vendredi 7 février 2020

"1001", les mille et une facéties...Moser/ Kleck à Pfaffenhoffen: imagerie , un peu," beaucoup", à la folie !

1001 est un projet en cours de réalisation. Il est né en juin 2005 d'une envie commune de Corine Kleck et de Véronique Moser d'axer leur recherche essentiellement sur la notion de série et de multiple. A quel moment « beaucoup » n'est plus quantifiable ? Dans la langue française 1001 signifie ce « beaucoup », ce moment à partir duquel on ne parle plus d'unité mais de quantité. 1001, qu'est ce que c'est ? c'est beaucoup, énormément même mais c'est aussi un petit jeu artistique que vous propose Corine Kleck et Véronique Moser pendant 1001 heures. Au-delà, le temps ne comptera plus...



Mille et une raisons de se frotter à l'univers de ses deux plasticiennes atypiques, inclassables trublions iconoclastes qui nous ouvrent cette fois-ci leurs "riches heures" enluminures contemporaines de leur fantaisie, imaginaire et fantasmes.Grimoire étrange et singulier d'expériences plastiques, arts visuels en poupe, étrangeté et énigmes à résoudre au fil des découvertes dans les vitrines et autres supports de leur intelligence maline. Coquine aussi, sage ou passage obligé pour un embarquement au pays de l'absurde, du décalé ou simplement de la diversité des supports, des couleurs, des matières, des mises en scène d'un petit monde que se disputent deux femmes au bord de la crise de créativité sans limite.
Mille et une facéties, divagations et autre récollection curieuse du nombre"10001", ludique, plein ici de la quantité qui fait ici qualité !


du 5 février au 3 mai 2019 | Exposition "1001",
de Corine Kleck et Véronique Moser
 
au Musée de l'Image Populaire

Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 17h

jeudi 6 février 2020

"La chute des anges": Icare se taille la part des anges!


De Raphaëlle Boitel / Cie L’Oublié(e)
© Marine Levitskaya
Coproduction
Ce spectacle fait partie de l’abonnement Parcours Danse
La nature a disparu dans ce monde, peuplé de grands bras mécaniques et d’êtres formatés. Des hommes et des femmes, tels des artefacts, s’exécutent sur une terre dévastée. Et pourtant, ils s’accrochent à la vie, tentent de retrouver un langage, prennent de l’élan pour un nouvel envol. De quelles forces disposons-nous pour renaître du chaos ? À la croisée du cirque et de la danse, Raphaëlle Boitel convie le futur pour parler du présent. Mât chinois, voltige, chorégraphies et inspirations cinématographiques sont ici convoqués avec virtuosité pour interroger les défis écologiques et humains de notre société.

C'est une apparition mystérieuse, portée par un bras de grue, poursuivie par un faisceau de lumière qui nous invite au rêve...
Tel un robot, il aterrit sur des notes de musique surannée...D'étranges créatures apparaissent, en pardessus maintenus par des cintres: sans tête comme des mannequins dans la salle des pendus d'un carreau minier...Valse dans les airs de ces pantins fabuleux, accrochés à leur destin: manipulés, entravés par la pesanteur malgré leurs échappées dans l'apesanteur. Beau tableau surréaliste, suspendu aux cimaises de la boite noire du théâtre. Vision performante pour rentrer dans l'univers singulier de Raphaelle Boitel: dans la penderie, les habits dansent...
A la Magritte, très plastiques.Dans une raideur et mécanique bien huilée des personnages arpentent en frontal et en parallèle le plateau: courses, dépassement, hésitations, pauses. Que du mouvement d'horlogerie sur une musique tétanisante. Puis le groupe se soude et soulève l'un d'entre eux, trophée de chasse ou berceuse de cérémonie funèbre...
Des transports en communs, peu communs, un duo en apesanteur avec de beaux portés, des situation où comme chez Maguy Marin, on fouille un propos sans jamais l'achever !
Des "chuts" en répétition, jusqu'à la saturation et l'évacuation du plateau des danseurs protagonistes qui disparaissent ainsi, chassés par les postillons du maitre à danser !
La lumière sculpte les corps en ronde bosse, petite foule anonyme qui s'agite en vain.On joue avec des barres articulées, cous de girafe, grues manipulatrices dont les mouvements déteignent sur la qualité des gestes des danseurs.Qui manipule qui? Dans cet univers de science friction, préfiguration du chaos, les machines impressionnent, à la conquête de l'éther au détriment du naturel fluide.La lutte avec ses barres articulées, comme des cous de grue-girafe, est impressionnante, à la conquête de l'éther..Virtuose interprétation sur le mat chinois d'un être qui se bat avec l'élévation, cède à la pesanteur, retourne se coltiner le risque pour finalement chuter dans des nuées de fumigène, chute irévocable...Les musiques porteuses de suspens bordent la dramaturgie : de la liberté, de l'aisance à l'entrave, figure de soumission de ses créatures, aux machines. Le pavillon de son maitre, phonographe semble venir comme un aimant aspirant, vampire qui vocifère, des cordes vocales géantes en agrès au dessus d'eux, menaçant d'aphonie....Personnages à part entière, ces mantes religieuses aux pattes longilignes, procèdent du récit, dévorent les êtres, les entravent.Alors que pourtant dans un dernier vol plané magistral, une danseur échappe à cette fatalité, conquiert l'espace, se donne des ailes et rejoint sa part des anges.
Des circassiens, aussi "danseurs", il y en a peu...Et l'on note que la virtuosité est belle et bien présente mais au service d'un récit d'état de corps, de mémoire de matière et d'espace très ressentis.Un dernier balayage de lumières dans la salle pour traquer les anges et l'on s'interroge: sommes nous ces créatures fantasmées en quête de l'impossible et inaccessible apesanteur?
Un ange passe...
 
Au Maillon jusqu'au 8 Février

 

"Petits pas" de Ambra Senatore: à pas de sénateur, âppat de géant ! !

Ambra Senatore / CCN de Nantes
© Bastien Capela La danse d’Ambra Senatore fait la part belle à l’humain. Elle laisse place à la fragilité, au partage et à l’humour. La danse d’Ambra Senatore fait la part belle à l’humain. Elle laisse place à la fragilité, au partage et à l’humour. Petits pas ne déroge pas à cette loi du cœur et franchit la porte des écoles maternelles pour retrouver les enfants le temps d’une courte pièce. Magie des gestes et des mots, ici les histoires se racontent en mouvement.
Les spectacles d’Ambra Senatore s’inspirent de la vie. La chorégraphe aime lui voler ses gestes simples, s’inspirer des mouvements du quotidien, puiser dans les détails de la réalité. En les intégrant à ses pièces, elle les déplace et opère des effets grossissants. Dans sa danse, ils deviennent des matériaux, des situations, des univers.
Cette façon de faire est pour la directrice du centre chorégraphique national de Nantes l’occasion d’entretenir une proximité avec le spectateur : « alors ce qui se passe sur scène résonne en chacun comme quelque chose de familier où l’on peut déceler des décalages, une certaine dérision».
Dans Petits Pas, la parole et la danse font bon ménage pour ouvrir l’imaginaire, jouer avec les mots et les gestes jusqu'à l’absurde. Emmenés par deux interprètes, histoires et mouvements s’entrelacent avec malice. Après la pièce, premier volet de ce programme décliné en trois temps, un moment est consacré aux échanges avec les enfants. Il est suivi d’un atelier conçu sous forme d’exploration dansée.

France / Duo / 1h / Tout public + 4 ans

Accueil chaleureux ce matin à Pole Sud, au studio pour un petit groupe d'enfants. C'est Vincent Blanc qui donne le ton et démarre quelques pas de danse, se mesurant les pieds à ceux des enfants, faisant le funambule à reculons. Tâtonne le sol, se "mesure" à lui, alors que dans l'espace se glisse sa partenaire, Nolwenn Ferry, comme un ricochet d'énergie: grimaces, secousses dans tout le corps, nettoyage du dehors, chute et digressions multidirectionnelles. Sauts et virevoltes, ils s'attrapent, s'amusent et nous livre une petite leçon d'anatomie où les aisselles deviennent ventre et le désordre s'installe vaillamment pour confondre et déstabiliser les acquis conventionnels: la danse est permissive, alors on en profite pour que le ventre soit silence, l'épaule, amitié pleine de poils !
Danser, aspiré par l'oreille, le coude emporté dans une autre direction...En baskets qui crissent sur le sol.Une girafe en torticolis, des histoires qui s'inventent sur des bases de mémoire collective: loup, grand mère mais sans chaperon rouge: tout le monde s'y retrouve, légèrement déplacé, décalé du savoir.
Les danseurs "nomment" les membres dans une poésie singulière, donne corps à des images, des sons et reprennent en reprise et répétition, des gestes déjà exécutés.Comme des pièces d'un puzzle à construire, dans une syntaxe vive, chorégraphique et verbale.
Morceau de choix que cette surenchère de numérotation d'éléphants qui rythment les intentions musicales. C'est drôle et décapant, inventif et ludique, accessible sans être dans un discours didactique ni pédagogique. La danse pour ce qu'elle est: expressive, sensible, singulière.
Pour continuer les bienfaits de cette rencontre qui n'a rien de consumériste, au contraire, les enfants dialoguent, expriment ressenti et effet de surprise:"participer avec le corps tout ouvert", inventer des histoires jamais entendues, : celle d'un motard qui trébuche sur ses cheveux trop longs et tombe chez le coiffeur! Ou cette jeune fille qui arrête la guerre en chantant. Absurde, surréaliste en diable, incongru !
On joue à se tromper, à s'interroger sur le vrai, le faux.

Début d'un atelier de pratique où tous en ronde on fait l'arbre, planté, campé où le vent se glisse sens dessus dessous, où les branches se relient: le vent se lève et tout s'ébranle, les enfants le vivent et quand l'arbre change de jardin, c'est bien parce qu'il n'a pas de "racines" mais des rhizomes communicants.On ventile "rigolo", on rétrécit, on pousse à l'envers en rebobinant le film, on hiberne et ça repousse sur une partie du corps. Plein d'imagination et de pistes de possibles pour les jeunes pousses de danseurs en herbe !
Une histoire collective se tisse au fur et à mesure, secret de fabrication de composition instantanée de danseurs professionnels, s'il vous plait !
Au final, c'est "l'histoire d'un singe qui mange du sable et tous les trucs jaunes dans une camionnette": un vrai cadavre exquis à la Breton !
C'est "votre danse" raconte Nolwenn Ferry avec délicatesse et tendresse, beaucoup de respect et considération pour ce jeune public déjà sensibilisé à d'autres formes d'expression que l'aprentissage "classique".
Puis, on enlève les mots et à la manière d'Odile Duboc, on garde la mémoire de la matière, comme des sensations corporelles intégrées, appropriées.
Du très beau travail qui au finale engendre une "grande danse" en ronde où tout le monde se fait face sans rien se cacher !

A Pole Sud le jeudi 6 février