samedi 24 septembre 2022

"Marelle" de Benjamin Dupé




"Marelle / que les corps modulent ! est une pièce de concert dansée dont les interprètes sont des enfants, à la fois danseurs et musiciens. La scène prend la forme d’un atelier de lutherie en construction, modulé et habité par des corps énergiques et joueurs, à l’écoute d’eux-mêmes et de l’environnement. Une expérience artistique et sociale conçue par le compositeur Benjamin Dupé avec la collaboration du chorégraphe Étienne Fanteguzzi, ainsi qu’une douzaine d’enfants du quartier de la Meinau."

Un généreux moment de partage convivial et ludique parsemé d'embuches et de handicaps à franchir pour une expérience hors pair en compagnie de "performeurs" amateurs plein de talent et d'ingéniosité; au coeur d'un beau studio de danse professionnel sans doute impressionnant et auprès d'un public bienveillant, au sein d'un dispositif en carré.Public attentif à toutes les découvertes sonores investiguées: un élasto-clap inventé de toutes pièces, des verres frémissants et  tintant grâce à une perche magique manipulée de main de maitre.Des objets détournés pour devenir "sonnants et trébuchants", résonnant , sources de sons inédits émanant d'objets du quotidien. Un éveil corporel aussi pour ces jeunes protagonistes, danseurs en herbe, bons joueurs et acteurs le temps d'une représentation sans "fausse note" ni bavures sonores: au contraire, sans partition écrite, la musique se fait vive, curieuse avant de devenir "savante écriture" et instrumentale! 

Benjamin Dupé, Marelle / que les corps modulent ! (2022) - création mondiale

concept et musique | Benjamin Dupé
chorégraphie | Étienne Fanteguzzi
espace et dispositifs instrumentaux | Olivier Thomas, Benjamin Dupé
son | Julien Frénois


"Concert sur soi": Joachim Angster en toute intimité! Alto, prends garde à toi .....

 

"Musica convie auditeurs et auditrices à vivre un moment unique. Durant tout le festival, des concerts ont été dissimulés dans des lieux insolites ou normalement inaccessibles du centre-ville strasbourgeois. Des musiciens proposent une lecture du répertoire contemporain à travers plus d’une centaine d’oeuvres. Une expérience de l’intimité musicale qui, pour être vécue pleinement, est destinée à un public extrêmement réduit. Quant au mystère des lieux et du programme des concerts, il ne sera levé qu’au dernier moment…

Une cinquantaine de musiciens et musiciennes issus des formations invitées, d’ensembles locaux et de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg proposent une lecture du répertoire contemporain à travers plus d’une centaine d’œuvres. Une expérience de l’intimité musicale qui, pour être vécue pleinement, est destinée à un public extrêmement réduit. Quant au mystère des lieux et du programme des concerts, il ne sera levé qu’au dernier moment…

Le protocole est simple. Le spectateur choisit le créneau horaire qui lui convient, sans que ne lui soient dévoilés le lieu et le programme du concert. Une adresse lui est communiquée par SMS et email 48 heures avant la manifestation. Tous les lieux sont situés à Strasbourg même et ont été sélectionnés pour ne poser aucun problème d’accès. Sur place, à l’adresse et à l’horaire précisés, le spectateur est reçu et guidé par un agent d’accueil vêtu aux couleurs du festival."


 

Le lieu tenu secret jusqu'au bout de ce futur voyage intriguant où le "trac" de l'inconnu, de l'étranger, se fait au coeur de l'auditeur-spectateur d'un soir, d'un moment attendu. Voyeurisme, curiosité, tout semble animer celui ou celle convoquée à ce show unique, taillé sur mesure. C'est dans la salle Stravinski de l'ancien conservatoire de musique de Strasbourg que nous guide une charmante hôtesse identifiée Musica sur les marches du café du TNS...Suspens et petite anxiété ou enthousiasme de retrouver un lieu où 40 ans auparavant on y écoutait Françoise Kubler chanter Aperghis pour les premiers pas de l'Accroche Note...En robe rouge, gainée de voix déjà percutante et timbrée contemporaine!

 Un jeune musicien fait irruption sur la scène déserte dans ce théâtre vide aux fauteuils peuplés de spectres absents...Vision surréaliste et onirique, l'auditeur assis sur une chaise dans l'intimité de la relation à deux, face à face!Un violon-alto pour trois morceaux de choix en soliste...De Gyorgy Kurtag, avec une pièce courte "Signes, jeux et messages"à Gyorgy Ligeti et son "Sonate pour alto", il n'y a qu'un pas que franchit l'interprète du Philarmonique de Strasbourg, avec dextérité, virtuosité et bravoure.Les cordes menées à bout de leurs possibilité sous ses doigts agiles pleins de maitrise: oeuvres qu'il a choisies pour leur originalité, leur "modernisme" musical, leur rareté et complexité..Un choix judicieux qui éclaire les possibilités d'écriture musicale pour alto et réjouit le tympan, agile à restituer les harmoniques qui se dissolvent dans la finesse et l'extrême difficulté à reproduire des sons inouïs..La dernière pièce exécutée de Pascal Dusapin, extraite de "Inside" de 1980 fait figure de zénith, de "clou" de ce concert inédit. L'alto vibre, surprend, se plie aux caprices d'une partition pleine de didascalies, de notes d'intension de niveau, de timbres, de rythme....Un régal, le temps de cet échange inédit musicien-auditeur qui flatte quelque peu l'ego personnel de celui qui reçoit ce cadeau unique et ciblé pour le meilleur d'une écoute recueillie, intime, intense. Promesse d'une encore meilleure lecture d'autres oeuvres après cette leçon particulière de musique de premier choix. Joachim Angster et sa frêle silhouette tout en noir se pliant à cet exercice avec générosité, enthousiasme, éclairant de son "discours amoureux" les oeuvres interprétées devant et pour celui ou celle qui ose franchir les barrières du concert classique frontal, pour dériver sur le fil du danger de la rencontre, de la proximité: belle initiative du festival Musica pour faire se rapprocher acteur et auditeur dans le vaste champ de la musique! On quitte les couloirs, escaliers, salles de cours et rampe de fer aux diapasons sculptés, pour réintégrer le monde de la cité, le rêve encore plein les oreilles....

"Noir sur blanc" Heiner Goebbels et l'Ensemble Modern : du vent dans les voiles !Ghost save the music !


Noir sur blanc

Prologue:"Créé en 1996, Noir sur blanc (Schwarz auf Weiss) est un incontournable du théâtre musical. Avec pour fil rouge la parabole Ombre d’Edgar Allan Poe, Heiner Goebbels montre comment l’acte solitaire de création artistique est toujours aussi un acte d’invention collective.

L’action se situe hors du temps, dans la profondeur d’un passé antédiluvien — qui pourtant semble résonner avec notre inquiétant aujourd’hui. Un groupe de personnes, des hommes et des femmes, sans doute des survivants, se trouvent confinés dans un grand espace, peut-être un temple avec ses longues rangées de bancs. Derrière la porte d’airain, ils se croient protégés des catastrophes du monde extérieur. Ils jouent, ils boivent, ils chantent… jusqu’au moment où, soudain, une ombre apparaît sur le mur. De leur désœuvrement naît alors une action collective, tout d’abord désorganisée, mais qui semble peu à peu tendre vers un but commun. Lequel ?"

Ils sont déjà sur scène pour les uns, en costume de ville, assis sur des bancs en rangée, alignés et préparent leurs instruments. De dos alors qu'une voix murmure en off.Puis la scène se peuple, chacun rentre avec sa qualité de gestes, de déplacement et suggère un personnage.Ils jouent, de dos en rang serré, un rythme soutenu puis émigrent en grappe, jouent à la balle de tennis: joyeuse assemblée réunie pour se divertir. Un bruit continu de machine en fond d'atmosphère.Puis dans une belle accalmie après ce tsunami musical très ventilé de cuivres, de vents et autres trombones,se dresse en devant de scène un petit théâtre d'objets, une collection d'embouchures en étal, boutique fantasque, symbole de mémoire artisanale.Six panneaux en fond de scène laissent découvrir des ombres, des images de cité perdue.On songe à Kentridge dans ce défilé de silhouettes burlesques, à l'orchestre dégingandé, débridé de  Kusturika...

william kentridge

Trompette et trombone en majesté pour des soli remarquables de dramaturgie, de mise en scène imaginative et décalée On leur donnerait bien un "zéro de conduite" à ces guignols pas tristes de théâtre visuel et sonore.Un joli tintamarre en perspective s'installe, ponctué de jeu, de voix et de texte. Un solo de saxophone virtuose, digne de free-jazz se défoulant à l'envi pour donner le ton de ce concert décapant!Un échafaudage d'échelle, un panneau qui s'écroule pour mieux ventiler l'espace et faire voler les feuilles des partitions. Une marche collective, défilé-parade, de dos, efface les silhouettes, les rend spectrales.Une marche funèbre comique en diable.Un petit faune joue du pipeau devant sa bouilloire face à cette vision dantesque, enchanteresse, onirique à souhait.Un soupçon de référence à Bernstein et son "West side story" avec ses vents menaçants, plein de suspens et de couleurs sonores.Des simulacres de sons de goutte de pluie sur les cordes et corps des violons pour créer une ambiance étrange mais toujours rassurante Au pays des spectres et des ectoplasmes, le suaire n'est jamais blanc, le linceul jamais triste, plutôt évocation de gaieté, de réjouissance, de sobri-ébriété jouissive!C'est écrit noir sur blanc dans la partition à tiroir de cet opéra ludique plein de malice et de verve, éventée, cuivrée, le bec dans les anches et autres articulations instrumentales....


Epilogue:"L’Ensemble Modern est le protagoniste collectif de cette extraordinaire parabole donnée dans le monde entier avec un succès constant depuis vingt-cinq ans. Les 18 musiciens et musiciennes investissent la scène avec leurs instruments et la font vivre comme jamais auparavant. Pour Heiner Goebbels, il s’agissait d’explorer en profondeur le potentiel théâtral de la musique, mais aussi de façonner une allégorie de l’écriture et des voix multiples qui l’accompagnent. Sous la forme d’un manifeste pour l’invention partagée, le compositeur-metteur en scène déploie le cœur de sa vision : toute œuvre d’art est un héritage collectif et doit être reconnue comme tel.

Noir sur blanc n’a été donné en France qu’à deux occasions, au Festival d’automne à Paris en 1997 et à la Filature de Mulhouse en 1999. C’est donc une occasion unique de découvrir ce chef-d’œuvre du théâtre musical dans sa mise en scène originale."


Heiner Goebbels Noir sur blanc / Schwarz auf Weiss (1996)
spectacle pour dix-huit musiciens

conception, musique, direction et mise en scène | Heiner Goebbels
scénographie et lumière | Jean Kalman
costumes | Jasmin Andreae

Ensemble Modern
flûte, flûte piccolo, flûte basse | Dietmar Wiesner
hautbois d'amour, voix, didgeridoo | Cathy Milliken
clarinette | Jaan Bossier
saxophone, clarinette contrebasse | Matthias Stich
basson | Barbara Kehrig
cor, récitant, direction musicale | Franck Ollu
trompette, récitant | William Forman
trombone | Uwe Dierksen
clavicorde, harpe | Ueli Wiget
accordéon, échantilloneur, cymbalum | Hermann Kretzschmar
percussion, cymbalum | Rumi Ogawa
percussion | Rainer Römer
violon | Jagdish Mistry
violon | Megumi Kasakawa
alto, voix | Freya Ritts-Kirby
violoncelle | Eva Böcker
violoncelle | Michael Maria Kasper
contrebasse, e-basse | Paul Cannon 

vendredi 23 septembre 2022 au Maillon