jeudi 10 mars 2022

"Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones": Jan Martens résiste et se soulève !

 


"Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones" de Jan Martens: résiste !

Le nombre de danseurs est important: 17 sur un grand plateau pour travailler sur l'individu!Plusieurs générations de corps, tous différents, petits ou grand gabarit, sexualité dégenrée, âges variés....Pas de "canon de beauté" à l'horizon de ce travail colossal sur la masse, le groupe qui avance  se déplace, se décale comme des vagues passées au peigne fin de croisements savants hypnotiques; sur une musique de Goreki "concerto pour clavecin et orchestre"   Mouvement choral de résistance, de soulèvement qui gronde.Et surgit en contrepartie, une immobilité sereine qui laisse s'échapper respiration et temps de pose-pause.Sous tension comme un sit-in en opposition à la marche-démarche populaire.Pièce de groupe hallucinante, concentrée, d'une rare efficacité visuelle,qui laisse fuir aussi les différences de corpulence de chacun. Tout se tricote, se tisse et semble se fondre dans la foule. C'est impressionnant et dérangeant.Fascinant à coup sûr!Cette vision de l'humanité en proie au mouvement est faite aussi de diversité et non d'anonymat dans les costumes à la fois haillons autant que fantaisie en rouge pour chacun sans pareil.De quoi méditer sur le nombre, son impact, sa force en se laissant aller dans cette beauté fluide et émouvante.Les circulations savantes augurant d'un ordre consenti pour arriver à ses fins: la force du groupe est unique et sujet à une composition chorégraphique émerveillante!

Au Mailon Wacken les 10 ET 11 MARS

En partenariat avec Pole Sud

samedi 5 mars 2022

"Je vous écoute": les confessions d'un lac d'indifférence.Ou d'empathie.....

 


Ce spectacle est basé sur la transcription de paroles d’anonymes qui racontent leurs inquiétudes, leurs solitudes, leurs espoirs et leurs colères sur une ligne d’écoute bénévole. Que peut-on dire ici à une personne inconnue, qu’on ne peut dire nulle part ailleurs ? Partant de ces myriades de voix solitaires, la metteure en scène Mathilde Delahaye a composé un oratorio, une partition musicale. Récits de vie croisés, silences, tremblements… Elle veut faire résonner ensemble ces singularités qui, au travers de ce qui leur manque, dénoncent un vide et appellent à une transformation du monde social. Je vous écoute met en avant la vitalité et le potentiel explosif que véhiculent celles et ceux qui sont au bord.

Fond de scène comme une fresque sur des corps qui chutent dans l'abime, surface au sol, lisse, huilée, aux reflets miroitants: des haltères immergée...Étrange vision, très calme....Avant la tempête? Une gymnaste vient s'emparer de cet engin de torture pour mieux le lâcher, éclaboussant de toute part: c'est une surface d'eau qui fait reflet!Un violoncelle entame une belle litanie, triste et nostalgique, mélancolique.Des fumigènes envahissent le plateau, un son de décollage d'avion du tarmac et tout démarre. Fin du préambule , de l'introduction, d'un prologue qui en dit déjà long sur la solitude...Des voix off s'agitent comme sur les ondes, en confessions timides, intimes...On arrive au vif du sujet quand dans un cadre carré lumineux, trois personnages entament ces discussions-dialogues, monologues ou confessions-, témoignages de solitude, de désarroi, de panique..Pour l'atmosphère glauque, il se met à pleuvoir sur ce décor, immense flaque où gisent des objets abandonnés, eux aussi cabossés, délaissés par la vie courante, active...Les trois silhouettes, tour à tour prennent la parole: écoutant, répondant, ou simulant toutes les voix du désespoir: une performance vocale et musicale inouïe à laquelle se collent brillamment les trois comédiens, statiques, immobiles, sans affect ou réaction épidermique.Claire Ingrid Cottanceau, sobre, lisse, hiératique, Thomas Gonzalez et Romain Pageard, animé de conviction, de finesse dans la perception et le rendu de toutes ces confidences vocales invisibles: donnant corps à des voix, des sentiments, des injonctions multiples et variées. Modulations, surprises, qui nous tiennent en haleine. Les solitudes s'enchainent depuis la chambre d'un "écoutant", depuis le choeur d'âmes esseulées, monocorde litanie de récits improbables sur la survie, la solidarité, les aveux déchirants de certaines victimes de l'isolement. Pièce touchante qui questionne les rapports humains de très près, de très loin sur les ondes glissantes des technologies au service de la communication à distance.Mathilde Delahaye signant ici une oeuvre empathique au décor puissant et métaphorique.Une vache égarée pour animal de compagnie, entrave ou simple portrait d'un immobilisme significatif!Qui laisserait passer la vie, statique et passive, image déconfite de lassitude et résignation.

Au TNS jusqu'au 10 MARS

 

Mathilde Delahaye a été élève du Groupe 42 de l’École du TNS en section Mise en scène. Dans ce cadre, le public du TNS a pu voir L’Homme de Quark d’après Christophe Tarkos, Tête d’Or de Claudel, à la COOP de Strasbourg, Trust Opus, d’après Falk Richter et Babil au bord des villes d’après Charles Pennequin. Elle a ensuite créé Pantagruel d’après Rabelais et L’Espace furieux de Valère Novarina (2017) Maladies ou femmes modernes de Elfriede Jelinek (2018) et, en 2019, Nickel, co-écrit avec Pauline Haudepin. Elle intervient à l’École du TNS régulièrement.

vendredi 4 mars 2022

"Hasard" de Pierre Rigal: un chantier bal't hasard imprévisible bascule du vrai, du faux ! Troublant !

 


Pierre Rigal
Hasard (titre provisoire)

Pour sa prochaine pièce, Pierre Rigal s’efface derrière le geste en lui attribuant un rôle particulier : dessiner l’intrigue d’une fiction. Le hasard, cet imprévisible déclencheur d’événements, devient ici le maître d’un nouveau jeu. Cette création pour six danseurs prévoit la collaboration d’un magicien. Danger, fou rire, vertige et paradoxes, structurent ce travail sur l’aléatoire et la façon dont le hasard interroge et bouscule nos repères.

Chantier, work in progress pour le public friand de découvertes, de questionnement sur le "processus" chorégraphique Au tour de Pierre Rigal de s'y coller avec bonhommie et accueil chaleureux... Six danseurs pour tisser la trame et la chaine d'un spectacle à construire: dans le désordre, six extraits nous sont présentés dans "leur jus" et c'est à l'écoute de travaux déjà très avancés qu'on se prête avec intérêt et curiosité. Six danseurs pour filer en diagonales "du fou" des fresques incroyables, sur le fil du risque: celui de faire des rencontres "choc" ou catastrophes, bien sûr leurre et faux incidents: maillages en diagonales, incidents "fortuits", anticipation des troubles directionnels, simulations de heurts, de bousculades, croisements de foule...Comme un leitmotiv à géométrie variable, mathématiques des traversées et déplacements Une connexion géophysique remarquable, sur le fil du hasard convoqué, "aidé", provoqué tout au long de ses parcours savants ourlés de mimiques ou de visages neutralisés.De l'improvisation aussi pour des associations visuelles plus libres, plus "rondes".De beaux effets optiques de rémanences , de troubles dans les unissons "à capella"où les corps se répondent, se rattrapent, se confondent.La mémoire de la matière dansée fonctionne à plein, dans des "engrenages" savants: quatre danseuses assises au sol y dessinent le flux des vagues, les entrelacs et figures de points de chainette, maillage acrobatiques de postures et attitudes mouvantes, bluffantes! Mécanique des temps modernes, canevas d'un métier à tisser le hasard, alors qu'un duo acrobatique de danse contact uni un couple de danseurs. Segments du corps, bras en coupe géométrique, angulaire comme des rouages bien huilés.En dérive une bestiole étrange aux pattes entremêlées de toute beauté: pieuvre ou mille pattes de foire en majesté!Puis c'est allongés au sol que la mécanique se déchaine sur une musique binaire envoutante. Le rythme est infernal...Autre extrait avec diagonales, corps ouverts-fermés, croisements, rencontres inopinées, sourires malins ou visages neutres.Contorsion et tricotage à l'envi, solo d'équilibriste détiré...Un superbe travail des bras à l'angle, en alternance, en florilège de capacité d'écho, de ricochet, figures du hasard ou de la construction extrême.Comme un alphabet, des hiéroglyphes, une écriture très graphique à la Villéglé, police de caractère et pictogramme en résonance.


Abécédaire de la danse de Pierre Rigal qui se distingue par son étude sur les mouvements de bras, les envergures et le rythme de métronome qui convient à cette dynamique futuriste du mouvement, de la machinerie, de la balance corporelle.Jambes et bras impliqués pour une rémanence optique en autant de rouages savants et "hasardeux"!La "murmuration" en ligne de mire pour les interprètes rivés à l'instant, les accidents de parcours, les formes inédites de bancs de poissons ou de vol d'oiseau...Dernier extrait: des bras comme des cous de cygnes, des pinces de crabes qui bougent et ondulent , férie, magie et prestidigitation garantie! Un travail déjà très mur à découvrir en septembre sous un titre encore non défini!

 

POLE-SUD, lieu de vie, d’accueil, de fabrique et d’éducation artistique, déploie ses activités dans de multiples dimensions. Parmi celles-ci, les Accueils studio.
Ces résidences artistiques se renouvellent chaque saison. Elles contribuent au développement de la création et de la culture chorégraphique tout en stimulant la vie du lieu. Une dizaine d’équipes de la scène chorégraphique locale et internationale en bénéficie chaque saison durant une à deux semaines. Les artistes peuvent ainsi se consacrer à la recherche et à la création dans l’espace du studio qui est mis à leur disposition.

Ces étapes de travail sont ponctuées par des rendez-vous, les Travaux Publics, favorisant la rencontre entre le spectacle et les publics sous des formes variées et conviviales. Ils sont aussi l’occasion de soirées « deux en un », offrant à tous, la possibilité de découvrir deux démarches artistiques différentes, à 19:00 en studio, un processus de travail en cours et des échanges avec les artistes, à 20:30 le spectacle en salle d’une autre compagnie.