dimanche 2 février 2020

"Comment je suis pas devenu chanteur": Yann Siptrott dit Caillasse ! Par ici la bonne soupe aux cailloux !


"C'est un conçâtre ou du théçert"

«Bonsoir. Heu, je préfère vous le dire tout de suite, j’ai menti…
Voila. En fait je suis quand même devenu chanteur… Je suis devenu chanteur quand même, mais un peu différemment. Pas comme je pensais…
Ce spectacle ça sera un concert, mais autour de l’histoire d’un chanteur et de son parcours dans le milieu de la musique. Ca sera des anecdotes, des histoires, entendues, vues, vécues, un carnet de voyage musical.
Ca sera aussi un coup d’oeil sur le processus créatif et sur le chemin qu’on a, qu’on veut, qu’on rêve et qu’on finit par se construire, chanson par chanson, note par note.
Ca sera les pires moments vécus, qui deviennent souvent les souvenirs les plus drôles. Ca sera les instants magiques qui eux ne laissent qu’une trace magnifique et volatile. De celle qui nourrissent l’âme et l’esprit. Et qui font que les chansons vivent.
On y parlera d’étoiles aussi ou de système solaire et on s’amusera à défaire quelques équations. Une chanson, c’est un monde en soi non?
Alors nous tenterons de voyager de monde en monde comme de bons spationautes avec comme fil rouge, l’histoire d’un chanteur du XXIe siècle.»

C'est pas au lance- pierre, ni dans un nid de poule, encore moins dans des éboulis que l'on retrouve notre héros en compagnie de ses acolytes: on a failli les lapider de peu tant  la salle est comble et que les pierres se font "rares" !Les plantes de rocaille vont pousser la chansonnette !

C'est sur le chapeau de roue que tout démarre sur fond de décor de faux mur de cageots-caisses de bière empilés...Ouverture en fanfare et grandes pompes pour ce quintet à cinq feuilles: un morceau très swinguant, dansant en diable: le ton est donné, la couleur annoncée: on ne va pas s'ennuyer aux dires de cet escogriffe, raconteur de balivernes et boniments Comment on ne devient pas chanteur, à travers l'énoncé jovial des péripéties de la longue marche des démarches et idées truculentes pour ne pas faire ce qui a été déjà fait dans le domaine de la musique, de groupe, de chambre rock bien chambrée !
"Sémaphore" qui tourne en rond pour des histoires de bonbons....Ou comment se faire rattraper par la foule qui n'est pas en délire sans retomber dans l'oubli, comment être célèbre à la tv ...Quelle galère, la vie d'artiste ! Alors Yann se vautre dans les rangées de spectateurs, intrusif "mouton" bêlant, joue à saute frontières de France Inter à Franche culture pour des "punkitude, reggaeitude" façon franceinteritude pour niquer la chanson française à concurrencer!
Qu'à cela ne tienne, il reste les ondes de jeunitude en mode  franceculturitude pour se faire une place dans le show-business ...Toujours made in tarlesoiritude...


Chemise blanche, jean moulé, seyant, voilà Yan Caillasse, chapeau sur crâne rasé qui se fait "toi et beaucoup d'autre" sur fond d'images vidéo projetées sur le mur de canettes de bière.. "Je sais pas quoi faire" ni coif'hair, cheveux au vent dans la foule ici évoquée. Avec la guitare sèche pour compagne de route dans un univers d'images aquatiques... Un morceau doux et apaisant dans ce flux de musique tonitruante. Dans une riche énumération fantaisiste de métiers imaginés, fabuleux inventaire d'un savoir-faire qu'il se cherche !
Et si l'on "faisait des reprises" pour se singulariser ? Rafistolage de tubes comme "Merde à Vauban" sur fond de vagues déferlantes sur l'île de Ré !
Au bagne, comme au bagne...Mais il progresse notre graine de chanteur qui se métamorphose en plante croissante , images de verdure accélérée comme les films d'archives du botaniste Albert Kahn !
Volutes et plantes des pieds pour ne pas se planter sur scène...Mauvaise graine ? Surement pas, que cette plate bande de complices sur le parterre de l'Espace K, Katastrophe..
Pierres qui roulent n'amassent pas mousse de bière dans les gosiers de ses Pantagruel gargantuesques de la musique rabelaisienne. Alors à coups de caillasses, sur l'éboulis des moraines glacières, au pied du verrou, qui fait barrière-barricade, on se fait lapider avec joie dans la bonne humeur. Lynchage garanti et salvateur pour les amateurs de rocs n'roll, façon rolling stones désopilant.
Etre "à la page" avec un business plan serait de bon ton, mais "je suis obsolète" et pas à la mode  en ces temps où le ciel se couvre, le vent tourne et retourne sa veste.
Dans une ambiance à contrario d'images d'effondrements d'immeubles qui se reconstituent, rembobinant le temps, à contre-temps, le show se renforce d'un guitariste pour un morceau d'enfer un peu country-bashung: le vieux monde tourne encore .Meme si les producteurs mettent des bâtons dans les roues, on "restera debout", poings pour match de boxe en images projetées. La musique est un sport de combat, plein d'humour et de sarcasmes, de distanciation et d'autocritique!
Etre qu'un qui chante comme les lendemains merveilleux, porteurs de chance: des dessins psychédéliques de visages crayonnés sur la toile vidéo, pour un voyage ethnique singulier et fantasmé...
Racaille, on casse rien, caillasse sur paillasse musicale inconfortable laboratoire de sons poly-sons, polissons et malins comme ce diable de Yann Siptrott, lutin débonnaire, conteur de fables , énervé, tracassé, agité du bocal.

Trois rappels pour faire de belles reprises et surprises, pour raccommoder, réconcilier les uns et les autres sur la boule de buis que nos mamans utilisaient pour réparer les pots cassés, les chausettes trouées, millepertuis de fortune..
Yan Caillasse, le roi du roc qui agace les appâts du gain, solide,hiératique figure pétrifiante, amateur de bonne soupe aux cailloux, street food d'un beau voyage au pays de la chanson.
Surtout qu'il ne "devienne pas chanteur" ce colporteur de bonnes nouvelles enjouées, sur fond de gravité : la musique est malmenée, harcelée, alors on la chouchoute en compagnie de ces médecins malgré eux qui font de la bonne versification prosodique "maison", made in Siptrott..
On souhaite une belle carrière d'exploitation à Yan Caillasse !
Ne jeter pas la pierre au chanteur-paysan-poète, on est derrière !

A l'Espace K jusqu'au 1 Février

Guitare: Christophe Alzu
Basse: Olivier Bekrich
Chant: Yann Siptrott
Son: Bertrand Truptil
Lumière: Christophe Mahon
Costumes: Maya Tebo

samedi 1 février 2020

"Notre Dame de Paris, l' Eternelle": Zvardon , prophète .

Sa charpente et sa flèche sont parties en fumée le 15 avril dernier, mais Notre-Dame de Paris retrouve sa superbe dans un bel ouvrage paru cet automne.


Quelques semaines avant le violent incendie qui a ravagé l'édifice le 15 Avril 2019, le photographe d'origine tchèque Frantisek Zvardon tirait le portrait de la célèbre cathédrale.
Dans Notre-Dame de Paris, l'Eternelle, ouvrage paru cet automne aux éditions du Signe, il s'associe à l'écrivain et biographe de Jean-Paul II Alain Vircondelet "pour magnifier sa splendeur millénaire, se souvenir de sa magnificence, de l'ampleur du désastre et de ce qui a été sauvé", écrivent-ils.
Les deux hommes ne font pas mystère des ravages causés par les flammes et rappellent que pour la première fois, Noël ne pourra pas y être célébré cette année. Mais ils préfèrent mettre l'accent sur les joyaux préservés : les vitraux, les reliques, l'autel majeur ou le grand orgue.
Notre Dame de Paris retrouve sa superbe dans un livre hommage.Les plongées ou contre plongées vertigineuses nous font pénétrer dans ce haut lieu, les vitraux tremblent encore de leurs couleurs vibrantes, les statues se sont tuent et gardent leurs secrets.La pierre parle dans ses teints de peau à la carnation vive et soyeuse.Notre Dame, femme de Paris le long de ses berges qui l'hébergent et l'entourent amoureusement.Un monument humain pourtant, accessible au regard et à la pensée, gothique mais flottante, berceau d'Esméralda, la danseuse du parvis, flèche bondissante et enflammée de ferveur et d'érotisme...Regard étoilé de Zvardon sur cet édifice, prisé des curieux, paiens ou croyants.
Un côté universel et spirituel de la photographie, transcendé par le risque ou la douceur de dévoiler la face, le corps caché de la grande Dame de Paris !

Notre-Dame de Paris, l'Eternelle, Alain Vircondelet & Frantisek Zvardon, éditions du Signe, 21x27 cm, 80 pages, 2019, 10€.





vendredi 31 janvier 2020

La voix des signes: Michaux,Maulpoix : La vie dans les replis de l'écriture ennoncée.

photo robert becker
Que cherche le poète, dans l’encre, en deçà des mots ? Une autre aventure de signes délivrée de la signification ? Jean-Michel Maulpoix a beaucoup lu Henri Michaux et il emprunte les mêmes chemins de traverse. Un dialogue s’engage à distance... « je peins pour me déconditionner » affirmait l’auteur de « La voie des rythmes ».
Pour traverser d’une autre manière la blancheur et le silence pourrait ajouter celui de « Pas sur la neige ».
60 oeuvres sur papier, encres de Chine, gouaches et acryliques des deux poètes, Henri MICHAUX et Jean-Michel MAULPOIX, entre écriture verbale et écriture graphique.

"Voir et dire"...
Textes de Henri MICHAUX et Jean-Michel MAULPOIX dits par Martin ADAMIEC

Dans l'univers des deux peintres dont les oeuvres sont accrochées aux cimaises dans une maline confusion, Martin Adamiec, grand amateur et fidèle lecteur de Michaux, s'empare des textes de l'un et de l'autre dans une verve toute singulière C'est Michaux avec ses "fourmis" qui inaugure cette course folle à l'audace, à la fantaisie, à la stupeur et aussi à l'absurde. Ses choix sont ceux d'un chercheur de tête, judicieux, inédits et le lecteur révèle aux tympans et autres oreilles aiguisées, les timbres et sonorités du rythme de la syntaxe du peintre-poète. Michaux et son "Plume" exulte sous la langue, dans le gosier de notre conteur-diseur des mots les plus acerbes, tranchants de l'épisode de "La côtelette"! La tension monte, s'enflamme et s’envenime, la situation se complique et tout finit par des éclats de voix, sonore, timbrée comme il faut pour faire apprécier la densité, la force et la tectonique du texte. Adamiec en avocat du diable dans les sentences de plaidoyer pour une rhétorique de comédien à la Olivier Gourmet, sans effet de manche ni de cabotinage
Tout en noir comme les dessins derrière lui qui bougent et s'animent au son de sa voix, réveillant leur destin d'eaux dormantes.
Un jeu animé par la richesse  de ses lignes, taches, traits de calligraphie vocale, de rafales de mots où l'on se sent "chez soi", dans la foule des personnages griffonnés qui le hantent, cette multitude qui grouille, ses ratures qui rassurent ! Avec un lit sous le bras, il séduit les femmes, dans les rues interminables des ville, sans virgule, comme des phrases sans ponctuation, il est tenu à l'errance, la confusion

Michaux avec ses "je" s'adresse à l'autre, le fait complice et témoin dans une salutaire tourmente, tumultueuse, turbulente.Un poids-plume plein de densité, de légèreté, virtuose.
Et les nuages d'être de la partie, essorés, pour notre plus grand plaisir: ça ne fait pas un pli !
A la manière de Lee Ungno et de ses "foules"...



Une belle initiative pour mettre en résonance les oeuvres des deux peintres poètes, si proches, si complices !

A la Galerie Chantal Bamberger
Lectures  les vendredis 31 janvier, 7 février, 14 février et 21 février à 20 heures
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