samedi 14 mars 2020

"Corps-voix": un stage de Sarah Brado Durand. Faire entendre sa voix, trouver sa voie.



Journées de stage de technique vocale, écoute et interprétation, comprenant ateliers collectifs et temps de travail individuels. Vous pouvez assister à une seule journée ou à plusieurs, selon les possibilités et si les thèmes vous parlent.

Horaires : de 10h à 18h.
Tarif : 100€/jour

INSCRIPTIONS UNIQUEMENT SUR https://cally.com/pbxn9w9v7ut9znij
merci de me laisser votre adresse mail dans les remarques lors de votre inscription, que je puis vous contacter si besoin

programme détaillé

mardi 10 mars : oser découvrir et sortir sa voix
journée destinée à toutes les voix qui s'ignorent, n'osent pas sortir, se coincent, se bloquent, restent cachées à l'intérieur, mais qui voudraient se découvrir, s'envoler et se déployer !

mercredi 11 mars : interprétation
au delà de la technique, qui n'est qu'un outil, le but ultime de notre travail : interpréter, transmettre et donner à ressentir ce que nous chantons.

jeudi 12 mars : la voix parlée
exploration des mécanismes de placement et de projection de la voix parlée selon l'utilisation souhaitée : radio, enregistrement, spectacle, conférence, cours....


VENDREDI 13 MARS : connexion corps/voix

Une journée surtout de technique vocale pour que le corps-instrument permette de bien soutenir la voix : comment le corps est support de la voix, comme la respiration se déploie pour soutenir la chant, les mécanismes de mise en vibration du son dans le crâne et de projection....


Superbe session, imaginative, créative, respectueuse mais surtout hors norme, énorme travail subtil de pédagogie ludique, corporelle, intuitive, sensible: les unes et les autres avançant dans la découverte de leur instrument, corps-dansant-chantant aux possibilités infinies d'abandon: le tout orchestré par "une cheffe de cœur du "milieu", non conforme à tout formatage ou apprentissage forcé.De la "kinésiologie" de la voix, de la sophro-danse phoniée extra-ordinaire. Du "sur mesure" taillé dans le collectif pour des habits de lune, de soleil comme "peau d'âne": "préparez votre pâte", votre voix, " dans une "jatte plate": un corps préparé comme un piano à la John Cage.
Les voix émergent, uniques, celle de chacune: timbre, hauteur, volume.
Les résonances s'éveillent, les psoas et périnées s'expriment, les nuques se dégagent, les fréquences et vibratos sont ajustés comme des vêtements taillés sur mesure, haute couture dans cet atelier chaleureux, accueillant, clair et lumineux.
Sarah Brado, praticienne aguerrie, à l'écoute, rebondissant sur les propositions de chacune et telle un pygmalion, façonnant des sculptures mouvantes des corps, accordés aux cordes vocales: autant d'instrument sur lesquels jouer, jouir et s'amuser avec le plus grand sérieux professionnel.
Pétillante et "contagieuse" animatrice-artiste qui a du "chien", du "clito", de la verve à partager
On se sépare, riches d'une expérience unique, émouvante où l'on a "avancé" sur le chemin de l'âne, broutant le meilleur des fourrés savoureux et sauvages.
 Vivement la suite.Je ferai l'intégrale. Merci !

samedi 14 mars : oreille spectrale
On vous a déjà dit que vous chantiez faux ? Que vous cassiez les oreilles de votre entourage, voire que vous aviez peut-être joué un rôle dans les dernières tempêtes ? Reconnaître et reproduire la hauteur des sons vous demande de la concentration, alors que vous en percevez facilement la clarté ou l'obscurité ? Et si vous n'aviez pas de problème, mais juste une spécificité : l'oreille spectrale.... Ce thème est pour vous : Une journée à destination des personnes dont l'écoute est principalement harmonique (écoute des couleurs plus que des hauteurs) : comment appréhender cette différence d'audition et en faire un atout, différencier les hauteurs des couleurs du son, y trouver ses repères et équilibrer les deux


organisation standard d'une journée :

- 10h - 11h : travail corporel, échauffement
- 11h - 12h : atelier collectif
- 12h - 13h : pause repas (à la charge de chaque participant·e d'apporter son repas ou de s'absenter sur le temps de midi)
- 13h - 17h : cours individuels (et publics, chacun·e assiste aux cours des autres)
- 17h - 18h : atelier collectif final

mercredi 11 mars 2020

"L'Aigle Noir" Barbara en majesté ! La longue dame brune en visite.


Pour cette toute nouvelle création, la compagnie Théâtre Lumière s’est immergée dans l’œuvre de la légendaire dame en noir Barbara. Ce spectacle de théâtre musical offre une soirée en toute intimité avec l’essence même de l’artiste : son rapport profond et sensible à l’enfance, son regard tendre et pragmatique aux hommes, sa tendresse, ses blessures, sa fragilité, ses terribles insomnies, son humanité et sa jubilatoire et profonde croyance en l’Amour.

L’univers de Barbara a toujours accompagné les interprètes Clémentine Duguet et Christophe Feltz dans leur parcours artistique. Elle fait partie de ces grandes « plumes » de la chanson française avec Boris Vian, Jacques Prévert, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Georges Brassens ou encore Jacques Brel.

Au cours de ce spectacle musical, vous entendrez les textes et certaines chansons de ses « incontournables » devenus cultes tels que Nantes, Dis quand reviendras-tu, Au bois de Saint-Amand, Ma plus belle histoire d’amour c’est vous...mais vous en découvrirez aussi d’autres plus méconnus, de véritables petites perles rares et précieuses de cette grande dame de la chanson française qu’est Barbara.


Rappelles-toi, Barbara...
De plus de 160 textes recollectés, lus, visités, Christophe Feltz batit un spectacle, au fil de la vie de Barbara: de l'enfance àux amours, de l'âge adulte, de l'épanouissement jusqu'à la mort, l'enterrement.
On est dans des aveux d'amour fou, "comme un aigle royal": les "je t'aime" fleurissent, naturels, évidents.Quant aux aveux "je ne suis pas une grande dame de la chanson", il va de soi que l'on va découvrir la face cachée de Barbara; les textes s'enchainent librement insoirés par les thématiques évoquées "ma plus belle histoire d'amour, c'est vous", comme un hommage au public, une reconnaissance. Chapeau et écharpe noire pour accessoires, Clémentine Duguet nous entraine sur les chemins de Barbara, en sa compagnie, école buissonnière de la chanson, dans un bel engagement sincère, vécu, partagé.La mémoire, l'enfance se délivrent: "toi, mon passé, ma mémoire" surgissent: cela hante Barbara dans une tristesse non dissimulée. Christophe déclame, exulte: "vas", "pars", le monde est un espoir! Et de traverser les miroirs pour donner à voir et à entendre des "la vie est un long je t'aime que l'on doit écrire soi-même!"
"Gottingen", "Saint Amand" s'enchainent, ludique, jovial, Rimbaud et Verlaine se baladent dans des "alcools dorés", des "verse moi à boire" enivrants.Christophe se met à murmurer du bout des lèvres et du coeur, dans un joli jeu engagé, prenant, agacé par les propos de Barbara.
De l'amour qui s'en va, son coeur qui s'arrête, on se quitte en fin d'été par de beaux paysages...Des adieux aussi. Une fille perdue qui a "tué l'amour, et ses rêves. Christophe est désemparé, sans voix, effondré, transi;" je ne sais pas" avoue-t-il et l'on vibre en empathie avec tous les personnages, les multiples facettes de Barbara que l'on découvre forte ou fragile.
Mourir aussi, sereine dans une belle diction rayonnante: Clémentine Duguet, sobre, dans une gestuelle mesurée évoque l'artiste sans jamais l'imiter.L'âge tendre, la jeunesse au corps, au coeur.
Elle "cherche un homme qui ressemble à un homme, mon homme en somme": tout est dit malicieusement dans un ton assuré de revendication féminine !
Un bordel aussi avec des vraies "putes" aux noms savoureux: La Goulue ou Grille d'Egout en seraient jalouses.Encore une "Si la photo est bonne" pour s'apercevoir que l'on n'avait jamais vraiment prêté attention aux paroles!
Que de l'inédit récité, partagé, conté et chanté avec brio: un très émouvant"Il pleut sur Nantes" cède la place à un véritable dialogue, duo complice, en écho entre les deux artistes/
Et la vie va jusqu'à "l'enterrement" fatal: "enterre moi dans un piano noir comme un corbeau" quand je serai morte!
Et ce jour là sera mascarade, et bien "vivant", prolongeant l'oeuvre de Barbara de façon pertinente, inspirée, en phase avec sa révolte, son besoin d'amour, ses aveux de faiblesse, ses moments de bonheur
Un récital plein de verve, de passion, mené tambour battant par deux artistes aguéris à la scène, l'interprétation et au gout de la dramaturgie.
Dites, quand reviendrez vous nous dévoiler les secrets des grands chanteurs de ce monde ?

Avec Christophe Feltz (jeu) et Clémentine Duguet (chant)

Au Café Brant 11 Place de l'Université à Strasbourg les 4 et 11 Mars

"A Vue": le grand dégenrement ! A hue et à Dada !

À vue

Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna de la Compagnie Toujours Après Minuit.


© Christophe Raynaud de Lage

 Bien connues du public de POLE-SUD, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna conjuguent avec jubilation danse, théâtre et musique. Dans leur récente création À vue, les deux artistes ont conçu un épatant jeu de piste autour des identités. Une façon de brouiller les genres qui fait place à l’altérité.
Au théâtre, que signifie percevoir l’autre en réel ? Observer, peut-être, des personnages qui changent à vue d’œil, dans l’espace de représentation mais aussi en dehors. Métamorphose des corps qui ouvre d’autres possibles autour d’un scénario basé sur l’état de passage, la transformation. Car il s’agit ici de bouleverser les perceptions visuelles, physiques, et même celles du sens. Sur scène, trois interprètes, un homme et deux femmes, le premier déguisé en femme, les secondes en hommes, tous trois en quête d’être...un autre. Ils ne racontent pas d’histoires mais entrent en dialogue.
Le texte oscille entre interrogatoire et confession. Dérèglement, révélation, invention, le burlesque n’est pas loin pour questionner ces façons d’être, ailleurs que dans la norme. Où l’on retrouve les grands thèmes de Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna, qui se sont fait une spécialité de ces étranges troubles d’identités. Depuis leur duo El como quieres et jusqu'à leurs spectacles de groupe comme Esmérate ! (Fais de ton mieux), elles examinent l’humain avec humour, sous toutes ses coutures, de son intransigeance à sa vulnérabilité, de son aliénation à sa liberté d’être et d’envisager l’autre.
France, Espagne / Trio / 1h15

Ne tirez pas sur les artistes, "à vue", ne vous laisser pas ravir tout de suite non plus: attendez l'immersion totale pour gouter aux affres et aux péripéties vocales et corporelles de ces trois personnages, bien "typés", en tout genre , en toute "mascarade" caparaçonnée.
Hommes en tailleur- costume masculin bien genré, deux personnes respectables, un Laurel débonnaire qui cause et s'exprime par le verbe, un autre plus destiné à la vision plastique d'un corps très mouvant qui tangue sur son tabouret, se joue des espaces, en "état de siège" permanent
Salle d'attente ou commissariat de police: où sommes nous sinon dans des univers où la conformité est de règle, où les normes sont valeurs sûres et irrévocables. Comment vivre , surnager, respirer dans cette atmosphère confinée de culpabilité, de faute à expier: lesquelles ? Celles d'être soi, différent, unique et responsable de son corps, de sa voix, de ses propos, de ses propres envies et désirs.
Tisane, infusion de  bien "hêtre", bien naitre!D'être homme ou femme, homme et femme, être hybride ou androgyne: "je suis en transe, je suis sexuelle" s'exclame Hardy, face à son-sa partenaire qui dévoile un sein généreux, qui explose,qui sort de son chemisier: icône frappante, très plastique, impertinente et indisciplinée qui montre combien la force de la suggestion va au delà des tabous. Un corps "conforme", normé n'est ici pas de mise.Dans des poses arachnéennes, Roser évolue, telle un animal dansant la tarentelle, souple, bondissante,  "Qu'est-ce qui vous amène" ? Quelle motivation, quel motif nous habite pour avancer?
Les visages se métamorphosent sous des lumière projetées, voilant la face comme un trombinoscope, un photo maton pour mater les êtres, les confiner. Sur une musique répétitive, la danse aux accents très "masculins" de Roser fait mouche Simulation de masturbation discrète, jambes ouvertes, poses et postures machistes, incarnées par une femme, costumée en homme, lui-même perruqué en femme: la mise en abime est drôle, désopilante et dramatique, pathétique aussi.
Un magnifique duo entre les deux protagonistes, dégenrées, comme une sculpture de corps enlacés, les lumières dessinant les contours charnels de ses corps désireux, désirables. Au ralenti.Presque acrobatique.
Un compère, Sylvain Dufour,fait enfiler à une "créature" des "marcels" successifs dans un consentement feint. Curieuse transformation, métamorphose d'un être non identifiable, mais vivant. Le visage caché dans les mains, les chaussures à talons rouges très seyantes, pour stigmatiser la féminité: talons aiguilles à la Almodovar, comme parfois le jeu de Roser Montllo rehaussé par un accent et des tonalités hispanisantes. "Nom, prénom, nom": l'interrogatoire n'est pas terminé dans ce huis clos policé: hors de tout soupçon, innocente créature, accusée de rien, sinon d'être différente.
Deux "jumelles" sœurs de fratrie, en robe grise des années 50 mènent le jeu et acculent la victime en proie à la désobéissance à se révéler. A l'ignorance aussi qui fait tant de ravages: aimer, ne pas casser, comprendre, évaluer, considérer l'autre sans le téléguider et l'humilier.
Traque, poursuite, chasse à courre ou simple détention provisoire au cabinet, au "poste" de police, au tribunal...Dans la salle d'attente, le corps de Brigitte Seth vacille: chez le psy, en garde à vue, en situation d'accusation. Le verbe la défend, les arguments sont corps et voix dans ces beaux duos, trio où une musique de fanfare vient mettre son grain de sel et pimenté les situations; la dramaturgie opère, des marches impatientes traversent le plateau, déterminent l'espace au delà du quadrillage au sol, parking à la Dogville ou Holy Motors cinématographiques. Les jambes de Roser comme des personnages, s'étirant, sensuels, loquaces membres animés de sensualité savoureuse.
"Le genoux de Claire" comme référence à certaines parties du corps si éloquentes.
Un solo, très "dada" de notre araignée, en "bonne sœur" déjantée à la Hugo Ball, traverse le plateau et vient s'écraser au sol, atterrissage sur le tarmac, improbable visite au pays de la norme: c'est énorme et frappant!
Corps machine de ce "jeune homme" en slip noir et soutient gorge, détraqué, à toute blinde , à brides abattues. Être un oiseau, un échassier, jambes nues, longues et fascinantes pattes à modeler le genre: serait- ce le "destin" de Roser, son désir? Être "debout", se tenir droit chez l'humain dans la souffrance: telle serait la question. Mais la colonne vertébrale est courbe alors à quoi bon s'échiner à l'impossible? "Imposture" que cette "station" verticale !
Au finale, trois sculpture dégenrées, robe noire pailletée, chemise et cravate, sous-vêtement comme ornement: tout bascule définitivement dans l'absurde et le beau: tableau à la Bacon, figures et défiguration du geste, de la pause, de l'apparence.
Qui sommes-nous?

"A vue": un titre qui dépote, questionne, accuse aussi. Décale et traque l'artefact: c'est l'auteur Jean Luc A. d'Asciano qui fait levier et inspire le spectacle. Une démarche commune des comédiennes en sa présence pour créer du corps-texte, du geste écrit et incarné pour l'occasion. Création à part entière, commune, du sur mesure taillé dans verbe, mots et matière corporelle pour vivre sur scène un destin éphémère.
Montrer sans artifice, comme un jeu d'enfant cette marelle, scrabble inventif. Les espaces se révèlent: exposition et représentation, intermédiaire aussi, no man's land habité par des errances d'identités nomades.
Surtout "ne pas tout dire" ni décrire comme dans un roman: suggérer finement innommable, l'indicible.
Sur "un plateau", servi par des protagonistes doués de mutations diverses et variées; course de "serveur", de passeurs d'informations secrètes.
Et si l'entretien , la visite médicale ou l'interrogatoire sont montrés du doigts comme des instants inhumains, c'est aussi grâce aux talents de ces comédiennes-danseuses, diseuses de bonne aventure que l'on doit cette pertinence dramatique Ici on forme la personne "à ne pas répondre" et donner moins de place aux mots. Robert Walser, Gertrud Stein veillent au grain.
Avec ce "théâtre qui danse" et cette "danse qui joue" Roser et Brigitte incarnent le trouble et ce palimpseste qui les traverse opère à fond. Des empreintes qui traversent le corps, écrivent leur histoire  dans une grande liberté de "règles du jeu" à transcender.
"Ce qui sort, ça me dépasse" confie Roser et ceci dans une sorte de transe incontrôlée, vivante.Débridée. Parler pour continuer à avancer, comme une bonne pioche dans le Talmud où la discussion est toujours ouverte et de bon aloi.Un système original de rhétorique incontournable pour nos avocates du diable qui le traquent et le convient à la barre, sans miroir, au "milieu" du studio.
Les armes ancestrales du théâtre, brandies comme des trophées, instruments de recherche et observatoire du monde: les "accessoires" aussi, aidant à la mutation lente mais certaine des pensées, actes chorégraphiques qui s'inscrivent sur le plateau comme autant de "signatures" cocasses.


Mardi 10 Mars 2020 à Pole Sud