mercredi 16 novembre 2022

"La Septième": l'age d'or-aison! Tristan Garcia, Marie-Christine Soma, Pierre François Garel: un triangle d'or....

 


"Dans La Septième, issu du roman 7, le philosophe et écrivain Tristan Garcia donne la parole à un narrateur à l’aube de sa septième vie. Il se souvient de tout : sa première existence où, à l’âge de sept ans, Fran lui a annoncé qu’il était immortel, sa rencontre avec Hardy, qui sera toujours la femme de ses différentes vies. Ce narrateur, qui renaît toujours dans le même lieu et le même temps, raconte comment il a été prix Nobel de science, chef de combat, guide spirituel, criminel… Marie-Christine Soma met en scène l’acteur Pierre-François Garel dans une épopée où le héros explore, à chaque renaissance, une nouvelle existence, tout en se souvenant des précédentes. Si l’on pouvait revivre, que voudrait-on changer ? Quels potentiels chaque être recèle-t-il ?"


Rarement une "pièce" de Théâtre tient en haleine, fascine et d'emblée invite à l'empathie avec ce personnage qui dès l'aube de sa vie apprend d'un "médecin" charlatan, la caractéristique d' immortelle de son existence. Malgré une maladie inconnue, un saignement de nez continu, inexpliqué, source d'interrogation, de recherche, puis de constatation fataliste, il vit,ce garçonnet que l'on rencontre sur fond d'écran cinéma, dans des coloris vifs et tranchés. Alors que notre "anti-héros" se débat avec son inhumaine condition qui rapidement va se révéler  difficilement gérable.En sept chapitres bien distincts, le "narrateur" qui n'a pas de prénom, traverse sept phases de sa vie, loin des reprises et répétitions des faits.On bascule d'une section à une autre, le destin, le chemin du narrateur conduisant aux expériences, rencontres et connections les plus audacieuses.Tandis qu'il modifie les contours du décor du plateau qui opère sa mutation au fur et à mesure. C'est une métamorphose lente qui passe de la douceur de l'existence à la révolte, le ton, la tessiture de la voix de Pierre François Garel oscillant sans cesse d'un registre à l'autre dans une partition littéraire de toute beauté. Le texte adapté et mis en scène de Tristan Garcia,comme une composition sonore et musicale, rythmée par une mise en scène sobre et efficace signée Marie-Christine Soma.Les images du film retracent les épisodes manquants, duos du médecin et de l'enfant, du narrateur et de Hardy, la Femme qui accompagne ses 7 vies de son empreinte irrévocable. Fran, le médecin complice hante la narration de cette "septième" histoire issue du roman global.On reste fasciné par la subtilité du jeu de "l'acteur-comédien" narrateur et conteur à la fois, par la performance de cette présence qui se bat, ne se défile jamais de ce destin étrange qui ne semble pourtant pas pré-destiné à des réincarnations banales, sacrées, spirituelles. Le sang comme vecteur des situations, ce qui coule de source, sourd de son corps, de sa peau, circulation pulsée par les rebondissements opérés dans les sept chapitres annoncés sur écran de télévision. Un parterre de bâche comme neige ou filtre du temps, un fauteuil de bureau qui roule et passe d'un lieu, d'un endroit à un autre, bravant le passé, des cartons emplis de K7, des journaux, tout un fatras d'accessoires indispensables pour franchir le miroir, le mur du son de cet homme qui "parle", conte et raconte son épopée. C'est émouvant, pétrifiant, médusant et l'on file durant plus de deux heures en plus que "sympathie", cum-patio avec cet homme aux prises avec un trajet insolite, une destination inconnue sur fond de trajet de train évoquant son enfance fascinée par les  territoires inconnus..."Mornay" comme jeu de mot valise d'une vie transfigurée.


Marie-Christine Soma est créatrice lumière et metteure en scène. Le public du TNS a pu voir Feux d’August Stramm, en 2008, et Ciseaux, papier, caillou de Daniel Keene, en 2011, spectacles co-mis en scène avec Daniel Jeanneteau. En 2010, elle a adapté et créé le roman Les Vagues de Virginia Woolf. En 2018, elle a présenté au TNS La Pomme dans le noir, d’après Le Bâtisseur de ruines de Clarice Lispector.

samedi 12 novembre 2022

Hanatsu Miroir: (Focus) sound up! 3: de bruits et de fureurs avec Matias Fernandez Rosales et Travail Rythmique.

 


[FOCUS] SOUND UP! #3 
 
MATÍAS FERNÁNDEZ ROSALES avec TRAVAIL RYTHMIQUE
Le compositeur chilien Matías Fernández Rosales, qui travaille en étroite collaboration avec HANATSUmiroir depuis plus de 3 ans, marque la fin de son parcours universitaire en France par la sortie d’un disque compilant une sélection d’œuvres récentes. La sortie de celui-ci fournit l’occasion d’une réjouissance musicale créatrice assurée par une partie des artistes ayant participé à la conception de l’album et Travail Rythmique.
 
Un morceau de choix, une pièce unique pour ce concert singulier au sein du chaleureux Espace K, transformé pour l'occasion en agora de l'expérimentation: le public autour des protagonistes! C'est le vibraphone qui fait le prologue-ouverture, solo de Olivier Maurel aux baguettes sur fond de bruitages électroniques, synthétiseurs très loquaces, sonneries de cloches, moteurs d'avion à réaction sur le tarmac.La délicatesse du jeu de frappe contraste avec le martellement lourd et pesant d'une marche de géants synthétiques...Les sons mixés se fondent, intrus dans les interstices, les espaces sonores vacants.Les percussions "live", acoustiques en opposition avec l'environnement "artificiel" ambiant crée par "Travail rythmique". L’ambiance serait celle d'une usine folle, machines infernales à la "Métropolis", déboussolées. Tonnerre, orage, grondements. Un paysage plus vaste se profile: port fluvial ou zone industrielle, troisième lieu Les consoles comme jeu et surface de fabrique de sons stridents, métalliques: freinage, résonance de hangar désert. Friche industrielle en décor pour ces sons du travail, du labeur.La diversion viendra du hautbois de Vincente Morota: sons aigus, tocades acoustiques comme des salves régulières lancées sur des rails grinçants. Des voix déformées s’immiscent, mutants ou zombies surfant sur les ondes.Puis tout dérape en chicanes suraiguës qui agacent, chiffonnent l'oreille, le tympan.Tel un mirliton qui gazouille dans la clairière oubliée, le hautbois aboie sous la protection de pétarades ou de longues tenues électro-acoutiques.Des personnages naissent pour fabriquer une narration fictive: les sons s'empilent, se superposent.Larsen et expérimentations diverses pour les consoles.Quand fait irruption la guitare électrique sous les doigts affutés de Andres Gonzalez: guitare branchée, fusée lancée dans l'espace vibratoire renforcé.Mitraillette de sons pro-pulsés en rafale, en ricochet, déraillement ou dérapage contrôlé. Ca crisse et ça vrombit comme sur une piste d'essai  de circuit automobile sur le Lingotto à Turin!Fiat Musica sur la rampe de lancement. Klaxons en prime. Des bribes de rythmes émergents des pédales wha-wha...Gyrophares, alarmes et autres artefacts de mise.Des effets quasi insupportables, dérangeants pour les fragiles tympans sorciers des auditeurs.Nombreux et attentifs vecteurs d'ondes et de fréquences transmissibles.Le corps comme des buvards ou éponges bien imprégnés.Comme une dégringolade, une chute prolongée dans une carrière de pierrailles, un éboulis minéral de scories sonores.Volcan et éruption au menu.Un vrai embarquement pour plus d'une heure de création inédite, déconcertante, pour naviguer dans des contrées de science fiction sans bulle ni dessin, mais pleines d'images suggestives, de sons riches d'évocations multiples.Avalanche de serracs dans goulet d'étranglement, couloir ou déversoir de caillasses.Ca déchire, arrache, déstructure la matière sonore en disharmonie constante, en "timbres" factices et ça intrigue.Matias Fernandez Rosales aux commandes de la composition sur des partitions écrites et concoctées lors d'une semaine de résidence: pas de tout repos acoustique!
 
 
 
Matías Fernández Rosales, composition | Olivier Maurel, percussions | Vicente Moronta, hautbois | Andrés Gonzalez, guitare électrique l Raphaël Siefert, lumière | avec la participation de Travail Rythmique.
 
Le 12 Novembre à l'Espace K , organisé par Hanatsumiroir

"Achtung bicyclette": ils ont un vélo dans la tête"......Et ça roule en danseuse sans "prendre plat"! Ni pédaler dans la choucroute!

 


"Notre 28ème (vingt-vite-yème) revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera du Racing, de l’écologie… et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société ! Bien sûr, ça va chanter, danser et sketcher. Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues."

 

Après le légendaire leitmotiv, gingel tant attendu, voici la troupe pour un régime sans selle, pédale douce et pas dans le guidon pour une revue pas corrigée des temps modernes...Les pieds dans l'plat qu'ils ne prennent jamais, chambre à air gonflée à bloc en grande pompe, pour cette piste aux étoiles cyclable, en roue libre, le dérailleur braqué sur la grande vitesse! Ils font ce qu'on pneu toujours à vive allure, sans rétro pédalage: au boulot, à vélo, velib' ou vel'hop au poing!Burette et rustine au cas où il y aurait fuites.Et ce, sans jamais se dégonfler!Car ils en connaisse un rayon.

D'emblée, ça pulse, chapeaux griffés de gadgets évoquant la bicyclette bleue, le tandem ou le tricycle, rickshaw alsacien de circonstance avec les trois élues féminines: Danielle, Jeanne et Pia, accompagnées des non-dits de Josiane, chevalière de la région d'horreur. Tout y est passé au crible, à la moulinette de l'humour et de la non distanciation brechtienne. Stéphane en Berne en visite au marché de Noel, revisité en "marché de l'hiver" où c'est bien fini, le "siècle des lumières"!Des rats balayés par un agent de service (J.P. Schlagg), dératiseur émérite, Des pré-luminaires affriolants pour rouler "en danseuse" sous la houlette de la chorégraphe pugnace et patiente, Charlotte Dambach qui fait bouger à l'envi sur leurs appuis linguistiques et accents toniques, cette bande abonnée à l'enthousiasme contagieux.La "groupie du pianiste" et autres merveilleux standards pour mieux faire mouche et toucher là où ça blesse et fait rire ou faire réfléchir...Réflexions toujours de bon aloi, sur l'hopital charitable, la "zoonose" d'un zoophile qui nous fait croire que l'on est atteint de toutes les maladies: incroyable Arthur Ganger, pétri de malice et d'humour avec son compagnon de route Sébastien Bizzoto buveurs insatiables de jeux de mots, de crises de fou rire salvateur. On ne cesse d'être en empathie collective grâce au charisme de chacun. Susanne Mayer en Reine d'Angleterre ressuscitée, revisitée comme une Lady D adulée, discrète madone chantante. On l'écoute, attentif à son ode à la discrétion dans ce fatras cabaretier enjoué qui "déraille" à l'envi!Un droit de véto pour voter pour ou contre la morosité de la cité, entre la préfète et la maire que l'on voit danser au son des voix qui s'élèvent à l'unisson de la bonne tumeur.

Et les costumes de déborder d'imagination; corsets, guêpières, chapeaux et accessoires de circonstances, brillants, plein de paillettes ou de moustique tigre, géante marionnette qui pique là où ça démange déjà!Guy Riss nous revient pour un show inénarrable d'un Gilbert Meyer fantomatique...De la ceinture verte à la "petite robe verte" de Danielle, à la chemise blanche de Jeanne, il n'y a qu'un pas de tango. Et puis Magalie Ehlinger qui endosse moultes rôles, drôle, chanteuse, conteuse, diseuse de bonnes aventures rocambolesques: en pleine forme vocale, avec une présence assidue aux conseils municipaux de tout poil. 

De la verve, de l'audace sous la baguette de Roger Siffer celui dont la revue a bien failli s’appeler: "Rustine où les malheurs de la Verdure"!(dixit l'artiste) ...On prend le maquis et l'on quitte la salle bondée avec une "rustine" en main histoire de colmater les fuites et de faire la fille de l'air.Après encore des saynètes croustillantes sur les migrants et leur hotel-autel cinq rive-étoiles, après une visite à Paul emploi et son livre de jobs..La "foule" danse avec un piano-orgue de barbarie commandé par Thomas Valentin et tourne la roulette russe dans cet univers bigarré, tonitruant à souhait.Ici pas de garde boue ni de rétro pédalage pour ce vaste diorama-panorama tendre autant que féroce de l'humaine condition.Et hop, on repart en biclou: demain j'oserai peut-être en "danseuse"quand on ira sur les chemins de l'âne, à bicyclette...Sur la piste de bison futé! Ou de feu, l'ours Bruno!Et vive la canopée sur canapé, servie à tous; écologie tu nous tiens.Faut que jamais cela ne cesse....

 Textes : Équipe de la Chouc’

Avec : Sébastien Bizzotto, Arthur Gander, Magalie Ehlinger, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer
Piano : Jean-René Mourot ou Thomas Valentin ou Sébastien Vallé
Lumières : Cyrille Siffer
Scénographie/costumes/accessoires : Carole Deltenre, Marie Storup et leur équipe
Chorégraphie: Charlotte Dambach

Production : APCA – Théâtre de la Choucrouterie



 

 

Au Théâtre de la Choucrouterie

 DU 11 NOVEMBRE AU 26 MARS
Du jeudi au samedi à 20h30 en alsacien, 20h45 en français
Le dimanche à 17h00 en alsacien, 17h15 en français