime d'une sincérité à fleur de peau Elles cherchent, doutent et en augmentant le regard percent le secret de la caméra: capter l'innatendu, le "nouveau" qui fait irruption lors de ces moments qui ne ressemblent à aucun autre.Pantelantes toutes deux devant l'interprétation de I-fang chavirée par l'ingérance de l'oeil de la caméra
"Voir quelqu'un danser cela donne l'impression de savoir le faire", comme le dit Jean Luc Nancy et le confirme Claire Denis
L'empathie ainsi jusqu'au bout des terminaisons nerveuses: un vrai "travail dansant" de spectateur actif!
On retrouve dans le film la parole de Mathilde, ses "en dehors" dedans, ses "failles" où elle se plait à glisser...Son attitude à l'écoute auprès des danseurs qui osent et se lancent dans la bataille de la danse.
Toutes deux "guerrières" dans ce nerf du temps qui hérisse et fait avancer au delà de toute préoccupations préméditées.S'engager, comme dans un singulier combat pour Claire Denis dont on se souvient du film "Beau Travail" avec Denis Lavant, soldat mis en corps par Bernardo Montet dans une ambiance d'entrainement vain et non productif: mais si beau à voir, à sentir, à humer...
Projection, rencontre au cinéma Star à l'occasion de l'inauguration de la résidence de Mathilde Monnier à L'UDS Arts du Spectacle vivant
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