samedi 5 novembre 2022

"HOLLAND, POTTER, LOUEKE, HARLAND: AZIZA": JAZZDOR et la chaussée des Géants...

 


"En plaçant leur association sous le haut patronage des Aziza, fées bienfaisantes qui dans la mythologie subsaharienne s’emparent des artistes pour leur fournir l’inspiration, ces quatre monstres sacrés du jazz contemporain entendent bien signifier que leur projet artistique dépasse largement la simple démonstration de virtuosité pour toucher à des zones bien plus profondes et spirituelles.
Si le contrebassiste Dave Holland apparaît comme le leader naturel de ce « super groupe », Chris Potter, Eric Harland et Lionel Loueke apportent chacun l’immense palette de leurs références pour nourrir « à égalité » l’identité sonore de l’ensemble. Généreuse, lyrique, puissamment mélodique, pulsée de rythmes funk ou africains, et traversée d’intenses séquences d’improvisations collectives, la musique d’Aziza puise ses forces aux racines du jazz pour mieux s’ouvrir sur le monde."

Et le monde, c'est ce soir, la "chaussée des Géants", cette curiosité géologique où les roches métamorphiques, en orgues basaltiques déstructurés, au sol, font la plus belle tomette du monde...Que des "grosses pointures" pour ces Géants aux bottes de sept lieues sur la scène de la Cité de la Musique et de la Danse. Une entrée en matière jouissive pour le concert inaugural de la 37 ème édition du festival international, transfrontalier JAZZDOR... Quatre garçons- musiciens d'un quatuor très démocratique dans le vent de la création, des métissages sonores en grande majesté.Sensibles et subtiles interprètes d'une musique séduisante. Guitare ou contrebasse en introduction, histoire d'isoler les notes et de faire sonner les timbres des interprètes d'une musique perlée de surprises, de disharmonie, de mesures disproportionnées dans les rythmes savants de la composition jazzy.Le saxophone savoureux de Chris Potter délivre des sons chaleureux, proches du hautbois, au ténor ou au soprano,la guitare de Lionel Loueke en introduction du premier morceau "Aziza Dance",intrigue, décale la perception du son électrique, et Dave Holland impose sa présence, solide et tranquille, décontracté,,au coeur de ce trèfle à quatre feuilles, aux partitions-compositions magnétiques, inspirées par chacun, d'un jazz insolite et assuré. Beaucoup de rythmes dansants, chaloupés, marches en avancée sur fond de batterie,de gaieté, de joie, de légèreté aussi.A la batterie, discret et efficace Eric Harland pour enrober le tout, envelopper de ses résonances de timbales et cymbales doubles et percussions,cet ensemble si "AZIZA", bercé par les bonnes augures et les meilleurs oracles de musique: parfois teintée d'exotisme à la bossa nova, à la beninoise ou résonances indiennes du meilleur effet et de bon aloi! Une soirée gargantuesque et rabelaisienne en compagnie de ces "géants"bienfaisants de la Chaussée magique d'Irlande, endroit incontournable du risque, de la création tectonique géologique: les "grandes orgues"du jazz d'aujourd'hui ont du souffle, de l'envergure et touchent juste la sensibilité et l'émotion musicale, en profondeur, dans les strates et  les couches terrestres et spirituelles liées à la mémoire et l'enracinement.Merci à JAZZDOR pour cette rencontre avec ces "divas" de l'empire du jazz. A zizanie bon entendeur, salut!

ÉTATS-UNIS + BÉNIN
Dave Holland contrebasse
Chris Potter saxophone
Lionel Loueke guitare
Eric Harland batterie  

ven. 04 nov Cité de la musique et de la danse , STRASBOURG

mardi 1 novembre 2022

"S" et "Corpos de Baila" Ballet national du Portugal / Tânia Carvalho / Marco da Silva Ferreira : un festin aux reliefs extravagants!

 


En une même soirée, le prestigieux Ballet national du Portugal présente un double plateau avec des chorégraphes de premier plan : Tânia Carvalho et Marco da Silva Ferreira.

Tânia Carvalho - S comme Sylphides ressuscitées!La "nature morte" dansée, réactivée!

S'il fallait parler de "nature morte" en danse, voici un genre ici développé très contemporain, à la manière de la peinture: utiliser un vocabulaire, une grammaire et un répertoire classique pour créer aujourd'hui du neuf, de l'inédit, du jamais vu! La Sylphide sort du bois, un immense rideau de scène de Riu Vasconcelos, forêt non romantique, dessinée, magnifique ambiance grisonnante de végétal.Magie du lieu où apparaissent trois elfes évanescentes, virginales et diaphanes Sur pointes, virevoltant mais pas cassés, chassés , danse tronquée et métamorphosée par un savant détricotage à la Forsythe, Jan Fabre ou Karole Armitage...Les compagnons de ces sylphes , hommes-princes aux collants moulants, sans coque et chemises romantiques bouffantes, gonflées, enflées par les couronnes et ouvertures du corps, académiques mais déréglées et déconcertantes...  C'est d'un effet très réussi, calculé, maitrisé et notre maitre à danser y inclut rapidement des effigies de noir vêtues, collant moulant, justaucorps tendus, fendus aux épaules dénudées, quasi Cunninghamiens.Croisements savants et géométriques  d'un corps de ballet déstructuré à l'envi, iconoclaste représentation inspirée d'un classique ballet romantique démantibulé. La danse y perd ses repères, son caractère pour des lignes droites, cassées, angulaires, des pieds flexs et tout un remue ménage de grammaire lexicale à la syntaxe désarticulée. On suit les péripéties du ballet à la narration qui courre à toute jambe au delà des conventions et ravit par son charme, son audace et sa créativité. La Sylphide revue et corrigée, exhumée, réenchantée, pas "morte" du tout, le drame désactivé et les rouages du ballet romantique désamorcés! Totale réussite envoutante..."S" comme sylvestre et animale, hors du temps, bousculant l'Histoire de Terpsichore pour mieux reconnaitre son actualité! Tutus longs et pointes acerbes, piétinements et tremblements sur place  des jambes,saccadés à reculons comme un opus commémoratif bien vivant!

 Porteuse d’un imaginaire baroque, Tânia Carvalho développe depuis vingt-cinq ans un langage scénique très expressif dans lequel la danse enlace d’autres disciplines artistiques, notamment le théâtre, les arts visuels et la musique. Tout en subtiles sinuosités, sa pièce S agrège plusieurs styles et symboles en un ensemble aussi contrasté qu’harmonieux.

Marco da Silva Ferreira - Corpos de Baile: un maelstrom de l'urgence!

Du tonus, encore du punch et surtout de l'énergie sur le plateau pour les danseurs infatigables athlètes performants du ballet du Portugal! C'est impressionnant et contagieux, cette marée de mouvements, à l'unisson ou isolés, en groupe compacte ou en duos...Une composition stricte et ordonnée pour un grand déballage joyeux de gestes, de tours, de déplacements ou jamais ne se heurtent les tourbillonnants électrons libres lâchés dans l'espace...La percussionniste Valentina Magaletti aux instruments percussifs, accompagnant d'arrache-pied ces zombies du rythme effréné, percussif , ébranlant l'espace et le temps avec virtuosité, acharnement ininterrompu et opiniâtreté! L'effet est hypnotique, exhalant, essouflant pour celui qui regarde tant de dépense et de "perte" d'énergie sur scène. Regarder l'autre "travailler"et jouir de son enthousiasme est un régal avoué et revendiqué par les spectateurs hallucinés par tant de générosité et une si belle technique au service d'un art unique: la danse de rue, autant que le chaos de la cité urbaine évoquée dans ce maelstrom de performance .Breakers en jambe et battles au menu de cette ode à la fougue et à l'enthousiasme, transporteur d'empathie!

Découvert au début des années 2010, Marco da Silva Ferreira explore un univers chorégraphique hybride, à forte tonicité, traversé en particulier par les cultures urbaines. Avec Corpos de Baile, il donne forme à une intense constellation chaotique au sein de laquelle s’affirme, sous les pulsations hypnotiques de la remarquable percussionniste Valentina Magaletti, toute la force de soulèvement du corps humain - et du corps collectif.

Au 104 en partenariat avec le Théâtre de la Ville hors les murs jusqu'au 30 0ctobre.

 

 

S / Corpos de Baile

27 > 30.10.2022

avec le Théâtre de la Ville
dans le cadre de la saison France-Portugal

 

"Le temps des mains": Laurent Goldring ne s'en lave pas les mains.....

 


Pour sa troisième exposition personnelle à la Galerie Maubert, Laurent Goldring continue son travail sur les représentations du corps (ici des mains).


« Le Temps des mains ». Ce titre, celui de la nouvelle collection de photos et de vidéos réalisées par le plasticien Laurent Goldring autour des gestes que l’on effectue pour se laver les mains, trotte dans la tête. A chaque fois désormais que l’on exécute ce nettoyage devenu répétitif, Covid-19 oblige, on observe d’encore plus près la façon dont on les frotte et entremêle. Dessus, dessous, bien profondément entre les doigts comme on nous a réappris à le faire, cet automassage, dégoulinant de gel hydroalcoolique que l’on sniffe au passage, histoire de se réanimer sous le masque, prend des allures de chorégraphie compulsive.

Lancé au tout début de la crise sanitaire, ce chapitre ouvre une dimension mythologique dans l’ère perturbée que nous traversons depuis un an. Il intègre ces mouvements routiniers pétris de méticulosité dans un rituel collectif à distance. 


Résultat très poétique que cet acte de scruter le monde des mouvements quotidiens, métamorphosés en images fixes devenues objet de contemplation directe.Gestes figés dans des poses de prière, de stupeur, de masques collés aux mains dans des attitudes horrifiées...Métamorphose, parties de corps centrées sur le visage perdu, disparu derrière ces mains qui occultent toute vision d'une expression. Et pourtant qui révèlent sensation, réveillent des sentiments occultes et enfouis...Laurent Goldring pétrit la matière, étire les peaux, crispe les tensions, défait les noeuds des expressions, masque les visages et garde l'essentiel du geste de "se laver les mains", clinique rituel galvaudé en ces temps de crise sanitaire... En même temps en fait une statuaire sacrée digne d'un autel commémoratif d'une cérémonie-célébration païenne! Les couleurs sont celles d'une chair de cire, lisse, sang et veines diffuses sous la peau du monde. La lumière opaque, pastel fige et pétrifie cette vision de surface de peau...Les mains comme voile et voilage qui surgissent de nulle part, fantômes, spectres vivants de visions bibliques. Mains qui parlent de l'éternité comme de la mort. Laurent Goldring en photographe-chorégraphe livre ici un travail remarquable sur la matière vivante et mouvante, sur fond d'analyse comportementale contemporaine et d'actualité. Rituel infiniment revisité comme ces gestes calculés pour exorciser le virus d'un maléfique ennemi du corps vivant.


L'exposition convoque aussi les photographies-séquences sur le travail de Xavier Leroy, chronophotographies à la Marey ou Muybridge, comme autant de découpes décalées de mouvements anguleux. sur un parcours non aligné.

Dates : du 29 octobre 2022 au 7 janvier 2023

Lieu : Galerie Maubert – 20 rue Saint-Gilles –  75003 Paris

www.galeriemaubert.com

galeriemaubert@galeriemaubert.com